Interview de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la mémoire et des anciens combattants, à Radio J le 27 septembre 2021, sur le décès d'un militaire français au Sahel, la présence de mercenaires russes au Mali, l'affaire des sous marins australiens, les Harkis, les lois mémorielles, les élections en Allemagne et la vie politique en France.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Geneviève DARRIEUSSECQ, bonjour.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Bonjour.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous êtes ministre déléguée chargée de la Mémoire et des Anciens combattants. Le corps du caporal-chef Maxime BLASCO, tué au Sahel, est revenu en France, quel hommage lui sera rendu par la Nation ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, actuellement les choses sont en train de se caler, donc je ne vais pas vous donner de précisions, tout ceci se fait, vous savez, avec la famille aussi, donc je crois qu'il faut que nous respections ces temps et dans quelques heures, bien entendu, nous aurons des informations plus précises quant au déroulement de cet hommage.

CHRISTOPHE BARBIER
C'est la mort d'un héros français, ça donne l'impression que dans ce processus de désengagement du Sahel, eh bien nos soldats vont être plus exposés, plus en danger, que pendant les vrais affrontements.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je ne dirais pas cela comme ça, je dirais qu'actuellement il y a un désengagement sur la zone Nord du Mali, mais que nous restons très présents au niveau des trois frontières, dans le sud du Mali, et que les combats seront peut-être différents, mais en tout cas tout ceci reste bien sûr un objectif, c'est la lutte contre le terrorisme, c'est essayer d'éradiquer, disons les têtes des terroristes, les chefs, et progressivement à déstabiliser ces groupes de touristes qui sont assez diffus dans cette zone du Mali.

CHRISTOPHE BARBIER
« La France nous abandonne en plein vol » a déclaré le Premier ministre malien dans une tribune aux Nations unies, que lui répondez-vous ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Que la France ne les abandonne pas, ne les a jamais abandonnés, que la France est présente là-bas par la volonté du Mali et du président de la République précédent du Mali, donc notre présence là-bas elle est légitime parce qu'elle a été demandée par le Mali. Il n'y a pas de désengagement, il y a une réorganisation avec un mode de combat et de lutte différent, qui s'adapte en permanence aux groupes terroristes, donc nous restons bien sûr présents là-bas, plus que jamais, présents auprès des forces du G5 Sahel, plus que jamais, pour arriver à terme à faire en sorte que ce soit les armées de ces pays qui puissent être autonomes dans le combat contre les terroristes.

CHRISTOPHE BARBIER
Les armées de ces pays ou les mercenaires russes de la société Wagner, auxquels le Mali veut faire appel, est-ce qu'ils sont déjà sur place ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je n'ai pas d'information sur ce sujet, mais ce qui est certain c'est que, et Florence PARLY l'a bien exprimé, ce serait une difficulté dans nos relations avec le Mali.

CHRISTOPHE BARBIER
On peut continuer à travailler avec le Mali si, côte à côte, on voit des soldats français et des mercenaires russes ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
La question se posera au président de la République, mais ce qui est certain c'est que nous comprenons mal à cet appel éventuel à des mercenaires russes, et ce qui nous paraît important surtout, dans cette affaire malienne, c'est qu'il fait que le pays se développe, que l'Etat malien revienne et soit présent dans tout le pays, et c'est grâce à ce développement que le Mali pourrait sortir de cette crise et de cette ornière, et là nous voulons l'aider, je ne sais pas, je ne suis pas sûre que ce soit forcément des forces russes qui l'aident dans ce sens.

CHRISTOPHE BARBIER
L'affaire des sous-marins australiens est-elle close après la discussion téléphonique BIDEN-MACRON ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je ne sais pas si c'est clos, mais la fin de non-recevoir était une fin de non-recevoir sur… enfin, qui a été donnée à la France quant à ses contrats, donc sur ce plan-là je pense que les choses sont closes. Ensuite, quelles sont les conséquences, quelles sont les conséquences sur nos politiques Indo-Pacifique, quelles sont les conséquences sur nos relations avec, donc Etats-Unis et au sein de l'OTAN…

CHRISTOPHE BARBIER
On est au début de quelque chose, au début d'une nouvelle réflexion.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je pense que nous sommes au début d'une nouvelle réflexion et d'une nouvelle évolution, mais je crois qu'il faut continuer à parler et continuer à travailler bien sûr avec les Américains pour stabiliser ces relations.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y aura une indemnité de rupture de contrat versée par l'Australie, combien ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
C'est un contrat qui a été réalisé avec NAVAL GROUP et donc NAVAL GROUP est en cours d'évaluation, j'imagine, des conséquences de cette rupture brutale de contrat, et les choses se feront avec NAVAL GROUP.

CHRISTOPHE BARBIER
Ça pourra aller devant les tribunaux ce genre d'affaire ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je ne suis pas placée idéalement pour vous dire cela, bien sûr, et je laisse à l'industriel le choix, de ses armes si j'ose dire.

CHRISTOPHE BARBIER
Le président de la République a annoncé il y a quelques jours une loi de réparation, de reconnaissance pour les Harkis, quelle forme va-t-elle prendre ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Moi je souhaite que ce soit, et le président de la République souhaite que ce soit une loi de reconnaissance et de réparation, il faut que ce soit une loi simple, qui écrive dans le marbre que la France a mal accueilli les Harkis, mal accueilli est un terme faible…

CHRISTOPHE BARBIER
A même abandonné une partie d'entre eux.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
A même abandonné les Harkis quand ils sont venus en France, pour se protéger en définitive, avec leurs familles, et qu'ils ont été abandonnés par la République, manquements de la République, donc tout cela sera écrit dans le marbre, dans une loi, et ensuite donnera lieu à réparation, réparation qui sera mise en oeuvre par une commission, qui sera mise en place par l'Office national des anciens combattants et victimes de guerre, et qui aura pour mission d'écouter la parole des Harkis et de leurs familles, et d'estimer la réparation.

CHRISTOPHE BARBIER
Il y aura donc une réparation financière pour les soldats encore vivants et pour leurs familles ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Alors, il y a une réparation existante pour les soldats existants, qui sont toujours en vie pardon, c'est une allocation compensatrice et une allocation viagère pour les veuves, donc ceci existe, ceci peut être augmenté bien sûr. Et ensuite il y a la deuxième génération, ce sont les enfants, qui ont pâti de cette situation déplorable dans laquelle ils ont vécu leur enfance, et ceux-là actuellement, et je l'ai mis place il y a 3 ans, peuvent prétendre à un fonds de solidarité, mais ils pourront recevoir également, en fonction des traumatismes vécus, ils pourront recevoir, recevront, une réparation spécifique.

CHRISTOPHE BARBIER
Vous avez une idée du montant total, financier ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Non, absolument pas.

CHRISTOPHE BARBIER
Le Fonds solidarité sera insuffisant.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Le fonds de solidarité c'est autre chose, l'idée c'était d'aider tous ceux qui étaient vraiment dans la difficulté sociale en raison de l'absence d'éducation, ou de formation, liée à cette présence prolongée dans les camps. Cette loi elle s'adresse aux mêmes personnes, ceux qui étaient présents dans les camps et hameaux de forestage, mais ce sera une réparation qui s'adressera à tous ceux qui ont été présents dans les camps et hameaux de forestage, et je veux rappeler que la très grande majorité, bien sûr, des enfants de Harkis, ont heureusement réussi leur vie et réussit bien sûr leur pleine et entière intégration dans la France, qui est leur pays, ce sont des Français, et donc… mais la réparation sera faite pour tous.

CHRISTOPHE BARBIER
Eric ZEMMOUR veut abolir les lois mémorielles, vous êtes donc directement concernée, que lui répondez-vous ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Qu'Eric ZEMMOUR parle beaucoup, n'est pas en contact avec la détresse de certains, je pense qu'il pourrait écouter les Harkis, il pourrait écouter leur histoire, il pourrait aller dans les camps se rendre compte de ce qui s'est passé, aller à Ongles par exemple, aller à Rivesaltes, voir un petit peu quelles pouvaient être l'ambiance et les conditions de vie, je pense qu'il faut… on peut parler, on peut lancer beaucoup de polémiques…

CHRISTOPHE BARBIER
C'est une manière pour lui de banaliser les épisodes tragiques de notre Histoire, la Shoah et les plus anciens, il dit " il faut qu'on arrête de culpabiliser l'Histoire de France. "

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, mais il faut aussi que l'on sache reconnaître qu'il y a eu des moments difficiles dans notre Histoire, on ne peut pas banaliser la Shoah, c'est une honte, c'est une honte, et on ne peut pas banaliser non plus ce qu'on subit les Harkis.

CHRISTOPHE BARBIER
L'Allemagne a voté hier et on n'y voit pas très clair, on ne sait pas trop comment le pouvoir va s'organiser, ça va prendre des mois, c'est la faute à la proportionnelle, que le MoDem, votre parti, soutient et réclame.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, mais bon ! Moi je constate quand même que 73%, je crois avoir entendu, des Allemands sont allés voter, ensuite nous aurons, il y aura certainement, ça prendra des mois de constituer un gouvernement, mais c'est avancer dans le compromis entre ce que portaient les uns et les autres pour en faire un vrai projet à mettre sur la table pour les Allemands, je trouve que ça peut avoir quelques vertus.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, le MoDem, votre parti, s'est réuni hier dans le Morbihan, dans ce quinquennat qui se termine, vous avez vraiment l'impression que vous idées ont été entendues, qu'elles ont été intégrées par la majorité macroniste à l'exercice du pouvoir ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Oui, je pense. Bien sûr, vous avez parlé de la proportionnelle…

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, il y a des frustrations quand même !

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Il y a quelques frustrations, mais dans l'ensemble, la moralisation de la vie politique, l'Europe, de nombreuses réformes sociétales au niveau de l'éducation, par exemple, qui nous paraissaient majeures, ont été mises en oeuvre, et puis, sincèrement, le MoDem est un pilier majeur de la majorité.

CHRISTOPHE BARBIER
Appelé à rejoindre une sorte de parti commun, de formation commune, qui va se construire là ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Je pense même que le MoDem est un pilier de stabilité de la majorité, un vrai pilier de stabilité, donc bien sûr que nous allons travailler avec… et François BAYROU travaille avec La République en marche, pour mettre en oeuvre cette grosse force centrale qui participera à l'élection présidentielle en soutenant le président de la République, s'il est candidat.

CHRISTOPHE BARBIER
Et vous travaillerez là aussi avec la formation que va créer sans doute Edouard PHILIPPE dans quelques semaines ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Mais bien sûr.

CHRISTOPHE BARBIER
Ce n'est pas pour vous un concurrent, un rival ou un adversaire dans la majorité ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Moi je ne vois aucune concurrence chez Edouard PHILIPPE, avec lequel j'ai eu le plaisir de travailler, puisque quand il était Premier ministre j'étais dans son gouvernement, donc j'ai une parfaite confiance en Edouard PHILIPPE.

CHRISTOPHE BARBIER
Les Républicains vont choisir leur candidat eux par congrès, quand vous écoutez Xavier BERTRAND ou Valérie PECRESSE est-ce que vous vous dites c'est incompatible avec la majorité macroniste, on ne pourra jamais s'entendre ?

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Ecoutez, je les écoute, je ne vois pas beaucoup qu'est-ce qu'ils apportent de plus dans le débat, enfin, dans les propositions qu'ils font cela me paraît… bon, il n'y a rien d'extraordinaire par rapport à ce que nous avons mis en oeuvre, les orientations que nous avons. Moi ce qui me marque chez les Républicains c'est qu'ils parlent toujours de la droite et du centre, mais il faut qu'ils disent de la droite de la droite, parce que le centre, dans leur congrès ils n'en veulent pas visiblement…

CHRISTOPHE BARBIER
Ils ne participeront pas au vote, en effet…

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Et il y a longtemps que le centre est ailleurs.

CHRISTOPHE BARBIER
Geneviève DARRIEUSSECQ, merci, bonne journée.

GENEVIEVE DARRIEUSSECQ
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 septembre 2021