Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'économie et des finances, sur les relations franco-espagnoles, l'épidémie de Covid-19 et l'immigration illégale, à Madrid le 9 juillet 2021.

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Circonstance : Conférence de presse conjointe avec Mme Arancha Gonzalez Laya, ministre des affaires étrangères, de l'Union européenne et de la coopération du Royaume d'Espagne

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Merci, Arancha, de ton accueil. Je dois vous dire, Mesdames et Messieurs, que je suis vraiment très heureux d'être ici à Madrid, un an, jour pour jour, après la venue d'Arancha à Paris. Je crois que c'est très utile que nous puissions reprendre nos rencontres en présentiel, et de manière bilatérale. On a échangé beaucoup en visio-conférence ces derniers mois. On s'est vu, lors de réunions multilatérales. Il est important aussi de se voir en bilatéral pour aborder l'ensemble des questions qui concernent notre forte relation mutuelle.

Tout cela avait déjà été évoqué lors du Sommet de Montauban, avec les deux présidents. Un calendrier a été mis en place et je me réjouis que nous nous orientions vers la préparation d'un traité bilatéral d'amitié et de coopération, dont le principe a été acté à Montauban, et qui va maintenant se dérouler pour, je l'espère, pouvoir se conclure au début de l'année 2022. On a décidé ensemble d'accélérer le processus pour manifester la force de notre relation par un traité. C'est une première, cela a beaucoup de sens et nous avons décidé, ce matin, d'accélérer nos travaux.

Evidemment, nous avons évoqué la question sanitaire et la question de la pandémie. Nous suivons les évolutions des reprises pandémiques, singulièrement dans la péninsule ibérique, mais pas uniquement, ailleurs aussi. Il faut le faire avec beaucoup d'attention. Nous avons bien évidemment échangé à ce sujet. Aujourd'hui comme hier, et comme nous le ferons demain, nous appelons chacun à la prudence, à la vigilance et la responsabilité. Nous appelons chacun à respecter les consignes sanitaires en utilisant le mieux possible les outils à notre disposition, en particulier le certificat sanitaire européen, qui doit être systématiquement contrôlé lors des déplacements. Il est hors de question pour nous de faire de la désignation de tel ou tel, mais au contraire de dire, c'est ensemble, les Européens, que nous devons vaincre cette pandémie, et nous n'en sortirons qu'ensemble. Et donc, il nous faut en permanence dialoguer, prendre les mesures complémentaires s'il faut en prendre pour nous permettre à tous de sortir le mieux possible de cette crise.

Nous avons pu approcher aussi toute une série de questions internationales ensemble. Nous avons des points de vue très proches sur beaucoup de sujets. Nous avons notamment évoqué les situations au Liban, en Libye. Nous avons aussi évoqué la question du Sahel où la présence espagnole est très significative contre le terrorisme, et pour préserver ce qui est notre frontière sud commune. Sur tous ces points, nos entretiens nous ont permis d'avoir vraiment une convergence de vue et nous ont permis de montrer que ce travail en commun est au service de la relation exceptionnelle qui unit nos deux pays. C'était une bonne étape, de bonnes retrouvailles après une période de visioconférences, essentiellement. Nous n'avions pas pu nous voir et c'est donc la première fois que je viens te rencontrer dans tes fonctions et dans mes fonctions. C'était parce que la pandémie nous empêchait de le faire. Je suis en tout cas ravi d'être là et de poursuivre avec toi cette relation de très grande qualité qui unit nos deux pays.


Q - Monsieur Le Drian, sur la question du tourisme : nous avons entendu, hier, le secrétaire d'Etat déconseiller les voyages de Français en Espagne à cause de l'incidence du covid. Aujourd'hui, nous avons entendu le ministre de la santé corriger un peu le tir en disant "pas de panique". Avez-vous des remarques particulières pour les Français souhaitant venir en Espagne et que dites-vous à ces touristes qui veulent venir en Espagne cet été ?

R - Vaccinez-vous. Français qui voulez aller en Espagne ou au Portugal en vacances, même ailleurs : vaccinez-vous. Le vaccin, c'est la porte d'entrée de l'Espagne.

Il ne faut pas sous-estimer les situations. Il faut les analyser objectivement, et faire en sorte que le dialogue soit permanent, et assumer nos responsabilités. On voit bien que la seule réponse sérieuse, c'est le vaccin. Il ne faut donc pas multiplier les chemins. Le vaccin et bien évidemment le contrôle du fait que les gens soient vaccinés. Pour cela, il y a les outils nécessaires.

Q - Concernant les restrictions et en dépit du pass sanitaire européen, est-ce que les pays se sont réservé le droit de prendre des mesures complémentaires ? Comment cela est-il vu et que pensez-vous des réactions de certaines associations d'hôteliers qui sont frappés par les restrictions, notamment en France, qui disent que ces restrictions sont intéressées et veulent protéger le tourisme français, local, au détriment du tourisme espagnol.

J'aimerais demander au ministre français, concernant le Sahel. Aujourd'hui, Emmanuel Macron a une rencontre avec les responsables politiques de la région. Quelles sont les prévisions au terme de l'opération Barkhane ? Quel est le futur de notre présence dans cette zone et le futur de la lutte contre le terrorisme au Sahel ?

(...)

R - ll n'y a pas de protectionnisme touristique de la part de la France, il y a une volonté de protection sanitaire. Mais c'est aussi le propos que tient Arancha pour l'Espagne. Le tourisme est un enjeu essentiel pour nos deux pays, et le fait que nos concitoyens puissent aller en vacances aussi. Mais, la protection sanitaire est prioritaire, primordiale, d'où le rappel que je viens de faire : vaccinons-nous. Pour être vacancier, il faut être vacciné. Mais bon, ce travail était essentiel, car l'immunité collective ne pourra être atteinte que si nous sommes tous vaccinés et si nous relevons, ensemble, collectivement le défi. Pour le reste des contraintes que vous évoquez, elles sont généralement temporaires, provisoires, adaptées en fonction de l'évolution des clusters du nouveau variant Delta. Pour cela, on apprécie ensemble et on parle si d'aventure, il faut quelques mesures de contrôle supplémentaire. C'est cela notre logique.

Sur le Sahel, je ne vais pas parler avant que le Président de la République s'exprime. Vous le comprendrez bien. Il s'exprimera dans l'après-midi après la réunion du G5 Sahel sous l'autorité du président tchadien. Simplement : rappeler que l'évolution du modèle militaire de Barkhane est liée à l'évolution de la menace, que cela signifiera moins d'emprises, mais parallèlement une plus grande robustesse des interventions et une plus grande collaboration de notre présence militaire avec les forces des pays concernés. Cela veut dire, donc, très concrètement, que nous ne nous retirerons pas du Sahel mais nous avons un modèle d'intervention militaire différent qui sera évoqué, ce soir, par le Président de la République. Dans cette action pour notre sécurité, et pour la sécurité des pays concernés au Sahel, nous sommes en partenariat avec l'Espagne depuis le début, quasiment. Il se trouve que j'étais ministre de la Défense au début des opérations et très tôt l'Espagne a été à nos côtés, en particulier quand on a lancé l'opération EUTM Mali qui est un outil dans lequel nous travaillons très étroitement avec la présence militaire espagnole.

Q - (...) Pour le ministre, une question à part du sujet touristique : il y a environ une semaine une petite fille de cinq ans est décédée dans le trajet de la route migratoire canarienne, entre les côtes de Mauritanie et les Canaries. Ses parents, qui sont en situation irrégulière en France, demandent de pouvoir venir sans être ensuite arrêtés à leur retour, pour assister à l'enterrement de cette petite-fille. Avez-vous parlé de ce sujet avec la ministre et avez-vous convenu de quelque chose ?

(...)

R - Concernant ce drame humain, dont je suis bien informé, il y a à la fois un drame humain et des complexités juridiques. Je ne règle pas les complexités juridiques par l'émotion. Mais, en même temps, la complexité juridique ne signifie pas qu'il faut évacuer l'émotion et le drame. Donc, c'est une question qui m'est posée et que j'essaierai de régler le mieux possible.

Q - Pour le ministre français, étant donné que vous avez rencontré le ministre marocain des affaires étrangères, dernièrement, et que l'Espagne est en train de vivre une crise diplomatique avec ce pays, est-ce que vous pensez que la France peut intervenir en tant que médiateur ? (...)

R - La France n'a pas vocation à être intermédiaire entre le Maroc et l'Espagne, qui sont deux pays souverains, qui ont leurs propres responsabilités. La France a de très bonnes relations avec l'un et avec l'autre, des histoires différentes. Et nous sommes avec l'Espagne dans l'Union européenne, ce qui crée des solidarités très fortes. Nous sommes bien informés des moments difficiles qui ont eu lieu, au mois de mai dernier, avec les évènements de Ceuta. Ce qui montre d'ailleurs, au-delà de l'évènement de Ceuta, la nécessité pour l'Union européenne, d'avancer dans le règlement de la question migratoire et faire en sorte que le pacte asile-migrations, qui est sur la table de discussion, puisse progresser rapidement. La France essaiera elle-même, lorsqu'elle sera présidente de l'Union européenne, à partir du 1er janvier prochain, de faire avancer ce dossier indispensable car on voit bien que le statut quo n'est pas une solution. Pour le reste, nous faisons confiance à la qualité des relations entre l'Espagne et le Maroc pour faire en sorte que cette période difficile puisse se régler sereinement et que les difficultés constatées puissent aboutir à une nouvelle situation de dialogue positif pour les deux pays.

(...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 juillet 2021

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