Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à CNews le 16 juillet 2021, sur la possible mise en examen du ministre de la justice, l'isolement obligatoire des malades du Covid-19, du pass sanitaire et de la laïcité.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
On est ce matin avec Marlène SCHIAPPA, bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ROMAIN DESARBRES
Ministre déléguée à la Citoyenneté. Déjà un mot des intempéries, de cette situation dramatique dans le Nord de l'Europe, 81 morts en Allemagne, des centaines de disparus, au moins neuf morts en Belgique, la France est solidaire pour envoyer des sauveteurs, des secouristes ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, évidemment. D'abord je veux commencer par avoir une pensée pour les personnes qui sont sur place, pour les familles de ces personnes, beaucoup de familles qui sont en France qui sont inquiètes et préoccupées, et bien évidemment la France est solidaire de ses voisins, de ses amis Européens, face à ces intempéries et ces inondations terribles.

ROMAIN DESARBRES
Eric DUPOND-MORETTI convoqué devant la Cour de justice de la République ce matin, dans trois quarts d'heure, à 9h, des soupçons de conflit d'intérêts, est-ce qu'il peut rester ministre, selon vous, s'il venait à être mis en examen dans la journée ? On le saura probablement en fin d'après-midi.

MARLENE SCHIAPPA
D'abord moi je ne forme pas le gouvernement, vous savez que je ne suis pas président de la République, ni Premier ministre, donc je n'ai aucun rôle dans la formation du gouvernement. En revanche, ce que je veux vous dire c'est que, moi en tant que ministre j'ai toujours pu compter sur le garde des Sceaux, Eric DUPOND-MORETTI, qui fait un travail remarquable, notamment en ce qui concerne les violences conjugales, on a beaucoup travaillé ensemble sur ce sujet ces derniers mois, Eric DUPOND-MORETTI il a augmenté les budgets pour qu'il y ait les bracelets anti-rapprochement en nombre, il a eu une politique très volontariste, il continue à l'avoir, sur ces sujets, donc moi je souhaite pouvoir continuer à travailler avec mon collègue Eric DUPOND-MORETTI.

ROMAIN DESARBRES
Alors, que vous ne voyez pas présidente de la République, ça c'est une information qui m'était parvenue, mais vous êtes une femme politique, donc vous avez un avis politique sur les choses, un ministre mis en examen peut continuer à exercer ses fonctions, il est aussi libre, il a autant de poids qu'un ministre qui ne l'est pas ?

MARLENE SCHIAPPA
J'ai un avis politique sur l'action du garde des Sceaux et je viens de vous le donner, moi je trouve que l'action du garde des Sceaux en tant que ministre de la Justice, puisque c'est ce dont il s'agit politiquement, elle est salutaire. J'étais aux côtés d'Eric DUPOND-MORETTI, nous étions ensemble au banc, avec Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, sur le projet de loi pour conforter les principes républicains, et moi j'ai toujours pu compter sur Eric DUPOND-MORETTI et sur son soutien pour des mesures volontaristes comme la lutte contre la polygamie, la lutte contre les mariages forcés, la lutte contre les certificats de virginité, il a été une voix forte et il continue de l'être, pour défendre un certain nombre de droits. Et c'est important, moi je ne connaissais pas Eric DUPOND-MORETTI quand il a été nommé au gouvernement, je regardais en distance cette nomination, et ensuite j'ai eu l'occasion de travailler avec lui, pendant maintenant une année scolaire, et de découvrir avec beaucoup de plaisir cet homme sincère, engagé, très professionnel, et qui a à coeur vraiment de transformer la justice, et c'est ce qu'il fait.

ROMAIN DESARBRES
Emmanuel MACRON en a parlé lors du Conseil des ministres, le dernier Conseil des ministres ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce qui se passe au Conseil des ministres reste au Conseil des ministres, c'est comme Las Vegas, ce qui se passe à Vegas reste à Vegas.

ROMAIN DESARBRES
Que des magistrats poursuivent un ministre en exercice, est-ce que ça pose, selon vous, un problème démocratique ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis respectueuse de la séparation des pouvoirs, donc je ne veux pas, moi, appartenant au pouvoir exécutif, donner un avis sur ce qui se passe et ce que fait le pouvoir judiciaire, il y a des choses qui sont surprenantes…

ROMAIN DESARBRES
Mais ça peut avoir, de fait, un impact sur la vie démocratique, sur la vie du pays, mettre en examen un ministre de la Justice.

MARLENE SCHIAPPA
Evidemment, évidemment, et vous avez absolument raison de le dire et de le souligner, mais vous comprendrez que moi je veux absolument respecter cette séparation des pouvoirs, je ne veux pas porter préjudice à Eric DUPOND-MORETTI en m'exprimant dans un sens ou dans un autre, et donc, voilà, les choses se font dans le respect des prérogatives de chacun.

ROMAIN DESARBRES
Marlène SCHIAPPA, ministre déléguée à la Citoyenneté, vous dépendez du ministre de l'Intérieur, on va parler du variant et de l'isolement obligatoire, et du pass sanitaire. Les restaurateurs ne veulent pas jouer les policiers, vous les avez entendus, les restaurateurs disent « on ne va pas contrôler le pass sanitaire à l'entrée, vérifier ces pass sanitaires c'est impossible », qu'est-ce que vous leur dites ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord, bien sûr on comprend que c'est une contrainte supplémentaire, évidemment, mais le choix, hélas, ce n'est pas ou vérifier, ou ne pas vérifier. Le choix quel est-il et de quoi parlons ? Nous parlons de cette pandémie qui a causé des morts, des malades, des gens qui sont encore dans des formes de Covid long, qui sont encore malades, nous faisons face maintenant au variant qui se propage encore plus rapidement, et donc il y a une responsabilité des pouvoirs publics, et si nous ne prenions pas nos responsabilités ça nous serait, à juste titre, reproché. Et donc, cette responsabilité nous la prenons, avec le ministre de la Santé, avec l'ensemble du gouvernement, pour dire que puisque nous voulons éviter des fermetures de restaurants, nous voulons éviter des reconfinements, et donc pour cela il y a des mesures sanitaires, comme d'ailleurs dans beaucoup d'autres pays, certains ont des mesures d'ailleurs encore plus dures, je crois que la vaccination c'est vraiment un mur pour arrêter cette vague de l'épidémie.

ROMAIN DESARBRES
Mais comment ça peut se passer très concrètement, les restaurateurs doivent contrôler, on imagine les grandes terrasses, surtout en été, doivent contrôler toutes les personnes qui s'assoient, petit un, et est-ce qu'il y a assez, ensuite, de policiers, pour aller contrôler les restaurateurs ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord il n'y aura pas un policier derrière chaque table en terrasse, et je veux rendre hommage aux policiers, aux gendarmes, aux forces de l'ordre, aux pompiers, vous savez que les pompiers, on parlait à l'instant des intempéries, sont très engagés dans la campagne de vaccination, donc aussi dans cette action de prévention. Quant aux forces de l'ordre, déjà l'été dernier, ils ont fait énormément de pédagogie, sur le port du masque, sur le respect des mesures sanitaires, très souvent ce sont eux qui sont en première ligne pour venir rappeler ces mesures, parfois on est en vacances, on peut, ça arrive à tout le monde de faire une erreur, d'oublier, les forces de l'ordre sont là aussi pour cette pédagogie, dans un travail difficile, puisqu'ils sont aussi chargés du maintien de l'ordre républicain, donc je veux saluer ce travail. Et puis ensuite chacun prend sa part, les Françaises et les Français prennent leur part en allant se faire vacciner, en respectant les mesures sanitaires, en s'engageant dans ces démarches, les restaurateurs également. Moi je suis très heureuse pour eux qu'ils puissent rouvrir, on en a eu beaucoup qui nous ont dit, enfin moi j'ai fait campagne à Paris, beaucoup de restaurateurs, beaucoup de patrons de bar, de serveurs, nous ont dit « mais nous on ne voulait plus rester chez nous, on voulait sortir voir nos clients, retrouver de l'activité, c'est ça notre métier, c'est le contact », et donc ça je crois que c'est très beau et très positif pour eux.

ROMAIN DESARBRES
Le gouvernement va demander aux policiers de contrôler les personnes contaminées qui vont devoir rester chez elles ?

MARLENE SCHIAPPA
Il y a une loi…

ROMAIN DESARBRES
Plus les gendarmes !

MARLENE SCHIAPPA
Exactement, il y a un projet de loi, donc dans ce projet de loi on va définir justement quelles sont les modalités. Vous savez qu'on est sur une ligne de crête, il faut rester évidemment dans le cadre du droit, dans le respect des libertés fondamentales de chacun, le Conseil constitutionnel sera fondé à donner un avis, et donc le texte de loi est en train d'être préparé et sera, me semble-t-il, la semaine prochaine, si je ne dis pas de bêtise, devant le Parlement, et puis le dernier mot reviendra aux parlementaires pour voir quelle organisation sera mise en place très concrètement et de façon opérationnelle.

ROMAIN DESARBRES
On a assisté ces derniers jours à des manifestations, parfois violentes, de personnes opposées au vaccin, opposées à ce pass sanitaire, ils crient à " la dictature ", comment est-ce que vous vous les qualifiez ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord crier à " la dictature " en France c'est un peu une tradition, on entendait déjà sous François HOLLANDE des gens dire qu'on était en dictature socialiste, ou Nicolas SARKOZY, certains d'ailleurs à gauche, disaient " Nicolas SARKOZY est un dictateur ", moi je prends beaucoup de recul par rapport à ça. Ce qui caractérise une dictature c'est qu'on ne peut pas faire des manifestations, ou dire sur les réseaux sociaux qu'on vit en dictature, sinon on est emprisonné, je ne crois pas qu'on soit dans une dictature, bien au contraire, on est dans un régime de libertés, et dans lequel on est en train de préserver justement ces libertés, avec une contrainte, et des injonctions parfois contradictoires, qui est comment on se protège face à la pandémie, et c'est vrai que philosophiquement le débat, le dilemme presque, qui se pose à tous les responsables, au gouvernement, mais également aux maires, à toutes les personnes qui sont aux responsabilités, c'est comment on préserve ces libertés tout en protégeant face à cette pandémie, face à cette mort, l'idée c'est que les hôpitaux ne soient pas saturés, qu'on puisse soigner, qu'il y ait des places en réanimation et qu'on évite d'avoir des deuils. Vous savez, vient de sortir le livre de Madame Stéphanie BATAILLE, qui est co-présidente du collectif " Tenir ta main ", et elle raconte le deuil de son père, et avec d'autres qui ont vécu les disparitions du Covid, dans des conditions terribles, à l'hôpital, de leurs proches, c'est ça qu'on veut éviter.

ROMAIN DESARBRES
Alors, des députés pro-pass sanitaire sont menacés, c'est une information qui vous est parvenue évidemment, c'est le cas notamment de la députée de La République en marche de l'Hérault, Patricia MIRALLES, qui a été menacée de mort par mail, Richard FERRAND, le président de l'Assemblée nationale, va porter plainte. Qu'est-ce que ça dit de la période qu'on est en train de vivre ?

MARLENE SCHIAPPA
Ça dit qu'on est dans une période dans laquelle il y a très peu de place pour la nuance, pour le débat, pour l'écoute, parce que des gens sont en désaccord systématiquement ça voudrait dire qu'ils devraient se détester ou se menacer, moi je me résous pas à vivre dans un pays où quand on est en désaccord on se menace de mort, et je le dis d'autant plus que moi je reçois énormément de mots de soutien, d'affection, d'encouragements, mais je reçois aussi des menaces, et aussi des menaces de mort, surtout depuis que je porte ce projet de loi, avec le ministre de l'Intérieur, contre le terrorisme et contre l'islamisme radical.

ROMAIN DESARBRES
Qu'est-ce que vous en faites ?

MARLENE SCHIAPPA
Moi je porte plainte systématiquement, pour ne rien laisser passer, parce que je trouve qu'il est intolérable, en démocratie, qu'on arrive à la menace de mort. Il y a moyen de s'exprimer quand on n'est pas d'accord en démocratie, ce moyen ce sont les élections, je crois qu'on ne peut pas considérer que la menace de mort remplace le bulletin de vote. Quand on est en désaccord avec le gouvernement, et c'est parfaitement un droit, puisque nous sommes en démocratie, il est possible de l'exprimer, il est possible de l'exprimer, y compris de façon virulente, il est aussi possible de voter. Je crois que la menace de mort c'est vraiment l'échec de la pensée.

ROMAIN DESARBRES
Avant de parler du Comité laïcité, je voudrais vous parler de cette affaire qui vous touche à double titre, en tant que ministre, et en tant que corse, deux jeunes hommes, en couple, ont été agressés en Corse, à Rogliano, ils ont raconté qu'une vingtaine d'individus, jeunes, violents, les ont pourchassés et frappés. Qu'est-ce que vous savez déjà de ce qui s'est passé ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord je veux dire que c'est absolument choquant, et je veux commencer par adresser très chaleureusement mon soutien aux victimes, je suis absolument navrée qu'ils aient eu à vivre cette agression inacceptable, et je veux dire, et vous savez que j'ai été élue chargée des questions LGBT+, j'ai été secrétaire d'État chargée de la lutte contre l'homophobie, notamment, et je veux dire que, on a le droit d'aimer qui on veut, on a le droit d'embrasser son compagnon, sa compagne, de se tenir par la main, absolument partout sur le territoire. Ça ne représente pas les valeurs de la Corse, la Corse n'est pas un territoire homophobe, c'est au contraire un territoire d'amour, de paix, de tolérance, d'accueil…

ROMAIN DESARBRES
On est en sécurité quand on est homosexuel en Corse ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi je fais tout, au ministère de l'Intérieur, pour qu'on soit en sécurité partout, quand on est LGBT+, et d'ailleurs nous avons lancé des formations pour les forces de l'ordre, avec l'association FLAG !, que je salue, qui promeut justement les valeurs d'ouverture, et notamment qui forme les policiers aux questions LGBT+. L'homophobie ce n'est pas une opinion, c'est un délit, il est absolument inacceptable qu'en 2021, où que ce soit, des gens soient frappés parce qu'ils s'aiment, et parce qu'ils se tiennent la main ou parce qu'ils s'embrassent.

ROMAIN DESARBRES
Le Comité de la laïcité, Comité interministériel de la laïcité, ça y est, c'est lancé, ça a été lancé par le Premier ministre hier, qu'est-ce que ça va changer concrètement sur le terrain, je pense notamment dans la Fonction publique ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors l'idée justement, vous avez prononcé le mot, c'est qu'on fasse les choses concrètement. Sur la laïcité il y a eu beaucoup de débats, beaucoup de controverses, j'y ai pris ma part, et le débat intellectuel est intéressant, et en France on aime le débat, maintenant il était temps pour nous de passer vraiment à l'action, et c'est ce que nous avons préparé, et ça fait plusieurs mois que nous avons travaillé cette feuille de route d'une vingtaine de mesures très concrètes, avec par exemple l'extension du principe de laïcité, de la neutralité religieuse, aux délégataires de service public, j'étais hier sur le terrain, dans une CAF, avec la ministre de la Fonction publique, pour travailler…

ROMAIN DESARBRES
Qu'est-ce que c'est qu'un délégataire de service public ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien ce sont les personnes à qui on délègue une fonction de service public, et donc vous avez un certain nombre d'actions, avec, je ne sais pas, les HLM, les CAF, d'autres organisations, pour lesquelles désormais le principe de laïcité va s'appliquer. On va également former les agents publics, nous avons présenté un plan de formation pour que, sur le terrain, concrètement, 100% des agents publics, d'ici 2024, soient formés à la laïcité, donc vous avez un certain nombre d'actions très concrètes, et puis des actions de pédagogie, nous allons créer une Journée nationale de la laïcité, le 9 décembre, pour l'anniversaire de la loi de 1905, au cours de laquelle nous allons faire émerger des bonnes pratiques sur la laïcité et puis échanger, informer, on voit que, y compris auprès de la jeunesse, c'est assez important.

ROMAIN DESARBRES
C'est assez important. Le projet de loi sur les principes républicains doit être adopté la semaine prochaine, qu'est-ce qu'il en reste, le Sénat lui avait donné un coup de barre à droite, les députés ont redonné un coup de barre à gauche, il en reste quoi aujourd'hui ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi je représentais le gouvernement au Sénat lors de ces débats, et en ce moment à l'Assemblée nationale, c'est moi qui serai au banc la semaine prochaine dans l'hémicycle, et donc ce que je veux dire c'est que le Sénat a pris un certain nombre de dispositions importantes, d'ailleurs les débats sur créer une Journée nationale, c'est une proposition qui a été faite au Sénat, et elle est importante, et je la salue, mais il y a eu aussi des choses qui s'écartaient vraiment de l'objet, je pense à la proposition d'interdire les drapeaux dans les mariages, ce qui est un peu éloigné du but d'interdire le terreau du terrorisme, on peut avoir un drapeau breton, un rainbow flag, un drapeau arc-en-ciel, un drapeau italien quand c'est un mariage franco-italien…

ROMAIN DESARBRES
Vous croyez bien que ce n'était pas ces drapeaux-là que visaient les sénateurs.

MARLENE SCHIAPPA
Ah, c'était quels drapeaux ?

ROMAIN DESARBRES
Je vous laisse le dire, mais je ne pense pas que ce soient les drapeaux bretons.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien ça nous montre à quel point c'est inopérant de faire une loi en disant on va interdire désormais des drapeaux. On a vu des débats sur les danses, est-ce qu'on a le droit de faire une danse folklorique ou de faire des youyous quand c'est un mariage, donc je pense que là on fait un raccourci quand même entre les youyous dans un mariage et le terrorisme, je ne suis pas sûr qu'il y ait un lien direct, je suis même plus de plutôt sûre du contraire. Donc c'est important pour nous d'avoir une loi concrète, opérante, avec par exemple le contrat d'engagement républicain, c'est une mesure que je porte depuis le début, qui me tient à coeur, mon mot d'ordre c'est : pas un euro d'argent public pour les ennemis de la République. Quand on voit que des organisations comme le CCIF, que nous avons dissout avec le ministre de l'Intérieur, ou d'autres, ont reçu de l'argent public, c'est-à-dire de l'argent de l'impôt des Français, qui est allé financer des associations qui ont des accointances, qui promeuvent un islam radical politique, c'est absolument honteux, et donc nous nous mettons fin à ces formes de financement, toutes les associations devront désormais ratifier ce contrat d'engagement républicain si elles veulent toucher des subventions de l'argent public, ça va nous permettre justement de faire la transparence dans les financements, y compris sur ces sujets-là.

ROMAIN DESARBRES
Vous voulez être concrets sur ces sujets, pourquoi est-ce qu'il n'y a rien sur le burkini dans les piscines ? Il y a eu – on va voir les images – il y a eu un nouveau coup de pression des pro-burkini à Grenoble cette semaine.

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ce n'est pas anodin, si vous me permettez, que ça se passe à Grenoble, Grenoble, le maire, Eric PIOLLE, est très complaisant, très ambigu, sur les questions d'islamisme. Il y avait déjà eu une action coup de poing sur le burkini, le maire n'avait pas réagi, il avait attendu que je réagisse dans les médias, pour, plusieurs jours après, dire qu'il ne savait pas tellement quoi faire et que finalement c'était une forme de liberté de la part de ces personnes. Alors moi d'abord je veux vous dire qu'il y a des choses qui sont dans le règlement intérieur d'une piscine qui n'ont pas vocation à se retrouver dans la loi, et ensuite je veux dire que c'est la responsabilité du maire. Monsieur PIOLLE veut être candidat à la primaire pour devenir président de la République, il ne sait pas faire respecter le règlement intérieur de sa piscine municipale, et il entend devenir président de la République garant des institutions, c'est assez cocasse.

ROMAIN DESARBRES
Mais pourquoi ne pas faire une phrase, ce serait plus simple, ça réglerait le problème, on sait bien que ce n'est pas une question d'hygiène le burkini dans les piscines, ce n'est pas une question de bonnet de bain ou de slip de bain pour les hommes, voilà !

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais d'ailleurs les personnes qui font cette action coup de poing savent très bien ce qu'elles veulent faire, elles veulent mettre en place une nouvelle norme, voilà, c'est cela dont il s'agit, et moi je suis très attachée aux valeurs de la République et je pense que les valeurs de la République ce n'est pas une formule en l'air, c'est la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité, c'est la mixité aussi, c'est le fait de partager un même espace de vie, de travail, de loisirs, de transports, moi je ne souhaite pas qu'on ait des transports pour les femmes et des transports pour les hommes, des piscines pour ceux qui portent un burkini et des piscines pour ceux qui n'en portent pas, des tables à la cantine avec des élèves qui ne mangent pas de porc et des élèves qui mangent du porc de l'autre côté, comme ça m'a été raconté hier, en Essonne, à la CAF où je me suis rendue. Je pense que, partager…

ROMAIN DESARBRES
On vous a raconté qu'il y avait des enfants, dans l'Essonne, qui étaient séparés en fonction de ce qu'ils mangeaient, donc en fonction de leur religion, avec les musulmans d'un côté, les non musulmans de l'autre ?

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, j'étais avec la ministre de la Fonction publique et c'est une mère qui nous a raconté qu'elle avait vu ça, sa fille avait été dans une table à part, et moi je crois vraiment à ce projet de partage, de mixité. Il y a des gens qui ont tout le temps à la bouche…

ROMAIN DESARBRES
Vous avez lancé une enquête ?

MARLENE SCHIAPPA
Elle nous a dit que c'était un fait qui était terminé, que le maire avait mis fin maintenant à cette pratique, enfin elle nous a expliqué ce qui avait amené à ça, mais moi ce que je veux vous dire c'est qu'il y a des gens qui ont tout le temps à la bouche l'expression " le vivre "-" ensemble ", avec un trait d'union au milieu et des guillemets entre les deux, et un article devant le verbe, moi je crois que vivre ensemble ça veut dire partager ce même espace, et la laïcité c'est la garantie de la citoyenneté, et c'est la garantie de ce partage d'un même espace parce que ça veut dire qu'on ne vous reconnaît pas en fonction de votre religion, vous n'avez pas à vous déterminer par rapport à votre religion, c'est-à-dire vous avez le droit absolu, c'est une liberté fondamentale, constitutionnelle, de croire, de pratiquer votre religion, ou de ne pas croire. La laïcité ce n'est pas contre les croyants, ce n'est pas la promotion d'un athéisme d'Etat, mais c'est une garantie pour que nous puissions partager un même espace en fonction de notre citoyenneté, de notre appartenance commune à des valeurs, et pas en fonction de notre religion.

ROMAIN DESARBRES
Xavier BERTRAND dans " Le Figaro " ce matin dénonce le laxisme migratoire en France et l'offensive de l'islamo-gauchisme, est-ce qu'il faut s'attaquer à l'immigration, est-ce qu'il faut la réduire drastiquement ?

MARLENE SCHIAPPA
Mais d'abord je crois que Xavier BERTRAND connaît très mal les dossiers concernant l'immigration, parce que j'ai vu qu'il faisait un certain nombre de propositions, soit des choses qui sont déjà mises en place, sur le contrôle aux frontières, sur Frontex, il y a quand même énormément de choses qui sont faites et qui sont mises en place par ministre de l'Intérieur, d'une part, soit il fait de la pensée magique, c'est-à-dire il dit il faut expulser les personnes qui sont sans-papiers, les renvoyer dans les pays d'origine, très bien, mais je suis bien curieuse de savoir, en matière d'actions diplomatiques, ce qu'aurait prévu le candidat Xavier BERTRAND, dans la mesure où à la fois Jean-Yves LE DRIAN et Gérald DARMANIN mènent cette action, puisque vous savez que pour renvoyer les personnes dans leur pays d'origine il faut que les pays dits de retour donnent un accord, il y a donc une coopération diplomatique à mener, ce c'est pas parce qu'on fait une interview et qu'on déclare que quelque chose va se passer que ça se produira…

ROMAIN DESARBRES
En l'occurrence il propose de stopper l'aide au développement à ces pays qui refusent de récupérer leurs ressortissants condamnés.

MARLENE SCHIAPPA
Alors d'abord, un, ce n'est pas comme ça que ça fonctionne, et deux, est-ce que sérieusement, quelqu'un qui connaît vraiment les dossiers, pense qu'en stoppant l'aide au développement ça va stopper l'immigration ? C'est stupide, pardon de le dire comme ça, mais c'est stupide, parce que, pourquoi est-ce qu'il y a des mouvements migratoires ? il y a des mouvements migratoires parce que des personnes considèrent qu'elles ne peuvent plus vivre dans leur pays, et donc quand vous avez des pays, par exemple où les ressources d'eau se tarissent, dû au changement climatique, vous avez des pays en guerre, des pays dans la misère, et que les personnes partent de ces pays parce qu'ils recherchent une vie meilleure, est-ce que vous pensez que si on arrête l'aide au développement, et donc on aggrave la situation dans leur pays d'origine, ils vont arrêter de vouloir traverser à la nage et de vouloir venir en France ? Je ne crois pas.

ROMAIN DESARBRES
Merci Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

ROMAIN DESARBRES
Ministre déléguée la citoyenneté, merci d'être venue ce matin sur le plateau de « La matinale » de CNEWS.

MARLENE SCHIAPPA
Avec plaisir.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juillet 2021