Interview de M. Julien Denormandie, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, à France Bleu Poitou le 23 septembre 2021, sur l'irrigation agricole et l'agriculture biologique.

Texte intégral

BENOIT CALLENGE
Monsieur le Ministre.

JULIEN DENORMANDIE
Bonjour.

BENOIT CALLENGE
Bienvenue sur France Bleu Poitou. Les opposants au projet de Bassine, vous l'avez entendu pour l'irrigation agricole ont mené une opération coup de poing hier contre un chantier de construction d'une de ces bassines près de Niort, projet que le gouvernement soutient. On semble se diriger vers une guerre de l'eau dans la région de Niort, ça vous inquiète ?

JULIEN DENORMANDIE
D'abord moi je voudrais déplorer les débordements que nous avons pu voir, que vous avez rappelé d'ailleurs à votre antenne, il y a quand même 3 gendarmes qui ont été blessés lors de ces événements hier après-midi. Ensuite dire avec beaucoup de détermination, vous savez ce qu'on appelle les conflits d'usage d'eau, c'est vieux comme le monde, ça a toujours existé, mais ce n'est pas parce qu'il y a des conflits d'usage d'eau qu'il ne faut rien faire, qu'il faut toujours rester dans le statu quo, pourquoi ? parce qu'aujourd'hui il n'est pas possible d'avant une agriculture sans eau, aujourd'hui on voit bien qu'avec les effets du changement climatique, il faut trouver les voies, les moyens pour pouvoir aussi assurer la ressource en eau de notre agriculture et le projet dont vous parlez depuis ce matin, vous savez c'est un projet de longue date, c'est un projet qui par exemple en 2018 après énormément de concertations, de travaux scientifiques avaient fait l'objet d'un protocole d'accord avec la très, très, très grande majorité de toutes les parties représentatives. Et donc on avait réussi à se mettre d'accord sur ces projets. Et puis aujourd'hui vous avez certaines personnes qui en dépit de ces accords, en dépit de ces travaux scientifiques, en dépit de cette gestion intelligente de la ressource en eau souhaitent toujours marquer leur désaccord et souhaitent toujours le faire partir des actions que je déplore et ces débordements.

BENOIT CALLENGE
Mais Monsieur le Ministre…

JULIEN DENORMANDIE
Donc oui il faut une meilleure une meilleure gestion de l'eau et oui nous avons besoin de l'eau mais cela doit se faire évidemment avec science, avec raison, avec concertations, ce qui a été le cas sur ce projet.

BENOIT CALLENGE
Mais Monsieur le Ministre, est-ce que c'est normal de financer ce genre de projet avec l'argent public pour en fait l'intérêt de quelques privés ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais cher monsieur est-ce que c'est normal de faire en sorte que demain vous, vos auditeurs, nous les Français, on puisse s'assurer d'avoir une alimentation, parce que pour produire les aliments que vous retrouvez dans vos supermarchés, comment allez-vous le faire si demain vous n'avez pas d'eau, est-ce normal ? C'est évidemment de notre responsabilité que de s'assurer de ce qu'on appelle la pérennité de nos agricultures et n'en déplaise à certains jamais nous n'avons trouvé le moyen de faire de l'agriculture sans eau, ce n'est pas vrai ça n'existe pas, c'est un B.A.-BA, il n'y a pas d'agriculture sans eau. Et donc une fois qu'on a dit ça, il faut avoir le courage d'affronter ces dossiers, avoir le courage de mettre sur la table la gestion de l'eau mais le faire avec raison, le faire dans la concertation. Et raison et concertation c'est ça qui a prévalu sur ces projets de bassines, c‘est des années d'études, de concertations. On s'est mis d'accord, je le redis, on s'est mis d'accord en 2018 là-dessus, tout le monde peut le comprendre, c'est aujourd'hui des bassines qui visent à être remplies pendant l'hiver. Qu'est-ce qu'on voit l'hiver aujourd'hui ? On voit des pluies diluviennes, mais diluviennes, des pluies avec beaucoup de ruissellements et donc à un moment donné quand les nappes phréatiques sont remplies d'eau, est-ce que le surplus, parce qu'on parle bien de ces surplus, est-ce que ces surplus ne peut-on pas les pomper pour en faire des bassines, pour s'assurer qu'ensuite on puisse produire de l'alimentation ? Je crois que tout le monde peut le comprendre, il faut faire avec raison, avec concertation, c'est ça qui a été fait sur ces projets.

BENOIT CALLENGE
Monsieur le Ministre, on va parler de la nouvelle Pacte qui inquiète aussi les agriculteurs bio, le président de la Fédération nationale d'agriculture biologique estime que la bio sera la grande perdante avec une forte baisse des aides environnementales en moins pour eux, qu'est-ce que vous lui répondez ?

JULIEN DENORMANDIE
On s'est entretenu à de multiples reprises avec lui, ce qu'il dit est faux et il le saut très bien. Je vais m'en expliquer. En fait dans la nouvelle politique agricole commune, les crédits à la bio, ils augmentent de 36%, ils passent à 350 millions d'euros d'aides par an, chaque année pendant 5 ans. Et pourquoi il y a ce débat ? Parce qu'en fait c'est sur la nature des outils, donc le gouvernement avec cette politique agricole commune va mettre entre 340 et 350 millions d'euros par an. Mais au même moment moi ma responsabilité c‘est de mettre cet argent principalement pour convaincre certains de passer en bio, ce qu'on appelle la conversion. Et d'autres souhaiteraient qu'une grande partie de cette somme ne soit pas fléchée vers la conversion mais plutôt vers le soutien de ceux qui sont déjà installés en bio. Et donc il y a des débats sur la nature de l'instrument et cet instrument, je le redis il augmente de plus de 30%, c'est d'ailleurs l'un des postes qu'augmente le plus dans cette nouvelle politique agricole commune.

BENOIT CALLENGE
Mais développez la conversion Monsieur le Ministre, Monsieur le Ministre, développez la conversion, quand on sait par exemple que la production laitière bio est en surplus, que certains éleveurs doivent revendre leur lait en lait classique, il n'y a pas un souci, il y a peut-être un besoin de flécher différemment les investissements de l'Etat par rapport à ça ?

JULIEN DENORMANDIE
Mais inversement à peu près 30% des fruits et légumes bio qui sont aujourd'hui dans notre pays sont des fruits et légumes importés. Et donc là où vous avez raison, c'est qu'il faut rentrer ensuite filière par filière, segment par segment pour déterminer les meilleurs outils possibles et la meilleure nature possible de ces outils. Ça vous avez raison, je suis totalement d'accord. Mais à la fin des fins, je le redis le soutien au bio, il passe exactement de 250 à 340 millions d'euros par an et donc tout le monde pourra constater qu'il est en profonde augmentation. Maintenant il faut bien faire en sorte que cet argent arrive au bon endroit et soit le plus utile possible et c'est d'ailleurs les discussions que nous avons aujourd'hui. Mais je le redis ce gouvernement soutient massivement la bio parce que moi j'y crois beaucoup, je ne veux jamais opposer les agricultures, jamais, je pense que c'est de la folie de les opposer mais je suis un fervent défenseur du bio également.

BENOIT CALLENGE
Merci beaucoup Monsieur le Ministre d'avoir accepté notre invitation et bon congrès avec la FNSEA puisque vous allez clôturer ce congrès ce midi à Niort. Bonne journée.

JULIEN DENORMANDIE
Merci à vous, bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 28 septembre 2021