Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à France Info le 5 juillet 2021, sur la vaccination contre le coronavirus, la relance économique, la réforme des retraites, la taxe Gafam et l'élection présidentielle de 2022.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE !

MARC FAUVELLE
Le vaccin français de SANOFI devrait être disponible avant la fin de l'année, d'ici au mois de décembre dit ce matin son président, en France, vous avez des informations sur son efficacité ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a effectivement partagé avec SANOFI les résultats de la phase deux, qui sont excellents en termes de protection, mais surtout, ce qui est intéressant puisqu'une grande partie des Français seront vaccinés au moment où le vaccin SANOFI arrivera sur le marché, c'est qu'ils travaillent d'ores et déjà sur des rappels, et que sur les rappels, ils ont également d'excellents résultats, peut-être plus prometteurs, mais je mets un conditionnel, je suis ni scientifique, et les résultats sont encore en cours de traitement et ils ont engagé une phase trois que les rappels ARN-Messager.

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire quoi, c'est l'office et la troisième prise ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait ça ! Et ça pourrait être en France la troisième prise, le rappel pour la population qui aurait été vaccinée en ce moment, et qui aurait besoin éventuellement si les scientifiques le prévoient d'un rappel, et là, ils pourraient avoir le choix entre différentes versions de vaccin.

MARC FAUVELLE
Le fait qu'il ne soit pas ARN-Messager comme les deux principaux aujourd'hui, le fait qu'il soit français, ça peut être l'arme que vous attendez aujourd'hui pour convaincre les 10, 20, 30% de Français récalcitrants.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas impossible parce qu'on a eu une adhésion au vaccin qui est tout à fait importante, il y a un effet psychologique, je ne saurai pas l'expliquer, mais c'est une réalité en termes d'adhésion donc si ce vaccin peut contribuer à faire vacciner les Français, c'est tant mieux ! Mais surtout, ça va être un vaccin qui va contribuer à faire vacciner la planète, puisqu'il a un mode logistique assez simple, il se conserve au réfrigérateur, il est moins cher qu'un vaccin ARN-Messager, donc autant d'atouts qui peuvent être utiles dans la campagne vaccinale mondiale.

MARC FAUVELLE
La France en achètera directement ou on fera comme pour les autres vaccins, on met en pot comme on est en Europe et on reverse ensuite dans chaque pays ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a un contrat qui est en cours de négociation au niveau de l'Union européenne et qui, dernière nouvelle, avançait bien.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ça veut dire quoi, ce n'est pas l'autonomie assurée pour nous en France en termes de vaccin ? Enfin, il faudra passer par Bruxelles pour avoir du SANOFI ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En l'occurrence, je crois que tout le monde a vu qu'en termes de livraison de vaccin, nous sommes assez largement capacitaires, je rappelle que 70 millions de doses de vaccin…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui vous avez tous dit 70 millions ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Plus de 70 millions de doses de vaccin ont été livrées en France, le rythme de livraison va continuer de manière soutenue, donc l'enjeu n'est plus d'avoir accès à des doses de vaccin, …

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
L'enjeu c'est de trouver des épaules.

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'enjeu, c'est de convaincre les Français de se vacciner et l'enjeu, c'est également de conserver une diversité de propositions vaccinales pour avoir le plus d'armes possibles contre le Covid.

MARC FAUVELLE
Convaincre justement ou contraindre certains des Français, où en est le projet de loi aujourd'hui sur la vaccination obligatoire ou non des soignants ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce stade, nous allons, et Olivier VERAN va évidemment mener cela, entamer des consultations parce qu'une obligation vaccinale, ça ne s'improvise pas, on a un certain nombre de leaders d'opinion qui ont pris la parole sur ce sujet-là, il y a encore une tribune de médecins parlant d'obligations vaccinales, c'est quelque chose qui existe par exemple pour l'hépatite B pour les soignants, mais nous ne voulons pas forcer les choses, il faudra être à l'écoute des soignants, il faut faire en sorte qu'il y ait une approche qui soit le plus consensuel possible, que les gens soient convaincus encore une fois que la vaccination c'est se protéger eux-mêmes et protéger les autres.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Agnès PANNIER-RUNACHER, il y aura une loi, on peut parler au futur nécessairement ça passera par la loi ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Encore une fois, s'il y a consultation, c'est que la chose n'est pas tranchée…

MARC FAUVELLE
Et ce n'est pas sûr ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et d'un point de vue de juridique, pour imposer une obligation, il faut une loi.

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que s'il n'y a pas consensus politique et aujourd'hui, il n'y en a pas sur cette question de la vaccination obligatoire, vous n'irez pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non ce n'est pas ce que je dis, d'abord je dis…

MARC FAUVELLE
C'est ma question, il manquait un point d'interrogation à la fin, alors je vous repose la question, sans consensus vous n'irez pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a une consultation politique, et il y a aussi une consultation aussi des parties prenantes, ce sont des professions, les soignants, qui ont des représentants, et donc, on va mener cette consultation, et on tranchera en fonction, je dirais, de notre sentiment, de la meilleure décision à prendre pour protéger les Français, je le redis, les vaccins ont été testés maintenant ou ont été administrés à des centaines de millions de personnes, on a du recul, l'Agence sanitaire du médicament européenne est une des plus rigoureuses au monde, ce sont des produits qui sont sûrs, qui sont efficaces, et la meilleure arme contre le Covid, dont nous disposons aujourd'hui, c'est le vaccin.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Mais vous avez entendu votre collègue Olivier VERAN qui a dit : « nouvelle vague de contamination possible dès la fin du mois, c'est presque une fatalité », donc vous avez le temps de convaincre encore ? C'est la fin du mois cela.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je crois que l'enjeu, c'est surtout d'amener les Français à se vacciner, et moi, je les appelle en responsabilité à le faire, et pour aller au-delà, cette vague, elle n'aura pas a priori le même profil, on le voit par exemple au Royaume-Uni où le nombre d'hospitalisations n'est pas du tout du même ordre que dans les premières vagues, parce qu'une partie de la population est vaccinée, et parce que les formes qui sont développées, après encore une fois, je ne suis pas une scientifique, semble, j'utilise un conditionnel.…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Personne ne sait à quoi va ressembler la quatrième vague en France…

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'utilise un conditionnel, semble moins forte. Mais il faut regarder les chiffres des pays qui aujourd'hui enregistrent une augmentation, et regarder quelle est la pression induite…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous avez le temps de discuter encore…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur les hôpitaux…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc vous avez encore le temps de discuter, de dialoguer, d'essayer de convaincre, alors que le variant Delta court…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Depuis le début, le gouvernement a agi, et le président de la République a agi en responsabilité, ça veut dire très simplement que nous avons pris une décision de la manière, je dirais, la plus courageuse possible, et quand il a fallu prendre des décisions dures, nous les avons prises, néanmoins, on a toujours utiliser le levier de la consultation, il n'y a aucune raison de ne pas consulter les gens, de ne pas écouter les gens, et en même temps, il n'y a aucune raison de ne pas trancher lorsque cela est nécessaire ; aujourd'hui, nous sommes dans le temps de la consultation.

MARC FAUVELLE
Il y a d'autres pistes qui sont évoquées ces derniers jours, Agnès PANNIER-RUNACHER, hier, dans le JDD, Geoffroy ROUX DE BEZIEUX, pour le MEDEF, et Laurent BERGER, pour la CFDT, demandaient qu'on envisage d'ouvrir la vaccination obligatoire à d'autres professions qui sont en contact avec du public, quant au président du MoDem, qui fait partie de votre majorité, François BAYROU, il a émis une autre idée, c'était hier sur le plateau de LCI.

FRANÇOIS BAYROU, MAIRE DE PAU, HAUT-COMMISSAIRE AU PLAN
Moi, j'ai toujours pensé que ça finirait par la décision collective de rendre la vaccination obligatoire, la vaccination, c'est la seule digue contre ce qui nous pend au nez, ce qui menace d'arriver, qu'il y ait une quatrième vague, et pourquoi pas une cinquième vague, vous avez vu les mutations qui sont en cours qui sont très frappantes en Grande Bretagne.

MARC FAUVELLE
On ira vers la vaccination obligatoire pour tous, comme le dit François BAYROU ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne lis pas dans le marc de café, mais je sais que la Covid ne prend pas de vacances, et donc tant que nous n'avons pas une immunité collective, le virus circulera, ça, ce sont les faits scientifiques, et à partir de ces faits scientifiques, nous, nous continuons la vaccination à un rythme soutenu, je veux dire que le la vaccination continue à un rythme soutenu parce qu'on a le sentiment…

MARC FAUVELLE
De moins en moins soutenu, de moins en moins soutenu quand vous regardez les premières doses en tout cas…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais parce que vous avez un rattrapage…

MARC FAUVELLE
Donc ça veut dire que dans quelques semaines…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Attendez, Marc FAUVELLE, laissez-moi aller jusqu'au bout de mon propos…

MARC FAUVELLE
Je vous en prie, allez-y…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez un rattrapage des deuxièmes doses, on a vacciné de manière tellement soutenue à la fin du mois de mai et au mois de juin qu'on a énormément de deuxièmes doses à passer en ce moment, c'est aussi ça l'explication de la diminution des primo-vaccinés…

MARC FAUVELLE
Mais aujourd'hui, vous avez rappelé qu'on a 70 millions de vaccins qui ont été achetés, 55 millions qui ont été administrés…

AGNES PANNIER-RUNACHER
56, oui…

MARC FAUVELLE
56. Si je compte bien, rapidement, ça veut dire qu'il y en a 14 millions qui dorment dans les frigos aujourd'hui…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais parce que nous avons les livraisons…

MARC FAUVELLE
Tant mieux, on a assez de vaccins, tant pis, on n'a pas assez de bras pour
les utiliser.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, on a à peu près 2, 3 semaines de stocks, ce qui est pas gigantesque non plus, et c'est aussi le rythme de la vaccination, en fonction de la vie des gens, vous voyez bien que le départ en vacances va probablement changer le rythme de la vaccination, parce que les gens vont s'organiser de manière différente, mais pour prendre un exemple, moi, mon fils se fait vacciner aujourd'hui, et voilà, chacun... 15 ans, vous avez la vaccination des adolescents, vous avez la vaccination des personnes qui sont en train de préparer leurs vacances, donc moi, je suis confiante sur la responsabilité des Français pour se faire vacciner. Et de toute façon, on prendra les décisions à prendre en temps utile.

MARC FAUVELLE
On marque une toute petite pause, Agnès PANNIER-RUNACHER, et Jean-François ACHILLI vous posera la question qu'il tente de vous poser depuis 2 minutes en faisant des signes de la main, mais d'abord, " Le Fil info ", à 8h41 avec Diane FERCHIT.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous n'avez pas répondu à la suggestion de votre collègue haut-commissaire au Plan, vaccination obligatoire pour tous, oui ou non ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai répondu.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Pas exactement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si, j'ai répondu, j'ai répondu que…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Oui ou non ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce stade, on travaillait sur la vaccination obligatoire des soignants, et qu'à ce stade, nous n'étions pas encore en train de travailler sur la vaccination des autres corps de métier, et nous sommes à l'écoute des propositions des représentants des entreprises et des représentants des syndicats, chaque chose en son temps en bon ordre.

MARC FAUVELLE
Pour augmenter la vaccination, Israël avait donné des droits supplémentaires pendant plusieurs mois sur une période déterminée, des droits supplémentaires aux personnes vaccinées, est-ce que, en France, on pourrait faire la même chose, c'est-à-dire autoriser certains lieux uniquement aux personnes vaccinées ou est-ce que c'est une ligne rouge que vous mettez aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Scientifiquement, il n'y a pas de raison d'interdire certains lieux à des personnes qui ne présenteraient pas un test négatif, scientifiquement, il n'y a pas de raison, donc je crois qu'il faut aussi considérer qu'il y a un principe intangible qui est l'égalité de tous devant la loi, ce que nous souhaitons faire, c'est limiter la circulation du virus, là où il peut y avoir un questionnement, c'est par exemple sur le fait que pour prouver sa négativité, le fait qu'on ne soit pas porteur du virus de la Covid, on fait un test, et que ce test est gratuit, et que, on le voit, chaque semaine, le coût des tests réalisés en France représente 100 millions d'euros, ça fait quand même 5 milliards d'euros par an, c'est gigantesque, et qu'à un moment, on peut s'interroger sur la dimension de confort des tests.

MARC FAUVELLE
Pour les personnes donc vaccinées, vous réfléchissez à faire payer les tests de dépistage ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, pas pour les personnes vaccinées…

MARC FAUVELLE
Pour les personnes non-vaccinées, bien sûr, oui, je suis bête…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Non vaccinées…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pardon, non vaccinées. En tout cas, à partir de…

MARC FAUVELLE
Pour tous les tests ou uniquement pour les tests dits de confort ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A partir du 7 juillet, comme vous le savez, les personnes étrangères qui font du tourisme par exemple paieront les tests comme ils le font dans leur pays d'origine, je rappelle que nous sommes le seul pays, on est le seul pays où les tests sont gratuits, ça a été très puissant pour lutter contre la circulation de la Covid. Mais c'est vrai que c'est, en particulier…

MARC FAUVELLE
Mais aujourd'hui, c'est parfois un frein à la vaccination…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est inédit, et ça peut être un frein à la vaccination.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Et quel horizon pour les citoyens français, à partir de quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Là encore, ces décisions ne sont pas prises, et nous n'allons pas engager imprudemment des changements, mais ça fait partie des sujets qui sont sur la table de se poser la question des tests de confort. Je reviens sur une question, lorsque vous avez... là aussi, c'est une règle intangible, nous avons une prise en charge par la Sécurité sociale des prescriptions médicales, c'est intangible, ça vaut pour tout.

MARC FAUVELLE
On va parler de tout autre chose maintenant, Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce qu'il faudra à la rentrée un deuxième plan de relance pour booster l'économie française ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que le plan de relance est suffisamment puissant pour permettre de booster l'économie française, ce sur quoi nous réfléchissons avec le président de la République, avec le Premier ministre et Bruno LE MAIRE, c'est quel plan d'investissement structurel nous devons construire pour renforcer la compétitivité de la France, continuer à la renforcer et investir dans le futur ; vous savez que la Commission européenne a, sous notre impulsion d'ailleurs et l'impulsion d'autres pays, un agenda industriel extrêmement ambitieux, porté par le commissaire BRETON, des investissements dans les semi-conducteurs, des investissements dans l'hydrogène, des investissements dans les industries de santé, tout cela, ce sont des secteurs d'avenir sur lesquels nous pourrions être amenés à nous positionner en décidant d'investir dans l'avenir.

MARC FAUVELLE
Combien de milliards aujourd'hui du plan de relance ont déjà été dépensés, versés, sont arrivés jusqu'à là où ils devaient arriver, c'est-à-dire sur le terrain, dans les entreprises et dans tout le pays ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
A date, nous sommes au-delà de 30 milliards d'euros, et vous savez que l'objectif de cette année était de 40 milliards d'euros en fin d'année, je pense que nous y serons très largement, le plan de relance, c'est un succès massif, je prends le portefeuille que je suis plus personnellement sur l'industrie, c'est plus de 2.000 entreprises, près de 2.000 entreprises, pardon, dont le projet de décarbonation, de relocalisation, d'innovation ou de modernisation des chaînes de production est aujourd'hui soutenu, 2.000 projets, c'est gigantesque, c'est près de 8.000 entreprises qui vont bénéficier d'un soutien pour s'équiper en machines à commande numérique, en cobots, en robots, pour leur permettre d'aller chercher des contrats à l'international, ça fait au total près d'une entreprise sur trois industrielles, une entreprise sur trois, qui pourront bénéficier du plan de relance, c'est totalement inédit, tellement inédit d'ailleurs que nous avons dû réallouer des crédits pour faire face à cet afflux de dossiers industriels, et qui montre au passage que les entreprises industrielles se portent bien, qu'elles sont à l'offensive et qu'elles sont prêtes à investir ; ce qui est une très bonne nouvelle pour notre économie.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Agnès PANNIER-RUNACHER, ce n'est pas le plan de relance, mais les aciéries d'ASCOVAL et Hayange, elles sont tirées d'affaire, où est-ce que ça en est ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, écoutez…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est fait ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui, nous avons tenu à un accord de principe entre SAARSTAHL et le précédent actionnaire…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Groupe sidérurgique allemand…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, tout à fait, groupe sidérurgique allemand, extrêmement solide, qui a signé un accord de reprise d'ASCOVAL, et la documentation a été finalisée ce week-end, donc on a travaillé d'arrache-pied, vous savez que ça fait près de deux ans et demi que nous suivons ce dossier, qu'il a connu des actionnaires plus ou moins fragiles, aujourd'hui, c'est un actionnaire extrêmement solide, et qui valide notre stratégie, c'est-à-dire que les investissements que nous avons pris en charge aux côtés des salariés pour transformer l'aciérie, ils sont validés par une entreprise qui est prête à payer pour avoir cette entreprise…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est validé. Et les 700 emplois de part et d'autre, ils sont sauvés, ils sont pérennisés ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
SAARSTAHL pérennise l'ensemble des emplois, c'est très clair, et nous serons extrêmement vigilants ensuite dans la bonne mise en oeuvre de ces accords, puisqu'il reste encore des éléments juridiques à finaliser. Mais moi, je veux saluer l'ensemble des salariés d'ASCOVAL, qui ont été absolument exemplaires ces deux ans et demi, et qui ont continué à transformer leur entreprise en dépit des incertitudes qui pesaient sur leur actionnariat.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, Emmanuel MACRON et Jean CASTEX réunissent demain les syndicats et le patronat, est-ce qu'ils vont leur parler de la réforme des retraites ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense qu'ils vont leur parler d'agenda social…

MARC FAUVELLE
Et de la réforme des retraites ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et dans l'agenda social, il y a évidemment la question des retraites, pourquoi nous parlons de cette réforme des retraites…

MARC FAUVELLE
Parce que Bruno LE MAIRE le répète tous les trois jours peut-être…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, tout simplement parce qu'aujourd'hui, le régime des retraites n'est pas équilibré, ce qui veut dire que le contrat social n'est pas équitable, et que les jeunes aujourd'hui qui rentrent sur le marché du travail payent pour des retraites qui ne leur sont pas garanties lorsqu'ils quitteront le marché du travail, c'est une iniquité profonde, et qu'il faut à un moment affronter cette iniquité.

MARC FAUVELLE
Alors, Richard FERRAND, le président de l'Assemblée nationale, disait ce week-end : ce n'est pas le moment, on n'a pas le temps de faire une réforme comme ça dans les 9 mois qui nous séparent de l'élection présidentielle, vous pensez que si, vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je pense qu'il faut surtout ne pas être dans le tabou par rapport à la réforme des retraites, ensuite, la question du calendrier, ce sera au président de la République de la trancher en fonction de ce qu'il estimera possible de faire ; il faut faire une bonne réforme, se donner le temps de faire une bonne réforme, mais est-ce que c'est important de faire la réforme des retraites ? Je n'ai aucun doute, il faut la faire, d'ailleurs, les Français le savent aujourd'hui, plus de la majorité des Français reconnaissent que nous avons un sujet de retraite, et que nous devons réformer nos retraites…

MARC FAUVELLE
Tout dépend ce qu'on met dedans…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est sûr qu'il faut faire une bonne réforme, tout le monde est d'accord là-dessus, quelle que soit la bonne réforme, il reste dix mois, là, avant l'élection présidentielle, donc vous imaginez mettre en route la réforme, là, avant la présidentielle ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sera au président de la République de trancher cela, très clairement.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
C'est possible ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense que c'est... comme vous le dites, comme il est question de simplifier certains éléments de la réforme, ça peut être une façon d'aller plus vite, moi, je considère que cette réforme, elle doit être suffisamment charnue, claire et équitable…

MARC FAUVELLE
Charnue ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Charnue, oui, c'est-à-dire…

MARC FAUVELLE
Charnue, c'est-à-dire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Avec des éléments…

MARC FAUVELLE
Il faut qu'elle ait des rondeurs…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, avec des éléments qui permettent de vraiment adresser la question des carrières courtes, la question…

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Molle…

MARC FAUVELLE
Molle, dit Jean-François ACHILLI, charnue, c'est molle…

AGNES PANNIER-RUNACHER
La question des carrières hachées, vous savez qu'une des grandes iniquités de notre système de retraite, c'est notamment pour les femmes qui entrent et sortent du marché du travail, qui ont des carrières à temps partiel, qui à certains moments doivent prendre des congés parentaux, eh bien, à la fin de leur vie professionnelle, elles se retrouvent avec des retraites de misère, et ça, il nous semble que c'est inacceptable.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Agnès PANNIER-RUNACHER, que dites-vous ce matin du coup de force, c'était samedi, d'ATTAC contre les vitrines de la Samaritaine au coeur de Paris, peinturlurées en noir pour dénoncer l'enrichissement indécent des milliardaires pendant la crise sanitaire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, je trouve qu'on passe beaucoup trop de temps sur cet événement qui est illégal et pitoyable, je préférerais qu'on passe du temps sur par exemple le projet de la Samaritaine qui va créer 3000 emplois, je préférerais qu'on passe du temps sur, puisqu'il est question de fiscalité chez ATTAC, sur l'accord absolument inédit, que nous venons d'obtenir après 4 ans de détermination du gouvernement français, du président de la République, de Bruno LE MAIRE, sur la taxation minimale des grands groupes internationaux, parce que nous nous sommes dans l'action, nous obtenons des résultats, et je crois que ça a beaucoup plus de valeur que ce que nous avons pu voir samedi.

MARC FAUVELLE
Alors parlons-en, qu'est-ce qu'on fait de l'Irlande qui a refusé de voter le texte ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien on continue à avancer. Vous le savez, il va y avoir une discussion, à Venise, dans le cadre du G7 et du G20, et donc nous sommes confiants d'obtenir un accord finalisé à cette occasion…

MARC FAUVELLE
Vous souhaitez que l'Europe fasse pression sur l'Irlande pour qu'elle signe à son tour ce texte et les 15 % d'imposition minimum ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais je souhaite qu'on obtienne effectivement un accord collectif et que cette mesure, qui est une mesure de justice fiscale, qui est une mesure extrêmement… et qui est une mesure aussi de concurrence loyale, parce que les pays, qui ont des impositions extrêmement faibles, c'est du même ordre que les pays qui donnent des subventions étatiques sans encadrement, donc…

MARC FAUVELLE
Vous vous rendez compte de ce que ça voudrait dire ? Ça voudrait dire, si c'est le cas, que Joe BIDEN a réussi ce que l'Europe n'avait jamais réussi à faire, c'est-à-dire faire que les Irlandais augmentent leurs impôts.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, Marc FAUVELLE, qui a mis le sujet sur la table, qui l'a porté…

MARC FAUVELLE
La France, mais dans l'indifférence quasi générale, on a tenté d'ailleurs une taxe Gafam parce que le reste n'avançait pas, et c'est Joe BIDEN qui a débloqué ça.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, non, non…

MARC FAUVELLE
Mais ça voudrait dire qu'en Europe même, pour faire avancer les choses…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, je ne peux pas vous laisser dire ça non plus.

MARC FAUVELLE
Pour faire avancer les choses, les Etats-Unis, en Europe, auront été plus utiles.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne peux pas vous laisser dire ça parce que…

MARC FAUVELLE
Alors allez-y.

AGNES PANNIER-RUNACHER
La première chose c'est, qui a mis le sujet sur la table ? Il faut quand même mettre les sujets sur la table pour qu'ils aboutissent ; c'est la France, très clairement.

MARC FAUVELLE
Et qui a débloqué le dossier ? Joe BIDEN.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Attendez, attendez. Qui a fait la première taxation des plateformes numériques ? C'est la France. Qu'est-ce qui s'est passé derrière ? Plusieurs pays se sont engouffrés dans la brèche ouverte et ont imposé les plateformes numériques, sur des législations nationales, ça, ça ne serait pas arrivé si la France n'avait pas été là. Qui a, quelque part, créé le débat au plan international, au niveau de la Commission européenne, au niveau du G7, au niveau de l'OCDE ? C'est la France. Donc, effectivement…

MARC FAUVELLE
Vous reconnaissez quand même à Joe BIDEN d'avoir débloqué le dossier il y a un mois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Par stratégies d'alliés, nous obtenons la validation par Joe BIDEN, et il est plus facile d'obtenir ce type d'accord avec les Etats-Unis à bord, mais sachons reconnaître quand même que si la France n'avait pas agi, si le président de la République n'avait pas été extrêmement déterminé sur ce sujet-là, il ne se serait juste rien passé, c'est ça la réalité, et il n'y aurait eu aucune législation nationale de taxation des plateformes numériques.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Ultime question sur la politique. Vous savez, vous étiez candidate dans les Hauts-de-France, vous faite partie des cinq ministres sortis, si je puis dire, par Xavier BERTRAND, est-ce que La République en Marche a la gueule de bois après ces régionales ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez non, je ne crois pas, d'abord parce qu'on omet de dire que dans toutes les cantonales où étaient positionnés des ministres on a eu d'excellents résultats, je pense à Gérald DARMANIN qui était, comme moi, dernier de liste sur les régionales et qui fait plus de deux tiers des voix sur sa cantonade.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Donc c'est un succès pour vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense à Brigitte BOURGUIGNON qui remporte haut la main l'élection, on est dans les Hauts-de-France, je peux vous citer tous les autres ministres qui ont très largement remporté leurs cantonales, Brigitte KLINKERT, Sébastien LECORNU, etc., donc nous avons une élection qui a donné une prime aux sortants, j'observe d'ailleurs que le meilleur score il a été réalisé par un présidente de gauche qui est Carole DELGA et qui est sur la seule liste du Parti socialiste, je ne crois pas qu'on parle d'un renouveau du parti socialiste, donc, voilà.

MARC FAUVELLE
Donc ce n'est pas grave en fait, ce qui s'est passé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas que ce n'est pas grave, ce qui est grave c'est les deux tiers d'abstentionnistes, ce qui est grave c'est, effectivement, on n'a pas fait un bon score aux régionales…

MARC FAUVELLE
Les deux tiers d'abstentionnistes c'était le cas aussi pour tous les ministres que vous venez de citer, qui ont fait des bons scores !

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, non mais, les deux tiers d'abstentionnistes ça c'est un impondérable des deux élections, la départementale et la régionale, et sur l'ensemble du territoire français il y a la Corse qui échappe à cette analyse, donc ça c'est la vraie question.

JEAN-FRANÇOIS ACHILLI
Je vous le confirme. Ça n'empêchera pas Emmanuel MACRON de se représenter en 2022, ce n'est pas un problème ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pour quelles raisons ça empêcherait Emmanuel MACRON de se représenter ? pardon… non, je ne crois pas, précisément parce que, lorsque vous êtes sur le terrain, personne ne conteste le travail qu'a fait le gouvernement pour soutenir l'économie, pour soutenir les salariés, pour sauver les entreprises, et personne ne conteste aussi que finalement la gestion de cette crise sanitaire a été plutôt bien menée, personne ne conteste d'ailleurs que quelqu'un aurait fait mieux.

MARC FAUVELLE
Les certitudes d'aujourd'hui font parfois les doutes de demain, sur la gestion de la crise sanitaire qui aurait dit il y a encore un an qu'on connaîtrait d'autres vagues, tout ça ne vous invite pas à plus de prudence ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je veux juste…

MARC FAUVELLE
Sur la gestion de la crise sanitaire, encore une fois elle est peut-être terminée, elle est peut-être encore devant nous.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je regarde juste le verre à moitié plein et je constate…

MARC FAUVELLE
Et moi peut-être le verre à moitié vide.

AGNES PANNIER-RUNACHER
J'ai été beaucoup sur le terrain, Marc FAUVELLE, et je peux vous assurer que lorsque vous parlez des mesures qui ont été déployées, pour soutenir les entreprises, pour soutenir les salariés, à la fois les mesures d'urgence et les mesures de relance, vous avez unanimement la reconnaissance que le président de la République a pris les bonnes décisions et qu'il fait bon de vivre en France et qu'il n'y a aucun gouvernement qui en a fait autant pour sa population.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Agnès PANNIER-RUNACHER et bonne journée


source : Service d'information du Gouvernement, le 21 juillet 2021