Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec BFM Business le 9 juin 2021, sur le tourisme en France et l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

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Texte intégral

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, bonsoir, merci d'être avec nous. Vous êtes donc le secrétaire d'Etat en charge du tourisme et de la Francophonie et vous revenez d'une tournée européenne. Plusieurs questions à vous poser, d'abord sur cet acte III du déconfinement. Un mot sur ce qui s'est passé, hier, sur cette gifle qu'a reçue le Président de la République, on voit quand même qu'il y a une violence qui est encore là, latente, il y avait même des gilets jaunes qu'on a fait évacuer avant. Cela peut-il faire peur aux touristes en disant ça y est, la France est repartie avec ses vieux démons ?

R - Sur l'événement d'hier, il ne faut pas banaliser parce qu'effectivement c'est une violence symbolique très forte, en même temps, là où je veux relativiser, c'est que, j'étais la semaine dernière aux côtés du Président de la République pour son premier déplacement, c'était dans le Lot, à Saint-Cirq-Lapopie, et je peux vous dire que l'accueil était très bienveillant, des Français avec lesquels l'échange et le dialogue s'est passé dans de très bonnes conditions. On voit aussi des profils qui sont en train d'être décortiqués, et je pense que cela relève un peu d'actes isolés ; mais, cela étant, le sujet de la sécurité, vous avez raison, il est important. Et par exemple, sur le marché néerlandais, j'étais, avant-hier, à Amsterdam, en rencontrant les voyagistes, effectivement, ils m'ont signalé que c'était aussi un point d'attention qui émergeait dans les préoccupations des voyageurs néerlandais, s'agissant de la France.

Q - Il y a eu les gilets jaunes, l'Arc de triomphe, des événements... les attentats, évidemment.

R - C'est pour cela que, vous avez vu que nous ne sommes pas en arrière de la main, du point de vue des moyens qui sont alloués aux forces de sécurité, par exemple, en termes de recrutement, les 10.000 personnels, en termes de renouvellement de matériel, et ce travail de police-justice qui doit toujours être plus efficient pour résoudre tout cela.

Q - Le problème de la sécurité, c'est quelque chose qui remonte lorsque vous faites votre tour de piste européen ?

R - Je l'ai entendu aux Pays-Bas, ce n'est pas revenu, par exemple, j'étais hier en Belgique et ce n'était pas dans les sujets évoqués. En revanche, ce que je peux vous dire, et je vais poursuivre ce tour d'Europe, - je serai lundi prochain en Italie, et j'irai en Suisse, en Allemagne etc.-, je peux vous dire qu'il y a une envie de France et que cette envie de France se manifeste non seulement à travers l'intérêt dans les requêtes sur internet mais aussi dans les réservations. Et c'est très intéressant de voir par exemple que nos amis belges pour qui la France est le premier pays de destination pour les vacances, non seulement ils confirment, mais il y a 10 points de plus de Belges qui vont venir en France pour l'été, c'est-à-dire que, véritablement, je pense que la France sera un tube de l'été, en Europe, parce qu'il y a aussi ce souhait d'un tourisme plus de proximité, plus en circuit court. Et, que vous soyez des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg, de l'Allemagne ou de Suisse, à quelques heures de voiture, vous avez énormément d'offres, d'activités, et surtout, une très grande variété et diversité de ces activités.

Q - En même temps, les premiers pourvoyeurs de tourisme c'est l'Allemagne, et les Britanniques, malgré tout. Or, les Britanniques ont le variant indien que l'on appelle maintenant le variant delta. Quelle est votre position, faut-il les faire venir ou non ?

R - Nous avons une position qui est que l'on veut remettre de la circulation au sein de l'espace européen. Cet espace de l'Union européenne et quelques pays supplémentaires, en revanche, s'agissant des frontières extérieures et des Etats tiers à l'Union européenne, nous avons une vision plus stricte : on cherche vraiment à mettre de la sécurité sanitaire et donc à se préserver de la diffusion des variants. C'est pour cela, par exemple, et c'est vrai que c'est un choix que nous avons fait, sur le Royaume-Uni, pour l'instant, on l'a placé dans notre liste avec le code couleur orange.

Q - On va réexpliquer : donc, à partir d'aujourd'hui, il y a trois couleurs, c'est comme le feu rouge.

R - Exactement. Rouge, ce sont les pays, où le virus, et les variants circulent de façon très active. Cela concerne les pays comme l'Afrique du Sud, comme l'Inde... Il y a plus d'une dizaine de pays.

Q - Les Chinois ?

R - Non, la Chine n'est pas là-dedans. Et là, vous ne pouvez pas vous déplacer pour un motif de loisir. Donc, pas de vacances possibles. Ce sont uniquement les motifs impérieux, donc c'est une liste très restreinte. Et ensuite, on a les pays verts, les pays pour lesquels la situation est sous contrôle, le virus est maîtrisé. Et donc cela concerne des pays comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud, l'espace européen. Et puis, entre les deux, c'est le reste du monde, et notamment le Royaume-Uni. Et donc, cela veut dire pour le Royaume-Uni qui relève de cette catégorie orange que les personnes vaccinées peuvent pénétrer sur le sol européen et sur le sol français ; en revanche, ce n'est pas le cas pour les personnes qui ne sont pas vaccinées ; parce que les personnes non vaccinées relèvent des motifs impérieux.

C'est un choix que l'on fait, sachant qu'effectivement, les Britanniques, c'est un gros marché.

Q - C'était treize millions l'année dernière.

R - Mais on veut faire une réouverture, vous l'avez vu, qui soit progressive et qui ne remette pas en cause la pérennité de cette réouverture. Parce que rien ne serait pire que de devoir refermer parce qu'on aurait un variant qui se serait introduit. Donc, on sera en vigilance tout l'été, sur un certain nombre de situations dans le monde entier pour s'assurer...

Q - Justement ! Quel message vous dites aux hôteliers ?

R - C'est un message à la fois de confiance, parce que je pense qu'ils le voient, les uns et les autres, en tout cas j'ai beaucoup de témoignages qui me remontent en direct, les carnets de réservation se remplissent. Et c'est une bonne nouvelle. Certains sont d'ailleurs en avance de réservation par rapport à 2019 qui, elle-même, était une année record pour la France. Donc c'est intéressant, parce que vraiment cela repart très fort.

Q - Vous avez les chiffres, donnez les nous. Je vois que vous les avez devant vous.

R - Quelques chiffres qui ne sont pas que dans l'hôtellerie, mais d'ailleurs le taux d'occupation de l'hôtellerie en France au mois de mai, il est supérieur de 6 points à la moyenne européenne. Donc, vous voyez que la France s'en tire plutôt pas mal. On est mieux que les voisins. Pour autant, on est tout de même à moins x% par rapport aux années précédentes. Mais s'agissant de l'été, on voit par exemple sur les réservations de maisons, de meublés, qu'on est à plus 30% par rapport à 2019 - encore une fois je fais référence non pas à une année "Covid", mais une année qui était une très bonne cuvée -. Et de la même façon, du côté de l'hôtellerie de plein air, où ils sont en avance de réservation, comme les gites de France sont en avance de réservation de 3 à 8 points en juillet et en août. Donc, c'est vous dire que l'été s'annonce bien. Naturellement, on va continuer avec cette incitation à rester en France. Le Président de la République l'a dit, la semaine dernière, dans le Lot : les vacances, c'est en France.

Q - Mais est-ce que les réservations sont déjà au taquet ?

R - Il y a des territoires dans lesquels, effectivement, on arrive à être un peu en tension. On voit qu'il y a un très gros succès des littoraux, du littoral atlantique, du littoral méditerranéen. Aux trois-quarts, les réservations se font aussi sur ces territoires. Mais la campagne connaît aussi un beau succès, de belles croissances, sur des territoires comme la Dordogne, le Lot, l'Ardèche, la Drôme, où l'on voit une envie de grands espaces et de se retrouver en famille, plutôt dans des maisons, c'est un peu la tendance.

Q - Qu'est-ce qu'ils doivent demander aux touristes qui descendent chez eux, les hôteliers ?

R - Rien. C'est le franchissement des frontières...

Q - C'est juste le franchissement des frontières ? On peut se poser la question. Parce que vous venez en voiture, on ne va peut-être pas tous vous demander un test PCR ou un pass sanitaire. Si je viens en voiture d'Italie, je ne pense pas qu'on me demande tout cela...

R - Mais d'ailleurs, le fait de demander n'est pas inscrit dans la loi. C'est-à-dire que le pass sanitaire ne fonctionne que pour un certain type d'événement, ou de RP accueillant plus de mille personnes. C'est le cas pour les foires et salons, c'est le cas pour un certain nombre d'événements sportifs, quand on est à plus de mille etc. Mais c'est très encadré par la loi de sortie d'état d'urgence qui a été adoptée.

Q - Depuis ce matin, à Bruxelles, on n'a plus besoin de masque à l'extérieur, est-ce qu'on peut imaginer que ce soit le cas pour cet été, pour les touristes étrangers qui viennent en France, et accessoirement pour nous ?

R - On touche du bois. Le Président de la République a signalé que jusqu'à la fin du mois il fallait garder les précautions qui étaient les nôtres. J'espère que, d'ici là, on pourra donner des perspectives pour, justement, juillet et août. Et même si le masque tombe, il faudra rester raisonnable. Ce que je veux dire, c'est qu'il faudra combiner crème solaire qui est le réflexe habituel avec les gestes barrières.

Q - Donc, il y a quand même une chance qu'il n'y ait plus de masques ? Vous espérez ? Pour les touristes, cela serait mieux.

R - Oui. D'ailleurs, des territoires en France, sous l'autorité du préfet, ont pu permettre d'enlever le masque, sur certaines parties de villes ou de communes. Il faudra donc aussi tenir compte des circonstances locales.

Q - Test PCR gratuit pour les touristes étrangers, vous l'aviez annoncé, ici, Jean-Baptiste Lemoyne. Sur le moment, je m'étais dit "cela va coûter quand même très cher". Cela va coûter cher, mais vous m'avez dit "oui, mais c'est bon pour l'attractivité de la France". Vous maintenez ?

R - Exact, je vous le confirme. D'ailleurs, dans les échanges que nous avons eus avec les voyagistes du Benelux...

Q - On est le seul pays par rapport à la Grèce, l'Italie, l'Espagne, ils n'ont pas les moyens de faire cela ? Et la France a les moyens, ou du moins, elle prend les moyens ?

R - Je trouve que c'est un vrai atout. Quand vous prenez une famille de quatre personnes, les parents, les enfants, et qu'au retour, votre pays de résidence vous demande de faire un test, là, vous l'avez pour zéro euro, alors qu'en moyenne, en Espagne, au Portugal, c'est cent euros, le test ; en Italie, en Grèce, c'est 60 euros. Donc, quatre fois cent, cela fait 400 euros, cela peut vous faire quelques nuitées de plus, ou quelques repas. Donc, cela compte et c'est un argument que j'utilise, effectivement. Il y a, dans la campagne de promotion qu'on a lancée avec Atout France, avec les régions, les destinations, nous avons mis dix millions d'euros sur la table. On met aussi en avant, naturellement, tous nos paysages, nos activités, qui sont à couper le souffle. Il ne faut pas faire cocorico, mais c'est la réalité.

Q - Combien cela va coûter, vous le savez ?

R - On ne l'a pas chiffré en tant que tel. Je ne peux pas vous donner un chiffre. On a un principe de base qui est que toutes les personnes, sur le sol national, peuvent avoir ces tests de façon gratuite. C'est d'ailleurs l'idée, de se mettre en sécurité nous-mêmes. C'est-à-dire qu'on offre à chacun cette capacité. C'est aussi ce qui fait, je trouve, la grandeur du pays.

Q - Jean-Baptiste Lemoyne, j'ai encore une question sur les discothèques. Vous qui défendez la beauté de la France, dans ce débat qui monte, autour du rejet des éoliennes que l'on voit partout, dans des lieux comme la Creuse, que l'on voit devant des abbayes, que l'on voit au Cap Corse. Qu'en pense le secrétaire d'Etat au tourisme ? Quelle est sa position ?

R - Je vous confirme que je ne suis pas emballé par la prolifération de ces éoliennes. Dans l'Yonne, il y a un certain nombre de projets contre lesquels je me suis battu. Mais il y a une dizaine d'années, les gouvernements de l'époque ont, quelque part, désarmé les préfets et les élus, puisqu'il n'y avait plus de capacité pour les élus de réguler cela. C'est dommageable, on en voit aujourd'hui les résultats.

Q - Emmanuel Macron vient de faire sauter encore un obstacle juridique pour ceux qui veulent se battre contre les éoliennes.

R - Il faut sûrement un mix énergétique qui comprenne du renouvelable. Maintenant, il faut faire attention où cela est implanté, parce que nos paysages, c'est aussi notre force, et je peux vous dire que les gens viennent aussi pour cela, et pour notre gastronomie. Aujourd'hui, on rouvrait les restaurants à l'intérieur. J'étais avec Guillaume Gomez qui est chargé, justement, d'être notre ambassadeur de la gastronomie française. Cela va être une année aussi où l'on va promouvoir cette gastronomie, un forum français de la gastronomie, l'opération Goût de France/Good France que le Quai d'Orsay organise partout dans le monde, à l'automne, pour donner cette envie de redécouvrir les produits du terroir. Cela fait partie aussi, quelque part, de notre image.

Q - Toute dernière question, avec une réponse précise, la réouverture des discothèques. Le Président de la République a dit qu'il s'exprimerait le 21 juin. BFM Business dit que cela va rouvrir le 2 juillet. Avons-nous raison ?

R - Dans ces cas-là, je grille la politesse au Président. Il vous a donné rendez-vous le 21 juin, donc rendez-vous le 21 juin. Ce qui est sûr, c'est que depuis quinze mois, ils n'ont pas pu rouvrir un seul jour et que, par ailleurs, nous avons un été qui approche. Je fais confiance dans la capacité de ces professionnels à réguler les flux, à s'assurer que cela se passe bien, plutôt que d'avoir des jeunes qui vont aller réserver des appartements, aller sur les plages jusqu'à pas d'heure.

Q - Vous allez donc plutôt dans notre sens. Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne. Vous allez repartir faire votre tour d'Europe.

R – Exact.


Source : https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 juin 2021