Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France 2 le 31 mai 2021, sur la politique économique du gouvernement.

Texte intégral

CAROLINEROUX
Bruno LE MAIRE, le ministre de l'Economie. Alors après avoir ouvert les vannes de la dépense publique au nom du quoi qu'il en coûte pour accompagner la crise sanitaire, il doit trouver les moyens d'une sortie des aides en douceur. Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Merci d'être notre invité ce matin. Alors vous allez présenter un projet de loi de finances rectificatif mercredi, vous prévoyez encore 22 milliards supplémentaires pour aider les entreprises à faire face à la crise sanitaire, quel est le niveau attendu pour l'année en cours du déficit public ?

BRUNO LE MAIRE
Alors nous nous attendons un déficit public de 9,4 % pour 2021 qui est lié à 3 choses. la première, c'est que nous reportons un certain nombre de dépenses de 2020 sur 2021, c'est des crédits pour le fonds de solidarité, pour le soutien aux entreprises qui n'avaient pas été consommé, 29 milliards d'euros, parce que nous continuons à aider un certain nombre de secteurs et d'entreprises même si progressivement nous allons supprimer ces aides et en troisième lieu parce que il y a une partie du plan de relance qui est décaissé, c'est de l'investissement, c'est de l'argent pour investir et relancer l'économie, ça nous donne ce déficit de 9,4%.

CAROLINE ROUX
Qui est pire que celui de 2020.

BRUNO LE MAIRE
Mais qui est la prolongation de l'effort que nous avons fait pour protéger notre économie et en même temps l'accroissement de cette relance économique que nous voulons pour avoir ce 5% de chiffre de croissance qui reste notre objectif.

CAROLINE ROUX
Auquel vous croyez toujours ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas que je crois, c'est que je suis convaincu que nous ferons 5% de croissance en 2021 et que nous retrouverons au début de l'année 2022 le même niveau de développement économique que celui que nous avions avant crise. Donc nous aurons effacé en un peu plus de 2 ans la crise économique et retrouvé le niveau de croissance que nous avions avant. Je rappelle d'ailleurs puisque l'INSEE a révisé un certain nombre de ces chiffres, l'INSEE a aussi révisé à la hausse les chiffres de croissance de 2018 et 2019 à 1,9% et 1,8%, c'est la preuve que la politique économique que nous avons conduit avec le président de la République depuis le début du quinquennat est efficace et donne des résultats.

CAROLINE ROUX
La reprise, l'activité au 1er trimestre a été un peu en dessous des prévisions, quels sont les freins à la croissance que vous n'aviez pas anticipé, pourquoi ça a pas repris aussi fort que vous l'imaginiez ?

BRUNO LE MAIRE
D'abord c'est la vision mécanique, c'est aussi parce que nous avions eu une récession moins forte en 2020 que nous avons au début de l'année, un chiffre qui est moins satisfaisant. Mais il y a 2 francs aujourd'hui, c'est d'abord le recrutement, il y a des difficultés à l'embauche, on le voit dans le secteur de l'hôtellerie, de la restauration, beaucoup de secteurs qui cherchent ou dans le bâtiment chez les couvreurs, beaucoup de secteurs qui cherchent des emplois et qu'ils n'arrivent pas à trouver les qualifications dont ils ont besoin. Le deuxième frein, mais qui est un frein conjoncturel…

CAROLINE ROUX
Vous pouvez les aider, pardon sur le premier frein, vous pouvez les aider ?

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr avec Elisabeth BORNE, on n'accentue de tous les dispositifs de formation, de qualification pour que ces secteurs aient les employés dont ils ont besoin. Le deuxième frein, c'est le coût des matières premières, ces difficultés d'approvisionnement quand vous chercher du bois, de l'acier, de l'aluminium, du zinc pour faire juste bon elle de la couverture de toi ; vous avez du mal aujourd'hui à trouver et vous approvisionner.

CAROLINE ROUX
160 milliards d'euros qu'on amassait les Français pendant cette crise sanitaire, c'est l'épargne des Français, alors il n'y aura pas de mesures fiscales pour inciter aux donations, il y aura pas d'incitations ciblées par exemple pour favoriser l'achat de produits français, vous comptez juste sur la bonne volonté des Français, la confiance qu'ils auraient dans l'économie ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas de la bonne volonté, vous savez pour bien gérer cette crise il faut à la fois dialoguer avec tous les secteurs, avec toutes les activités qui sont concernées et puis il faut anticiper et suivre de manière quotidienne l'évolution de notre économie. Aujourd'hui ce que nous constatons c'est qu'au moment de la réouverture les Français se sont mis à consommer, vous voyez bien dans les restaurants, dans les bars, dans l'habillement nous avons des chiffres très satisfaisant. Donc le problème français n'est pas un problème de demande et ma responsabilité de ministre de l'Economie et des Finances, c'est de donner le meilleur pour les Français et de répondre aux difficultés de l'économie française. La vraie difficulté de l'économie française, c'est sa capacité à produire des produits de qualité, innovants, attractifs pour les Français et pour le reste du monde. Et c'est là-dessus que progressivement après avoir protégé, nous allons mettre le paquet avec le président de la République et le Premier ministre, investir, innover pour avoir une croissance plus décarbonée…

CAROLINE ROUX
Sur réindustrialisation aussi ?

BRUNO LE MAIRE
C'est la réindustrialisation, c'est les relocalisations industrielles, je regarde les résultats, là aussi ils sont satisfaisants. Vous avez aujourd'hui sur tous les dispositifs de soutien à l'industrie des PME industrielles un succès considérable de notre économie.

CAROLINE ROUX
Alors la droite elle a une idée pour que les Français fassent appel à leur épargne et consomment davantage, elle dit il faut baisser la TVA dans les secteurs les plus heurtés par la crise.

BRUNO LE MAIRE
Oui mais elle propose également si j'ai bien lu les propositions des uns et des autres et je les regarde attentivement, elle propose également de supprimer l'ensemble des cotisations sur les salaires, donc dans le fond d'un côté elle dit je vais baisser massivement la TVA, je vais baisser les impôts et puis de l'autre elle va supprimer les cotisations sociales, donc elle va être obligée pour financer les crèches, les hôpitaux, pour financer notre protection sociale, elle va être obligée d'augmenter des impôts. Donc ce que proposent Les Républicains, c'est de déshabiller Paul pour habiller Jacques, ça fait preuve d'une incohérence totale et une politique économique d'une grande nation comme la France, ce n'est pas le concours Lépine de la proposition la plus ébouriffante tous les 4 matins.

CAROLINE ROUX
Ça a commencé ?

BRUNO LE MAIRE
Mais oui ça a commencé et c'est une proposition incohérente sur l'autre. Nous nous tenons une ligne cohérente depuis 2017 qui tourne autour de choses simples, le travail, valoriser le travail, investir pour avoir des produits de meilleure qualité, innover et décarboner, voilà les 3 piliers de notre politique économique pendant un an, un an et demi nous avons dû faire face à la crise donc nous avons dépensé pour protéger, mais nous reviendrons à ces fondamentaux en accentuant la décarbonation et le respect de l'environnement.

CAROLINE ROUX
Et est-ce que vous reviendrez à, à ce qui était un de vos fondamentaux aussi, le rétablissement des comptes publics, est-ce que vous souhaitez-vous Bruno LE MAIRE que ce sujet-là soit un sujet qui soit placé au coeur de la campagne présidentielle ou est-ce que parce qu'on est à l'ère du quoi qu'il en coûte, ce ne sera pas un sujet ?

BRUNO LE MAIRE
Mais le quoi qu'il en coûte doit prendre fin, le quoi qu'il en coûte n'est pas tenable sur le long terme parce que le quoi qu'il en coûte, si vous le laissez en l'état pendant 3 ans, 4 ans, 5 ans, ça n'est plus nécessaire, quand l'économie a repris des couleurs, ça se traduit forcément par l'augmentation des impôts, or nous là aussi nous sommes cohérents nous ne voulons aucune augmentation d'impôts, ni sur les entreprises, ni sur les ménages. Donc ce que je souhaite…

CAROLINE ROUX
Comment vous allez arbitrer ?

BRUNO LE MAIRE
… c'est que plus largement, plus largement la politique économique, ce qu'on veut comme économique pour la France et pour les Français soit un des grands sujets de l'élection présidentielle parce que sur ce domaine-là, sur ce thème-là avec Emmanuel MACRON nous avons depuis 2017 obtenu des résultats, que nous savons où nous voulons aller, une économie plus décarbonée, plus compétitive, plus juste.

CAROLINE ROUX
Marine LE PEN, vous parliez du concours Lépine, elle propose par exemple une dotation en fonds propres égal à son propre rapport pour des jeunes qui monteraient par exemple leur entreprise ainsi qu'une exonération totale d'impôt sur les sociétés et d'impôt sur le revenu sur 5 ans.

BRUNO LE MAIRE
Mais on peut aussi supprimer les impôts de tout le monde, mais à un moment donné il faut bien payer les services publics. Je vois qu'elle propose aussi un prêt qui doit se transformer ensuite en don de 100 000 euros pour un 1er enfant, qui devient un don 3e enfant, il y a 750 000 naissances environ par an, ça fait 75 milliards d'euros à dépenser. Elle propose de revenir à la retraite à 60 ans, ça coûte 40 milliards, ça vous fait déjà 115 milliards d'euros de dépenses plus les suppressions d'impôts que vous venez d'annoncer. Je pose juste une question à Marine LE PEN, comment finance-t-elle ces dizaines de milliards d'euros de dépenses supplémentaires, qui en plus ne sont pas des dépenses exceptionnelles, c'est des dépenses récurrentes qui reviendront chaque année. Le programme de Madame LE PEN, c'est le train qui fonce dans le mur en klaxonnant et plus on parle fort plus on a la garantie que tout ça n'ira nulle part.

CAROLINE ROUX
Elle sera notre invitée cette semaine, je lui poserai la question. Certains économistes comme Larry SUMMERS estiment que nous entrons dans une longue période d'inflation, elle a déjà commencé aux Unis l'inflation, est-ce que vous anticiper une hausse de l'inflation et est-ce que vous la redoutez ?

BRUNO LE MAIRE
Il a objectivement une hausse de l'inflation, mais c'est le résultat du retour de l'activité aux Etats-Unis, en Europe et donc il est naturel qu'il y ait un retour de l'inflation. mais c'est pour ça aussi que je plaide pour du sérieux dans les politiques économiques, c'est quelque chose de trop important pour les Français, derrière c'est leur emploi, c'est leur épargne, c'est leur revenu, simplement leur niveau de vie qui est en jeu, donc on ne peut pas jouer comme le font Les Républicains et comme le fait le Rassemblement national avec les économies des Français, avec leur épargne, avec leurs impôts, avec leur niveau de vie, il faut du sérieux, de la cohérence et de la stabilité.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'avoir été notre invité ce matin.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.


Source : service d'information du gouvernement, le 1er juin 2021