Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à LCI le 1er octobre 2021, sur la réforme de l'assurance chômage notamment le changement du mode de calcul des allocations.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être ce matin sur LCI. La réforme de l'assurance chômage est entrée en vigueur à minuit, tout à l'heure, c'est votre rayon, puisque vous êtes ministre du Travail, on va y revenir dans quelques instants. D'abord, le pouvoir d'achat, le Premier ministre Jean CASTEX sur TF1 hier a annoncé le blocage des prix de gaz, les hausses à venir évaluées à 30 % ne seront pas répercutées. Mais celle de 12,6 % qui arrive aujourd'hui. Pourquoi elle n'est pas bloquée celle-là ?

ELISABETH BORNE
Alors, pour celle-là, vous savez qu'on a décidé d'une aide exceptionnelle pour tous les bénéficiaires du Chèque énergie, c'est-à-dire près de 6 millions de Français. Donc c'est une annonce qui était déjà intervenue, et ce qui a été annoncée hier par le Premier ministre, c'est que les hausses à venir sont bloquées jusqu'au printemps où on nous annonce plutôt une baisse du prix du gaz.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, on est bien d'accord, ce bouclier tarifaire il est donc, vous l'avez dit, temporaire, jusqu'au printemps. Les abonnés paieront, en réalité, puisque la baisse attendue au printemps ne sera pas répercutée, ça s'appelle un lissage.

ELISABETH BORNE
C'est un lissage, parce que c'est vrai que pour tous les Français qui utilisent du gaz, notamment pour se chauffer, ce yo-yo du prix de l'énergie peut effectivement avoir un impact important sur leur pouvoir d'achat, et donc là on évite d'avoir une nouvelle hausse au mois de novembre, avec les annonces du Premier ministre hier.

ELIZABETH MARTICHOUX
La baisse prévue au printemps, c'est quand même un pari. Ça n'est pas garanti à 100 %, elle peut ne pas se produire.

ELISABETH BORNE
Oui, mais le Premier ministre a bien dit que si, ce que nous disent aujourd'hui les experts, c'est-à-dire que le gaz devrait rebaisser, ne se produisait pas, alors on aurait d'autres outils pour éviter effectivement que les Français soient pénalisés, qu'ils aient effectivement une flambée du prix de l'énergie qui pourrait se répercuter sur leur pouvoir d'achat. Donc ils sont protégés de cette flambée du prix de l'énergie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il a en effet évoqué une possibilité d'à nouveau augmenter le Chèque énergie. Mais pardon, vous ne serez peut-être plus là, c'est ça qui trouble un petit peu quand même. C'est-à-dire que vous dites printemps/avril, mais en avril c'est l'élection présidentielle, donc vous dites : bon ben c'est ceux qui seront au pouvoir après, qui vont avoir la charge éventuellement d'augmenter la facture.

ELISABETH BORNE
Ce qu'on dit… Non. Ce qu'on dit, c'est qu'aujourd'hui il y a une hausse, que tous les experts nous disent ça risque d'augmenter pendant l'hiver, c'est normal, c'est un moment où on consomme davantage de gaz, ça devrait rebaisser au printemps. Bon, on lissera cette baisse, en tout cas on protège les Français de la hausse du prix du gaz et de l'électricité.

ELIZABETH MARTICHOUX
Aujourd'hui.

ELISABETH BORNE
L'électricité n'augmentera pas d'ici la fin de l'année, et la hausse sera ramenée à 4 %, alors qu'elle aurait pu être de 12 % au début de l'année prochaine.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est pour l'électricité en janvier, pas 12 %, mais en effet 4 %, mais donc on est d'accord. On ne paie rien pour attendre, comme on dit, on paiera au mois d'avril et peut-être qu'on paiera encore plus, si…

ELISABETH BORNE
Alors, ça baissera moins vite, parce qu'on s'attend à une baisse importante des prix du gaz au printemps.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais là, il y avait urgence, c'est vrai, c'est une décision technique, c'est une décision politique. Est-ce que vous craignez un regain de colère des Français ? Est-ce qu'il y a une résurgence chez eux ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut être attentif aux difficultés que certains Français, notamment ceux qui se chauffent au gaz, auraient pu avoir si on n'avait pas pris ces mesures. Donc je pense que c'est important de mettre en place ce bouclier comme l'a dit le Premier ministre, qui protège le pouvoir d'achat des Français. Vous savez qu'on est très attentifs depuis le début du quinquennat à cet enjeu de pouvoir d'achat, qu'on a notamment supprimé la taxe d'habitation, supprimé certaines cotisations sociales, augmenté la prime d'activité. Pour quelqu'un qui est au smic, c'est l'équivalent d'un 13e ou d'un 14e mois. Et là il fallait absolument agir pour éviter que des Français soient pénalisés par la flambée du prix du gaz.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites ça, parce que vous pensez Xavier BERTRAND, qui était hier sur France 2, et qui lui a annoncé en guise de d'augmentation de pouvoir d'achat, alors une prime… Il dit : la prime d'activité du gouvernement – je cite – ça ne marche pas bien, donc il propose…

ELISABETH BORNE
Je ne sais pas ce qu'il veut dire par là, vous voyez, la prime d'activité on l'a beaucoup augmentée en 2019, je vous dis, avec les suppressions de taxes que j'ai mentionnées, c'est l'équivalent d'un 13e ou d'un 14e mois, on a élargi les bénéficiaires de la prime d'activité, et le taux de recours a beaucoup augmenté. Donc je ne sais pas ce qui lui permet de dire que ça ne marche pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais alors, lui il a l'air… Il dit « ça ne marche pas », et surtout il propose un dispositif qui est assez lisible pour le coup, assez simple à comprendre, c'est que cette prime d'activité elle sera versée directement sur la prime au travail, directement sur la fiche de paie, l'Etat compensera au centime près, dit-il, ce sera remboursé, donc c'est une aide simple, directe, compréhensible, et ça…

ELISABETH BORNE
Oui, je pense que la prime d'activité, enfin moi j'ai du mal à comprendre pourquoi Xavier BERTRAND fait campagne sur notre bilan, vous voyez ? Cette prime d'activité on l'a élargie, on a élargi le nombre de bénéficiaires, on a augmenté son montant, donc c'est fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Peut-être qu'il estime que ce bilan, d'abord il est moins intéressant que vous le dites, et puis il n'est pas perçu par les Français. Ce n'est pas un problème ?

ELISABETH BORNE
Je pense que tous les Français qui touchent la prime d'activité, ils ont bien vu qu'avec les suppressions de la taxe d'habitation et la suppression de certaines cotisations, quand on est au smic, on a un revenu qui a augmenté de l'équivalent d'un 13e voire d'un 14e mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous lui dites, préférez l'original à la copie, un vieux slogan politique …

ELISABETH BORNE
Je lui dis qu'il faut peut-être qu'il ait d'autres idées, mais qu'en tout cas ça c'est déjà fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça, ne n'est pas une bonne idée. La réforme de l'assurance chômage, je le disais, elle entre en vigueur à minuit. Elle est contestée par les syndicats, mais je voudrais d'abord tout de suite mettre l'accent sur quelque chose qui nous a beaucoup frappé depuis hier, quand on l'a appris, c'est qu'elle est aussi redoutée par les agents de Pôle emploi. Pour se protéger face à d'éventuelles agressions liées à la mise en oeuvre de cette réforme, les agences Pôle emploi d'Ile-de-France ont lancé un plan sécurité en commandant des bracelets d'alerte et des boîtiers permettant de signaler une agression. Qu'est-ce que vous…

ELISABETH BORNE
Je trouve ça extrêmement choquant, ceux qui entretiennent la confusion entre ces mesures prises pour protéger des agents de Pôle emploi et la réforme de l'assurance chômage. Je vous le dis, je trouve ça extrêmement choquant. Les mesures qui ont été présentées aux instances du personnel en Ile-de-France, c'est la suite du meurtre d'une agent de Pôle emploi à Valence, en janvier dernier. Moi je m'étais rendue sur place. Evidemment, les agents de… l'agence de Valence était très choquée, comme tous les agents, dans toutes les agences de Pôle emploi. Donc de faire, d'entretenir cette confusion, je trouve ça scandaleux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui ? Qui ?

ELISABETH BORNE
Eh bien ceux qui voudraient laisser croire que ça a un rapport avec la réforme de l'assurance chômage…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais qui ?

ELISABETH BORNE
Je pense que certains syndicats de Pôle emploi en Ile-de-France ont voulu entretenir cette confusion. Je trouve ça scandaleux. Ces des mesures que l'on prend, parce qu'il se trouve qu'il y a quelqu'un, un monsieur déséquilibré, qui a tué effectivement une agent de Pôle emploi au mois de janvier dernier. Ce déséquilibré a tué aussi une DRH dans l'entreprise où il avait travaillé. Donc d'entretenir cette confusion, je trouve ça vraiment très choquant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais, il y a de tensions à Pôle emploi ?

ELISABETH BORNE
Il y a des gens qui évidemment ont eu beaucoup de difficultés dans la crise, dont certains peuvent être des déséquilibrés, c'est ce qui s'est de façon dramatique passé à Valence en janvier, ne mélangeons pas tout, et en effet la direction de Pôle emploi veut rassurer les agents pour qu'il n'y ait pas effectivement la crainte d'avoir des agressions comme elle s'était passée en janvier, c'était un déséquilibré, tous les agents du service public doivent être protégés de ce genre de comportement, et c'est ce que Pôle emploi a mis en oeuvre progressivement dans ces différentes régions, et donc la discussion a eu lieu en Ile-de-France.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous dites : c'est un amalgame. C'est un amalgame complet.

ELISABETH BORNE
C'est un amalgame totalement scandaleux, totalement scandaleux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, et vous allez prendre des mesures pour estomper cette confusion ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je ne vais pas prendre de mesures, je pense que chacun doit prendre ses responsabilités, il est de la responsabilité de la direction de Pôle emploi de permettre d'avoir des mesures pour protéger les agents face à des déséquilibrés, c'est ce qu'ils ont fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le fait est qu'ils ont besoin de protection, déjà ça, c'est vrai que c'est…

ELISABETH BORNE
Mais vous savez, je pense qu'on est dans une société où il peut y avoir des gens qui ont mal vécu ces derniers mois, qui ont été durs pour tout le monde. Il peut y avoir des déséquilibrés qui s'en prennent à des agents du service public, et la direction de Pôle emploi fait son travail en protégeant ses agents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Cette réforme, donc les chômeurs qui entrent dans le système, c'est pour cette réforme de l'assurance chômage. On rappelle que ça ne touche pas les actuels allocataires.

ELISABETH BORNE
Je vous confirme qu'effectivement le nouveau mode de calcul de l'allocation, il s'appliquera à ceux qui s'inscrivent à Pôle emploi à partir d'aujourd'hui. Pour ceux qui travaillent de façon continue, qui ont travaillé ces derniers mois, ça ne change pas. Pour ceux qui alternent des périodes d'activité et d'inactivité, pourront avoir une allocation mensuelle plus basse, mais ils seront dans ce cas-là indemnisés plus longtemps. Et l'objectif de la réforme c'est de sortir du recours excessif aux contrats courts, ça c'est le bonus-malus qui s'applique depuis juillet dernier, pour encourager, inciter les entreprises à proposer des contrats plus longs.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les sanctions n'arrivent que dans un an, celles-là. Là, la baisse des indemnisations…

ELISABETH BORNE
Non, attendez, le bonus-malus c'est tout de suite, les entreprises l'ont bien compris. Si elles continuent à recourir de façon excessive à des contrats courts aujourd'hui, elles auront une pénalité financière en septembre prochain.

ELIZABETH MARTICHOUX
La période de surveillance a déjà commencé, c'est ce que vous voulez dire.

ELISABETH BORNE
Elle a commencé, absolument…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ils passeront à la caisse éventuellement, dans un an, pas avant, mais dans un an.

ELISABETH BORNE
Et donc du coup, le calcul il se fait sur un an, et donc ils auront une pénalité financière dans un an. Et donc, ce qu'on veut également c'est inciter ceux qui le peuvent, à travailler davantage, avec ce nouveau mode de calcul de l'allocation chômage.

ELIZABETH MARTICHOUX
J'entendais un DRH hier, je ne sais pas, il n'est peut-être pas représentatif, mais enfin il le disait avec son expérience, il disait : mais ce n'est pas ça qui peut inciter au retour à l'emploi. Ce n'est pas ça, c'est la formation, -ce que vous faites par ailleurs…

ELISABETH BORNE
Alors, attendez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non non, mais que vous faites par ailleurs. Il dit…

ELISABETH BORNE
Ce qu'on fait, c'est d'encourager le travail.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais là, il dit : cette réforme-là, elle, ce n'est pas un levier pour faire revenir les chômeurs au travail.

ELISABETH BORNE
On fait les deux, on a un mode de calcul qui fait qu'on gagne toujours plus en travaillant qu'en étant au chômage.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pourquoi ça ferait revenir les chômeurs au travail ?

ELISABETH BORNE
Je pense que si vous gagnez plus en travaillant qu'en étant au chômage, je pense que c'est un bon signal. Et par ailleurs ceux qui ont du mal à retrouver un travail, ils sont indemnisés plus longtemps. On fait un effort massif pour former les demandeurs d'emploi, pour répondre aussi aux besoins des entreprises, on entend tous des entreprises qui nous disent « je n'arrive pas à recruter », donc on va les former. On a annoncé 800 millions d'euros supplémentaires en début de semaine pour encore les former davantage, les accompagner, leur permettre d'être en situation en entreprise, d'être formé en entreprise, parce que il est démontré que c'est comme ça qu'on retrouve un travail. 85 % des demandeurs d'emploi qui sont formés en entreprise ont un emploi à la clé.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous, vous nous dites ce matin : ça va accélérer la baisse du chômage.

ELISABETH BORNE
Je dis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous dites, puisque c'est votre objectif.

ELISABETH BORNE
Mais bien sûr, je dis que ça encourage à travailler davantage…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et ça va fonctionner ?

ELISABETH BORNE
… et qu'il y a d'autres mesures. On a un plan pour les demandeurs d'emploi de longue durée, je l'ai dit, ils vont être recontactés un par un d'ici la fin de l'année, par Pôle emploi, pour leur proposer un accompagnement, une mise en situation en entreprise, une formation. Notre objectif…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça concerne combien de personnes ?

ELISABETH BORNE
800 000 personnes qui vont être recontactées d'ici la fin de l'année. Notre objectif c'est à la fois de répondre à toutes les entreprises qui nous disent « on n'arrive pas à recruter », et en même temps de ne laisser aucun français sur le carreau, et que tous les demandeurs d'emploi de longue durée soient accompagnés pour retrouver un emploi.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'UNEDIC a fait une étude, vous l'avez beaucoup entendue, un million de personnes devraient perdre 17 % par cette réforme. Vous dites, vous, cette étude elle n'est pas viable. Ils disent : si si, elle est toujours valable, et…

ELISABETH BORNE
Alors, c'est assez curieux de dire qu'elle est toujours valable, voyez, parce qu'elle a été faite à un moment où on imaginait qu'il y aurait 230 000 destructions d'emplois en 2021. On a déjà créé 415 000 emplois. Donc de nous dire que leur étude est toujours valable, ça confirme dans le fait qu'elle n'est pas très crédible cette étude.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais, l'UNEDIC fait de la politique là ?

ELISABETH BORNE
Je pense que l'UNEDIC répond aux questions qui sont parfois un peu orientées, que peuvent poser des syndicats, en tout cas je vous dis, c'est un peu curieux de nous dire qu'une étude qui était valable quand on imaginait qu'il y aurait 230 000 suppressions d'emplois, est toujours valable quand il y a 415 000 créations.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous, vous estimez à combien dans le fond, des personnes qui vont perdre des droits ? Puisque vous …

ELISABETH BORNE
Mais je vous dis, le principe, enfin notre objectif c'est surtout d'accompagner chaque demandeur d'emploi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais là, factuellement, combien de personnes vont perdre une partie de leurs revenus ?

ELISABETH BORNE
Les seuls qui ont une allocation plus basse, sont ceux qui touchent plus au chômage qu'en travaillant.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc ça fait combien de personnes à peu près ?

ELISABETH BORNE
Nous on veut encourager le travail.

ELIZABETH MARTICHOUX
Combien, vous devriez le savoir.

ELISABETH BORNE
Je ne peux pas vous répondre sur un chiffre, parce qu'on a une dynamique…

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous, vous n'avez pas…

ELISABETH BORNE
… parce qu'on a une dynamique de recrutement, d'embauches. Vous savez, on a battu tous les records sur les embauches, et je pense que ce qu'un demandeur d'emploi peut souhaiter aujourd'hui, c'est retrouver un emploi. On fait tout, on les accompagne, on les forme, on leur permet d'être en situation en entreprise pour qu'ils retrouvent un emploi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais c'est vrai que ça aurait été bien d'avoir un chiffre à opposer à celui de l'UNEDIC. Vous ne l'avez pas.

ELISABETH BORNE
On ne raisonne pas comme ça, je vous dis, c'est d'accompagner chaque demandeur d'emploi pour qu'il puisse profiter du rebond de l'économie.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, les syndicats sont quand même assez Vent debout, d'ailleurs ils font grève mardi, Force Ouvrière et la CGT appellent à un mouvement de contestation. Le feuilleton n'est peut-être pas terminé, ils déposent un recours, un nouveau recours devant le Conseil d'Etat, les syndicats, en espérant à nouveau faire suspendre ou freiner la réforme. Vous le craignez ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, ils font un recours. Ça n'est pas une surprise, moi je regrette cette bataille juridique qui fait un peu perdre de vue l'objectif de la réforme, qui est…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils sont contre l'objectif, ils disent qu'en tout cas il ne sera pas atteint.

ELISABETH BORNE
L'objectif il est simple : ceux qui peuvent travailler…

ELIZABETH MARTICHOUX
Laurent BERGER, il est ulcéré par cette précarisation d'un certain nombre d'allocataires.

ELISABETH BORNE
Attendez, quand on me parle de précarisation, vous savez, on a permis à 9 millions de Français d'être protégés par l'activité partielle. On a prolongé les droit de 800 000 demandeurs d'emploi pendant 8 mois, on a mis en place une aide exceptionnelle pour les travailleurs précaires pendant 10 mois, pour qu'ils aient 900 € par mois. On accompagne les demandeurs d'emploi en les formant, pour qu'ils retrouvent un emploi, donc voilà, je pense qu'effectivement notre préoccupation c'est à la fois de répondre aux besoins des entreprises qui n'arrivent pas à recruter, et de nous assurer que chaque demandeur d'emploi est accompagné pour retrouver un emploi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le revenu d'engagement, Elisabeth BORNE, 500 € pour les jeunes, sous conditions, on ne sait pas encore lesquelles. Il va se faire ou pas ?

ELISABETH BORNE
Le revenu d'engagement c'est d'abord là aussi de dire qu'il n'est pas normal que dans notre pays il y ait un million de jeunes qui ne sont ni en emploi ni en formation, que rentrer dans la vie professionnelle soit une galère pour beaucoup de jeunes, et qu'on doit renforcer l'accompagnement, c'est-ce qu'on fait avec la garantie jeunes…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est la philosophie, vous faites bien de le rappeler, mais c'est une Arlésienne. Il va venir ou pas ce revenu d'engagement ?

ELISABETH BORNE
Mais je vous confirme qu'on est en train d'y travailler.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et pourquoi ça tarde ? Puisqu'il devait être annoncé…

ELISABETH BORNE
Parce que vous savez aussi, la conjoncture a changé, n'est pas exactement celle qu'on imaginait au printemps dernier, donc on est en train de regarder…

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est meilleure.

ELISABETH BORNE
Elle est meilleure que ce qu'on imaginait, et donc du coup il y a effectivement des jeunes qui retrouvent plus facilement un emploi, il y en a d'autres, il y en a d'autres qui malgré la bonne conjoncture ont du mal à retrouver un emploi, il faut mieux les accompagner.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, je vais vous citer, tiens, une phrase. « Distribuer un revenu pour les jeunes en prenant le risque de désinciter à l'entrée sur le marché du travail, me parait en revanche contestable, mais je ne doute pas que le président en a conscience ». Qui a dit ça ?

ELISABETH BORNE
Je ne sais pas, ce que je peux vous dire c'est que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Edouard PHILIPPE, dans une interview à Challenges.

ELISABETH BORNE
Oui, c'est possible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il dit sa réserve…

ELISABETH BORNE
Non non, mais enfin…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que le président, avec lequel il parle, doute…

ELISABETH BORNE
Si on devait désinciter les jeunes, attendez, si on devait désinciter les jeunes à trouver un emploi, ce serait une mauvaise idée. Vous savez, moi j'en discute beaucoup avec les organisations patronales qui savent très bien qu'il y a des jeunes qui n'ont pas forcément les codes, qui n'ont pas forcément les savoirs de base, qui ont besoin de formations complémentaires, pour précisément trouver un emploi, c'est vraiment ma philosophie, d'avoir le meilleur accompagnement pour les jeunes, adapté à la situation de chaque jeune, pour que les jeunes puissent rentrer en apprentissage, en formation et trouver un emploi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elisabeth BORNE, est-ce que le président a quand même malgré ce que vous dites, conscience du risque que porte cette réforme dans la désincitation des jeunes à prendre un travail ?

ELISABETH BORNE
Cette réforme, elle a pour objectif d'inciter et d'accompagner…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc ?

ELISABETH BORNE
Eh bien c'est une mauvaise compréhension.

ELIZABETH MARTICHOUX
Edouard PHILIPPE a mal compris la philosophie du revenu d'engagement.

ELISABETH BORNE
C'est une mauvaise compréhension. Vous savez, il s'est dit beaucoup de bêtises sur le sujet, donc ce n'est pas étonnant, je pourrais le réexpliquer à Edouard PHILIPPE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il a dit une bêtise ?

ELISABETH BORNE
Il s'est dit beaucoup de bêtises, donc il a pu avoir une mauvaise information. L'objectif c'est d'accompagner chaque jeune, en lui proposant une formation, un apprentissage, pour qu'il puisse trouver un emploi durablement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière question. Le porte-parole de La REM et député des Français d'Amérique du Nord, Roland LESCURE, a fait une proposition dans un livre, je cite : « On peut aussi imaginer – alors ça sort de votre périmètre, mais c'est une question quand même qui relève encore, enfin qui agite des angoisses existentielles parfois dans l'opinion – on peut aussi imaginer, au-delà de 2030, que la France partage son siège au Conseil de sécurité des Nations Unies, de l'Organisation des Nations Unies ».

ELISABETH BORNE
Non, ce n'est pas envisagé

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça n'est pas envisagé par Emmanuel MACRON.

ELISABETH BORNE
Ça n'est pas envisagé, non non, je vous confirme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc c'est une idée personnelle qu'il n'ira pas au-delà de cette idée…

ELISABETH BORNE
Voilà, et Roland LESCURE peut avoir des idées personnelles, en tout cas ce n'est pas envisagé par le président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot sur le climat du débat politique en ce moment, justement. Beaucoup de doutes sur, doutes identitaires, sécuritaires, des candidats qui jouent au chamboule-tout avec la droite, notamment Eric ZEMMOUR.

ELISABETH BORNE
Moi je trouve extrêmement choquant, vous savez, qu'on ait des candidats qui renouent avec des logiques de bouc-émissaires, après qu'on a pu vivre, ce que l'Europe a pu vivre au XXe siècle, pour espérer qu'on ne retombe pas dans ces logiques de bouc-émissaires, et j'espère qu'on aura un débat qui sera au-dessus de ça, qui posera des vrais sujets pour les Français, dans les prochains mois.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avec lui, éventuellement.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, en tout cas je peux vous dire que moi je suis très choquée par les propos qu'il a pu tenir, avec cette logique de bouc-émissaires, dont on a vu où elle a pu mener l'Europe au XXe siècle.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Elisabeth BORNE d'avoir été ce matin sur LCI. Bonne journée à vous, bonne journée à tous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 octobre 2021