Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, à France 2 le 15 juillet 2021, sur le passe sanitaire et ses retombées sur le tourisme et la restauration.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie

Prononcé le

Texte intégral

 Bonjour Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

Q - On va parler des conséquences du pass sanitaire dans le secteur du tourisme ; d'abord, quand même, un mot, 45.000 euros d'amende, un an de prison, ce n'est pas très cher payé pour des restaurateurs qui n'effectueraient pas, comme il se doit, les contrôles du pass sanitaire ?

R - Vous savez, les sanctions sont graduées, le 45.000 euros, c'est le niveau maximum prévu par la loi, mais avant cela, il y aura naturellement de la pédagogie, il aura le préfet qui peut prononcer de la mise en demeure, il peut prononcer éventuellement une fermeture administrative, donc la palette est large, mais l'idée c'est que dès lors que des règles sont édictées, les règles doivent être respectées. Pour cela, naturellement, moi, j'ai eu de la part des professionnels beaucoup de responsabilité lorsque j'ai réuni le comité de filière tourisme, mardi.

Q - Il y aura une forme de tolérance jusqu'au 15 septembre pour les professionnels du tourisme et en particulier de la restauration ?

R - Il y a pour les personnels du secteur tourisme et des autres secteurs une tolérance jusqu'à fin août pour le pass sanitaire, jusqu'au 30 août, mais après, on doit tous, naturellement, se préparer à vivre ; parce que c'est cela qui va préserver la liberté d'aller et de venir, de pouvoir pratiquer de nombreuses activités...

Q - Ça paraît un peu raide quand même, des manifestations hier ont été organisées à Paris, Nantes pour notamment pour contester la dérive, je cite, liberticide du gouvernement, l'Allemagne explique par exemple qu'elle ne suivra pas la voie de la France qui conduit, en quelque sorte, à une obligation de la vaccination. Est-ce que vous assumez, vous, la ligne dure, la manière forte ?

R - Surtout, c'est la seule façon de s'en sortir, vous savez la liberté ce n'est pas l'anarchie. Voilà. Ce n'est pas l'absence de règle, la liberté ce sont des règles qu'on pose pour pouvoir vivre en société et faire en sorte que ces règles soient effectivement respectées. Vous savez, c'est John Stuart Mill qui disait "la liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres" voilà donc, la liberté ce n'est pas celle de nuire aux autres et aujourd'hui, le fait de ne pas se vacciner ou de ne pas se tester régulièrement, on met en danger la vie d'autrui, c'est ça, la réalité, c'est le virus qui tue, ce ne sont pas les règles.

Q - Comment est-ce qu'on fait pour que le pass sanitaire ne soit pas un nouveau coup dur pour les professionnels du secteur du tourisme ?

R - Alors, les professionnels du tourisme, déjà, ils sont heureux de ne pas fermer, parce qu'on a connu quand même bien des périodes où c'était le confinement, où c'était des contraintes, on ne pouvait pas aller à plus de 10 kilomètres, plus de 100 kilomètres etc, et les restaurants étaient fermés. Aujourd'hui, justement, on peut continuer à vivre grâce à la vaccination qui monte en charge, vous avez vu, vous avez parlé de quelques milliers de manifestants, pardon, moi, ce que je regarde c'est plus de deux millions de personnes, de Français qui ont pris rendez-vous pour aller se vacciner et puis ce pass sanitaire.

Q - Vous allez nous dire qu'ils sont ravis les restaurateurs de devoir faire appliquer le pass sanitaire, non, quand même ?

R - Les restaurateurs, ils ne sont pas ravis de devoir mettre en plus ces contrôles, mais ils sont responsables, et je peux vous dire, je faisais le point hier d'ailleurs avec le président de l'UMIH du Pays Basque Jean-Pierre Istre, il me disait : voilà, nous on s'organise, on se prépare à Biarritz, pour que cela se passe dans les meilleures conditions, parce que notre survie en dépend parce que notre vie en dépend.

Q - Ils s'organisent dites-vous. Comment ça peut être appliqué, comment les contrôles vont être effectués, par exemple, prenons l'exemple des villages vacances, ou des hôtels, où on passe facilement du restaurant à la piscine, du restaurant à la plage, là, vous allez leur demander de systématiquement de faire les contrôles du pass sanitaire ou est-ce que là, il faut admettre que cette règle ne sera pas applicable ?

R - Alors, on est en train justement de travailler sur les modalités pratiques, cas très intéressant d'un village ou par exemple on part une semaine en tout compris ; on est en train de travailler c'est une piste, elle n'est pas encore finalisée donc, mais par exemple de dire que le contrôle se ferait à l'entrée, dès lors qu'on reste dans cet espace pendant une semaine qu'on a pris une formule tout compris. Donc, vous voyez c'est le genre d'adaptations sur lesquelles on est en train de travailler, on n'a pas encore toutes les réponses, aujourd'hui, puisqu'il y a encore des CIC, les fameuses commissions interministérielles de crise qui se réunissent pour valider ces règles, mais on fait ça avec néanmoins pragmatisme pour que ça fonctionne bien.

Q - Et souplesse quand même ?

R - Les souplesses, regardez, Olivier Véran en a apporté trois, à la demande du Président de la République, avant-hier : souplesse pour les enfants 12 -17 ans c'est à partir du 30 août, souplesse pour les personnels également à partir du 30 août et puis également pour les Français établis hors de France, chers à mon coeur nous travaillons aussi à des dispositifs pour qu'ils puissent eux-mêmes bénéficier du pass sanitaire.

Q - Alors ça c'est un sujet important, il y a beaucoup de sollicitations sur les réseaux sociaux avec votre venue ce matin, des Français de l'étranger qui disent : comment on fait quand on veut venir en France et qu'on n'a pas eu accès aux vaccins ou alors qu'on a eu accès à des vaccins qui ne sont pas homologués par l'Union européenne ?

R - Alors on travaille déjà pour interconnecter le certificat du pays d'origine dans lequel ils sont lorsqu'ils ont reçu un vaccin homologué, faire en sorte qu'ils puissent bien rentrer dans le système du pass sanitaire national. C'est un travail technique qu'on conduit avec Cédric O, Olivier Véran, qui va aboutir très prochainement. Et puis, naturellement, on continue nous aussi à les déployer de la vaccination à leur côté, c'est plus de 50 pays dans lesquels on a envoyé nos propres vaccins pour vacciner les Français établis hors de France. On fait le maximum, mais je reconnais que ce n'est pas une tâche simple.

Q - Beaucoup de sollicitations, alors c'est peut-être moins votre périmètre, d'étudiants étrangers qui disent : comment est-ce qu'on va faire pour venir étudier en France si on est issu des zones rouges, et encore une fois qu'on n'a pas accès à des vaccins homologués ?

R - Alors, là aussi, on travaille dans tous les cas à des solutions, je m'explique, le Premier ministre et les services de Matignon, je pense dans les prochaines heures rendront public les règles relatives à la circulation. Vous savez qu'on révise régulièrement les catégories de pays verts, oranges, rouges. Et notamment, on travaille sur l'idée que lorsqu'on est vacciné, quand on a fini son schéma vaccinal, quel que soit le pays dont on vient, on peut accéder à la France sans motif impérieux. Donc ça, c'est une vraie réponse puisque ça veut dire que l'étudiant dès lors qu'il est vacciné...

Q - Avec un vaccin homologué ?

R - Avec un vaccin homologué par l'Europe.

Q - Pas avec un vaccin russe, pas avec un vaccin chinois ?

R - A ce moment-là, il pourrait avoir accès à notre pays.

Q - Donc ce serait un bon pour accord pour n'importe quel touriste, ou autre d'ailleurs, venant en France à partir du moment où il a deux doses de vaccin ?

R - Tout à fait, c'est l'idée : c'est que le vaccin on le sait c'est le passeport pour la vie, c'est le passeport pour voyager, et donc ça facilite, il y a moins de difficultés, dès lors qu'on est vacciné.

Q - Et à l'inverse, que pensez-vous par exemple de Malte qui a réservé l'entrée de son territoire aux seuls vaccinés avant de se raviser sous la pression naturellement de la Commission européenne, précisément du commissaire Thierry Breton ?

R - Justement, l'idée, c'est qu'on soit le plus coordonné possible, et donc, Malte, on l'a vu, a renoncé à cette disposition ; c'est heureux, parce que le certificat sanitaire numérique européen, c'est pour dire qu'on peut avoir accès à un territoire, si on est vacciné, ou bien si on est testé négatif. Donc, de ce point de vue-là, Malte revient dans ce concert européen. Le certificat sanitaire européen, c'est la première fois dans le monde qu'une zone aussi vaste comme l'Union européenne arrive à se coordonner. Donc je crois qu'il faut regarder le verre à moitié plein.

Q - Donc vous dites en gros clairement ce matin aux gens qui vous regardent que s'ils ont l'intention de circuler en Europe, s'ils sont vaccinés, il n'y aura aucune difficulté ?

R - Alors, ce que je dis, c'est qu'on le voit, aujourd'hui, le variant Delta est aussi en train de progresser dans d'autres pays, partout dans le monde, mais aussi en Europe. Et donc, je pense qu'il faut être très prudent dans l'organisation de ses vacances...

Q - Ça veut dire quoi ?

R - Ça veut dire quoi ? Cela veut dire déjà de s'informer et je renvoie vos téléspectatrices et téléspectateurs au site des "conseils aux voyageurs" du Quai d'Orsay, au site du ministère de l'Intérieur, sur lequel vous avez les cartes, où vous avez les conditions pour circuler. Et puis, faites confiance aussi à vos agences de voyages, elles sont là pour vous renseigner.

Q - Parce que les règles peuvent changer en cours de route ?

R - Oui, je vous prends un exemple : Espagne et Portugal, puisque le variant Delta a poussé dans certaines zones, on a fait en sorte désormais d'avoir une surveillance renforcée, il faut désormais un test soit antigénique soit PCR de moins de 24 heures pour revenir de ces zones, peut-être d'ailleurs que d'autres pays de l'Union européenne seront mis dans ce dispositif, au fur et à mesure de l'évolution du variant Delta ; et donc, c'est très important de s'informer, conseil aux voyageurs, agence de voyage, site du ministre de l'Intérieur.

Q - C'est clair, dernière question rapide, la Tunisie est en difficulté avec une flambée de l'épidémie. Vous allez vous rendre sur place dans les prochains jours avec des vaccins, des matériels ?

R - Tout à fait, on aura donné plus d'un million de vaccins dont 500.000 Janssen, très important, parce que Janssen, c'est une seule dose. Donc, la personne, dès qu'elle elle est vaccinée, c'est fait ! Ensuite, également avec des concentrateurs d'oxygène, des bouteilles d'oxygène, en tout depuis juin on en sera à 85 tonnes d'équipements médicaux apportés en solidarité à nos amis et à ce peuple frère de Tunisie.

Q - Vous pariez sur une belle saison Jean-Baptiste Lemoyne pour le tourisme français ?

R - Les Français vont partir en vacances, ils vont être agiles, prudents, et donc, j'espère que la saison pourra quand même bien se dérouler.

Q - Merci à vous.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 20 juillet 2021