Interview de M. Franck Riester, ministre du commerce extérieur et de l'attractivité, à Public Sénat le 11 octobre 2021, sur le nouveau parti politique "Horizons", l'élection présidentielle, le plan d'investissement « France 2030 » et les relations avec l'Afrique.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invité politique ce matin, c'est Franck RIESTER. Bonjour.

FRANCK RIESTER
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous.

FRANCK RIESTER
Merci.

ORIANE MANCINI
Ministre, chargé du Commerce extérieur et de l'attractivité.

FRANCK RIESTER
Tout à fait.

ORIANE MANCINI
Vous êtes président d'Agir également. On va bien sûr longuement en parler, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale, représentée par Pascal JALABERT.

PASCAL JALABERT
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Bonjour Pascal, du groupe EBRA, les journaux régionaux de l'Est de la France. On va bien sûr parler du lancement de ce parti d'Edouard PHILIPPE, c'était samedi au Havre, Horizons, c'est le nom choisi par l'ancien Premier ministre. Vous y étiez, Franck RIESTER. Vous étiez le seul ministre du gouvernement présent d'ailleurs au Havre samedi. Est-ce que c'est la preuve que l'initiative d'Edouard PHILIPPE, elle gêne un peu le gouvernement quand même ?

FRANCK RIESTER
Non, pas du tout, même, j'y étais en tant que président de parti et en tant que président d'Agir. Et le fait qu'il y ait davantage de personnes qui se mobilisent pour la réélection du président de la République et pour constituer une majorité élargie après l'élection, ne pose pas de problème au gouvernement, c'est une bonne chose, et c'est aussi une des raisons pour lesquelles j'étais présent. Je crois beaucoup à la nécessité de rassembler large, d'élargir, de dépasser les clivages partisans au service de la réélection du président de la République. La France a besoin de sa réélection, et s'il y a de nombreuses personnes, des maires, des élus locaux, des parlementaires, des militants, des Français qui veulent se rassembler derrière Edouard PHILIPPE, dans ce mouvement-là, eh bien, c'est très bien.

ORIANE MANCINI
Vous y étiez en tant que président d'Agir, vous l'avez dit. Est-ce que la création d'Horizons, ça ne va pas marquer la fin d'Agir ?

FRANCK RIESTER
Vous savez, la question, c'est : est-ce que le rassemblement de celles et ceux qui partagent les valeurs de la droite et du centre droit est le plus large ou pas, et c'est ça la question. Avec mes amis d'Agir, nous étions nombreux pour écouter Edouard PHILIPPE. Edouard PHILIPPE a une expérience de Premier ministre, il a été trois ans à la tête du gouvernement avec une action réformatrice sous l'initiative du président de la République, reconnu par nombre de nos compatriotes, c'est un homme d'Etat, il a une notoriété et une image très positives, il peut contribuer à l'élargissement de ce rassemblement de la droite et du centre droit. Donc nous y souscrivons, et nous allons travailler dans les semaines qui viennent, avec mes amis d'Agir, avec Edouard PHILIPPE et ses équipes pour voir comment les choses peuvent s'organiser pour le rassemblement…

ORIANE MANCINI
Travailler comment, il y aura Agir et Horizons ou il y aura un rassemblement d'Agir et d'Horizons ?

FRANCK RIESTER
Pour bâtir ce socle de stabilité, qu'a évoqué à plusieurs reprises Edouard PHILIPPE dans son discours, oui…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire qu'à terme, il y aura un rassemblement, qu'Agir se fondera dans Horizons ?

FRANCK RIESTER
On va regarder les modalités, mais c'est… vous savez, ces questions de tambouilles partisanes intéressent peu les Français, ce qui les intéresse, c'est : est-ce que, oui ou non, les idées de la droite et du centre droit sont présentes dans l'échiquier politique, en 2018, avec mes amis d'Agir, on a voulu créer ce parti-là justement pour dire que la droite ne se résumait pas aux LR, qui étaient de plus en plus tournés vers les extrêmes et l'extrême droite.

PASCAL JALABERT
Alors, justement…

FRANCK RIESTER
Et donc nous avons ça en 2018 avec beaucoup de force, de conviction, on a aujourd'hui un groupe à l'Assemblée nationale, qui est présidé par Olivier BECHT, on a des sénateurs dans un groupe qui est présidé par Claude MALHURET au Sénat, que vous connaissez bien. Et nous avons des militants locaux, des maires, des élus, des conseillers départementaux et conseillers régionaux. S'il y a une nouvelle étape de l'élargissement de ce rassemblement-là, grâce à Edouard PHILIPPE, avec Edouard PHILIPPE, et c'est très bien, et c'est pour ça que nous étions au Havre.

ORIANE MANCINI
Et qui sera plus audible, Edouard PHILIPPE, que vous ne l'avez été ?

FRANCK RIESTER
Il n'y a pas des questions de concours d'ego. La question, c'est qu'il a été Premier ministre pendant 3 ans, il est populaire, il est aimé par beaucoup de nos compatriotes, et il a une vision pour le pays, il a envie d'y travailler, eh bien, très bien, rassemblons-nous avec lui, au service de nos idées. Et à court terme, au service de la réélection d'Emmanuel MACRON et la constitution d'une majorité pour lui permettre d'exercer…

ORIANE MANCINI
Qui n'est pas acquise pour vous, c'est ce que dit Edouard PHILIPPE, pour vous, vous êtes d'accord, elle n'est pas acquise ?

FRANCK RIESTER
Oui, vous savez, en politique, une élection n'est jamais acquise, et particulièrement une présidentielle quand on est sortant, et notre pays a besoin de la réélection de Emmanuel MACRON pour continuer la transformation du pays, pour permettre de continuer, d'avoir ce leadership en Europe et dans le monde important pour notre pays, c'est quelqu'un qui a démontré des qualités de solidité pendant la crise, et on en a besoin dans un monde qui est tourmenté.

ORIANE MANCINI
Juste un dernier mot avant de parler des LR, qu'on comprenne bien, vous parlez de la réélection d'Emmanuel MACRON, juste derrière, il y a les législatives, est-ce qu'il y aura des candidats d'Agir aux législatives ou est-ce qu'il y aura des candidats communs Horizons/Agir ?

FRANCK RIESTER
Il y aura des candidats de la famille… de la droite et du centre au service de la majorité voulue par Emmanuel MACRON, mais il ne faut jamais oublier…

ORIANE MANCINI
Donc le groupe que vous avez à l'Assemblée ne sera pas forcément le groupe qu'il y aura dans la prochaine législative…

FRANCK RIESTER
Forcément, puisqu'il va y avoir des élections, on souhaite que… enfin, manifestement, les députés Agir vont se représenter, nous verrons sous quelle étiquette. Mais l'étiquette qui primera, ça sera le soutien à la réélection, je le souhaite, d'Emmanuel MACRON, donc c'est la majorité présidentielle ; vous savez, la 5ème République est comme elle est, c'est le président de la République réélu qui choisit d'avoir des candidats pour soutenir sa politique. Et donc nous souhaitons que les candidats Agir, dans le cadre de la majorité aujourd'hui et dans le cadre de la majorité présidentielle, majorité présidentielle demain, puissent avoir le soutien du président de la République. Et plus effectivement, il y aura de députés de cette sensibilité-là, mieux ça sera pour la majorité, puisque ce sont les idées auxquelles je crois, mais bien évidemment, ces députés nouveaux, il faut aller les chercher dans l'opposition et pas dans la majorité, dans l'opposition, et c'est ce qu'on va faire en préparant d'ores et déjà…

ORIANE MANCINI
Chez les LR, très clairement…

FRANCK RIESTER
Eh bien, chez les LR ou dans d'autres circonscriptions, c'est d'ailleurs ce que nous faisons en préparant d'ores et déjà des profils pouvant, le moment venu, être choisis par le président pour porter les couleurs de la majorité présidentielle…

ORIANE MANCINI
C'est quoi ces profils…

FRANCK RIESTER
Eh bien, des profils de cette génération Agir que j'aime appeler, eh bien, c'est des jeunes ou des moins jeunes qui ont envie de s'engager au service de leurs idées de la droite et du centre, mais dans une volonté de dépassement au service d'un projet qui sera celui du président de la République.

PASCAL JALABERT
Vous dites la droite et le centre droit, est-ce que ça veut dire que d'une part, il n'y a plus de gauche en Macronie, et que d'autre part, le parti LR et les centristes qui le soutiennent ne sont plus de droite ?

FRANCK RIESTER
Non, mais on voit bien la dérive des LR vers l'extrême droite, ils sont tournés vers Eric ZEMMOUR ou Marine LE PEN, on le voit bien, c'est la danse du ventre en permanence…

ORIANE MANCINI
Pour vous, il y a une dérive des Républicains vers l'extrême droite ?

PASCAL JALABERT
Même Xavier ERTRAND ?

FRANCK RIESTER
Pas tous, pas tous, mais une grande partie d'entre eux. Et donc, nous, on a une ligne claire, c'est la ligne historique de la droite républicaine de l'UMP, de Jacques CHIRAC, d'Alain JUPPE ou de Jean-Pierre RAFFARIN ou de Nicolas SARKOZY, très claire vis-à-vis du Front national, très claire sur les idées de la droite et du centre droit, mais vous voyez bien que les choses évoluent, les clivages partisans entre la gauche et la droite évoluent, et donc dans une volonté de dépasser tout ça, au service d'un projet d'intérêt général, le projet, qui a été porté en 2017 par Emmanuel MACRON, que nous avons contribué à mettre en oeuvre à l'Assemblée nationale ou au gouvernement ou au Sénat, et qui, je l'espère, sera le projet nouveau du président de la République, qui sera la continuité de la transformation du pays au service de réformes, je le rappelle, qui ont été souvent portées par la droite et le centre droit sans jamais qu'on les mette en oeuvre quand on était en responsabilité ; je pense à la suppression de l'ISF, je pense à la baisse des impôts de production, je pense à la baisse de l'impôt sur les sociétés, je pense à la baisse, à la suppression de la taxe d'habitation, je pense à un certain nombre de baisses de fiscalité qu'on a toujours demandées à droite et au centre sans forcément les mettre en oeuvre, il l'a fait, eh bien, pourquoi, sous prétexte qu'au départ, n'est pas de la même famille politique, on devrait s'opposer à Emmanuel MACRON, eh bien, nous, on a fait le choix du dépassement de l'intérêt général, de mettre notre pays avant notre parti au service de la mise en oeuvre de ce projet pour la France et pour le succès de ce quinquennat, et on est content de l'avoir fait. Regardez les résultats de l'économie française aujourd'hui, on est avec plus de 6 % de prévision de croissance en 2021, le pays de la zone euro qui s'en sort le mieux, on est revenu à un taux de croissance inférieur avant la crise, grâce aux mesures qui ont été prises par le gouvernement ; tous les jours, on se réjouit, on est même fier de faire partie de cette majorité présidentielle et d'avoir été dans le dépassement au service de l'intérêt du pays.

ORIANE MANCINI
On va reparler de ces sujets, mais ce que vous avez dit sur Les Républicains, puisque c'est eux que vous visez avec la création de ce nouveau parti, Les Républicains, ils ne sont pas clairs aujourd'hui avec l'extrême droite, avec le Rassemblement national, pour vous ?

FRANCK RIESTER
Mais non, vous savez, l y a un certain nombre de responsables LR qui ne sont pas clairs, d'abord, Les Républicains n'ont pas été clairs entre les deux tours de l'élection présidentielle en 2017, je le rappelle, qu'ils n'ont pas fait le choix clairement d'appeler à voter pour Emmanuel MACRON, quand vous voyez un certain nombre de responsables politiques qui disent qu'ils choisiront ZEMMOUR plutôt que MACRON, je pense à Eric CIOTTI par exemple, s'il y avait un deuxième tour entre Emmanuel MACRON et Eric CIOTTI (sic) à l'élection présidentielle, je veux dire, c'est renier tout ce qui a été la force de la ligne claire de l'UMP et des LR avec Jacques CHIRAC, Jean-Pierre RAFFARIN ou bien Nicolas SARKOZY, faire une muraille, ériger une muraille avec les extrêmes. Et cette façon par électoralisme de faire la danse du ventre vis-à-vis d'Eric ZEMMOUR ou de Marine LE PEN est tout simplement scandaleux, et est une rupture par rapport à l'ADN même de la droite républicaine. Et donc, on ne veut pas que la droite se résume à LR. La droite, c'est autre chose, et donc, nous avons créé, encore une fois, en 2018, Agir. Edouard PHILIPPE veut participer à cette structuration partisane pour parler du fond, préparer l'avenir, réfléchir et veiller à ce que ces idées-là soient incarnées dans le paysage politique.

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'Eric ZEMMOUR, il ne répond pas quand même à une attente d'une partie de la population, à laquelle la droite dont vous parlez n'a pas su répondre ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, qu'il y ait un certain nombre d'éléments qu'il pose dans le débat qui sont intéressants, la question de l'immigration, c'est une question intéressante, on voit bien qu'aujourd'hui, il y a un certain nombre de dysfonctionnements dans la gestion de la politique migratoire, on les a analysés, c'est les questions de moyens aux frontières de l'Union européenne, c'est la capacité de ramener des immigrés vers leur pays d'origine s'ils n'ont rien à faire en France, parce que, ils ne rentrent pas dans les catégories qui permettent de rester dans le pays, tout ça, c'est analysé, mais la réponse qu'il apporte, qui est une réponse de tensions dans la société, qui est une réponse caricaturale, qui sont des réponses inapplicables, ne me paraissent pas les bonnes réponses, et nous préférons des réponses opérationnelles, des réponses concrètes, des réponses pragmatiques et qui rassemblent plutôt qu'elles ne divisent.

ORIANE MANCINI
Et justement, on va parler du fond du discours d'Edouard PHILIPPE, Pascal.

PASCAL JALABERT
Oui, alors, vous avez parlé de votre bilan économique, des réformes que vous avez faites, mais il y a quand même deux choses que vous n'avez pas faites, c'est réduire la dépense publique et réformer les retraites ; est-ce que tout ça, il faut que ce soit dans le projet présidentiel ou l'appliquer même dès maintenant ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, on a, avant la crise Covid, réduit les déficits, d'ailleurs sous l'impulsion d'Emmanuel MACRON et d'Edouard PHILIPPE, puisque nous étions passés en dessous des 3 % des déficits…

PASCAL JALABERT
Pas le nombre de fonctionnaires…

FRANCK RIESTER
Attendez…

PASCAL JALABERT
Pas la dépense publique…

FRANCK RIESTER
Vous parlez des déficits, à un moment donné, si on a une croissance économique et des rentrées fiscales qui sont dynamiques, parce qu'il y a une bonne politique économique, on ne peut pas le nier d'un revers de la main, ce qui compte, c'est la différence entre les recettes et les dépenses, bien, ce déficit-là baissait et baissait fortement avant la crise Covid. Après la crise, pendant la crise Covid, on assume complètement la politique du qu'il en coûte, oui, on a assumé le fait d'augmenter les dépenses, et donc les déficits dans un moment où il fallait protéger nos compatriotes, protéger celles et ceux qui travaillent dans les entreprises grâce à l'activité partielle, protéger les entreprises des faillites, pour permettre de préserver socialement nos compatriotes et préserver l'outil économique ; et on regarde aujourd'hui que ces décisions, on le voit tous, sont des décisions qui ont été efficaces, utiles, le chômage est revenu à un niveau, je le disais tout à l'heure, avant la crise. Et notre économie repart très fortement en haut du podium européen. Donc ce sont des bonnes décisions, ce qui ne veut pas dire bien évidemment qu'on n'aura pas la volonté très forte de réduire progressivement les déficits dans l'avenir et réduire la dette progressivement dans l'avenir. Mais regardez, nous étions à plus de 8% de déficit par rapport au PIB au niveau du budget de l'Etat en 2020 (sic), on a une prévision, en 2021, pardon, on va être à 2, à 4, puis, 4% en 2022, donc on est dans une volonté de réduire les déficits. Et on le fait d'une façon vigoureuse, et on le fait d'une façon vigoureuse avec le budget de 2022…

ORIANE MANCINI
Ça se passe moins bien au niveau du déficit commercial, la balance commerciale se creuse encore. Comment vous l'expliquez ça ?

FRANCK RIESTER
Eh bien, ça s'explique parce que, alors, d'abord, il y a une reprise assez vigoureuse des exportations. Et c'est le fruit de la résilience et de l'esprit de conquête de nos entreprises à l'international, et je les en remercie, mais on a un secteur, l'international, qui reste en dessous largement de son score avant la crise, qui est le secteur de l'aéronautique avec seulement un peu plus de 50 % d'export, du niveau d'exportation d'avant la crise, et donc ça ne nous permet pas d'atteindre un dépassement du chiffre des exportations d'avant la crise. Pour autant, il y a un grand nombre de secteurs qui exportent plus qu'avant la crise, et en revanche, on importe aussi beaucoup plus qu'avant la crise, je pense par exemple avec les importations d'hydrocarbures, vous savez que nous avons une augmentation du prix des hydrocarbures, donc ça impacte le niveau des importations, et puis, comme il y a une croissance économique importante en France, eh bien, les entreprises ont besoin d'un certain nombre d'intrants, d'un certain nombre de matières premières en nombre, et donc ils importent plus, elles importent plus ces entreprises industrielles, et puis, il y a une consommation qui est dynamique, et donc il y a des biens de consommation qui sont produits à l'étranger, qui sont consommés par nos compatriotes, et donc ça joue sur les importations. D'où un décalage…

ORIANE MANCINI
Ça veut dire bonne nouvelle pour l'économie française, mauvaise nouvelle pour le déficit commercial ?

FRANCK RIESTER
Eh bien, à court terme, c'est mauvais pour le déficit commercial, mais enfin, c'est bon quand même pour l'emploi, c'est bon pour la richesse créée en France. Mais ça veut dire qu'il va falloir continuer d'agir comme nous le faisons depuis 2017 sur les raisons profondes de ce déficit commercial…

PASCAL JALABERT
L'Allemagne et l'Italie s'en sortent mieux que nous, elles ont une balance positive.

FRANCK RIESTER
Mais c'est vrai…

PASCAL JALABERT
Malgré tous ces handicaps que vous avez cités…

FRANCK RIESTER
C'est vrai, mais parce qu'ils ont eu une politique qui était différente pendant des années de la nôtre, depuis 2017, on joue sur les quatre leviers sur lesquels il faut jouer, le levier de la compétitivité, je ne vais pas revenir sur ce que je vous ai dit tout à l'heure, sur les baisses de fiscalité, c'est absolument clef, et aujourd'hui, on a un pays qui est beaucoup plus compétitif, la preuve, 2019, 2020, la France est le pays le plus attractif en Europe, devant l'Allemagne et devant la Grande-Bretagne, en termes d'investissements étrangers sur son sol. Deuxième levier, la politique industrielle, réindustrialiser notre pays, ramener les entreprises à produire en France, avoir une vraie stratégie sur des secteurs d'avenir, vous savez que demain, le président de la République va présenter son plan…

ORIANE MANCINI
" France 2030 "

FRANCK RIESTER
" France 2030 ", qui est absolument clef, investir massivement avec les entreprises sur les secteurs d'avenir. Troisième levier, la politique commerciale, et j'y oeuvre tous les jours avec mes collègues européens pour rendre notre politique commerciale moins naïve, pour mieux protéger nos entreprises et ouvrir davantage de marchés à nos produits européens. Et quatrième levier, accompagner encore davantage les entreprises à l'international, accompagner cet esprit de conquête de nos entreprises en misant sur des moyens financiers, des accompagnements de conseils par les équipes de la Team France Export, et c'est ce que nous faisons notamment avec le plan de relance export qui a été prolongé jusqu'au 30 juin 2022, parce qu'on sait que c'est une priorité économique d'accompagner nos entreprises à l'international.

ORIANE MANCINI
Un mot sur ce que vous nous dites sur la naïveté de l'Union européenne. Edouard PHILIPPE, il s'est inquiété d'un déplacement du centre de gravité vers l'Asie, est-ce que ça c'est la faute de la naïveté de l'Union européenne et à la présidence française de l'Union européenne qui commence dans quelques semaines, le 1er janvier, qu'est-ce que peut faire la France ?

PASCAL JALABERT
Non, alors, ce n'est pas que ça, bien évidemment, puisque vous voyez bien qu'il a une politique en Chine très puissante, très organisée, très structurée depuis des années…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que ça y contribue, cette naïveté…

FRANCK RIESTER
Mais oui, ça y contribue, c'est pour ça qu'il faut changer cette politique. D'ailleurs, c'était au coeur du discours de la Sorbonne du président de la République, et c'est-ce que, sous l'initiative française, l'Europe est en train de commencer de faire. Nous avons un certain nombre d'outils juridiques, concrets qui vont permettre de changer radicalement la donne demain, par exemple…

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que ce n'est pas trop tard et trop lent ?

FRANCK RIESTER
Eh bien, ce n'est jamais trop tard pour agir. Et c'est par exemple le cas de la réciprocité dans l'ouverture des marchés publics, aujourd'hui, on est dans un système complètement dingue où on ouvre nos propres marchés publics, nous, européens aux entreprises de tous les pays du monde sans s'assurer que ces mêmes pays ouvrent leurs propres marchés publics à nos entreprises, eh bien, demain, grâce à un outil juridique très clair, que nous sommes en train de préparer, et que nous espérons entrera en vigueur pendant la présidence française, nous pourrons obliger les pays à ouvrir leurs propres marchés publics, ou sinon, on fermera les nôtres à leurs produits. Idem sur les subventions, nous ne pouvons pas continuer à accepter ce braconnage d'un certain nombre de nos fleurons par des entreprises étrangères avec des subventions d'Etat. Eh bien, avec ce que nous sommes en train de préparer au niveau européen, ça ne sera plus possible, comme nous ne pouvons plus accepter qu'un certain nombre de pays utilisent des sur- tarifs douaniers pour pénaliser nos secteurs d'activité, alors que c'est illégal ; demain, nous aurons des moyens pour pouvoir réagir oeil pour oeil, dent pour dent ; on en a assez de tendre l'autre joue quand certains se comportent d'une façon déloyale avec nous.

PASCAL JALABERT
Oui, mais à l'intérieur de l'Europe, on voit bien qu'il y a des divisions, il y en a toujours qui sont prêts à accepter, ici, la Chine, on voit que Londres et la Chine se rapprochent, les Etats-Unis, à une époque, c'était plutôt l'Irlande avec notamment les GAFA. Est-ce que cette image de division, au fond, ne perturbe pas l'ensemble ?

FRANCK RIESTER
Oui, c'est vrai, vous avez raison, c'est difficile, il faut qu'on convaincre un certain nombre de pays du Nord qui ont une vision plus de laisser faire sur un marché, une espèce de priorité au libre-échange dérégulé que ce qui est notre vision, oui, il faut convaincre les Allemands qu'on a besoin de réaffirmer notre souveraineté européenne, et que c'est en affirmant notre souveraineté qu'on sera respecté, et qu'on pourra donc encore davantage commercer. Regardez ce qui s'est passé dans le cadre du contentieux BOEING-AIRBUS, c'est parce qu'à un moment donné, on a dit : on applique nous aussi des tarifs douaniers sur les BOEING et sur un certain nombre d'autres produits américains, que les Etats-Unis sont revenus à la table des négociations, et avec l'arrivée de BIDEN, on a pu relever les tarifs douaniers qu'il y avait sur les vins et spiritueux…

PASCAL JALABERT
Le champagne…

FRANCK RIESTER
Alors, pas le champagne, c'était plutôt les vins dits tranquilles qui étaient pénalisés. Eh bien, aujourd'hui, nos vins français repartent à la conquête des Etats-Unis grâce à cette fermeté de l'Union européenne. Donc il faut faire preuve de force de conviction, et il faut convaincre nos partenaires de l'Union européenne que l'affirmation de notre souveraineté n'est pas pénalisante pour le commerce, bien au contraire, si on veut un commerce serein, si on veut moins de tensions, il faut affirmer qui nous sommes, le plus grand marché du monde en matière de consommation.

ORIANE MANCINI
Est-ce que la crise des sous-marins a eu un impact sur l'attractivité sur le commerce de la France ou pas du tout ?

FRANCK RIESTER
Non non pas du tout, encore une fois la France est le pays le plus attractif en termes d'investissements étrangers sur son sol en 2019 et en 2020, nous voyons des sondages, il y a encore un sondage qui vient de sortir très récemment, des filiales françaises de groupes étrangers en France qui disent que très clairement la France, aux yeux des groupes internationaux, est plus compétitive et attractive que jamais, et donc l'affaire, je dirais des sous-marins, n'a pas impacté l'image de la France en termes de compétitivité ou d'attractivité, en revanche évidemment ça joue sur la confiance qu'il y a avec les Etats-Unis, la confiance qu'il y a avec l'Australie, et donc ça nous fait aussi réfléchir, collectivement, nous Européens, sur, une nouvelle fois, l'affirmation de notre souveraineté, en relation bien évidemment de proximité avec les Etats-Unis mais en étant décidés à se faire respecter comme des partenaires à part entière, des amis à part entière, des alliés à part entière.

ORIANE MANCINI
Un mot sur l'Afrique… dans les prochains jours.

PASCAL JALABERT
Oui, un mot que l'Afrique, où vous vous rendez dans les prochains jours, il y a eu ce sommet à Montpellier sous un format un peu différent et étrange, comment la France peut-elle retrouver… en Afrique alors qu'on voit bien que la Chine est en train de tout avaler ?

FRANCK RIESTER
Eh bien en renouvelant la relation avec l'Afrique, c'est l'objectif du Président de la République depuis son discours de Ouagadougou en 2017, et qu'il met en oeuvre dans les différents champs de la relation avec l'Afrique, à commencer par le champ de l'économie, du commerce, dont j'ai directement la responsabilité. Vous dites « un peu surprenant », moi je n'ai pas trouvé ça du tout surprenant, j'étais à Montpellier, le président de la République pense que la relation avec l'Afrique passe évidemment par continuer d'avoir un dialogue engagé, franc, exigeant avec les différents gouvernements africains, mais ça passe aussi par des relations de société civile à société civile, d'entrepreneurs français à entrepreneurs africains, et le sommet de Montpellier c'est notamment ça, c'est de faire en sorte que les sociétés civiles se parlent, entre artistes, entre sportifs, entre entrepreneurs, entre universitaires et scientifiques, et en ce qui concerne les entrepreneurs nous avons besoin de lier encore davantage de liens avec l'Afrique, avec les entrepreneurs africains, les membres des diasporas en France ont un rôle majeur, ce sont des traits d'union exceptionnels sur lesquels on veut s'appuyer dans l'avenir, et dans les différents déplacements qui sont les miens à chaque fois je travaille à la fois sur les moyens de mieux financer l'entreprenariat africain, bâtir des partenariats gagnant-gagnant entre entreprises françaises et entreprises africaines, et en accompagnant cette richesse incroyable qui est la richesse africaine de sa jeunesse, en l'aidant à se former, en ayant une qualification qui lui permet d'avoir les métiers et les emplois que cette jeunesse africaine mérite.

ORIANE MANCINI
Une dernière question sur l'Algérie. Les relations entre la France et l'Algérie qui sont quelque peu tendues en ce moment, hier soir Alger a dit exiger de Paris le respect total de l'Etat algérien, ces tensions elles se sont accrues avec les propos d'Emmanuel MACRON qui a qualifié l'Algérie de « système politico-militaire », est ce qu'il est allé trop loin le chef de l'Etat ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, vous savez, une des marques de fabrique du président de la République c'est qu'il n'a pas de tabou, il aborde les sujets avec son regard lucide sur les situations et avec beaucoup de courage, et, encore une fois, sans tabou, eh bien je crois que c'est ça aussi la gouvernance moderne, avoir des partenaires, des partenaires forts, avec lesquels on veut construire des choses, mais en ayant…

ORIANE MANCINI
Et peu importe les conséquences diplomatiques ?

FRANCK RIESTER
Mais en ayant un discours de vérité et en affirmant des valeurs, des convictions, une souveraineté, c'est la politique diplomatique du président de la République et je vois tous les jours que ça a des effets très positifs pour notre pays.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci Franck RIESTER d'avoir été notre invité ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 octobre 2021