Extraits d'un entretien de M. Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, avec Europe 1 le 5 octobre 2021, sur la politique de l'énergie au niveau européen et les pêcheurs français confrontés au Brexit.

Texte intégral

Q - Bienvenue sur Europe 1. Bonjour Clément Beaune.

R - Bonjour.

Q - Est-ce que nous sommes les dindons de la farce ?

R - Je pense que vous faites référence aux prix de l'énergie, puisque c'est la préoccupation des Français.

Q - Donc, vous me répondez oui ?

R - Non, je ne vous réponds pas oui, parce que, expliquons ce qui se passe : les dindons de la farce, ça voudrait dire que la France ne défend pas ses intérêts en Europe et dans le monde, dans cette crise énergétique. Je voudrais expliquer en un mot ce qui se passe. C'est une crise avant tout des énergies fossiles, du gaz en particulier. Les prix du gaz augmentent massivement, parce que la reprise économique est forte, plus forte que prévu, même en Asie, notamment en Chine ; cela tire les prix vers le haut, et en même temps des grands producteurs de gaz, dont l'Europe dépend, y compris la France, mais la France moins que les autres, la Russie, la Norvège en particulier, baissent leur production. Tout cela crée une tension, forte augmentation des prix internationaux du gaz. La France a un avantage considérable, qui demeure, que nous défendons, c'est le nucléaire, qui représente 40% de notre mix énergétique comme on dit, et qui permet de limiter la hausse, déjà.

Q - Donc, c'est d'autant plus ahurissant, que nous vivons cette situation.

R - Attendez, non, non, parce que la hausse des prix, elle est plus faible, je tiens à le dire, elle est grave, elle est beaucoup plus faible en France qu'elle ne l'est en Italie, qu'elle ne l'est en Espagne, qu'elle ne l'est en Allemagne.

Q - Clément Beaune, dites-le ce matin, je ne veux pas faire de la démagogie, mais dites-le, ce matin, aux familles modestes qui se serrent la ceinture et voient cette facture exploser.

R - Mais il faut dire la vérité et expliquer, c'est la réalité que ça augmente moins qu'ailleurs. Ça augmente dramatiquement, néanmoins qu'est-ce qu'on fait pour répondre à ça ? Puisque vous avez raison, les gens ils ne savent pas... ils ne veulent pas savoir ce qui se passe en Russie, ils veulent remplir leur cuve de fuel et se chauffer cet hiver.

Q - Pouvez-vous le dire clairement aux auditeurs ce matin Clément Beaune, on a notre indépendance en matière de production électrique, alors pourquoi on se prend de plein fouet cette augmentation des prix du gaz, est-ce que c'est vraiment la faute au marché européen de l'électricité, comme on l'entend ces derniers jours ?

R - Alors, je dis un mot, puisque vous avez parlé du vrai sujet, qui est l'augmentation de la facture des Français, nous avons pris des mesures, nous y reviendrons peut-être, très puissantes, pour limiter la hausse...

Q - On y reviendra, sur le bouclier.

R : ... et donc c'est comme ça qu'on répond à court terme. J'insiste, parce que...

Q - On y reviendra.

R - A court terme, c'est ça la réponse, la réponse de pouvoir d'achat, en prenant des mesures de blocage de prix. Parce que nous devons agir très vite. Il y a le marché européen de l'énergie, disons un mot sur cela, parce que c'est très important. Le marché européen de l'énergie, il est un avantage énorme, énorme, je le dis, pour la France.

Q - Lequel ?

R - Eh bien, parce que vous savez qu'EDF exporte pour plusieurs milliards d'euros, chaque année, chaque année en Europe, parce que précisément par notre parc nucléaire, nous produisons moins cher. Qu'est-ce qui se passe avec ce fameux marché unique et la fixation des prix, je vais essayer de ne pas être trop compliqué, mais c'est important.

Q - Non, mais on le sait, pardonnez-moi il y a un alignement des prix de l'électricité sur ceux du gaz...

R - Oui, exactement.

Q - ... et au final on a une facture qui explose plein pot, c'est assez facile à comprendre, Monsieur le ministre.

R - Oui, pourquoi ? Parce qu'on paie le prix de l'électricité au dernier prix, au dernier coût de la centrale qui est mise en fonction...

Q - Alors qu'on s'approvisionne, nous, à partir de centrales nucléaires et donc à bas coûts. Vous comprenez que ce soit pour nous quand même assez difficile à comprendre et irrationnel ?

R - Bien sûr. D'abord je dis deux choses : c'est une partie seulement de la facture qui est concernée, c'est pour ça que malgré tout, et nous prenons des mesures de pouvoir d'achat pour cela, mais malgré tout notre facture d'électricité augmente moins en France qu'ailleurs. Non mais j'insiste, parce que...

Q - Mais je vous assure que cet argument ne passera pas auprès des Français simplement. C'est bien, donc quand on se compare, on se console, donc on devrait être tranquille.

R - Non, ce n'est pas du tout ce que je dis, ce que je dis c'est qu'il faut répondre aux problèmes qui se posent, pas aux problèmes d'à côté.

Q - Alors comment ? Est-ce qu'il faut faire pression ? Parce que par exemple en déplacement au Luxembourg, le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, juge obsolètes les règles de ce marché européen de l'électricité.

R - Mais, je vais vous dire, il y a des choses à changer, mais moi je suis très concret. Vous me dites, le sujet c'est les Français, leurs factures. Vous avez raison. Moi je ne veux pas leur promettre que la réponse c'est une réforme qui interviendra dans six mois ou dans un an, leur problème c'est cet hiver.

Q - Mais alors pourquoi vous tapez du poing sur la table en ce moment ? Vous êtes en train de nous dire que cela ne sert à rien.

R - Parce que c'est une réponse de moyen terme, et nous pouvons changer, avec Bruno Le Maire, un certain nombre de règles. Et je le dis, le fait que nous soyons connectés, comme on dit, au marché européen, c'est un avantage énorme pour la France, parce que nous sommes meilleurs que les autres.

Q - Monsieur le Ministre, Xavier Bertrand dit : il faut rendre l'argent à la France.

R - Attendez, pas tous les sujets si vous permettez, parce que c'est très compliqué, il faut l'expliquer. Nous exportons massivement notre électricité, c'est plusieurs milliards...

Q - Mais on le sait.

R - Non, pardon, c'est concret, c'est plusieurs milliards d'euros pour EDF chaque année, ça nous évite 30 à 40 jours de black-out que nous évitons grâce à l'interconnexion avec les autres pays...

Q - D'accord, donc le marché européen de l'électricité nous a servis, mais aujourd'hui, aujourd'hui...

R - Il nous a servi.

Q - Je vous parle d'aujourd'hui.

R - Il nous sert encore, parce que je vous dis qu'EDF va faire plusieurs milliards d'euros de recettes supplémentaires grâce à l'augmentation des prix, que nous réinvestissons précisément dans la baisse des prix et dans l'investissement, dans le nucléaire.

Q - Pardonnez-moi, mais c'est que le marché européen de l'électricité il nous a servi, mais la réalité c'est que l'Allemagne ne veut pas laisser ce marché aujourd'hui se réguler, alors comment vous tenez tête...

R - Non, pardon, mais ce n'est pas ça le sujet.

Q - Ah bon, pas du tout ?

R - Non.

Q - Nous n'avons pas des divergences, des intérêts divergents avec l'Allemagne ?

R - Si, mais pas sur le point que vous évoquez.

Q - Ah bon, d'accord.

R - Permettez-moi de l'expliquer.

Q - Donc face à qui il faut faire pression sur le plan européen ?

R - Alors, le marché européen de l'énergie, il faut le maintenir. Je vous le dis clairement, si vous le cassez, c'est un désavantage énorme pour la France. Petit 1.

Q - Mais alors pourquoi le ministre de l'économie juge les règles obsolètes ?

R - Parce qu'il y a quelques règles à changer, mais cela prendra des mois, je le dis très sincèrement, à court terme, mesures de pouvoir d'achat. Mesures de pouvoir d'achat. Nous avons, nous nous sommes battus au niveau européen pour que les prix ne soient justement pas complètement libéralisés, qu'on puisse les réglementer. Comme ils sont réglementés, le Premier ministre l'a annoncé, nous allons les bloquer. C'est cela, la réponse de court terme.

Q - Mais, permettez-moi, il y a quelque chose d'assez croustillant d'ailleurs depuis, si je puis dire, depuis des années, vous nous dites que l'énergie sera plus chère, qu'il faut s'y habituer, et maintenant dès qu'y a une envolée des prix, oh la la, le bouclier on arrête tout !

R - Alors, mais vous ne pouvez pas me dire : le problème c'est la facture d'électricité les Français, et qu'on ne prenne pas de mesures de pouvoir d'achat, vous en conviendrez.

Q - Non, je note quand même, vous conviendrez qu'il y a quand même un changement de pied assez particulier.

R : Non, pardon, j'essaie d'expliquer les choses. Nous avons une augmentation internationale temporaire, parce que les prévisions internationales, Xavier Bertrand, tout le monde peut les consulter, ils auraient peut-être raison de le faire, vont baisser sans doute sur le gaz à partir du mois d'avril. Donc, ne cassons pas toute une stratégie, pour une période qui est difficile. Nous avons une période difficile, partout en Europe, moins en France qu'ailleurs, mais difficile. Donc, prenons des mesures de pouvoir d'achat. Petit 1. Nous devrons construire aussi une transition énergétique de moyen et de long terme, mais je ne veux pas dire aux Français qui ont du mal à se chauffer cet hiver "vous verrez, dans six mois ça ira mieux". On prend des mesures tout de suite. On doit continuer à transformer notre énergie.

Q - Attendez, parlons-en, Clément Beaune...

R - Attendez, c'est très important...

Q - No non, mais vous n'allez pas me faire toute la transition énergétique pendant...

R - Mais je ne vous fais pas... Mais vous m'avez posé la question.

Q - Oui, mais je vous assure, je pense que les Français, les auditeurs comprennent quand ils voient la facture, mais tout ça est en réalité...

R - C'est pour ça qu'on la baisse.

Q - Vous avez raison... un véritable plaidoyer pour le nucléaire.

R - Bien sûr !

Q - Le président Emmanuel Macron s'apprête d'ailleurs à annoncer, mi-octobre, la construction de mini-centrales nucléaires, les SMR, c'est l'information révélée hier par Europe 1, qui a été confirmée. Est-ce qu'à six mois de la présidentielle vous assumez une conversion à la raison, au pragmatisme ?

R - Mais pas du tout. Le nucléaire, cette conversion, si conversion il y a eu, elle existe depuis plusieurs années. Il n'y a aucun doute...

Q - Non.

R - Ah, je vous explique, vous pouvez le consulter, je crois que c'est public, le Président de la République il a fait un discours sur le nucléaire, je crois que c'était au Creusot il y a un an, c'était d'ailleurs pas son premier discours sur la filière nucléaire. Il l'a défendu ; on n'a pas attendu le débat et les polémiques de Xavier Bertrand et de quelques autres pour investir sur le nucléaire, soyons sérieux, c'est nous qui avons dit les objectifs de réduction de la part de nucléaire à 2025, sont totalement fous et irréalistes, on les a repoussés à 2035 ; et on continuera à investir dans le nucléaire, parce qu'il n'y a pas de transition énergétique sans le nucléaire, et je le dis aux Français...

Q - Pouvez-vous simplement me préciser...

R - Je le dis aux Français, c'est un avantage aujourd'hui, nous continuerons à investir dans le nucléaire.

Q : C'est le même président, qui dans la continuité de François Hollande, a fermé Fessenheim, nous sommes d'accord ?

R - Mais...

Q - Non mais c'est le même.

R - Oui...

Q - Donc il y a un "en même temps" énergétique sur lequel vous semblez revenir ?

R - Mais il n'y pas un "en même temps" énergétique. Fermer des centrales...

Q - Mais quand vous avez fermé Fessenheim et que là vous lancez des mini-centrales...

R - Mais pardon, je peux répondre, c'est très important. Nous avons fermé Fessenheim, c'était un engagement qui avait été pris, qui avait été inscrit dans la loi...

Q - Un accord politique, simplement, certains disent politicien.

R - Mais moi, je ne le crois pas. Et nous l'assumons.

Q - Vous assumez la fermeture de Fessenheim...

R - Oui.

Q - ... avec, dans quelques mois et années, la relance de centrales, de mini centrales.

R - Mais bien sûr. Parce que Fessenheim...

Q - Mais où est la logique ?

R - Je vous le dis, parce que c'est une centrale vieillissante ; et donc, nous devons renouveler notre parc nucléaire, et donc nous investirons, oui, dans d'autres centrales. On ferme des centrales à charbon d'un côté, on ferme certaines centrales nucléaires, certains réacteurs pour être précis, qui sont vieillissants, parce que la sécurité des Français, je crois que ça vous importante, et que ça nous importe...

Q - Oh, c'était un problème de sécurité des Français pour Fessenheim ?

R - Mais parce qu'il faut investir dans l'avenir.

Q - C'était un problème de sécurité des Français pour Fessenheim ?

R - Mais bien sûr, c'était une des centrales vieillissantes...

Q - Qui posait un problème de sécurité ?

R - Pas à court terme, mais il fallait anticiper. Ça s'anticipe, et la reconversion des personnes qui vont travailler à Fessenheim, ça va prendre du temps, on les accompagnera, c'est aussi un sujet social, et donc on fait cela, on investit dans le nucléaire, la réponse est claire. Et vous m'avez posé une question, c'est très important, parce que pour " être dindon de la farce ", moi je vais expliquer les choses. Je n'ai aucun problème à avoir des confrontations avec nos partenaires européens, parfois on me le reproche, quand on a des vrais problèmes. Avec l'Allemagne, nous avons une divergence, c'est sur ce qu'on appelle les investissements verts. Dans le jargon, la taxonomie, mais appelons cela...

Q - La taxonomie, non, c'est important, la taxonomie verte, est-ce qu'on peut dire en quelques mots, c'est-à-dire : Paris et Berlin s'opposent véritablement, évidemment la France mise sur le nucléaire, et l'Allemagne défend ses propres intérêts et mise sur le gaz.

R - L'Allemagne mise sur le gaz, je l'ai dit publiquement, je pense que c'est un mauvais choix, parce que c'est un choix de dépendance. Nous n'avons pas fait ce choix et nous en tirons aujourd'hui les avantages. Regardez l'Espagne, pour prendre un autre cas, l'Algérie a dit : on est prêt à vous couper l'approvisionnement en gaz, ils ont failli ne pas avoir du gaz cet hiver. Donc, la stratégie française, renouvelables, nucléaire, pas de dépendance au gaz, elle est gagnante. Et alors, sur l'Allemagne...

Q - Monsieur le Ministre, on l'entend, mais par rapport à l'Allemagne, quels arguments ? Parce que la Commission européenne pour l'instant ne bouge pas, et les Allemands, pire, ils nous font la leçon sur le nucléaire.

R - Mais, moi je ne prends aucune leçon, mais nous, nous défendons notre intérêt parce que ce sont les intérêts qui sont gagnants. Et je vous le dis, la question de la taxonomie, c'est la question de savoir si on reconnaît que le nucléaire est une énergie décarbonée verte, pour faire court. Oui, elle l'est, et donc, nous demandons à l'Europe de le reconnaître. Pour l'instant nous attendons la dernière décision, je suis très confiant sur le fait que nous obtiendrons cette décision, dans les mois qui viennent. Nous avons ce débat avec l'Allemagne, à ciel ouvert...

Q - Mais vous reconnaissez que c'est un...non, un débat, c'est un bras de fer, quand on voit ce qui est dit...

R - Oui, c'est un bras de fer, mais moi je n'ai aucun problème avec un bras de fer européen quand c'est justifié.

Q - Oui, mais ça dépend qui le gagne à la fin Monsieur le Ministre.

R - Nous allons gagner, je vous le dis.

Q - C'est quoi, c'est la méthode Coué ?

R - Non, ce n'est pas la méthode Coué, c'est du travail.

Q - Alors, comment...

R - C'est du travail que nous faisons et vous verrez dans les prochaines semaines.

Q - Cette méthode de travail, elle est importante, puisqu'il y a l'Allemagne, mais il y a aussi la Grande-Bretagne, l'exemple sur le Brexit. Pour nos pêcheurs français, Clément Beaune, les conditions de l'accord, et c'est très important, c'est très concret, les conditions de l'accord ne sont pas respectées sur le nombre de licences pour accéder aux eaux territoriales britanniques. Votre patience n'a pas de limite sur ce sujet ?

R - Si, notre patience a une limite claire, celle de l'exaspération et de celle de nos pêcheurs. Cela fait neuf mois, j'explique, c'est très important aussi pour nos pêcheurs, que nous discutons calmement, gentiment, et je dois dire que pour moi c'est facile, c'est mon métier, si je puis dire, pour les pêcheurs c'est leur vie et leur gagne-pain. Et donc, je veux d'abord saluer leur extraordinaire patience. On les a soutenus, cent millions d'euros de plans d'accompagnement. Mais ça suffit ! On a un accord négocié par la France, par Michel Barnier, qui doit être appliqué à 100%. Il ne l'est pas et donc nous avons dit que dans les prochains jours, je me suis encore entretenu avec mes homologues européens à ce sujet hier, nous prendrons des mesures européennes ou nationales, de pression sur le Royaume-Uni, sur les produits qu'ils exportent en France, par exemple.

Q - Vous pensez qu'ils y seront sensibles à ces mesures de rétorsion ? Que peut être une mesure de rétorsion aujourd'hui ?

R - Je ne parle pas de sensibilité morale, vous avez raison, il faut défendre nos intérêts. On le fait gentiment, diplomatiquement, et puis quand ça ne marche pas, on prend des mesures. Eh bien par exemple on peut imaginer, puisqu'on parlait d'énergie, les îles Anglo-Normandes, le Royaume-Uni est dépendant de notre approvisionnement en énergie, nos fameux avantages d'exportation, eh bien ça concerne aussi le Royaume-Uni. Ils pensent qu'ils peuvent vivre tout seul et en plus taper sur l'Europe, et comme ça ne marche pas, ils font dans la surenchère et dans l'agressivité. Je veux quand même dire à tous ceux qui nous ont expliqué que le Brexit c'est formidable, je les entends moins défendre les intérêts de nos pêcheurs. Et je les entends moins, aujourd'hui, regarder ce qui se passe au Royaume Uni. Ils ont 25% - on parle d'énergie - des stations-service qui ne sont plus approvisionnées, parce qu'ils manquent de 100.000 chauffeurs.

Q - Donc vous allez appuyer là où ça fait mal ?

R - Mais malheureusement je n'ai pas besoin, c'est la réalité. Mais il faut regarder ce qui se passe, parce que quand on fait des promesses populistes, il faut voir ceux qui les appliquent. Le Brexit c'est le populisme en action. On a la démonstration que c'est un échec dramatique.

Q - Oui mais pour l'instant, pardonnez-moi, le boomerang il revient sur notre figure à nous, et celle de nos pêcheurs français.

R - Non, parce que comme ça ne marche pas, ils essaient de taper sur les autres, c'est classique, comme recette, mais on ne se laissera pas faire. Et on soutient nos pêcheurs aujourd'hui.

Q - Dont acte, on le verra à l'épreuve des faits, c'est important.

R - Bien sûr.

Q - Sujet extrêmement concret, vraiment, dont nous parlons.

R - Mais extrêmement concret. Je me suis battu. Vous savez, le 1er janvier, j'étais à Boulogne-sur-Mer pour dire à nos pêcheurs ce qui allait se passer, je les ai toujours défendus, avec Annick Girardin, avec tout le gouvernement, on continuera.

(...)

R - Je lis comme vous, je vois l'alerte, bien sûr, mais je crois que ce n'est pas plus rassurant d'avoir Eric Zemmour que Marine Le Pen, mais je le dis, moi je ne suis pas dans une dénonciation abstraite, je dis par exemple pour ce qui concerne les sujets que je suis au quotidien, l'Europe, le camp Eric Zemmour nous explique qu'il est pour la souveraineté. Mais, ah, tout à coup il se rend compte qu'en fait, il faut garder l'euro, parce que les Français y sont attachés et que ça nous protège. Mais n'y a-t-il pas une petite contradiction quand il va voir M. Orban ? Est-ce qu'il dit aux Français que M. Orban - pour moi ça suffirait à le disqualifier -, ce n'est pas simplement des lois homophobes, mais c'est aussi la consécration du partenariat avec la Chine, la défense absolue de l'OTAN et l'éloge du dumping social en Europe pour nos chauffeurs routiers, pour notre BTP, pour des gens qui délocalisent en Pologne ou en Hongrie ?

Q - Ce n'est pas nouveau que nous ayons des désaccords avec nos partenaires européens. Il va vous dire, il va vous citer d'autres partenaires.

R - D'accord, mais qu'est-ce qu'on fait ? Eh bien moi, je vous dis, quand ça arrive, par exemple sur le dumping social, je combats M. Orban et on fait la réforme du travail détaché en Europe. Voilà, c'est important.

Q - Clément Beaune, je peux vous offrir, ça va vous intéresser, sur l'Europe, un livre dont va parler Dimitri avec son invité dans quelques instants, il s'appelle "L'opium des élites, comment on a défait la France sans faire l'Europe". L'auteur c'est Aquilino Morelle, c'est une charge contre l'européisme, la technocratie bruxelloise, et voici ce qu'il dit : "Le macronisme, dit Aquilino Morelle, ne serait que l'étape ultime de la technocratisation de notre vie politique". En gros, vous êtes tous des technocrates en costumes gris.

R - Ecoutez, je suis en costume gris, si ceux qui nous écoutent ne voient pas l'image...

Q - Je ne m'arrêterai pas à cela.

R - ...je l'assume, je crois qu'Aquilino Morelle n'a pas complètement dénigré les costumes gris dans sa vie précédente, peu importe. Moi, je n'ai aucun problème à discuter, vous savez, je ne suis pas un européiste, je ne suis pas un fédéraliste, je pense que la souveraineté française, puisque c'est ça qui m'importe...

Q - Ah tiens, conversion ? Avant vous nous parliez de souveraineté européenne.

R - Pas du tout.

Q - Ah si, pour vous avoir souvent interrogé, je le sais.

R - Mais, laissez-moi finir ma phrase, vous allez voir que les choses sont cohérentes. Oui, la souveraineté européenne c'est un raccourci que j'assume, parce qu'il dit : la souveraineté française, française, est plus forte quand on s'engage dans la construction européenne. Vous croyez que pour discuter avec la Russie, pour avoir aujourd'hui une ambition climatique internationale et peser face à la Chine ou les Etats-Unis, on le fera sans l'Europe ?

Q - Oh non, on le sait depuis longtemps.

R - Je ne le crois pas.

Q - Merci, Clément Beaune, d'avoir répondu ce matin à nos questions.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 6 octobre 2021