Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à France Bleu Sud Lorraine le 24 septembre 2021, sur la politique économique du gouvernement.

Texte intégral

JOURNALISTE

Bruno LE MAIRE était en Lorraine hier, le ministre de l'Economie et des Finances, à Champigneulles pour une table ronde avec des entreprises au sujet de la relance après la crise sanitaire. Il a également visité Gris Découpage, Lesmenils, entreprise spécialisée dans les rondelles de fixation pour l'automobile. Bruno LE MAIRE est l'invité de France Bleu ce matin.

CEDRIC LIETO
Bruno LE MAIRE, bonjour.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour.

CEDRIC LIETO
Vous venez de parler relance économique ; est-ce que ces millions d'euros du plan de relance seront efficaces ?

BRUNO LE MAIRE
Ils sont efficaces. Quand vous regardez aujourd'hui la situation économique de la France, nous sommes revenus au niveau de chômage d'avant-crise, ce qui est un exploit quand on voit la brutalité de la crise qu'a connu l'économie française en 2020. Nous avons un investissement qui redémarre fort, nous avons une consommation qui est très dynamique et nous allons avoir un des chiffres de croissance les plus élevés de tous les pays de la zone euro, 6% de croissance pour 2021. Donc c'est bien la preuve que la relance fonctionne. Après l'année de protection qu'a été l'année 2020, l'année de relance qu'est l'année 2021 est une année qui est efficace pour les Français.

CEDRIC LIETO
Est-ce que ce sera durable dans le sens où par exemple, on parle de créer des emplois dans l'industrie, ils y sont, ils vont y être, est-ce qu'on n'aura pas la tentation dans quelques mois, années, de se redire comme avant : finalement c'est moins cher de produire ailleurs, alors l'usine qu'on a lancée ou la chaîne qu'on a lancée, on va la refermer ?

BRUNO LE MAIRE
Vous avez raison, je pense que c'est un des grands enjeux des mois qui viennent : tirer toutes les leçons de la crise. Qu'est-ce qu'elle nous a montré, cette crise économique, que dans certains secteurs, sur certains produits, nous étions trop dépendants des marchés étrangers. Ça ne sert à rien de créer des voitures électriques si 85% des batteries viennent de Chine ; donc on va produire des batteries en France à Douvrin dans le Nord. Ça ne sert à rien d'avoir une industrie très sophistiquée si on dépend des semi-conducteurs produits à Taïwan ou produits aux Etats-Unis ; on a besoin d'avoir nos propres semi-conducteurs qui sont absolument partout. Donc il faut s'assurer qu'en 2022, on va bien investir dans ces nouvelles filières industrielles pour garantir notre indépendance. Et le plan d'investissement que le président de la République annoncera d'ici quelques semaines, a justement vocation à inscrire ce retour de la croissance dans la durée et éviter qu'on revienne aux mauvaises pratiques avant crise, c'est-à-dire les délocalisations massives, l'industrie qui part à l'étranger et une trop grande dépendance par rapport aux fournisseurs étrangers. Ce vieux modèle, il est obsolète ; la crise a montré qu'il était même dangereux pour la Nation française. Nous voulons en inventer un nouveau.

CEDRIC LIETO
Il y a un reproche qui revient ces derniers jours : celui qui consiste à dire que vous avez ouvert les vannes sur le plan budgétaire - près de 12 milliards d'euros de dépenses supplémentaires en 2022 - est-ce que ça veut dire qu'à un moment ou un autre, les gens qui nous écoutent, vont voir leurs impôts augmenter ?

BRUNO LE MAIRE
Tant que je serai ministre des Finances, il n'y aura pas d'augmentation d'impôts et depuis le début du quinquennat d'Emmanuel MACRON, il n'y a eu que des baisses d'impôts ; nous avons baissé l'impôt sur le revenu…

CEDRIC LIETO
Est-ce que ça peut durer longtemps ?

BRUNO LE MAIRE
Mais il est indispensable de continuer à baisser les impôts pour une raison qui est simple, c'est que nous avons le taux d'imposition en France qui est le plus élevé parmi les pays développés. On a réussi à revenir dans le haut de la moyenne européenne grâce aux 50 milliards de baisse d'impôts que nous avons faite depuis 2017, ce qui est absolument considérable, moitié pour les ménages, moitié pour les entreprises mais même en faisant tout ce travail-là de baisse d'impôts que les Français voient, ils le voient sur l'impôt sur le revenu, ils le voient sur la taxe d'habitation, ils voient bien que nous avons réduit les impôts mais ils continuent à estimer qu'ils en payent trop. Donc il faut poursuivre dans cette voie-là, ce qui suppose de l'autre côté d'éviter effectivement d'ouvrir tout grand les vannes de la dépense - je pense qu'aujourd'hui, nous gérons les comptes publics de la Nation de manière sérieuse et de manière rigoureuse - on évite la tentation qui est celle de laisser filer les déficits mais on évite aussi l'austérité qui serait dramatique pour le retour de la croissance. Nous sommes dans la juste ligne qui permet de garantir aux Français que nous retrouverons des finances publiques équilibrées d'ici 2027.

CEDRIC LIETO
Dernière chose, on le voit, les prix augmentent que ce soit à la pompe, que ce soit dans nos supermarchés, comment faire pour que les Français vivent mieux de leur travail ? Ça sera l'un des sujets de la campagne présidentielle qui s'ouvre.

BRUNO LE MAIRE
D'abord, il faut qu'il y ait du travail pour tous, ce qu'on a essayé de faire notamment avec l'activité partielle pendant la crise, protéger les emplois des Français ; en deuxième lieu, il faut qu'il y ait un soutien de l'Etat et il l'apporte : la prime d'activité, les heures supplémentaires défiscalisées, les exonérations de charges, la suppression de la taxe à 20% sur l'intéressement, tout ça, ça permet à un salarié au niveau du SMIC, de toucher 170 euros de plus par mois. Et puis il y a une troisième chose qui me paraît très important, c'est les négociations branche par branche. Dans les branches d'activité dans lesquelles il y a des pénuries de main-d'oeuvre - prenez l'hôtellerie et la restauration - il faut qu'il y ait des négociations salariales et il faut qu'il y ait au bout de ces négociations des augmentations substantielles de salaires pour que ces emplois redeviennent attractifs et que les Français puissent vivre dignement leur travail, ça a toujours été le fil rouge de notre action économique : le travail et la juste rémunération du travail. Et plutôt qu'une augmentation globale qui pourrait avoir un impact important sur l'emploi, je pense qu'il faut regarder filière par filière où des augmentations sont nécessaires pour renforcer l'attractivité et mieux rémunérer les salariés.

CEDRIC LIETO
Merci Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 septembre 2021