Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à Europe 1 le 15 juillet 2021, sur la vaccination contre le coronavirus et le Pacte vert présenté par la Commission européenne.

Texte intégral

THEO MANEVAL
8h15, l'invitée politique, bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Théo MANEVAL.

THEO MANEVAL
Ministre déléguée chargée de l'Industrie. Près de 20.000 personnes ont défilé hier à travers la France au slogan de " Liberté face à la dictature ", " la dictature " des vaccins, qu'est-ce que ça vous inspire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je crois que c'est le contraire, c'est les vaccins qui vont nous libérer de ce virus, et j'en appelle chacun à sa responsabilité, responsabilité parce que lorsqu'on est vacciné on a une très faible probabilité de terminer à l'hôpital si on attrape le virus, et on a une très faible probabilité de contaminer les autres, et c'est ça qui est en jeu, l'enjeu c'est de protéger nos libertés, de faire en sorte que le maximum de Français puissent vivre avec le minimum de contraintes possibles, et la réponse pour cela c'est le vaccin, et c'est pour cela que je ne suis pas en adéquation avec les personnes, chacun a le droit de manifester bien sûr, mais qui portent ces revendications, parce que c'est tout le contraire que nous faisons, protéger les Français, leur permettre de vivre la vie la plus normale possible, et renouer avec le plaisir de la sociabilité.

THEO MANEVAL
Qu'est-ce que vous répondez au maire de Grenoble Eric PIOLLE, à ce micro ici même hier matin, qui rejetait sur le gouvernement la responsabilité de la radicalisation, ce sont ses mots, radicalisation des oppositions à ces mesures sanitaires ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne le rejoins pas non plus, je pense qu'un responsable politique doit faire preuve, en ce moment, de la plus grande solidarité possible, nous sommes tous dans le même bateau, et faire de la politique sur un sujet aussi dramatique que la lutte contre une pandémie mondiale, et je rappelle que cette pandémie elle est mondiale, elle n'épargne aucun pays, elle impose des contraintes, dont on n'imagine pas l'importance dans certains pays, où on ferme, on ouvre, on a trois semaines, parfois plus, de confinement lorsqu'on est déclaré positif, je pense qu'il faut prendre la mesure de l'importance du sujet, et j'en appelle aussi à la responsabilité des personnels politiques, d'ailleurs la majorité du personnel politique a salué les décisions du président de la République. Le président de la République a pris des décisions courageuses, à la veille des vacances, il protège les Français, il fait en sorte que nos libertés soient au maximum préservées.

THEO MANEVAL
Ce qui va vous préoccuper, Agnès PANNIER-RUNACHER, dans les semaines et les mois à venir, c'est ce qu'implique le Pacte vert présenté hier par la Commission européenne, qui confirme son intention d'en finir avec la vente de voitures neuves, essence ou diesel, en 2035, vous plaidiez à Bercy pour 2040, c'est un coup dur ou c'est l'opportunité d'avancer encore plus vite ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je rappelle que la France a été un des premiers pays à mettre cet enjeu de la transition écologique des automobiles sur la table, et là aussi c'est une décision courageuse parce que nous savons tous que le réchauffement climatique a des implications, économiques, sociales, majeures, premier point.

THEO MANEVAL
Mais vous demandiez un délai de 5 ans, plus tard.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Deuxième point, ce que nous disons, c'est qu'on peut aller plus vite à condition d'accompagner les industriels, et c'est ça que nous voulons de la Commission européenne, on ne peut pas imposer ce défi de la transformation écologique, et lorsqu'on dit 2035 on a l'impression que c'est très lointain…

THEO MANEVAL
C'est dans 15 ans, c'est demain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais en réalité, dans le monde industriel, c'est très rapide, puisqu'un véhicule il a une durée de vie de 5 ans et qu'il faut 2 ans pour le développer, donc voyez, ça fait 7 ans avant la décision pour tout arrêter, donc c'est demain, eh bien il faut accompagner nos donneurs d'ordres, mais il faut surtout accompagner tous les sous-traitants qui participent de la construction de véhicules thermiques, nous l'avons fait, nous n'avons pas attendu que la Commission européenne fasse ces propositions. Je dis aussi, à ceux qui nous écoutent, que ce sont des propositions, ce ne sont pas des décisions.

THEO MANEVAL
Il va y avoir encore 1 an de discussions.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Comme vous le savez, dans le processus européen, la Commission fait une première proposition, elle est discutée par les pays d'un côté, les gouvernements, et par le Parlement européen, il y aura donc une négociation, qui promet d'être longue, qui promet d'être complexe évidemment, puisque chacun arrive avec la volonté d'avancer plus vite sur l'écologie, mais la volonté aussi de protéger les emplois et l'économie, et nous entamons cette discussion avec cette volonté de dire, plus vous allez loin dans les objectifs, plus nous devons être capables de mettre de l'argent pour accompagner les entreprises, les sous-traitants, et pour accompagner les salariés.

THEO MANEVAL
Dans tous les cas, il va falloir accélérer Agnès PANNIER-RUNACHER, sur la production de batteries pour voitures électriques, est-ce qu'un plan spécifique est prévu pour soutenir la filière en France ? Il y a trois projets aujourd'hui, STELLANTIS à Douvrin, RENAULT à Douai, et la start-up VERKOR près de Grenoble.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vous le disais, nous avons anticipé au niveau du gouvernement, ça fait depuis 4 ans qu'on travaille sur les batteries électriques, cela nous permet aujourd'hui d'avoir une première usine à Douvrin, Gigafactory, qui va ouvrir en 2024, et là les travaux ont démarré, et qui est soutenue par le gouvernement dans le cadre d'un plan européen, qui a été obtenue par le gouvernement français…

THEO MANEVAL
Mais trois usines ça ne va pas forcément suffire Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, laissez-moi y aller ; ça c'est la première usine. Deuxième usine, 2023, également soutenue par le gouvernement dans le cadre du plan de relance, troisième projet avec VERKOR, et d'autres discussions qui sont actuellement en cours. Trois usines ça permet, grosso modo, de fournir l'essentiel des batteries des voitures produites en France. Je rappelle que nous produisons aujourd'hui, en moyenne, 1,7 million de véhicules en France, l'enjeu c'est effectivement de couvrir cette production avec des batteries électriques, c'est ce que nous sommes en train de faire, et dans le même mouvement nous accompagnons 350 entreprises automobiles pour se moderniser, décarboner et se diversifier le cas échéant, pour celles qui sont plus exposées aux moteurs thermiques.

THEO MANEVAL
Autre sujet Agnès PANNIER-RUNACHER, si on ne peut plus rouler qu'en électrique, ce que souhaite la Commission européenne d'ici 15 ans en France, puisqu'elle veut même exclure, enfin interdire également les hybrides à partir de 2035, il va falloir des bornes de recharge, il faut qu'il y en ait tous les 60 kilomètres sur les axes principaux, c'est ce qu'a demandé la présidente de la Commission hier, ça veut dire combien de bornes à déployer en France d'ici 2035 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez que le ministère des Transports porte un objectif aujourd'hui de déployer 100.000 bornes à échéance de fin 2022, nous sommes…

THEO MANEVAL
Accessibles au grand public ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Accessible au grand public évidemment.

THEO MANEVAL
Aujourd'hui il y en a 33.000 ouvertes seulement en France.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, donc c'est une accélération, nous avons mis dans le plan de relance le budget pour se faire, et le président de la République, qui nous réunissait, l'ensemble de la filière et des ministres, lundi dernier, souhaite effectivement que cette accélération se traduise très rapidement dans les faits avec la nomination d'un monsieur responsable de la coordination. Pourquoi ça prend du temps ? parce qu'il faut obtenir des autorisations, parce qu'il faut faire des travaux, parce que il faut sélectionner, sur les autoroutes, et que les propriétés de chaque lieu appartiennent à des personnes différentes, donc il y a un petit peu d'alignement de tous les responsables pour l'obtenir, mais là c'est très clairement sur notre agenda, parce que la voiture électrique doit pouvoir s'appuyer sur une infrastructure. Mais je veux dire un point complémentaire. Nous, au gouvernement français, nous sommes pour une neutralité technologique, nous estimons que la responsabilité du politique c'est de fixer l'ambition, en revanche, si on peut avoir une voiture décarbonée, par d'autres techniques que la voiture électrique, et on sait que la voiture, par exemple avec un moteur à hydrogène pour des flottes de véhicules ça peut fonctionner, il y a des travaux sur les biocarburants qui également sont en train de se faire, il ne faut pas bloquer l'innovation, il faut donner l'objectif et permettre aux entreprises d'y arriver par la meilleure voie possible, et nous allons les accompagner aussi en financement de la recherche et développement.

THEO MANEVAL
Autre mesure phare parmi les annonces hier à Bruxelles, l'inclusion dans le marché des émissions de CO2, des droits à polluer, du carburant routier et du chauffage, du fioul domestique, ça risque d'augmenter les prix du carburant, du chauffage, pour de nombreux français, c'est précisément ce qui avait fait éclater la colère des Gilets jaunes, est-ce que ça ouvre la porte, Agnès PANNIER-RUNACHER, à une nouvelle crise sociale à l'échelle européenne ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Encore une fois, ces mesures ne sont pas adoptées.

THEO MANEVAL
C'est un souhait de la Commission, ça va être négocié, mais c'est un souhait de la Commission.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est une proposition de la Commission sur laquelle nous allons nous pencher.

THEO MANEVAL
Est-ce que vous craignez alors que ça ouvre la porte à une nouvelle crise, si vous voulez que je le reformule comme ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien tout l'enjeu est de savoir s'il y a des alternatives, et c'est sur quoi nous travaillons. Si on est capable d'avoir des alternatives qui soient aussi peu coûteuses que l'est aujourd'hui le chauffage qui émet du carbone, eh bien la transition peut se justifier, parce qu'on pourra dire « écoutez, ne prenez pas une énergie polluante que l'on fait coûter plus cher pour montrer que ce n'est pas la bonne énergie, et prenez plutôt une énergie moins polluante qui vous revient aussi peu cher dans votre budget », les pompes à chaleur, et d'autres dispositifs, mais encore faut-il que les Français puissent avoir accès à ces différentes technologies. Et donc, on revient toujours au même sujet, c'est le triptyque innovation, recherche et développement, pour avoir des propositions, c'est la réduction du prix de ces propositions, soit par des solutions plus innovantes, soit par des petits coups de pouce, comme on donne au niveau du gouvernement, comme on le fait sur la voiture électrique aujourd'hui, le bonus pour la voiture électrique c'est pour aider les Français à s'acheter une voiture électrique, on sait bien qu'aujourd'hui le prix de la voiture électrique est plus cher qu'une voiture thermique, mais progressivement les choses vont se réguler. Et, troisième élément, c'est une question de temps, il faut donner suffisamment de temps pour que ces adaptations se fassent, ça sera un des objets de la négociation au niveau de l'Union européenne.

THEO MANEVAL
un tout dernier mot parce qu'on n'a plus de temps malheureusement, mais Ursula VON DER LEYEN n'est pas la seule à avoir pris la parole cette semaine, lundi soir Emmanuel MACRON a annoncé un nouveau plan d'investissement qui viendra… au plan de relance à la rentrée, en deux mots, est-ce qu'on a un détail sur son montant, aujourd'hui le montant qui est envisagé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui ce qu'on sait c'est que ce plan d'investissement il a vocation à nous permettre d'accélérer ce que nous avons déjà prévu dans le plan d'investissement d'avenir sur des technologies clés, on parle de la voiture et de l'automobile, ça va être, et le président de la République l'a mentionné dans sa réunion avec l'ensemble de la filière, un des enjeux de ce plan. On peut penser aussi aux semi-conducteurs…

THEO MANEVAL
Mais vous n'avez pas de montant aujourd'hui à nous communiquer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous savez, on va partir des besoins, c'est ça qui nous intéresse, il ne s'agit pas de mettre un chiffre pour se faire plaisir, il s'agit de répondre à la transformation de nos industriels et à faire en sorte que nous sortons plus forts de cette crise. Dernier point peut-être, il y a aussi une mesure très importante dans les annonces de la Commission européenne, qui est de taxer les émissions carbone des produits qui viennent de l'extérieur, c'est une nouveauté majeure, et je veux le souligner ici parce que c'est grâce au président de la République, et aux négociations…

THEO MANEVAL
Et on en a largement parlé sur Europe 1, ça fait partie des propositions retenues par la Commission européenne…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, c'est un point essentiel de ce nouveau projet.

THEO MANEVAL
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre déléguée chargée de l'Industrie, merci d'être venue sur Europe , ce matin, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juillet 2021