Déclaration à la presse de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, sur la situation politique au Liban et l'aide économique de la France, à Beyrouth le 12 juillet 2021.

Intervenant(s) :

  • Franck Riester - Ministre du commerce extérieur et de l'attractivité

Circonstance : Déplacement à Beyrouth

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Texte intégral

Premièrement, si vous le permettez, je voudrais, sur ce site, avoir une pensée pour toutes les victimes qui, il y a bientôt un an, ont perdu la vie ou ont été blessées dans leur chair par cette explosion terrible. Et à bientôt un an de ce triste anniversaire, je voulais dire d'abord l'émotion qui est la mienne à être ici, sur le site de l'explosion, et avoir une pensée pour toutes les familles de ces victimes.

Deuxièmement, oui, à la demande du Président de la République, Emmanuel Macron, je me rends sur le site, ici, et plus largement à Beyrouth, pour voir où en est la mise en oeuvre des engagements de la France. Et les engagements de la France sont tenus.

La France est aux côtés des Libanais et aux côtés du Liban ; dès le premier jour de l'explosion, nous avons répondu à l'appel des autorités libanaises pour venir en aide aux Libanais et aux habitants de Beyrouth touchés par cette explosion, avec notamment la présence de l'armée française, dans le cadre de l'opération Amitié, qui a contribué à prendre les mesures humanitaires, les mesures sanitaires d'urgence, et à déblayer ce qui devait l'être pour retrouver une activité, et pour aider les victimes et leurs familles.

Depuis lors, la France est aux côtés des Libanais pour répondre aux différents enjeux qui sont ceux du Liban, et ceux de Beyrouth en particulier, avec par exemple, dix personnes dédiées complètement à l'accompagnement du Liban dans cette crise, avec des moyens financiers lourds qui ont été mobilisés depuis lors ; 85 millions d'euros ont été mobilisés en 2020 pour le Liban dans différentes actions, des actions humanitaires, des actions en matière de santé, des actions en matière d'éducation et en matière économique pour être au plus près des besoins des Libanais.

C'est aussi à travers ces moyens financiers et cet engagement de la France, des opérations très concrètes qui ont été mises en place, ici notamment sur le port, avec des dons de quatre millions d'euros qui ont été mobilisés pour permettre la création d'une station de traitement des grains. C'est ce que je viens de voir sur place, ici, dans le port, qui va permettre de traiter ce problème majeur sanitaire et environnemental que sont ces grains qui, depuis maintenant onze mois, sont en train de fermenter sur le port ;

Grâce à l'investissement de la France, grâce à l'engagement des entreprises, à commencer par l'entreprise RECYGROUP et ses partenaires, pendant trois ou quatre mois, les grains vont être traités, enlevés et évacués pour permettre de retrouver une situation sanitaire meilleure, ici, sur le port.

Ce sont évidemment aussi des moyens qui sont mis, dans ces quatre millions d'euros, pour fournir un scanner pour les douanes libanaises. Ce sont des études qui vont être conduites pour l'alimentation en eau, pour la question de l'électricité sur le port ; ces éléments si fondamentaux pour que le port, demain, puisse retrouver une activité normale.

La France, comme vous le voyez, est à la hauteur de ses responsabilités et elle tient ses engagements, des engagements que le Président de la République a pris quand il est venu ici au Liban, il y a un an, à deux reprises.

C'est donc, pour moi, très concrètement, après le ministre Jean-Yves Le Drian qui est venu, il y a quelques semaines, de voir la mise en oeuvre de ces engagements de la France aux côtés des Libanais.

Force est de constater que les engagements des autorités libanaises ne sont pas tenus, pour un certain nombre d'entre eux, pour la constitution du gouvernement, pour les réformes nécessaires qui doivent être conduites pour faire face à cette crise financière, à cette crise économique, à cette crise sociale, à cette crise sanitaire par certains côtés. C'est ce que je vais dire au Président Aoun, dans quelques minutes, puisque je le rencontrerai tout à l'heure.

La France est aux côtés des Libanais, elle répondra à toutes les demandes des Libanais pour les aider, mais les autorités libanaises doivent assumer leurs responsabilités ; par exemple, sur le port, lancer un appel d'offres pour que le terminal de conteneurs puisse bénéficier de travaux importants. Aujourd'hui, il n'y a que 5 grues sur 16 qui sont opérationnelles et sur ces 5 grues, beaucoup menacent d'être à l'arrêt, dans quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.

Il y a donc une vraie menace pour l'approvisionnement du Liban, et il y a donc une vraie menace, à court terme, humanitaire et sanitaire. Il est donc urgent que des décisions soient prises et que l'appel d'offres soit lancé pour qu'il y ait, demain, un exploitant de ce terminal du port de conteneurs, ici, à Beyrouth ; un certain nombre de décisions sur la gouvernance du port ; un certain nombre de décisions sur les réformes économiques et financières.

La France répondra à toutes les demandes, est aux côtés, d'une façon permanente, des Libanais, mais charge aux autorités libanaises d'assumer leurs responsabilités et de prendre des décisions qui sont nécessaires. Etant donné l'absence de décision depuis maintenant dix mois, la France comme vous le savez, a pris la décision de prononcer un certain nombre de sanctions individuelles, notamment pour limiter les déplacements en France de ces autorités pour éventuellement demain prendre des sanctions de gel d'avoirs, pour envoyer un signal d'urgence. Nous ne pouvons pas continuer comme cela, ici, au Liban.

Et l'Europe est sur la même longueur d'ondes que la France. Comme vous le savez, hier, à l'unanimité, a été prise une décision de créer un cadre légal permettant demain, là aussi, de prendre des sanctions individuelles vis-à-vis de celles et ceux qui bloquent aujourd'hui les décisions, qui bloquent la formation du gouvernement, qui bloquent les réformes dont le pays a besoin, dont les Libanais ont besoin pour sortir de cette crise financière et économique.

Voilà, mon déplacement est un message, un message de soutien aux Libanais, un message que la France tient ses engagements pris par le Président de la République et le ministre Jean-Yves Le Drian, et demande à ce que les autorités libanaises prennent aussi leurs responsabilités, tiennent les engagements qu'elles ont pris, il y a bientôt un an, devant les Libanais pour qu'enfin des décisions urgentes soient prises au service des Libanais.


Q - Monsieur Riester, combien de dirigeants seraient sur cette liste de sanctions ?

R - Un certain nombre. Le nombre qu'il faudra pour que les décisions soient prises. C'est une volonté très forte de notre part que les décisions soient prises par les autorités libanaises au service des Libanais.

Q - Un an après l'explosion, est-ce que la France, et avec elle la communauté internationale va permettre qu'il y ait une impunité ?

R - Encore une fois la lumière devra être faite sur ce qui s'est passé ici sur le port. La justice devra être rendue. La France a répondu présent quand il y a eu un appel, justement, des autorités libanaises pour accompagner, à travers des expertises, le travail de la justice. Mais la justice doit être rendue concernant ce qui s'est passé ici sur le port.

Et il y a mobilisation totale du gouvernement, totale de l'ambassade et de ses services, totale des équipes d'Expertise France - je le dis encore : une équipe de 10 personnes est mobilisée -, totale des entreprises, aussi, françaises. On a parlé, tout à l'heure, de RECYGROUP, je pourrais citer CMA-CGM, je pourrais citer d'autres entreprises françaises qui sont prêtes, qui l'ont déjà démontré, à accompagner les Libanais pour les aider à sortir de la crise financière et économique. Et encore une fois, chacun doit être devant ses responsabilités. Les autorités libanaises doivent prendre les décisions qui s'imposent, à commencer par lancer l'appel d'offres sur le terminal de conteneurs, qui est la porte d'entrée des matières premières, la porte d'entrée des marchandises, la porte d'entrée de tout ce dont les Libanais ont besoin, en termes d'importations, vers le Liban. Il y a donc une menace - je le dis parce qu'il faut dire les choses -, il y a une menace que le terminal de conteneurs, à court terme, cesse de fonctionner. Donc, les décisions doivent être prises.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 juillet 2021

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