Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à LCI le 13 septembre 2021, sur la situation économique et sociale et l'élection présidentielle de 2022.

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Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et merci d'être ce matin sur le plateau de LCI. Ministre de l'Economie, des Finances et de la Relance. L'économie française rebondit bien, on va en parler, vous avez proposé un budget vendredi dernier, on y reviendra, mais d'abord justement, à propos du pouvoir d'achat des Français, il y a des inquiétudes quand même en cette rentrée parce qu'on voit bien que les énergies augmentent, le gaz, l'essence, les matières premières aussi dans l'alimentation et l'industrie, bref, le pouvoir d'achat des Français sera-t-il maintenu, Bruno LE MAIRE ?

BRUNO LE MAIRE
Il a été maintenu, Elizabeth MARTICHOUX, et nous sommes évidemment très vigilant à ce que la croissance, qui revient, qui revient fort, profite à tous les Français, sans exception. Quand il y a eu la crise le PNB français, la richesse française, s'est effondré de plus de 8%, c'est la chute la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, mais le pouvoir d'achat des Français, lui, il a augmenté, nous sortirons prochainement les chiffres du Trésor, pour le budget 2022, en 2021 le pouvoir d'achat des Français a augmenté de plus de 2%, alors même que nous sommes confrontés, une fois encore, à une crise économique historique. Nous regardons évidemment attentivement comment est-ce qu'on peut déployer le plus possible les mesures pour l'emploi, et nous l'avons fait, quand on met 35 milliards d'euros sur l'activité partielle, on protège les emplois, donc on protège le pouvoir d'achat des Français. Après il y a le sujet particulier de l'énergie, qui touche des millions de nos compatriotes, qui voient leur facture de gaz, ou leur facture d'électricité, augmenter fortement, notre analyse c'est que cette augmentation est temporaire, et qu'en 2022 les choses devraient se stabiliser. Nous avons un instrument qui est efficace, le chèque énergie, il touchait un peu moins de 4 millions de Français au début du quinquennat, avec les décisions d'Emmanuel MACRON il touche désormais 6 millions de Français, c'est 150 euros en moyenne qui sont donnés par le chèque énergie, ça peut être un instrument efficace pour protéger les Français face à l'augmentation du prix de l'énergie, si jamais ce prix de l'énergie devrait continuer à augmenter.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà. Pour être précis, vous avez présenté le projet de budget en effet, il y a un rebond de l'économie, il pourrait y avoir de meilleures rentrées fiscales, est-ce que ça permettrait des mesures ciblées, encore améliorées, en faveur des ménages sur ce sujet-là, est-ce que c'est exclu ou vous ne l'excluez pas ?

BRUNO LE MAIRE
Non, moi je ne l'exclue pas, ça dépendra une fois encore de l'augmentation de la facture d'énergie, il faut être précis, regarder les difficultés des gens et apporter des réponses concrètes et précises. Il y a une difficulté particulière sur l'énergie, il y a un instrument qui est efficace, nous en avons discuté très longuement déjà avec le Premier ministre, avec Jean CASTEX, et nous regarderons, dans les semaines qui viennent, si oui, ou non, il est nécessaire d'utiliser ce chèque énergie, mais je redis que de manière globale la meilleure façon de défendre le pouvoir d'achat des Français c'est ce que nous avons fait, protéger l'emploi et créer de nouveaux emplois, en particulier pour les jeunes, nous le faisons, les résultats sont là.

ELIZABETH MARTICHOUX
2 %, vous avez dit, augmentation du pouvoir d'achat des Français, le risque de l'inflation cette année, pour clore ce chapitre, vous l'évaluez à combien ?

BRUNO LE MAIRE
Je ne pense pas qu'il y ait de risque d'inflation systémique, je pense qu'on a aujourd'hui une inflation conjoncturelle, qui est liée tout simplement à une reprise qui est plus forte que prévu. J'étais avec mes partenaires européens ce week-end, on constate tous que, aux Etats-Unis, en Europe, en France, la reprise économique est plus forte que prévu. Du coup, qu'est-ce qui se passe ? c'est ce que vous diront toutes les PME et toutes les TPE de France, il y a une pénurie de matières premières, le bois, l'acier, l'aluminium, on a du mal à en trouver, et quand on le trouve il est beaucoup plus cher qu'avant, et il y a une pénurie de main-d'oeuvre, c'est ce qui explique que les prix augmentent.

ELIZABETH MARTICHOUX
Derrière ces questions que je vous pose avec un peu d'insistance, il y a une inquiétude, vous la devinez, c'est est-ce que les braises de la colère des Gilets jaunes elles pourraient être ravivées, est-ce que c'est une inquiétude, est-ce que vous regardez ça comme le lait sur le feu ?

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas une inquiétude, mais il faut être évidemment très vigilant, quand on est dans cette période de sortie de crise il faut faire attention à une seule chose, la justice. Tous les Français voient bien que l'économie redémarre, que ça redémarre fort, que la façon dont nous avons protégé les salariés, les compétences, les savoir-faire, les entreprises, la manière dont nous avons évité les faillites, le chômage de masse, fait que ça redémarre fort, eh bien tout simplement parce qu'on ne bâtit pas sur un champ de ruines, on bâtit sur une économie qui a été protégée. Mais il y a beaucoup de gens qui vous disent " et moi maintenant, est-ce que mon salaire va augmenter, est-ce que je vais avoir une rémunération plus élevée ? ", je comprends ces questions…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y en a qui ont des solutions, Bruno LE MAIRE. Marine LE PEN hier soir sur TF1, elle a fait sa rentrée, elle propose deux axes, nationaliser les autoroutes, ça permet de baisser le tarif de péages, et…

BRUNO LE MAIRE
Je ne vois pas, Elizabeth MARTICHOUX, en quoi ça va améliorer les salaires des Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Attendez, privatiser l'audiovisuel public, ça, ça permet de supprimer la redevance, c'est net. Deux solutions…

BRUNO LE MAIRE
Mais je ne vois pas en quoi ça va améliorer le salaire des Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle a dit " arrêtons de prendre aux Français. "

BRUNO LE MAIRE
Je vais répondre sur la question des autoroutes, je dis simplement que sur la question salariale, que c'est une question légitime, je le dis depuis 2 ans, notamment pour ceux qui ont les niveaux de rémunération les plus faibles, pour moi la bonne solution n'est pas l'augmentation générale du SMIC, la bonne solution c'est des négociations de branches, là où il y a des difficultés, prenez l'hôtellerie, la restauration, que les branches négocient et regardent comment est-ce que l'on peut augmenter les salaires des plus modestes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pourquoi vous ne feriez pas un Grenelle des salaires ?

BRUNO LE MAIRE
L'Etat a déjà fait sa part du travail, il a augmenté la prime d'activité, il a défiscalisé les heures supplémentaires, il a supprimé un certain nombre de cotisations, maintenant j'estime que dans certaines branches c'est aux entreprises de négocier avec les salariés les augmentations de salaires, qui me paraît, je le redis, dans certains secteurs, indispensable. Quant à la nationalisation des autoroutes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne pouvez pas faire plus, faire pression sur les entreprises ; oui, mais allez-y sur les autoroutes.

BRUNO LE MAIRE
On fait plus puisqu'on apporte déjà beaucoup d'argent public pour augmenter les niveaux de salaires qui sont les plus faibles. Moi j'entends la proposition de Marine LE PEN, en quoi est-ce que nationaliser les autoroutes va améliorer la situation de chaque français, de vous, de moi, de ceux qui nous écoutent, c'est 40 milliards d'euros qui vont être dépensés, alors que si on attend 10 ou 15 ans, puisque ce sont des concessions, je le rappelle à Madame LE PEN, on peut récupérer ces autoroutes pour zéro euro. Donc il faut juste savoir, nous sommes en septembre 2021, où est-ce que l'argent des Français, parce que c'est l'argent des Français, sera le mieux employé ? Eh bien je considère qu'il sera mieux employé à investir pour les semi-conducteurs, pour l'hydrogène, pour les énergies renouvelables, pour la décarbonation de notre industrie, pour la lutte contre le réchauffement climatique, plutôt que de racheter, pour 40 milliards d'euros, les autoroutes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle n'est pas la seule à proposer ça, Arnaud MONTEBOURG, qui a été Bercy d'ailleurs, Fabien ROUSSEL le patron du PC…

BRUNO LE MAIRE
Mais ça montre…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, ça montre quoi ?

BRUNO LE MAIRE
Ça montre tout simplement que, dans les oppositions, c'est le désert des idées, donc on cherche l'idée la plus spectaculaire, racheter les autoroutes, 40 milliards d'euros sur la table, personne ne se demande où on va trouver l'argent, personne ne se demande à quoi ça va servir pour les Français, et personne ne se demande si l'argent pourrait être mieux employé, eh bien moi j'estime, Elisabeth MARTICHOUX, que s'il y a 40 milliards d'euros à dépenser, aujourd'hui, pour la France et pour les Français, c'est pour la transition environnementale, écologique, c'est pour le climat, c'est plus utile que d'avoir des autoroutes qui sont nationalisées, enfin, on se croirait sous la Yougoslavie de TITO, où on nationalise les autoroutes, mais en quoi est-ce que ça améliore la situation des Français, la puissance de la France et l'accélération de la lutte contre le réchauffement climatique ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce n'est pas comme si on n'avait pas fait sauter des verrous non plus, depuis la pandémie Bruno LE MAIRE, budgétairement parlant.

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est là que les oppositions, Elizabeth MARTICHOUX, se trompent, et quand je dis les oppositions, c'est toutes, c'est Marine LE PEN qui propose 40 milliards pour les autoroutes, c'est Anne HIDALGO qui propose, suivant la bonne doctrine socialiste, toujours plus de dépenses publiques et donc, demain, toujours plus d'impôts, c'est la droite qui vous dit qu'elle va augmenter tous les salaires de 10% en le finançant…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est Valérie PECRESSE.

BRUNO LE MAIRE
En le finançant par de l'argent public, par l'Etat, 25 milliards d'euros, dans les oppositions…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, elle veut aussi repousser l'âge de la retraite.

BRUNO LE MAIRE
Mais, Madame MARTICHOUX, repousser l'âge de la retraite ne permet pas de trouver les 25 milliards d'euros nécessaires, mais, au-delà de ces calculs d'apothicaires, ce qui me frappe c'est que de toutes les positions, du Front national, jusqu'aux Républicains, en passant par le Parti socialiste, ils sont à contretemps, ils n'ont pas compris que nous nous avions dépensé de l'argent pour protéger l'économie, qu'aujourd'hui nous en dépensons pour investir dans les technologies que nous garantirons notre indépendance, les semi-conducteurs, l'hydrogène, le nucléaire, je les ai cités, eux c'est de la dépense publique à tous les étages, pour le fonctionnement, qui se paieront pas plus d'impôts demain, les oppositions sont à contretemps…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous avez fait le « quoi qu'il en coûte », la fête est terminée maintenant, on referme les vannes…

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'était pas une fête.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'effort budgétaire…

BRUNO LE MAIRE
Mais pardon, ce n'était pas une fête.

ELIZABETH MARTICHOUX
Budgétairement, pardon, il y a des choses qui ont été faites, que jamais, vous-même, vous auriez imaginé faire.

BRUNO LE MAIRE
Je suis tout à fait d'accord Elizabeth MARTICHOUX, mais ce n'était pas une fête, c'était un combat, et dans un combat il faut avoir des armes, et donc les armes financières que nous avons mis sur la table, les prêts garantis par l'Etat, le fonds de solidarité, l'activité partielle, c'était pour protéger les Français. L'argent que nous allons mettre dans le plan d'investissement c'est pour nous permettre de créer plus de croissance et donc plus d'emplois, alors que les oppositions, à contretemps, datées, et dans le fond dépassées par la situation, elles reprennent les mêmes vieilles idées la dépense publique, pour les autoroutes, pour les salaires, pour les baisses de charges sur les salaires dans le secteur privé, sans jamais dire comment elles vont le financer, ce que ça va apporter à la croissance et que derrière, nécessairement, elles augmenteront les impôts.

ELIZABETH MARTICHOUX
Juste, privatiser l'audiovisuel public. Vous, vous aviez dit, vous étiez arrivé à Bercy avec un plan de privatisations, pour réduire la place de l'Etat, c'était votre doctrine, sauf les secteurs stratégiques, c'est un secteur stratégique l'audiovisuel public ?

BRUNO LE MAIRE
Oui. Mais, vous savez, j'essaie de faire preuve de cohérence, ce n'est pas facile, parfois on fait des erreurs, tous, mais j'ai toujours indiqué que l'Etat était là pour protéger en matière économique, c'est ce que j'ai fait pendant la crise, et qu'il devait préserver sa maîtrise de certains secteurs stratégiques, le nucléaire, la SNCF, les transports publics, les activités militaires bien entendu, l'industrie dans le secteur militaire, mais je n'ai jamais cité l'audiovisuel, je n'ai jamais indiqué que l'audiovisuel devait être privatisé, j'ai dit qu'il fallait céder nos participations dans ENGIE, qu'il fallait céder nos participations dans un AEROPORT DE PARIS parce que j'estime que l'Etat n'a pas à s'occuper des boutiques de luxe…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais c'est un débat qui vous intéresse ou pas ?

BRUNO LE MAIRE
C'est un débat qui est très important. Je suis totalement opposé à la privatisation du service public audiovisuel, je pense que nous avons besoin d'un service public audiovisuel, que de grandes nations, comme la Grande-Bretagne par exemple, ont un service public audiovisuel de qualité, que ça garantit aussi l'accès à certains programmes, que ça garantit l'accès à la culture, que ça garantit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous y êtes totalement opposé.

BRUNO LE MAIRE
Oui, j'y suis opposé, et je considère qu'avoir un service public de l'audiovisuel c'est stratégique et c'est la même personne qui reste convaincue qu'il faut poursuivre les privatisations, qu'il faut poursuivre la cession des participations de l'Etat dans un certain nombre d'entreprises, où elle n'a plus sa place, j'ai cité ENGIE, je pourrai en citer d'autres, je maintiens qu'AEROPORTS DE PARIS, à un moment ou un autre, devra être cédé parce que ce n'est pas ça qui est stratégique, ce qui est stratégique c'est le contrôle des frontières, mais sur l'audiovisuel public ma réponse est non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Deux questions rapides si vous voulez bien, le plan d'investissement, il n'est pas prêt, c'est ça ?

BRUNO LE MAIRE
Il est prêt, mais simplement, quand vous engagez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non, on a compris qu'il n'était pas prêt, puisqu'il ne sort qu'en octobre.

BRUNO LE MAIRE
Je vous rassure, il est prêt…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais alors pourquoi ?

BRUNO LE MAIRE
Mais pour qu'on engage autant d'argent public, nous ne le faisons pas aussi facilement que les oppositions, il faut s'assurer que l'argent sera bien employé, donc je vais engager, poursuivre, ça fait 6 mois que nous avons engagé des consultations, je vais les poursuivre encore cette semaine, je vois tout à l'heure les responsables syndicats, Laurent BERGER, Philippe MARTINEZ, je verrai un certain nombre de chefs d'entreprise, par exemple Benoît POTIER, qui dirige AIR LIQUIDE, pour m'assurer que lorsqu'on met de l'argent sur l'hydrogène ça crée bien des entreprises, de l'activité et des emplois sur notre territoire, et puis je verrai des spécialistes, j'ai vu François JACQ, le patron du Commissariat à l'énergie atomique, parce que quand on met de l'argent sur le nucléaire je préfère va savoir quelle technologie on va retenir.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va avoir tout votre carnet de rendez-vous, donc voilà, vous travaillez…

BRUNO LE MAIRE
C'est surtout le carnet des investissements qui sont des investissements pour les Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous dites il est prêt, mais il faut encore discuter, c'est Emmanuel MACRON qui le présentera, lui en personne, en octobre.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot du fonds de solidarité, c'est important aussi, la fin du " quoi qu'il en coûte " est programmée, mais pour ce qui concerne le fonds de solidarité il y a encore deux mois, août et septembre, quand est-ce que les chefs d'entreprise, entrepreneurs, qui peuvent réclamer une aide, pourront le faire là, pour le mous d'août ?

BRUNO LE MAIRE
Alors, pour le mois d'août ce sera le 15 septembre, donc le 15 septembre le fonds de solidarité, pour le mois d'août, est ouvert, donc j'invite toutes les entreprises qui ont moins bien réussi que d'autres au mois d'août, le 15 septembre elles peuvent bénéficier du fonds de solidarité.

ELIZABETH MARTICHOUX
La retraite, c'est le grand flou, comme le titrait un journal en fin de semaine, Gérard LARCHER, qui était à votre place mercredi dernier, disait " on ne fait pas joujou ", enfin il disait ça différemment, " on ne joue pas avec un sujet aussi grave, on ne dit pas on ne va pas le faire, mais peut-être, si les conditions sont réunies, mais le seront-elles, il reste 8 mois ", etc., vous n'êtes pas d'accord avec lui sur le fond ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je suis d'accord qu'on ne fait pas joujou, mais je vais vous dire, on joue avec un des sujets…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il vous accusait, et vous, et Emmanuel MACRON.

BRUNO LE MAIRE
Oui, il faut bien qu'ils essaient de trouver des attaques ici ou là, ça fait partie du jeu des oppositions, mais justement nous on ne joue pas, nous sommes extrêmement sérieux…

ELIZABETH MARTICHOUX
Le grand flou, c'est digne de ce sujet le grand flou ?

BRUNO LE MAIRE
Mais ce n'est pas flou du tout. Enfin, moi je vois l'intervention qu'a faite le président de la République, il y a quelques semaines, sur les retraites, il a dit très clairement " l'ensemble des Français devront travailler davantage ", il ne s'est pas caché derrière son crayon, il a dit qu'une réforme des retraites était nécessaire, il a dit qu'il fallait…

ELIZABETH MARTICHOUX
Grand flou sur le calendrier, on le fait ou on ne le fait pas, avant la fin du quinquennat.

BRUNO LE MAIRE
Mais parce que, ce qu'oublient les oppositions, ce qu'elles semblent oublier, c'est que nous sommes toujours en période de pandémie, qu'il y a toujours des risques sanitaires et que nous avons toujours été clairs, clairs sur ce que nous voulons faire, faire travailler l'ensemble des Français davantage pour garantir notre niveau de vie et protéger notre système de retraite par répartition, et le faire uniquement lorsque, pour reprendre l'expression du président de la République, les masques seront tombés, c'est-à-dire lorsque la pandémie sera derrière nous.

ELIZABETH MARTICHOUX
Au sens propre, évidemment. Il n'est pas officiellement candidat Eric ZEMMOUR, mais Fabien ROUSSEL, vendredi matin, ici aussi, disait " je ne débattrai pas avec lui, j'ai tellement peu de choses communes avec lui que je ne veux pas débattre avec lui. " S'il était candidat, puisqu'il semble se préparer, est-ce que c'est une bonne façon de l'affronter que de l'esquiver ou est-ce que, après tout, c'est une opposition républicaine ?

BRUNO LE MAIRE
Moi je ne comprends pas les peurs qu'inspirent les uns ou les autres, nous sommes dans une démocratie, où on débat idées contre idées, et à force de diaboliser les uns ou les autres, on leur donne une importance qu'ils ne méritent pas, Elisabeth MARTICHOUX, c'est exactement ce que je crois, diaboliser quelqu'un c'est lui donner une importance qu'il n'a pas, on accorde, je trouve, trop d'importance à Eric ZEMMOUR, il faut combattre ses idées, c'est tout, et je vois un débat public, une fois encore, quand je vois ce week-end, où beaucoup de leaders de l'opposition se sont exprimés, de candidats à la présidence de la République, qui passent à côté des grands défis pour la France, le défi de notre indépendance technologique, qui fonde notre indépendance politique, si on n'a pas de semi-conducteurs, si on n'investit pas dans les semi-conducteurs, eh bien demain on n'aura plus d'industrie automobile, le défi de la transition écologique, qui va demander des financements 10 fois plus importants que ce que nous imaginons, il faut créer un lien entre la finance et le climat, c'est un des défis les plus importants pour la France, la question de l'éducation…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors Eric ZEMMOUR ne parle pas de ça, on lui donne trop d'importance ?

BRUNO LE MAIRE
Eh bien non ! On vous parle de grand remplacement, très bien, mais je suis persuadé que si on revient aux vrais sujets des Français, l'emploi, l'éducation, qui est probablement le sujet le plus important du prochain quinquennat…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais ça veut dire que vous craignez une campagne électorale à côté des sujets importants ?

BRUNO LE MAIRE
Le financement du climat, l'indépendance technologique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous craignez une campagne électorale sur des sujets qui ne seront pas ces enjeux-là…

BRUNO LE MAIRE
Oui…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous le redoutez, vous le voyez venir ?

BRUNO LE MAIRE
Je crains une campagne présidentielle à côté de la plaque, où les débats seront les débats d'il y a 5 ou 10 ans, où les solutions, celles des augmentations massives de la dépense publique, donc des impôts, seront les solutions d'il y a 5 ou 10 ans, et où les affrontements de personnes prendront le pas sur les affrontements d'idées. Moi, dans cette campagne électorale, Elizabeth MARTICHOUX, d'abord, je vais continuer à exercer à 100% mon métier de ministre de l'Economie et des finances, et je voudrais essayer de remettre sur la table sereinement un certain nombre de grands débats, le financement du climat, l'indépendance technologique de la France, l'Education, voilà ce dont j'aurais aimé entendre parler ce week-end, il n'y a pas eu un mot prononcé sur ces sujets.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce week-end justement, plutôt vendredi, Agnès BUZYN mise en examen par la justice de la République après les plaintes liées ou Covid, il faut rester serein face à cette judiciarisation de l'action publique gouvernementale ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne pense pas qu'il faille rester serein, il faut dire un certain nombre de choses, et exprimer, comme je le fais toujours, librement ses convictions. Moi, la première chose, je voudrais exprimer mon soutien à Agnès BUZYN, elle a été ma collègue au gouvernement, nous nous entendons bien, moi, j'estime qu'elle a fait un très bon travail, et je l'ai vue se battre tous les jours pour son boulot. Et je pense que, humainement, vivre une mise en cause quand on s'est tellement engagé dans son travail, c'est très dur. Donc je veux lui dire mon soutien. La deuxième chose qui me frappe, c'est deux choses qui me paraissent difficiles à comprendre, la première, c'est le timing, pourquoi est-ce qu'on ouvre ce type de procès à un moment où la pandémie n'est toujours pas derrière nous, est-ce qu'il ne serait pas plus opportun de nous concentrer sur la lutte contre le virus plutôt que de commencer à ouvrir des procès ? La deuxième chose qui me frappe, c'est que dans le fond, c'est l'action politique que l'on juge, mais un homme politique ou une femme politique n'est pas au-dessus des lois, il respecte les lois, bien entendu, il y est soumis comme n'importe quel autre citoyen, mais l'action politique l'amène à prendre des décisions, donc à prendre des risques, à force de judiciariser chacune des décisions politiques, vous risquez d'empêcher la décision politique, et au bout du compte, Elizabeth MARTICHOUX, moi, ce qui m'inquiète dans cette affaire, ce n'est pas la judiciarisation de la politique, c'est la judiciarisation de la démocratie, c'est-à-dire de la libre expression du peuple, qui est le seul à même de juger des politiques, et la libre expression du Parlement…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il faut le supprimer ?

BRUNO LE MAIRE
Qui est le seul à même de contrôler l'action politique, et donc j'estime dans cette affaire…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, du coup, il faut le supprimer ?

BRUNO LE MAIRE
Qu'une ligne rouge a été franchie, celle qui sépare la juste séparation des pouvoirs de la judiciarisation, de la démocratie, la ligne rouge a été franchie. Nous sommes en train de tomber dans la judiciarisation de la démocratie…

ELIZABETH MARTICHOUX
Allez aller jusqu'au bout, Bruno LE MAIRE, du coup, puisque le Parlement est là pour effectivement contrôler l'action de la politique, est-ce qu'il faut supprimer la Cour de justice de la République ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense surtout qu'il faut renforcer massivement, massivement, les pouvoirs de contrôle du Parlement, et que la façon dont le pouvoir judiciaire se déporte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Du coup, est-ce qu'il faut contrôler… est-ce qu'il faut se poser cette question ?

BRUNO LE MAIRE
Je pense que dans ces équilibres de force des équipes de pouvoir qui font une démocratie, si vous ne voulez pas qu'il y ait de judiciarisation de la démocratie, il faut renforcer le pouvoir de contrôle du Parlement, mais aujourd'hui, une ligne rouge a été franchie qui déséquilibre les rapports entre les pouvoirs en France, c'est ce qui me préoccupe au-delà de l'aspect humain dans l'affaire d'Agnès BUZYN.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un tout petit dernier mot, Edouard PHILIPPE, hier, a clarifié sa position, il soutient, il ne sera pas candidat, et il soutient, clarification bienvenue ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est une clarification qui est utile, bienvenue, mais ce n'est pas une surprise, enfin, je connais parfaitement Edouard PHILIPPE depuis des années, je me doutais bien qu'il soutiendrait Emmanuel MACRON, c'est une très bonne nouvelle pour nous, parce que, une fois encore, quand je vois ce que proposent les oppositions, nous avons sacrément intérêt à nous rassembler pour faire réélire Emmanuel MACRON en 2022.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci…

BRUNO LE MAIRE
Merci Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup Bruno LE MAIRE d'avoir été ce matin sur LCI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 septembre 2021