Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à BFM TV le 1er octobre 2021, sur l'augmentation des prix de l'énergie, la filière nucléaire, l'hydrogène vert, les négociations commerciales entre l'Union européenne et l'Australie, la production de masques et les vaccins contre le coronavirus.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès PANNIER-RUNACHER, bonjour.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes secrétaire d'Etat en charge de l'Industrie, on va parler évidemment énergie, avec ces prix de l'énergie, le gaz, l'électricité, le gaz 12,6%, 1er octobre, nous sommes le 1er octobre, là nous ne couperons pas à cette augmentation ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, mais nous allons bloquer ensuite les prix, c'est ce que le Premier ministre a annoncé parce que, note enjeu c'est d'être très attentif à la facture que payent les Français et donc, à la différence peut être d'autres pays, nous allons bloquer les prix pour que cet hiver les prix n'augmentent pas sur la facture des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, cet hiver les prix du gaz n'augmenteront pas, jusqu'à quand ? Jusqu'en avril.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Jusqu'en avril et jusqu'après, puis l'enjeu, comme l'a dit le Premier ministre, c'est de faire en sorte que cette augmentation du prix du gaz, je rappelle qu'il a été multiplié par trois depuis quelques mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
+57 % depuis janvier.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Depuis le 1er janvier, et c'est une tendance de fond ancienne, cette augmentation du prix elle est liée au fait qu'il y a eu un certain nombre de décisions internationales qui bloquent l'accès au gaz, mais aujourd'hui rien ne dit que ça va être une augmentation qui va durer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin bon ! Aujourd'hui il y a une augmentation des prix, nous verrons après avril, mais pourquoi avril, d'ailleurs ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais parce qu'en fait la consommation du gaz elle augmente au moment où il fait froid, tout simplement, et donc on bloque la facture de gaz au moment où on utilise le plus de gaz, de façon à ce que les Français s'y retrouvent, c'est les mêmes dates qu'on utilise, vous savez, pour le chèque énergétique, etc.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rien à voir avec l'élection présidentielle ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas parce que, on va être très clair, notre sujet ça a toujours été de travailler sur le fait d'adapter nos décisions à la situation des Français, et jusqu'au dernier jour on va travailler. Aujourd'hui il y a une augmentation du prix du gaz, cette augmentation elle est mondiale, et nous agissons pour baisser la facture des Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
A propos du prix mondial du gaz, et de ce que j'appellerais la souveraineté énergétique, je vais y revenir Agnès PANNIER-RUNACHER, mais je voudrais parler de l'électricité aussi, +4% sur un an au lieu de +12 sur un an, en janvier, au lieu de +12% en janvier, là vous contrôlez l'augmentation. Il y a d'autres solutions, que vous n'appliquez pas, par exemple une baisse de la TVA, et même une suppression de la TVA sur les taxes appliquées sur l'électricité ou le gaz, pourquoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord parce que ces décisions elles se négocieraient au niveau européen et nous nous voulons agir vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Espagne l'a fait.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous voulons agir vite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Espagne l'a fait.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Par ailleurs, ce que nous proposons avec l'électricité c'est de donner une augmentation qui soit en phase avec l'évolution, je dirais soutenable, du marché, je rappelle qu'on a augmenté le chèque énergie de 100 euros, je rappelle que ce chèque énergie bénéficie maintenant à 6 millions de ménages…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui se chauffent au gaz.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça n'existait pas en 2017. Je rappelle enfin que la France a un des prix de l'électricité le plus faible, pourquoi ? Parce que nous avons le nucléaire et parce que les Français bénéficient, heureusement, et par rapport à plein d'autres Européens, du nucléaire, donc notre situation n'est pas comparable à celle de l'Italie ou de l'Espagne, comme vous l'indiquez, qui subissent des augmentations beaucoup plus massives du prix de l'électricité. Dernier point, pas d'augmentation de l'électricité avant fin 2021 et, pour le moment c'est une prévision, c'est-à-dire que nous tablons sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'il y aura une augmentation de l'électricité de 4% au 1er janvier et ensuite il n'y en n'aura plus sur toute l'année 2021 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce que nous disons c'est que vous avez un calcul qui est automatique, qui est fait par une autorité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Expliquez-moi parce que là je ne comprends rien, alors allez-y.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il y a un calcul qui est fait par une agence indépendante qui s'appelle la CRE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça je sais.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et dont on pense qui va donner une augmentation de l'ordre de +10 à +12%, et nous ce que nous disons c'est que nous n'accepterons pas cette augmentation, que nous caperons l'augmentation à 4%…

JEAN-JACQUES BOURDIN
4% sur l'année 2021 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'augmentation de février 2021… 2022, pardon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De février 2022, sur l'année 2022 il n'y aura pas d'augmentation supérieure à 4 %.

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'augmentation ce sera celle de février 2022 et c'est la CRE…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est tout, il n'y en n'aura pas en juillet, il n'y en n'aura pas, c'est tout ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, l'augmentation elle vaut pour février 2022.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, uniquement février, bon d'accord ! Non parce qu'il faut qu'on soit précis.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, mais les choses sont très claires et vous savez que la fixation du prix de l'électricité elle est faite par une agence indépendante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que les prix du gaz sont gelés jusqu'au mois d'avril, après cette augmentation du 1er octobre, et que les prix de l'électricité augmenteront de 4% au 1er février.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Maximum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Maximum.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Maximum.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça c'est clair. Le chèque énergie aussi…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le chèque énergie augmente.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Même si ça représente 30% d'une facture, les 100 euros, à peu près 30% d'une facture.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui mais, Jean-Jacques BOURDIN vous oubliez qu'il y a déjà 150 euros de chèque énergie, que ça n'existait pas avant 2017, que c'est ce gouvernement qui a mis en place et généralisé le chèque énergie, qu'il a doublé le nombre de ménages qui bénéficient du chèque énergie, puisqu'aujourd'hui nous avons 6 millions de ménages qui bénéficient du chèque énergie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous craignez un retour des Gilets jaunes, Agnès PANNIER-RUNACHER, franchement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vais vous dire, ce gouvernement est celui qui a fait le plus pour le pouvoir d'achat depuis 40 ans, le plus…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça dépend pour qui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Suppression de la taxe d'habitation, baisse massive de l'impôt sur le revenu des personnes physiques, ce que nous faisons c'est deux choses, faire en sorte que de plus en plus de Français aient accès à l'emploi, je rappelle que nous avons créé plus de 500.000 emplois, et ça c'est la première façon d'améliorer le pouvoir d'achat des Français, et la deuxième chose c'est qu'il faut que ceux qui travaillent puissent boucler leurs fins de mois, qu'on puisse vivre dignement de son travail, et ça c'est toutes les baisses que nous avons faites, de la taxe d'habitation, enfin la suppression de la taxe d'habitation, la baisse de l'impôt sur le revenu pour les personnes physiques, sur ceux qui gagnent un peu plus que le SMIC, parce que c'est essentiel qu'ils puissent vivre correctement de leur travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ce n'est pas évident en ce moment, avec les dépenses contraintes, de vivre correctement avec son travail quand on gagne 1400, 1500, 1600 euros, même net par mois, Agnès PANNIER-RUNACHER…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, et c'est pour ça que nous agissons, et c'est pour ça que nous continuerons à agir jusqu'au dernier jour, ce n'est pas parce qu'il y a une campagne présidentielle qu'il faut s'arrêter les bras croisés et ne pas prendre de décisions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça je suis certain que vous allez aider le maximum de Français jusqu'au mois d'avril, ça, Agnès PANNIER-RUNACHER, en année électorale on aide beaucoup les Français.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais, Jean-Jacques BOURDIN, comme nous l'avons fait depuis quatre ans maintenant. La baisse de la taxe d'habitation on l'a fait en trois temps, ça fait depuis 2017 que nous l'avons engagée, la baisse de l'impôt sur le revenu c'est une décision de 2019 applicable en 2020, donc tout cela est parfaitement organisé, avec la volonté de redonner la possibilité aux gens de vivre dignement de leur travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès PANNIER-RUNACHER, EDF par exemple, a fait des profits importants en 2021 et va faire des profits considérables en 2022, qu'allez-vous faire ? Vous allez récupérer évidemment une partie de ces profits, évidemment, l'Etat.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais surtout EDF, qu'est-ce que fait EDF ? Ils investissent dans l'avenir, ils sont les garants de notre souveraineté énergétique. Je crois que ce que nous traversons aujourd'hui, où on touche du doigt que nous ne sommes pas maîtres de la production d'énergie fossile ; rien de nouveau, c'est depuis des années que nous savons que pour le carburant nous sommes dépendants de l'extérieur, que pour le gaz nous sommes dépendants de l'extérieur ; lorsque nous sommes en train d'engager l'électrification de notre économie, nous sommes en train de faire en sorte de protéger les Français contre les aléas du marché mondial.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne toucherez pas à ces supers bénéfices ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ces supers bénéfices ils ont vocation à être réinvestis, EDF est une société qui appartient essentiellement aux Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire que les tarifs augmentent, l'Etat aide les Français, subventionne en quelque sorte la consommation, c'est ça, et EDF de son côté fait des supers profits, auxquels vous ne toucherez pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais ce n'est pas ça, nous sommes tous propriétaires d'EDF, lorsqu'EDF fait des profits ça bénéficie à tous les Français, et ces profits, qu'est-ce qu'ils deviennent ? Ils deviennent peut-être de futurs EPR, ils deviennent peut-être de futurs investissements dans les énergies renouvelables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah, de futurs EPR ! Alors, où est-ce qu'on en est…

AGNES PANNIER-RUNACHER
La transformation que nous sommes en train d'engager, dans la transition énergétique, c'est une transformation massive, que nous menons à toute vitesse, pour faire en sorte que, in fine, les Français n'aient pas à payer plus cher leurs factures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Agnès PANNIER-RUNACHER, vous venez de prononcer le mot EPR, le terme, le sigle, EPR, six EPR en construction, bientôt ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça c'est une décision, et le président de la République l'a dit très clairement, qui sera prise en fonction d'abord de la réalisation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand sera-t-elle prise ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Jean-Jacques BOURDIN, lorsque l'EPR de Flamanville sera livré, nous devons prendre cette décision, peut-être nous la prendrons un peu en avance lorsque nous serons sûrs que l'EPR de Flamanville est sur la bonne voie.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Livré quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Livré quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça dépend, je dirais, de facteurs industriels…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais ça, non mais ça merci, merci Agnès PANNIER-RUNACHER, oui j'ai compris que ça dépendait…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Monsieur BOURDIN, l'EPR il est en construction, on ne va pas prendre…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça fait des années, il coûte une fortune, chaque fois on voit la facture s'alourdir, Agnès PANNIER-RUNACHER, quand est-ce qu'on peut penser que cet EPR de Flamanville sera terminé et en activité ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je vais vous dire très clairement, nous avons réinvesti dans le nucléaire dans le plan de relance, 500 millions d'euros dans le nucléaire, dans le plan de relance, dans le plan d'investissement nous travaillons à construire notre souveraineté énergétique pour les 50 ans qui viennent, nous allons investir dans les énergies renouvelables, nous allons investir dans le nucléaire, et donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais vous ne me répondez pas sur Flamanville, quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne vous réponds pas sur Flamanville…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne le savez pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce que ce n'est pas l'unique manière d'investir dans le nucléaire, et s'agissant de Flamanville, cela ne dépend pas de moi, cela dépend de la construction de Flamanville, donc c'est une donnée qui est, je dirais de rythme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'avez aucun horizon ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si, nous avons des horizons, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand entrera-t-il en service ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Quand EDF aura terminé sa construction, je ne peux pas mieux vous dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand, Agnès PANNIER-RUNACHER, et si la construction est terminée, les six EPR prévus seront construits ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si sa construction est terminée nous serons en capacité de prendre cette décision de construire les EPR.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous la prendrez, vous la prendrez, parce que, est-ce que la France…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Aujourd'hui nous avons besoin de nucléaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, j'allais vous poser la question, puisqu'on parle de souveraineté énergétique, est-ce que nous devons développer le nucléaire, oui ou non ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est ce que nous faisons Jean-Jacques BOURDIN. Lorsque nous investissons 500 millions d'euro dans la filière nucléaire, nous développons le nucléaire, lorsque nous investissons dans les compétences du nucléaire, dans la sous-traitance nucléaire, dans le développement et la R&D, recherche et développement, sur de nouveaux réacteurs, lorsque nous travaillons sur la recherche et développement du recyclage du combustible, qui est un élément essentiel, de façon à ne pas développer des déchets, mais à pouvoir les réutiliser, nous investissons dans le nucléaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc le nucléaire est indispensable…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous avons d'ores et déjà investi dans le nucléaire, il n'y a pas d'ambiguïté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, c'est clair, le nucléaire est indispensable pour atteindre la neutralité carbone en 2050 ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Indispensable ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Indispensable, avec les énergies renouvelables, parce qu'il ne faut pas opposer l'un à l'autre. Ce que nous sommes en train de faire c'est de construire une souveraineté énergétique où nous ne sommes plus dépendants du gaz, où nous ne sommes plus dépendants des carburants, et pour ce faire il faut du nucléaire, il faut des énergies renouvelables, et c'est une transformation à marche forcée, et c'est pour ça que nous investissons massivement dans ces technologies.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, Agnès PANNIER-RUNACHER, bouclier pour les Français, pour les ménages français, et pour les patrons de grandes entreprises, ou les patrons de PME, est-ce qu'il a y avoir un bouclier ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, aujourd'hui vous savez qu'il y a des dispositifs pour les entreprises électro-intensives comme on dit, ou hyper-électro-intensives, celles qui utilisent beaucoup d'énergie, et nous avons aussi la capacité à les accompagner, mais le grand enjeu pour ces entreprises, c'est la même chose que ce que nous faisons pour les particuliers en finançant le changement de leur chaudière à fuel ou en finançant leur rénovation thermique, c'est de baisser la facture, c'est de faire en sorte qu'ils puissent disposer d'une électricité qui est compétitive, sans devoir dépenser de l'argent avec du gaz naturel pour fabriquer de la chaleur, donc là aussi nous avons investi 1,2 milliard d'euros, dans le plan de relance, pour décarboner les processus industriels, concrètement ça veut dire remplacer des installations, qui fonctionnent avec du gaz ou avec du fuel, pour faire en sorte qu'elles aient accès à de l'électricité et que ça coûte moins cher.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès PANNIER-RUNACHER, la France doit devenir, être le leader mondial de l'hydrogène vert. C'est ce que dit Bruno LE MAIRE. D'ailleurs j'ai vu ce matin une annonce importante : TotalEnergies, AIR LIQUIDE et VINCI qui s'allient dans l'hydrogène. Ça, c'est une filière que vous développez et qui va être développée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait. C'est un plan massif que nous avons lancé depuis plus d'un an maintenant, 7 milliards d'euros pour l'hydrogène. Nous allons construire dans les prochains mois les premières usines à hydrogène.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quand ? Quand les verra-t-on physiquement ces premières usines ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On commencera à les voir à partir de 2023 et ensuite ce sont des montées en cadence en fonction du marché et des besoins. Je veux faire une précision.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas de l'hydrogène vert, c'est de l'hydrogène bas carbone.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est Bruno LE MAIRE qui dit ‘hydrogène vert', ce n'est pas moi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Hydrogène bas carbone, c'est de l'hydrogène qui est fait à partir d'une énergie bas carbone. Ça peut être du nucléaire, ça peut être du renouvelable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous êtes plus précise que lui alors, Agnès PANNIER-RUNACHER. Interruption des négociations commerciales entre l'Union européenne et l'Australie après la crise des sous-marins. Vous êtes au courant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Cette discussion avec l'Australie, elle s'inscrit effectivement dans un moment où…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a interruption des négociations ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne saurais vous dire. Ce n'est pas un dossier que je suis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne savez pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous le dis, moi : il y a interruption de négociations. Logique, accord de libre-échange logique, non ? C'est de la rétorsion. Logique.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non. À partir du moment où l'Australie a pris une décision sans nous en informer, alors que nous avions construit un partenariat stratégique sur une trentaine d'années, jusqu'en 2050, il est légitime qu'on réinterroge l'ensemble de nos relations avec l'Australie et que nous soyons très clairs sur la manière dont on doit faire des accords ou pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous signerons cet accord ? Nous signerons cet accord ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout dépend de la manière dont on va dénouer les autres sujets qui nous relient.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec l'Australie. Agnès PANNIER-RUNACHER, je voulais vous parler de relocalisation. Les masques, les fameux masques, les fabricants de masques français. Moi je me souviens, vous les avez appelés vous-même, ici ou ailleurs…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les avez appelés à la relocalisation. " Faites des efforts " avez-vous dit à ces industriels français pour fabriquer des masques français. Aujourd'hui, je regardais les chiffres : plus de 95% des masques achetés viennent d'Asie. 95% des masques achetés en France viennent d'Asie.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Jean-Jacques BOURDIN, l'Etat a pris ses responsabilités. Nous avons passé une commande d'un milliard de masques l'année dernière auprès de huit entreprises françaises. Nous, nous avons acheté français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pour l'année prochaine ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous, nous ne commandons plus de masques. Nous avons reconstitué notre stock stratégique. Aujourd'hui c'est aux hôpitaux de commander des masques, aux régions, aux départements, aux entrepreneurs privés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et vous savez où les hôpitaux, les collectivités locales commandent leurs masques ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Justement, moi je trouve ça très choquant. Alors que l'Etat leur a donné les moyens avec des clauses juridiques particulières - clauses sociales, clauses environnementales - de pouvoir acheter des marchandises qui sont produites au plus près de leurs sites où ils sont livrés en masque, qu'ils continuent à acheter massivement en Chine. C'est la responsabilité des présidents de région, des présidents de département, des responsables des hôpitaux d'être capables aussi de se les prémunir contre des ruptures d'approvisionnement. Ils ont les outils juridiques pour le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai compris mais dans les appels d'offres publics, pourquoi ne pas obliger à acheter français ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors on ne peut pas obliger parce que sinon on aurait un problème. Lorsque nous nous vendons des marchandises en Europe, on pourrait mettre des clauses pour nous bloquer et nous avons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous sommes pieds et poings liés par l'Europe, Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, pas du tout Jean-Jacques BOURDIN. Je ne peux pas vous laisser dire ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune préférence nationale.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais il suffit de mettre une clause sociale et une clause environnementale. Moi je suis très choquée. Il s'agit de la Chine. Comment l'Etat a-t-il réussi à acheter un milliard de masques à huit entreprises françaises, les autres acheteurs publics n'y parviendraient pas ? Enfin ! Donc il est parfaitement possible de l'utiliser. Nous avons mis dans le cahier des charges administratives générales des clauses obligatoires environnementales. C'est nous qui l'avons fait. Maintenant, il y a ce qu'on appelle la libre administration des collectivités locales. Ça veut dire que dans la démocratie, un président de région prend ses décisions indépendamment de l'Etat. C'est très bien mais que chacun assume ses responsabilités. Et que lorsqu'on dit qu'on doit acheter français ou qu'on doit acheter européen, on le fasse. Nous, nous avons donné les moyens juridiques de le faire, nous mettons en application ces clauses dans nos propres cahiers des charges. Chacun doit prendre ses responsabilités et le faire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien de doses de vaccins allons-nous donner à COVAX ? COVAX qui s'occupe des pays les plus pauvres, des pays du sud. Combien ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous avons annoncé une première cible de 60 millions de doses pour la fin de l'année. Nous sommes en capacité d'aller plus loin et nous, effectivement, soutenons toute la démarche européenne qui consiste à être le premier fournisseur, et de très loin, de doses pour les pays en développement. Nous le faisons directement et puis nos usines sont au service…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toutes les doses de vaccin AstraZeneca iront à COVAX, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas seulement. Pourquoi seulement des AstraZeneca ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, parce qu'on ne l'utilise plus.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais nous donnons aussi des doses Pfizer, des doses Moderna. Je veux dire, les pays en développement doivent avoir accès à tout le portefeuille vaccinal, tout le portefeuille vaccinal qui fonctionne, AstraZeneca comme les autres.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question Agnès PANNIER-RUNACHER. J'ai été marqué – enfin, ‘marqué', n'exagérons rien – mais j'ai lu avec attention l'interview d'Edouard PHILIPPE dans Challenges. Edouard PHILIPPE nous dit qu'il va falloir porter à 65, 66 ou 67 ans l'âge de départ à la retraite. Il a raison ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je ne poserais pas le problème comme ça parce qu'aujourd'hui, la France a un problème. Les jeunes rentrent de plus en plus tard sur le marché du travail et les seniors ont du mal à trouver du travail. Donc si vous retardez l'âge de la retraite, ça ne va pas résoudre ce problème-là. Et si c'est pour avoir des seniors qui continuent à chercher…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il a tort ? Il a tort ? Est-ce qu'il a tort ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vais vous dire, le premier sujet de réduire la réforme des retraites à une question d'âge, oui certainement. C'est une réforme qui est beaucoup plus profonde. C'est une réforme qui suppose de regarder à quel âge on rentre sur le marché du travail, qui suppose de faire en sorte que les seniors puissent travailler jusqu'au bout et dignement et dans de bonnes conditions et qui, derrière, fasse en sorte qu'on rattrape les carrières hachées et qu'il y ait la plus grande égalité entre les Français. Il est surprenant encore aujourd'hui que, suivant votre statut, que vous ayez été commerçant, que vous ayez été agriculteur, que vous ayez été fonctionnaire ou que vous ayez été salarié dans différentes entreprises, et que vous ayez travaillé de la même manière en ayant à peu près le même salaire, vous n'ayez pas la même retraite. C'est ça. Il faut converger aujourd'hui vers une forme de retraite où à chaque fois qu'on cotise un euro, on ait à peu près la même retraite. Je pense que c'est ce qu'attendent les Français. Après il nous faut une réforme, il nous faut une réforme. Parce qu'un système de retraite qui n'est pas financé, c'est mentir aux jeunes. Ça veut dire que leur propre retraite est en danger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2021