Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec Public Sénat le 28 mai 2021, sur la France et le génocide rwandais et le tourisme face à l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

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Texte intégral

Q - On commence par l'international et par ce voyage d'Emmanuel Macron hier, au Rwanda. "Un génocide ne s'excuse pas, un pardon ne s'exige pas", c'est ce qu'a dit le Président de la République. Mais il a reconnu des responsabilités de la France, pour ce qu'elle est. Des associations de victimes se disent déçues, elles en attendaient plus du Président de la République, elles attendaient des excuses. Est-ce qu'il faut aller plus loin ? Est-ce qu'il faut aborder la question des réparations, maintenant ?

R - Je crois que, déjà, le geste qui a eu lieu, hier, était très fort, empreint de gravité, de solennité. Ce n'est pas mince cette reconnaissance de responsabilité. Justement, la responsabilité aussi, au-delà de la France, de la communauté internationale, pendant plusieurs mois, quelque part, n'a pas été au rendez-vous à cette époque. Je retiens surtout d'ailleurs que le Président du Rwanda, M. Kagame, a accueilli la déclaration, le discours du Président de la République, en exprimant le courage qu'il reconnaissait à cette déclaration.

Q - Il a dit en gros que c'était même mieux que des excuses.

R - Il l'a dit comme cela. Donc, je crois que c'est clairement une nouvelle page qui s'écrit dans la relation entre la France et le Rwanda, entre nos jeunesses aussi, parce que le Président de la République et ma génération, nous avions quinze, seize ans, à ce moment-là. Il faut avoir en tête l'histoire et ne rien oublier, il faut comprendre, mais aujourd'hui la France avec le Rwanda, l'Europe avec l'Afrique, on a de belles et grandes choses à faire. Nous sommes, quelque part, unis dans nos destins. Nous sommes un peu ce grand fuseau qui se tient. Nous sommes à quatorze kilomètres l'un de l'autre, ces deux continents. Nous avons donc énormément de défis à relever, et devons gérer un certain nombre de conflits aussi qui peuvent avoir des répercussions du continent africain sur le continent européen...

Q - C'était cela, aussi, le discours d'Emmanuel Macron ? C'était une manière de réaffirmer la place de la France sur le continent ? C'est comme cela aussi qu'il faut l'interpréter ?

R - Le discours du Président est un fil qu'il tire depuis plusieurs années : depuis qu'il est entré en fonction, il a souhaité faire en sorte que les jeunesses se parlent plus, que les sociétés civiles se parlent plus. Et d'ailleurs, le sommet Afrique-France qui se tiendra en octobre prochain à Montpellier, sera justement très orienté autour de ces liens de jeunesses, de diasporas, et donc revisiter un peu, donner, je crois, un nouveau départ à cette relation.

Q - Donc sur la question des réparations, vous dites que ce n'est pas le moment, ce n'est pas l'heure, ce n'est pas la question ?

R - Je crois que le sujet, aujourd'hui, était clairement cette reconnaissance. Après, il y a un certain nombre de procédures de justice qui sont en cours.

Q - Il faut aller plus loin, notamment dans la recherche des coupables, enfin des présumés coupables, des génocidaires ?

R - C'est ce que je dis, la justice doit passer. Il y a des procédures en cours...

Q - Mais précisément, cela veut dire quoi ? Est-ce qu'il faut poursuivre les génocidaires ? Il y en a certains qui se trouvent en France.

R - Il y a des procédures qui sont ouvertes, donc je crois que la justice doit faire son travail. Là, on est dans autre chose, on est dans un travail mémoriel. Le Président de la République veille à réconcilier les mémoires, des mémoires qui, parfois, sont antagonistes, mais qui, pour autant, doivent pouvoir dialoguer ensemble. Il le fait, s'agissant du Rwanda avec la Commission Duclert, parce que sa prise de parole vient aussi après tout un travail de documentation. D'ailleurs, nous allons continuer à encourager la recherche sur ces thèmes-là. Il le fait également, s'agissant de la relation avec l'Algérie, avec que le rapport Stora. C'est sa marque de fabrique, aussi, je crois, que de vouloir réconcilier les mémoires. C'est un thème fort.

Q - C'est de l'histoire très contemporaine, en réalité. Est-ce que ce qui s'est passé pour le Rwanda pourrait encore se produire aujourd'hui ? D'un point de vue français j'entends, est-ce que les pouvoirs politiques français sont organisés différemment, fonctionnent différemment, suffisamment différemment pour que cela ne se reproduise plus ?

R - Je pense qu'il faut quand même toujours être instruit du passé, tirer les leçons de tout cela...

Q - On l'était déjà, il y a quelques décennies...

R - J'espère quand même qu'aujourd'hui, il y aurait de la clairvoyance, bien sûr.

Q - Nous allons passer à la crise sanitaire et le développement du variant indien qui inquiète. Des mesures ont été prises envers le Royaume-Uni face au développement de ce variant indien, des mesures de quarantaine. Est-ce qu'il y a d'autres mesures qui sont à l'étude ?

R - Aujourd'hui, on souhaite préserver la France d'une nouvelle vague. Nous sommes en train de rouvrir, rouvrir notre économie. Nous avons eu l'étape du 3 mai, puis du 19 mai, nous sommes en train de préparer celle du 9 juin. Les chiffres sont encourageants, vous l'avez vu, les baisses de nouveaux cas, d'hospitalisation, de réanimation. Tout cela va dans le bon sens. Maintenant, relance rime aussi avec prudence et vigilance et c'est pourquoi nous sommes très attentifs à l'évolution des variants, notamment de ce variant indien. Nous avons vu combien de dégâts il a pu provoquer en Inde. Et je fais une petite parenthèse, la France a contribué à un effort de solidarité vis-à-vis de nos partenaires indiens, en faisant un vrai pont aérien et maritime d'oxygène, parce qu'ils en avaient vraiment besoin. Je reviens à la situation au Royaume-Uni. Dès lors que nous avons cette situation avec quelques milliers de cas qui se sont manifestés, et surtout, nous voyons une très grande transmissibilité de ce variant, il faut prendre des précautions. Les précautions sont de renforcer les tests qui sont exigés, c'est-à-dire de demander que ces tests aient moins de 48 heures. Nos Français établis hors de France, qui sont une grosse communauté, pourront naturellement toujours revenir sur le sol français, c'est leur droit le plus sacré. Nous leur demandons juste de faire ce test, qui peut être antigénique d'ailleurs, et c'est important parce que le test antigénique est quand même très pratique, très facile, en quinze minutes vous avez les résultats. En revanche pour les non-ressortissants français, le déplacement est conditionné au motif impérieux, c'est-à-dire sur une liste assez restrictive, on ne vient pas pour les loisirs, on ne vient pas en vacances. J'espère que le Royaume-Uni va pouvoir juguler ce variant indien, le plus vite possible...

Q - Mais pour le moment, c'est le seul pays qui vous inquiète ou est-ce qu'il y a d'autres pays qui pourraient subir les mêmes mesures que subit le Royaume-Uni, depuis quelques jours ?

R - Nous avons une surveillance généralisée avec nos amis européens. Dans le cadre de la réouverture, à partir du 9 juin, du tourisme international, on travaille avec les Européens à établir une liste. Il y a la liste des pays verts, c'est-à-dire les pays dans lesquels la situation sanitaire permet de relancer les flux sans motif impérieux, et donc, c'est une première liste. Il y aura une liste de pays "rouges", c'est-à-dire où la situation sanitaire fait qu'on maintiendra des motifs impérieux. Et entre les deux, nous aurons des pays sur lesquels nous demanderons un certain nombre de précautions. On est au travail là-dessus...

Q - Mais nous la connaîtrons quand cette liste ? Parce qu'elle est attendue par beaucoup de gens maintenant cette liste.

R - Tout à fait. Déjà c'est un travail que l'on fait en européens pour se coordonner au maximum. Le CDC européen doit nous donner un certain nombre d'éléments pour pouvoir arrêter cette liste, sachant que les Etats membres aussi pourront l'adapter. C'est pour cela que c'est très important de se parler entre collègues européens parce qu'il peut exister des tentations de certains d'ouvrir peut-être plus largement que ce que la majorité souhaiterait...

Q - Cela veut dire qu'il y a des divergences au sein de l'Union européenne ?

R - Le dialogue est franc et parfois viril, pour dire les choses.

Q - Qui ? Entre qui et qui ?

R - Nous voyons bien qu'un certain nombre de pays du Sud, je pense à l'Espagne, au Portugal, à la Grèce, ont cette tentation d'ouvrir vite et fort. Nous pensons qu'il faut garder, encore une fois, une certaine vigilance et prudence, parce qu'en réalité, si l'on prend le tourisme international en France, comme en Espagne ou en Italie, il est quand même aux deux tiers le fait des clientèles européennes elles-mêmes. Donc nous avons, en nous-mêmes, un socle domestique qui est important et qui permet quand même déjà de relancer nos économies.

Q - Mais juste sur la date de cette liste, cela sera quand ?

R - Sous une dizaine de jours, je pense. Il faut que nous aboutissions pour pouvoir être prêts au 9 juin.

Q - Oui, mais une dizaine de jours, c'est le 9 juin... Il n'y aura pas le temps de s'organiser.

R - Nous espérons pouvoir finaliser cette liste dans la semaine à venir, bien sûr.

Q - C'est quand même la quadrature du cercle pour vous, parce que la tentation en France aussi d'ouvrir et d'inviter les Européens et non-Européens à revenir, une certaine clientèle parce que le tourisme... on évoque toujours les pays du Sud, l'Italie, l'Espagne, mais la France est un grand pays, très grand pays de tourisme.

R - Bien sûr, on est le premier d'ailleurs en termes d'attractivité internationale.

Q - Alors, vous mettez le curseur où ?

R - Nous, nous souhaitons la relance, mais relance et vigilance. Pour la relance, nous faisons une grande campagne européenne avec Atout France, avec les régions, les territoires. Nous mettons dix millions d'euros sur la table.

Q - Donc, vous allez chercher des touristes ?

R - Nous allons chercher des touristes européens parce que c'est un socle très fort, ce sont les deux tiers aux trois quarts des clientèles internationales. Je peux même vous dire d'ailleurs que l'été dernier, j'avais été les chercher, même, à la frontière, je me souviens des Belges, dès la réouverture. La France avait d'ailleurs mieux résisté que l'Espagne, que l'Italie. Nous n'avions perdu "que", entre guillemets, 50% de recettes internationales, là où ils en avaient perdu 75%. Et donc, avec cette campagne de promotion, j'entends bien que l'été bleu-blanc-rouge, qui est mon mot clé, se décline dans toutes les langues, en allemand, en néerlandais...

Q - On va parler de cette question du tourisme, promis, dans quelques secondes, mais j'ai juste encore deux questions pratiques sur les réouvertures et, justement, les circulations entre les pays. A l'heure actuelle, quand on vient d'un pays hors de l'Union européenne, on est soumis à un isolement de sept jours, qui est obligatoire. Est-ce que, dans les jours à venir, les personnes qui sont vaccinées, ne seront plus soumises à cet isolement ? Et même pour toutes les personnes, il sera levé quand cet isolement de sept jours ?

R - Comme je vous le disais, nous sommes en train de travailler sur ces listes de pays verts, rouges, et entre les deux oranges. Après, au sein de ces différentes catégories de pays, quels sont les prérequis pour pénétrer sur le sol européen et français, selon que nous sommes vaccinés ou pas ? Il y a cette question du pass sanitaire, du certificat vert numérique européen et montrer que : soit on est vacciné, soit on a un test négatif, soit on est immunisé. Donc, on est vraiment à la tâche, là-dessus.

Q - Cela veut dire que peut-être, si l'on est vacciné, il n'y aura plus d'isolement ?

R - Qu'on soit vacciné ou qu'on produise un test PCR négatif, quand on vient d'un pays vert...

Q - Donc, la vaccination ne sera pas un critère.

R - On imagine bien que lorsque l'on arrive, il ne faut plus d'isolement, sinon il n'y a tout simplement plus de tourisme possible. Donc c'est aussi cela l'intérêt de classer les pays selon leur état sanitaire, c'est d'avoir des contraintes qui sont plus ou moins fortes. Naturellement, nous espérons bien accueillir les clientèles des pays verts et, je l'espère, de mon côté, également des pays oranges, je pense par exemple aux clientèles américaines. Le Président de la République d'ailleurs a émis le souhait qu'on puisse accueillir ces clientèles, dès le mois de juin. Il s'est adressé aux Américains sur CBS chez vos confrères, mi-avril, et je peux vous dire que depuis, nous avons vu un rebond dans les réservations des Américains qui, dès le mois de juin, souhaitent venir en France et font des réservations, c'est très encourageant, pour l'arrière-saison et c'est très important pour des territoires comme Paris, comme la Côte d'Azur, qui ont souffert l'année dernière de l'absence des clientèles internationales lointaines.

Q - Donc, votre souhait, c'est de redémarrer le tourisme à l'international dès le 9 juin, avec une liste de certains pays ?

R - A l'international, sur les pays émetteurs dont la situation sanitaire le permet. Encore une fois, il ne faut pas faire n'importe quoi, parce que les professionnels du tourisme ont souffert de ces différentes vagues, et maintenant qu'ils rouvrent, ils souhaitent rouvrir de façon pérenne et c'est aussi la responsabilité de tous de faire attention.

Q - Et justement on parle tourisme. Avec des nouveautés, notamment cette explosion du camping, qui a priori va doubler sa fréquentation, là, dans les prochaines semaines. Comment on l'explique d'ailleurs ce bond en avant du camping ?

R - Nous avions déjà vu ces tendances à l'oeuvre, l'été dernier, les campings avaient fait de beaux résultats. Et peut-être quelques éléments pour accréditer ce que vous évoquez, depuis un mois les campings sont à plus 100% de réservations, par rapport aux années précédentes. Donc, c'est énorme, considérable. Je tire mon chapeau à tous ces professionnels de l'hôtellerie de plein air. Je travaille beaucoup avec Nicolas Dayot, le président de la Fédération nationale, et je peux vous dire qu'ils ne restent pas les deux pieds dans le même sabot : ils innovent, rénovent, ils font évoluer leurs établissements avec toujours plus de confort, beaucoup d'activités. Ce sont des gens très courageux et je peux vous dire qu'effectivement, les Français reprennent bien volontiers le chemin de ces espaces.

Q - L'actualité est favorable au plein air, mais pourquoi ? Pour des raisons économiques, pour des raisons sanitaires ? Une question de goût ?

R - Je crois qu'il y a le souhait aussi de plus rester en France que par le passé parce que, finalement, on est bien chez soi. Et je confirme que vous pouvez faire le tour du monde en faisant le tour de France, tellement il y a une diversité de paysages, une variété de patrimoine, etc. Je crois qu'en France, c'est unique. Vous pouvez trouver cinquante nuances de vacances, et ce n'est pas partout. Il y a des destinations ailleurs dans le monde qui sont quand même très centrées sur un produit, mais nous, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses.

Q - Est-ce que cela veut dire que ce matin vous dites aux Français "restez passer vos vacances en France cet été" ?

R - Je ne suis pas dans les injonctions parce que les Français en ont soupé des injonctions et des contraintes, mais j'essaie au moins de les convaincre que la France est le meilleur choix, parce qu'encore une fois ils en prendront plein les mirettes. En plus, il y a plein de territoires peut-être encore trop méconnus, ou au sein de territoires très visités, plein de pépites encore à découvrir. Vous receviez auparavant un parlementaire de la région sud, et par exemple François de Canson, le président du CRT de la région Sud, présentait hier justement, un certain nombre de nouveaux parcours qui vont être mis en avant par la région sud pour inciter à sortir des sentiers battus.

Q - Cela veut dire que vous travaillez avec les collectivités territoriales pour attirer les touristes français dans leur région ou dans les régions voisines ?

R - Bien sûr. Avec Atout France, nous avons lancé une campagne qui s'appelle #jeredecouvrelafrance, et l'idée c'est justement de les inciter à rester ici. Je suis conscient que nous avons des professionnels du tourisme qui sont également orientés vers l'envoi de touristes français vers l'étranger, notamment les agences de voyage, les entreprises du voyage. Donc, ce que je veux leur dire, c'est que nous continuons à être à leurs côtés parce que pour eux, en termes de réservations, cela repart, mais c'est quand même plus faible que par le passé. Donc nous allons maintenir nos dispositifs de soutien aux acteurs du tourisme qui continuent à plus souffrir que les autres. D'ailleurs, Bruno Le Maire et Olivier Dussopt ont annoncé hier les mesures du collectif budgétaire, 15 milliards d'euros de soutien encore aux secteurs les plus touchés. Cela s'adressera aussi à eux.

Q - Maintenir jusqu'à quand, justement ? Est-ce que les mesures de soutien des gens qui vivent du tourisme, notamment du tourisme international, vont être maintenues jusqu'à ce que les touristes étrangers puissent revenir en masse ?

R - On a fait la preuve depuis 14 mois qu'on a toujours su adapter les dispositifs et les maintenir.

Q - Donc, cela veut dire que cela sera un maintien à plus long terme pour le secteur du tourisme international.

R - Nous faisons en sorte que pour juin, juillet, août, septembre, pour les secteurs les plus impactés, nous soyons encore au rendez-vous avec le fonds de solidarité qui évolue, d'ailleurs, qui est plus facilement accessible en termes de perte de chiffre d'affaires. Puis on compense les pertes mais de façon décroissante, avec l'activité partielle, avec des restes à charge qui vont progressivement augmenter, mais on est encore là. Je crois que le secteur du tourisme est une priorité nationale, cela a été clairement établi par le Président de la République, par le Premier ministre. Le Premier ministre l'a montré hier : nous étions en déplacement en Savoie, à Bourg-Saint-Maurice et aux Arcs, pour évoquer l'avenir de la montagne française, et cela fait bien longtemps que des gouvernements n'avaient pas mis autant non seulement de moyens, mais également d'outils, pour le tourisme en France.

Q - Sur la fréquentation, pour fermer le chapitre, est-ce que Paris, compte tenu de ces nouvelles pratiques, de ces nouveaux goûts, peut perdre son statut de première destination touristique française ?

R - Je suis confiant sur le fait que Paris est une destination qui sera résiliente, mais elle a besoin de retrouver ses clientèles internationales. Cela va être le cas pour les Américains, pour quelques clientèles internationales, mais les clientèles asiatiques, qui sont très importantes, vont mettre plus de temps à revenir. On voit bien que du côté des Chinois, ce n'est pas avant la fin de l'année, début de l'année prochaine.

Q - De votre fait ou du leur ?

R - En réalité, on le voit, en Asie, les procédures d'admission ou de réadmission dans ces pays sont ultra-contraignantes. Ce sont des quatorzaines qui durent parfois trois semaines, donc c'est vous dire ce que c'est, et en réalité, cela tue toute velléité de tourisme international. Mais nous avons bon espoir qu'à partir de 2022, ce moteur des clientèles asiatiques repartira.

Q - On va parler de la montagne, puisque vous le disiez, vous étiez hier en Savoie pour le Plan montagne, 650 millions d'euros qui ont été annoncés par Jean Castex. Quand les professionnels en verront-ils concrètement la couleur, de cet argent ?

R - J'espère très vite, au sens où maintenant nous avons donné des outils pour que les acteurs de la montagne puissent lancer des investissements. Je l'ai dit d'ailleurs au président des domaines skiables de France, Alexandre Maulin. Ce sont des outils très intéressants parce qu'on mobilise des fonds d'épargne de la Caisse des dépôts qui permettent des différés de remboursements de cinq ans. Cela veut dire que vous pouvez investir, ne rien payer en mensualités pendant cinq ans, et cela permet de soutenir aussi tout ce que l'on appelle l'amont. L'amont c'est quoi ? Ce sont ces professionnels, les POMA, les MND etc., qui sont une vraie filière d'excellence de la France, notamment à l'export, et qui sont celles et ceux qui permettent aux domaines skiables français d'être au top niveau. Aujourd'hui, cet argent est annoncé, il est là, prêt à être engagé, et pour être engagé, il faut aussi que les territoires mûrissent des projets. Donc, on a aussi mis en place avec Joël Giraud des crédits dédiés à l'ingénierie pour faire mûrir les projets. Mais tout est prêt et désormais, les investissements peuvent se faire, je le souhaite, dès cet été. Et tout cela vient en plus de 5 milliards d'euros d'aide d'urgence qu'on a mis en place depuis le mois de décembre, parce qu'effectivement la montagne française a connu un choc considérable...

Q - 10 milliards de pertes, c'est l'estimation qui a été faite. Certains élus effectivement saluent, beaucoup d'élus saluent les aides qui ont été annoncées hier, mais cela reste très partiel par rapport aux 10 milliards...

R - Parlez aux professionnels du tourisme, écoutez-les, je les écoutais chez certains de vos confrères ce matin, eux, ils disent merci. Ils disent merci parce qu'ils savent qu'ils n'auraient pas tenu le choc si on n'avait pas mis en place tous ces dispositifs d'urgence.

Q - Ils disent merci, mais ils disent quand même qu'ils vont avoir besoin de plus. Est-ce qu'il y a un second plan qui est en prévision ? Est-ce qu'il y aura d'autres annonces ?

R - On n'a pas engagé le premier euro d'un plan de 650 millions d'euros, de crédits nouveaux, qui vont générer 1,8 milliard d'investissement, qu'on pose la question du deuxième plan. Déjà, dépensons et investissons tout ce qui est prévu. On ne laisse pas tomber la montagne, les acteurs le savent. Nous sommes, avec Joël Giraud, nous avons fait le tour de France des massifs, et nous continuerons. Je suis très attentif à la montagne parce que c'est une composante essentielle du tourisme tricolore et d'ailleurs, je peux vous dire qu'elle a pris des couleurs l'été dernier. Je pense que l'été qui s'annonce sera aussi un très bel été pour la montagne. On l'a vu en échangeant, hier, avec les acteurs du tourisme, aux Arcs et à Bourg : ils nous disent qu'ils voient énormément de réservations se faire, parce que l'idée, c'est aussi que cette montagne devienne "quatre saisons". Naturellement, les activités ski demeurent très importantes, il ne faut pas leur tourner le dos, mais maintenant avec les vélos à assistance électrique etc., il y a de nouvelles offres, de nouvelles activités qui sont possibles.

(...)

Q - Merci Jean-Baptiste Lemoyne d'avoir été notre invité.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 mai 2021