Extraits d'un entretien de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, avec RFI le 7 octobre 2021, sur les relations économiques avec l'Afrique et la présence militaire française au Mali.

Texte intégral

Q -C'est vous qui avez ouvert le sommet Ambition Africa, qui s'est tenu hier et avant-hier à Paris, deux journées d'échanges, de débats sur la coopération économique entre la France et l'Afrique. Peut-on dire qu'il s'agissait d'une sorte de prélude économique au sommet Afrique-France qui va se tenir à partir de demain à Montpellier ?

R - Oui, il y a toute une semaine de la relation entre l'Afrique et la France, cette semaine, avec Ambition Africa, avec Big, qui est ce grand rassemblement d'entrepreneurs français, mais qui aujourd'hui accueille particulièrement des entrepreneurs africains. Et puis, c'est demain le sommet de Montpellier Afrique-France, tourné autour des relations de la société civile, des forces vives africaines et françaises, des sportifs, des scientifiques, des artistes, des entrepreneurs, bien évidemment. Et avec Ambition Africa, organisé par Business France, vous savez, notre agence qui accompagne les entreprises à l'international, c'est 1200 entreprises, donc principalement des entreprises africaines qui se sont rencontrées, qui ont échangé, qui ont travaillé à bâtir des partenariats nouveaux.

Q - L'un des constats que vous dressez, c'est que l'entreprenariat africain souffre d'un important manque de financement. Nous voulons, dites-vous, y remédier et contribuer à l'amélioration de cette situation, comment et avec quels moyens ?

R - Oui, on voit bien qu'il y a bien sûr besoin de financer les Etats, les aider à développer leurs infrastructures, et c'était l'objet du sommet du 18 mai, vous savez, sur le financement des économies africaines ; mais il y a aussi besoin de financer l'entreprenariat. Alors, il y a différents leviers. Il y a d'abord par exemple l'initiative Choose Africa, portée par l'Agence française de développement et PROPARCO, c'est 3,5 milliards de financements mobilisés pour accompagner la montée en capital des entreprises, notamment des entreprises africaines, notamment des PME et des TPE. C'est aussi de trouver les moyens pour que ces financements, qui sont nombreux, des bailleurs internationaux, l'AFD, mais aussi d'autres agences de développement....

Q - L'Agence française de développement...

R - L'Agence française de développement, mais d'autres agences de développement européennes, la Banque mondiale, la Banque européenne, la Banque africaine de développement, il y a beaucoup de financements disponibles. Ce qui est difficile, c'est d'aller amener cet argent-là dans tous les petits projets entrepreneuriaux, qui existent partout en Afrique, dans l'agroalimentaire, dans l'énergie, dans la ville durable, dans différents secteurs d'activité, et qui ont besoin de ces financements. Alors, on y travaille, on y travaille avec les différents partenaires de la Team France Export, justement avec Business France, avec BpiFrance, avec la direction générale du trésor pour essayer, l'AFD et PROPARCO, de voir comment on peut ramener cet argent-là vers l'entrepreneuriat. Il y a une énergie considérable, une envie de bâtir des partenariats, de créer des entreprises, de développer des entreprises en Afrique qui est exceptionnelle, et notamment chez la jeunesse.

J'ai souvent coutume de reprendre l'expression du Président Kenyatta, qui est de dire que la grande richesse de l'Afrique, c'est sa jeunesse. Et c'est vrai que c'est la jeunesse, et cette jeunesse, elle a envie d'entreprendre. Et donc, il faut lui donner les moyens de le faire, et c'est ce qu'on essaie de bâtir avec des solutions très concrètes de financement. J'étais hier au MEDEF où on a par exemple lancé une coalition pour l'agriculture, et avec au coeur des discussions cette question du financement de l'entreprenariat.

Et il y a une deuxième priorité, c'est la question de la formation des jeunes. Il y a beaucoup d'entreprises qui recrutent en Afrique, et qui n'ont pas les qualifications, enfin, les personnes, les ressources avec les qualifications nécessaires. Et donc, on met en place aussi tout un système d'accompagnement, de financement, d'initiatives de formations, je pense par exemple à Trace Academia, je pense Wazobia TV, qui proposent des formations très qualifiantes, très tournées métiers pour la jeunesse africaine.

Q - Puisque vous avez évoqué l'agriculture, je voudrais qu'on dise un mot de ce qui s'est passé avant-hier. Le gouvernement, le syndicat du chocolat, le CIRAD, qui est le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, des ONG et des distributeurs ont signé des engagements communs en faveur de ce que vous avez appelé un cacao durable. Votre ministère est impliqué évidemment dans cet accord. Quelle est la portée de cette initiative ? Est-ce qu'elle peut vraiment changer les choses pour les producteurs qui sont souvent finalement les plus mal... les moins gagnants, qui profitent le moins de l'engouement pour le chocolat ?

R - Tout à fait, vous savez que dans son discours d'Ouagadougou, en 2017, le Président de la République a dit très clairement qu'il voulait renouveler la relation entre la France et l'Afrique. Cela passe notamment par des partenariats gagnants-gagnants, des développements partagés. Et typiquement, dans le secteur de l'agroalimentaire, de l'agriculture et l'agroalimentaire, on a besoin de créer sur place, dans les pays producteurs, davantage de richesses, créer davantage de valeur, avoir des chaînes de valeur, des chaînes de production qui vont, non seulement de la culture des matières premières, quand il s'agit de matières agricoles, mais aussi de leur transformation jusqu'au produit final.

Quand je me suis rendu en Côte d'Ivoire, il y a quelques semaines, je suis allée voir l'entreprise CEMOI, par exemple dans le chocolat, qui en Côte d'Ivoire a bâti toute une chaîne de production de l'achat aux producteurs de cacao jusqu'à la transformation en produit final qui est consommé en Côte d'Ivoire, mais aussi qui est exporté dans un certain nombre d'autres pays. Et c'est ça qu'on veut soutenir, on veut le soutenir parce que c'est bon pour l'économie de ces pays, c'est bon pour les entreprises françaises qui investissent parce qu'elles créent davantage de valeurs. Et c'est bon, parce qu'il y a plus de durabilité, de résilience, parce que notamment les producteurs ont plus de moyens financiers pour s'inscrire dans des politiques beaucoup plus responsables en matière de culture, notamment en termes de protection de l'environnement ou des gaz à effet de serre.

Q - Comment voyez-vous évoluer les relations entre la France et le Mali qui ne sont pas, c'est le moins qu'on puisse dire, au mieux, ces derniers temps ?

R - On est évidemment préoccupé de la situation, on voit qu'aujourd'hui les autorités de transition ne respectent pas un certain nombre d'engagements qu'elles ont pris devant leur population et devant aussi la communauté internationale, devant la CEDEAO notamment. Et donc, nous voulons absolument, par exemple, que le calendrier électoral soit maintenu. Et on souhaite que la confiance soit réinstallée parce que sans confiance rien ne peut être bâti pour l'avenir.

Q - La présence militaire française au Mali est-elle définitivement incompatible avec l'hypothèse d'un accord entre les autorités maliennes et le groupe paramilitaire russe Wagner ?

R - Oui, oui, cela a été très clairement dit.

(...).


source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 octobre 2021