Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la justice, à BFM Business le 25 août 2021, sur la reprise économique, le plan de relance européen, la politique industrielle et les vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Je suis avec Agnès PANNIER-RUNACHER, la ministre déléguée chargée de l'industrie. Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Christophe JAKUBYSZYN.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors on en parlait pendant la pub, l'économie française va extrêmement bien et alors vous me disiez que vous n'étiez pas surprise.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas surprise parce que c'est le résultat d'une politique voulue par le président de la République.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais c'est partout dans le monde, c'est-à-dire que l'économie mondiale se redresse de manière incroyable de cette crise sanitaire.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors deux choses, la croissance se redresse. La croissance, c'est le chiffre d'affaires et ça effectivement c'est la vie des affaires, ce n'est pas illogique puisque la crise elle est d'origine sanitaire, elle n'est pas d'origine économique et lorsque l'économie peut reprendre, forcément vous avez ce rebond. Mais ce qui est je crois particulièrement à souligner en France, c'est qu'il n'y a pas eu de casse sociale et ça dans les autres pays de monde vous en avez beaucoup, vous en avez beaucoup aux Etats-Unis, vous en avez beaucoup dans certains un pays d'Europe.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Le chômage n'a pas vraiment augmenté non plus aux Etats-Unis, comme nous, on est à 8 %, ce qui est formidable, franchement c'était là aussi inespéré.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui mais alors je ne serais pas aussi optimiste que vous Christophe JAKUBYSZYN parce que précisément en termes notamment de recul du pouvoir d'achat, de revenus des ménages, de pauvreté et ce qu'on appelle les « working poors » aux Etats-Unis on n'a pas tout à fait les mêmes résultats que les Etats Unis parce que ce Gouvernement a eu comme boussole l'emploi et le fait de protéger les salariés et de protéger les entreprises pour leur permettre de rebondir dès que les conditions étaient réunies pour recommencer à travailler normalement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Est-ce que du coup la semaine prochaine vous débranchez les aides, est-ce que le quoi qu'il en coûte c'est terminé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je crois qu'il y a un fantasme autour de cette idée qu'on va de débrancher, de la même manière qu'il y avait un fantasme autour du mur de la falaise, du mur de faillite. Nous on va continuer à accompagner ceux qui en ont besoin mais ils sont beaucoup moins nombreux. Alors on va continuer à accompagner, je veux dire des décisions sont en train d'être prises.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
C'est qui, c'est les hôtels de Paris, le cinéma, c'est qui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bruno LE MAIRE et Alain GRISET vont réunir les acteurs de place le 30 août comme ils s'y étaient engagés, ils vont faire le point sur la situation mais en tout état de cause lorsqu'on regarde aujourd'hui la situation, je prends l'exemple du prêt garanti par l'Etat, le prêt garanti par l'Etat 90% des montants qui ont été garantis l'ont été entre le mois de mars et le mois de juin de l'année dernière. Aujourd'hui nous adressons des situations beaucoup plus particulières, beaucoup plus spécifiques par rapport à la crise. Donc c'est passé d'aides massives a du cas par cas et ça, ça va être le travail que vont faire Bruno LE MAIRE, Alain GRISET pour voir si effectivement et dans quelles conditions on peut continuer à accompagner certains acteurs qui objectivement parce que les conditions de leur reprise ne sont pas réunies doivent pouvoir être accompagnés le cas échéant.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
En dehors de ces exceptions est-ce que la crise est finie ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'il est nous avons tous appris de cette crise qu'il fallait particulièrement humble lorsqu'on voulait faire des prévisions. Donc aujourd'hui nous sommes au travail, je pense que les décisions que nous avons prises en mars…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais Bruno LE MAIRE, il parle de la crise…

AGNES PANNIER-RUNACHER
En mai, en juin de l'année dernière sont les bonnes décisions et ont permis effectivement de rebondir. Nous travaillons aujourd'hui à un plan d'investissement qui est le 3e étage de la fusée, 1er étage, mesures d'urgence. 2e étage, le plan de relance, on nourrit la relance, le rebond. 3e étage, on construit l'économie 2030. Donc c'est cet élan-là que nous impulsons mais on ne peut exclure qu'il y ait des incidents, des rebonds, donc je ne lis pas dans le marc de café mais je suis confiante.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Donc Bruno LE MAIRE a tort quand il parle de la crise économique au passé.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bruno LE MAIRE est plus prudent que ça, il dit simplement les Français sont responsables, la consommation repart, la croissance est au rendez-vous. Ça c'est factuellement exact.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
France 2030, c'est le nouveau nom de ce plan d'investissement, 20 milliards, 30 milliards, combien ce sera ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas ce sera une somme significative et l'objectif c'est de construire la France de 2030, c'est de donner les moyens d'accélérer sur des programmes d'investissements productifs, c'est un plan d'investissement essentiellement industriel, de faire en sorte de passer, la démultiplier sur un certain nombre de secteurs clés.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
On va se parler clairement Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce que ces 20 à 30 milliards euros d'investissements sont des aides d'Etat ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sont des accompagnements, je crois qu'il faut arrêter d'être naïf. La politique industrielle de la Chine, la politique industrielle des Etats-Unis, elle est assez similaire en réalité, ce sont des soutiens massifs sur des technologies clés pour permettre aux marchés d'accélérer, aux acteurs du marché, aux entrepreneurs d'accélérer dans la recherche et développement et dans la définition de solutions et d'industrialisation sur l'hydrogène, sur le Cloud, sur le numérique. Et donc si l'Europe n'a pas la même démarche nous serons en retard et c'est très exactement ce que dit Thierry BRETON dans sa stratégie industrielle pour l'Europe, en disant nous devons accélérer dans les investissements.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
vous êtes sûr que Thierry BRETON n'est pas isolé dans ce discours parce que, quand vous dites à l'Europe, la France va encore dépenser 20 à 30 milliards d'euros pour subventionner ses entreprises, c‘est très honorable, dans des secteurs et des technologies que vous considérez comme étant des technologies d'avenir, est-ce que vous pensez que les Allemands, nos amis Allemands, les Européens dans leur ensemble vont nous laisser dépenser 20 à 30 milliards, augmenter encore notre déficit, notre dette ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'il faut être très clair, il ne faut pas confondre une dépense publique qui doit être sous contrôle et des investissements qui rapportent à l'Etat. Lorsque vous investissez dans des secteurs d'avenir, c'est des charges sociales, c'est de l'impôt qui rentre pour l'Etat. Et c'est bien ce pari que nous sommes en train de faire.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Jusqu'à présent l'Europe ne raisonnait pas comme ça jusqu'à présent. Elle ne distinguait pas les dépenses publiques, elle ne distinguait pas entre dépenses courantes et dépenses d'investissement.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce que nous n'avions pas fait, je dirais, se bouger sur la politique industrielle que l'on voit aussi dans le Green deal. Dans le Green Deal, la présidente de la Commission européenne assume qu'il faut investir massivement pour les décarbonation de notre économie, non seulement pour le bien de notre économie parce que c'est un élément de compétitivité, mais également pour le bien de notre planète parce que nous avons une responsabilité en tant que politique et le GIEC l'a encore dit, il faut accélérer. Nous sommes dans un changement de paradigme, nous sommes dans un changement de moments, les accélérations de transformation numérique et écologique sont très très importantes, je veux dire, en 5 ans nous avons changé de monde.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Ça fait 2 ans qu'on déroge aux règles européennes avec l'accord d'ailleurs des Allemands, vous croyez qu'ils vont continuer encore à nous à nous permettre de déroger comme ça avec ces 20 ou 30 milliards de dépenses supplémentaires ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, à ce stade cette discussion nous l'avons évidemment de manière étroite avec la Commission européenne et avec nos partenaires allemands. Donc encore une fois il faut faire la distinction entre la rigueur sur la dépense publique et je crois que Bruno LE MAIRE a été très clair sur le fait qu'on doit continuer notre calendrier de réformes, qu'il est important de mener à bout la réforme de l'Assurance chômage et d'ailleurs les conditions s'y prêtent et de ne pas éviter la question de la réforme des retraites, peut-être pas la semaine prochaine mais dans un calendrier qui soit réduit. Mais cela n'empêche pas d'investir dans l'avenir. Investir dans l'avenir c'est précisément augmenter la croissance potentielle de notre pays, diminuer le chômage et donc c'est des points gagnants pour notre pays et des meilleurs finances publiques.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Alors puisqu'on parle d'avenir, de technologies d'avenir, de secteurs d'avenir on va parler de la santé des biotechs. Hier à votre place il avait le PDG de VALNEVA qui lance sa demande d'autorisation sur le marché britannique, Boris JOHNSON qui lui a quand même fait un chèque de 500 millions d'euros pour financer le développement du vaccin, qui sera le 1er vaccin français avant SANOFI, est-ce qu'on n'a pas raté le coche, les premières doses, les millions de premières doses iront au Royaume-Uni, pourquoi pas en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors déjà premier élément, VALNEVA rentre en face 3 donc cette semaine et c'est vraiment une très bonne nouvelle parce que c'est un vaccin qui est sur la base d'un virus désactivé, il n'existe pas aujourd'hui de vaccin sur cette base-là, donc ça enrichit notre portefeuille de solutions. Je rappelle que SANOFI, ça fait 3 mois qu'ils sont en phase 3, donc je ne sais pas quel est le vaccin qui sera le premier sur le marché.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Apparemment celui qui aura la première autorisation de mise sur le marché, ça sera sans doute VALNEVA avant la fin de l'année.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Au niveau européen, je ne m'y brûlerai pas les doigts.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais au niveau britannique, vous pensez que les européens vont griller VALNEVA avec SANOFI sur le marché européen ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas du tout le sujet, le sujet c'est qu'aujourd'hui très simplement, SANOFI est en phase 3 depuis 3 mois, VALNEVA démarre sa phase 3 aujourd'hui, donc techniquement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Mais ils ont lancé, ils veulent une autorisation veulent une autorisation provisoire des Britanniques alors même…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est très exactement… ils veulent une autorisation provisoire et vous savez que l'Europe a toujours voulu des autorisations complètes, c'est-à-dire que nous ne prenons pas le risque des autorisations provisoires sur les vaccins, c'est un choix de rigueur et c'est un choix de sécurité pour les Français.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Aux Etats-Unis, il y a eu des mois d'autorisations provisoires sur Pfizer, BioNTec, ce qui leur a permis de vacciner leur population.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas tout à fait sur la France, l'Europe a donné une autorisation de mise sur le marché. Enfin pardon on va rentrer dans la technique. L'autorisation temporaire d'utilisation ce n'est pas la même chose que l'AMEM, l'Europe a toujours choisi l'AMM et ça n'a pas empêché Pfizer d'être une autorisation donnée 15 jours après les Anglais.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
La question, ce n'est pas celle-là, c'est est-ce que vous ne regrettez pas qu'une belle biotech française, franco-autrichienne ailleurs comme VALNEVA ait été obligée de frapper à la porte des Anglais pour aller plus vite ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors moi je ne le mettrais pas sous cet angle-là, la France a permis justement que l'Europe négocie avec VALNEVA et vous savez que nous en sommes aux derniers jours de négociations. Je crois que Franck GRIMAUD l'a dit encore hier et par ailleurs nous travaillons avec Franck GRIMAUD sur d'autres projets. Ensuite très concrètement…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Lesquels ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur des projets de, comme nous le faisons pour être très clair, Nous avons accompagné de plus de 130 projets de relocalisation en France qui représente un milliard d'euros d'investissement depuis juin dernier. Donc VALNEVA fait partie des candidats laboratoires avec lesquels nous travaillons sur la relocalisation de chaînes de production, de médicaments, de vaccins, de dispositifs médicaux. Mais pour revenir sur la question du vaccin VALNEVA, lorsque le vaccin arrivera et c'est la même chose pour SANOFI sur le marché les Français auront été vaccinés et nous ce qui nous intéresse c'est potentiellement leur potentiel en tant que rappel pour les Français et nous serons armés avec du VALNEVA, comme avec du SANOFI, comme avec du Pfizer.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Pour la fameuse troisième dose par exemple, on pourra mélanger les vaccins…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça, ça sera aux experts scientifiques de le dire mais quand vous regardez…

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Combien de doses, on a livré, utilisé en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous allons atteindre 100 millions de doses livrées cette semaine, c'est pour vous dire que aujourd'hui la question n'est pas des besoins de nombre de doses, nous sommes très en avance et nous avons toujours été au rendez-vous des nombres de doses que nous devions obtenir. 100 millions de doses.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
100 millions de doses, la reprise est au rendez-vous, on a des petites inquiétudes sur la flambée des prix des matières premières, les pénuries de semi-conducteurs, les salariés aussi qui manquent parfois à l'appel.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Problème de recrutement.

CHRISTOPHE JAKUBYSZYN
Problème du recrutement. On va en parler évidemment notamment à la REF tout au long de ces prochaines 48 heures, nous serons dès midi avec BFM Business là-bas et demain matin La matinale en direct de la REF et à votre place sur place, ce sera Geoffroy ROUX de BEZIEUX.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 août 2021