Interview de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la mémoire et des anciens combattants, à RFI le 21 septembre 2021, sur les Harkis.

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Texte intégral

FREDERIC RIVIERE
Bonjour Geneviève DARRIEUSSECQ

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Bonjour.

FREDERIC RIVIERE
A quelques jours de la journée nationale d'hommages aux harkis, qui a lieu tous les ans, le 25 septembre, le président de la République a organisé hier une cérémonie à l'Elysée, pour faire de nouveaux pas dans la reconnaissance des fautes de la France à l'égard des harkis. L'histoire, a-t-il dit, l'histoire d'une fidélité plusieurs fois bafouée. La France a manqué à son devoir à l'égard des harkis, la République a contracté une dette à l'égard des harkis. Je demande pardon, nous n'oublierons pas. Pourquoi, selon vous, fallait-il faire ce nouveau pas, cette démarche maintenant, à quelques mois de la fin du quinquennat du président de la République ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors, cette démarche, elle s'inscrit d'abord dans une marche que nous avons eue depuis quatre ans. Le président de la République s'était engagé en 2017 à prendre à bras le corps ce sujet des harkis, qui est un sujet sur lequel s'étaient exprimés les présidents de la République, mais qui n'avait pas vu aboutir forcément une reconnaissance au sens où l'attendaient les harkis. Et le président de la République s'était engagé, et depuis quatre ans, nous travaillons sur ces sujets, à sa demande, et après avoir mis en oeuvre un fonds de solidarité pour la deuxième génération, pour les enfants de harkis, après avoir revalorisé les allocations de reconnaissance des harkis, le président a jugé qu'il était temps d'avoir une mesure forte qui serait une mesure, je veux dire, importante et qui montrerait, de façon forte, un peu la responsabilité de la République dans cette prise en charge des harkis, qui a été très douloureuse pour les harkis.

FREDERIC RIVIERE
Le discours du président de la République a été interrompu pendant quelques minutes, il y avait trop d'émotions en fait, notamment chez une femme, en particulier, une descendante de harkis. Ça montre bien au fond que cette page de notre histoire est une plaie toujours ouverte ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
C'est une plaie qui est toujours ouverte, et c'est une plaie qui est ouverte chez les harkis de façon très profonde, et c'est ce qui explique, je crois, que le président de la République a souhaité justement aller jusqu'à une loi, qui sera une loi de reconnaissance et de réparation, afin de refermer cette plaie, ou du moins…. Parce que les choses qui ont été vécues par certains, dans les camps, dans les hameaux de forestage, pendant des années et des années, restent vraiment dans leur mémoire un fait majeur, et que je crois que la République a une dette envers eux, et c'est ce qu'a voulu exprimer le président de la République.

FREDERIC RIVIERE
C'est ce qu'il a dit en effet. Et donc vous l'avez évoqué à l'instant, Emmanuel MACRON a annoncé l'élaboration avant la fin de l'année, donc très prochainement, d'un projet de loi pour la reconnaissance et la réparation, mais pour l'instant, on ne sait pas ce que contiendra ce texte, c'est vous qui allez le préparer, est-ce que vous pouvez nous en dire un petit peu plus ce matin ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Eh bien écoutez, la reconnaissance, c'est reconnaître ce qu'ont fait les harkis et la place qu'ils ont dans notre pays, les harkis sont des Français, et la façon dont la République ne les a pas bien accueillis quand ils sont arrivés en métropole, et puis, ensuite, la réparation, eh bien, tout ceci…

FREDERIC RIVIERE
Donc la connaissance, ce sont des mots, au fond, ce qu'a dit le président de la République, hier, mais qui seront gravés dans une loi, bon, et alors ensuite, il y a la réparation, effectivement, qui peut être de l'ordre de la réparation morale d'une certaine manière, mais qui peut aussi être une réparation sonnante et trébuchante ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, il y aura… le président de la République souhaite que nous mettions en oeuvre une commission nationale, qui sera mise en oeuvre par l'Office national des anciens combattants, dans laquelle, il pourrait y avoir, d'abord, les paroles des harkis qui seront recueillies, nous recueillons depuis longtemps leurs paroles, mais tout cela va se poursuivre, et ensuite, effectivement, la mise en oeuvre de réparations, les réparations, elles seront en direction – c'est ce qu'a souhaité le président de la République – de ceux qui ont été accueillis en France dans des camps et dans des hameaux de forestage, donc dans des conditions très dures, et elles seront adaptées à chaque personne, car il n'y a pas deux parcours identiques. Donc il y aura une adaptation à chaque cas, à chaque famille, à chaque personne.

FREDERIC RIVIERE
Ce sera du sur mesure ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ce sera du sur mesure.

FREDERIC RIVIERE
On est toujours aujourd'hui en mesure d'identifier parfaitement le parcours de chacun des harkis présents aujourd'hui encore en France ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Nous avons des archives en France, oui, qui nous donnent la présence dans les camps, et de familles harkis, et d'ailleurs, dans le fonds de solidarité pour les enfants de harkis, que j'ai mis en oeuvre il y a deux ans ou trois ans, il y avait effectivement, il faut avoir des preuves de la présence dans les camps, et nous arrivons à trouver, bien entendu, ces documents.

FREDERIC RIVIERE
Pour que l'on comprenne bien, donc cette commission de réparation, c'est à elle que s'adresseront les harkis qui voudront faire valoir leurs droits en disant : voilà mon parcours, voilà ce dont je pense avoir souffert, voilà ce dont je pense avoir été privé, et mes enfants peut-être, et les cas seront donc étudiés individuellement ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Voilà, et le facteur le plus important sera la durée de présence dans les camps, vous imaginez bien que quelqu'un qui est resté 3 mois dans un camp n'a pas eu les mêmes conséquences sur sa vie qu'une famille qui y est restée 10 ans ou 15 ans.

FREDERIC RIVIERE
Est-ce qu'une enveloppe financière est prévue, en 2018, vous aviez annoncé un plan, qu'on appelle « plan Harkis », 40 millions d'euros sur 4 ans, est-ce que là, il y a un montant qui est estimé ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Pour l'instant, aujourd'hui, non.

FREDERIC RIVIERE
La réparation pour la deuxième génération, aujourd'hui, où en est-elle, le président de la République l'a de nouveau évoquée, est-ce qu'elle suit son cours, est-ce que, là aussi, il y a un effort particulier à faire ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Pour la deuxième génération, j'avais mis en oeuvre un fonds de solidarité à hauteur de 37 millions d'euros sur 4 ans, ce fonds de solidarité fonctionne bien, il s'adresse aux personnes, il est mis en oeuvre en fonction bien sûr de critères sociaux, et il s'adresse aux personnes les plus en difficulté aujourd'hui qui ont été des enfants de harkis, qui sont restées dans des camps, 13 millions et demi d'euros ont été à ce jour attribués à ces familles, pour 1.800 dossiers environ, donc ce fonds de solidarité fonctionne bien, et, bien sûr, continuera de fonctionner jusqu'à son terme.

FREDERIC RIVIERE
Quand on insulte un harki, on insulte la France a dit le président de la République hier, est-ce que vous croyez que les anciens combattants de l'Armée de libération nationale algérienne soient prêts à entendre cela ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Quand on insulte un harki, on insulte la France, je rappelle que les harkis sont des Français, ont toujours été des Français, ont été loyaux à la France, fidèles à la France…

FREDERIC RIVIERE
Oui, mais vus comme des ennemis et comme des traîtres par les Algériens de l'Armée de libération.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Les harkis pour la France sont des Français, et traiter un harki de traître est une insulte faite à la France.

FRÉDÉRIC RIVIERE
Merci Geneviève DARRIEUSSECQ. Bonne journée.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 septembre 2021

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