Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, à CNews le 22 octobre 2021, sur l'indemnité inflation de 100 euros (chèque énergie) pour toutes les personnes gagnant moins de 2 000 euros et le record d'embauches qu'a connu la France au 3e trimestre.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Elisabeth BORNE.

ELISABETH BORNE
Bonjour.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans la matinale de CNews. Le chef du gouvernement a donc annoncé hier une aide de 100 euros pour tous les Français qui gagnent moins de 2 000 euros par mois net et cela à partir de décembre. C'est une indemnité inflation qui sera versée automatiquement, sans aucune démarche nécessaire. Est-ce que finalement on ouvre le carnet de chèques en grand à six mois de la présidentielle ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il s'agit surtout de protéger les Français face à la flambée des prix de l'énergie. Vous vous souvenez que le Premier ministre avait déjà annoncé qu'on bloquait la hausse du prix du gaz, qu'on limitait aussi la hausse du prix de l'électricité. Là, il y a beaucoup de Français qui ont besoin de leur voiture notamment pour se rendre au travail et c'était important de les protéger face à cette flambée du baril de pétrole à laquelle on assiste également.

LAURENCE FERRARI
Mais cette prime, elle n'ira pas seulement aux automobilistes puisque c'est donc tous ceux dont les revenus sont inférieurs à 2 000 euros. C'est pour quoi ? Pour compenser la hausse du coût de la vie ?

ELISABETH BORNE
C'est pour compenser la hausse du coût de la vie et puis il fallait aussi avoir un dispositif qui soit simple et rapide. On ne va pas demander aux Français de justifier le nombre de kilomètres qu'ils ont fait chaque matin.

LAURENCE FERRARI
Ç'aurait été une usine à gaz, ça ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'on a besoin d'avoir une mesure rapide et simple et donc c'est le sens de cette mesure qui permet de protéger tous les Français qui ont des revenus donc de moins de 2 000 euros net par mois et c'est une mesure efficace en termes de pouvoir d'achat.

LAURENCE FERRARI
Pourquoi c'est plus efficace qu'une baisse des taxes sur l'essence, qui est évidemment un produit surtaxé par l'Etat, qui aurait été très visible à la pompe tout de suite ?

ELISABETH BORNE
Une baisse des taxes, on ne sait pas si ça va être répercuté pour les consommateurs. Ça peut être très rapidement effacé si on a une nouvelle hausse du prix du baril. Donc là, on a quelque chose de concret, de tangible pour tous les Français, en tout cas pour tous ceux qui gagnent moins de 2 000 euros net par mois, donc ça va être 100 euros au mois de décembre ou au mois de janvier selon les cas.

LAURENCE FERRARI
C'est une façon de mettre le couvercle sur une grogne sociale qui montait avec, pourquoi pas, le retour des Gilets jaunes. C'est ce que vous redoutiez ?

ELISABETH BORNE
Non, c'est surtout d'être attentif - et c'est ce qu'on a fait pour le gaz, pour l'électricité - à cette flambée des prix de l'énergie qui concerne toute l'Europe et même au-delà, et donc de protéger le pouvoir d'achat des Français. Vous savez, c'est important. La dynamique économique, la reprise économique est très forte en ce moment. On ne va pas prendre le risque de casser cette bonne dynamique qui permet aussi de créer beaucoup d'emplois, et donc c'est important de maintenir effectivement une croissance forte, créatrice d'emplois qui permet aussi à beaucoup de Français de retrouver un emploi.

LAURENCE FERRARI
Est-ce que c'est un fusil à un coup ou est-ce que là, si en janvier il y a à nouveau une hausse des carburants, on aura une deuxième indemnité inflation ?

ELISABETH BORNE
Ce qui est important avec cette mesure, c'est qu'elle permet de couvrir les surcoûts pour les Français qui ont besoin de leur voiture pour se rendre au travail notamment sur une année. C'est la façon dont ç'a été calculé effectivement pour le Français qui en moyenne fait 14 000 kilomètres par an. Ça compense ce surcoût sur un an.

LAURENCE FERRARI
Effectivement. Les trois quarts des Français pourtant ont le sentiment que leur pouvoir d'achat a diminué cette année. C'est un sentiment ou c'est une réalité dans les chiffres ?

ELISABETH BORNE
Alors au-delà de cette flambée du prix de l'énergie, je pense que c'est important de se rappeler qu'on a beaucoup protégé le pouvoir d'achat des Français. On l'a fait depuis le début du quinquennat avec la baisse de la taxe d'habitation même la suppression, pardon, la suppression de certaines charges sociales avec l'élargissement de la prime d'activité. Toutes ces mesures, c'est l'équivalent d'un 13ème ou d'un 14ème mois quand on est au SMIC. Pendant la crise, on a aussi été extrêmement attentif à protéger les emplois et le pouvoir d'achat des Français, notamment avec l'activité partielle. Ça veut dire que l'Etat a pris en charge la rémunération jusqu'à 9 millions de Français au plus fort de la crise. On a protégé aussi des demandeurs d'emploi dont les allocations ont été prolongées, on a protégé les travailleurs précaires. C'est évidemment important d'être attentif à ces enjeux de pouvoir d'achat et c'est ce qu'on fait depuis le début du quinquennat.

LAURENCE FERRARI
Qu'est-ce que vous répondez aux oppositions ? Marine LE PEN réclamait une baisse de 20 % de la TVA jusqu'à 5,5 ; Eric CIOTTI dit que c'est la politique du chéquier grand ouvert ; Bruno RETAILLEAU pareil : nouveau chèque en bois financé par la dette ; et Fabien ROUSSEL dit « le compte n'y est pas. »

ELISABETH BORNE
Vous voyez, on entend tout et son contraire donc ça doit vouloir dire qu'on est dans le bon équilibre. C'est une mesure qui permet effectivement de prendre en compte cette flambée du prix de l'énergie pour les Français, pour les 50 % de Français les plus modestes, et je pense que c'est une mesure effectivement qui évite l'inquiétude que peuvent avoir beaucoup de Français, notamment ceux qui doivent prendre leur voiture tous les jours pour aller au travail. Ils sont protégés. On compense cette hausse du prix des carburants.

LAURENCE FERRARI
100 euros, c'est quoi ? C'est deux pleins à peine.

ELISABETH BORNE
Alors ça compense les surcoûts, je vous le disais, sur un an avec les 9 centimes qu'on a par rapport à l'avant-crise sur la hausse du prix des carburants, donc ça protège effectivement de cette hausse du prix de l'énergie.

LAURENCE FERRARI
Un mot du travail. Le nombre d'embauches, record entre juillet et septembre ; ça c'est un signe effectivement que l'économie repart ?

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est effectivement le résultat du ?quoi qu'il en coûte? qu'on a eu pendant la crise économique.

LAURENCE FERRARI
Et qui continue. On vient de le voir hier soir.

ELISABETH BORNE
Qui a permis de protéger les entreprises, les emplois, de profiter pleinement de la reprise économique. On crée beaucoup d'emplois, on a beaucoup d'embauches et ça permet effectivement, y compris aux Français qui étaient demandeurs d'emploi de revenir vers le travail. Puis on est aussi attentif à accompagner les demandeurs d'emploi avec des formations pour ceux qui n'ont pas forcément les compétences qui correspondent aux besoins des entreprises. Vous savez qu'on a annoncé qu'on allait renforcer encore la formation des demandeurs d'emploi. On va recontacter d'ici la fin de l'année. Tous les demandeurs d'emploi de longue durée, Pôle emploi va les recontacter un par un pour leur proposer des immersions en entreprise.

LAURENCE FERRARI
Parce qu'ils étaient dans la nature, sans nouvelle d'eux ?

ELISABETH BORNE
Non mais vous savez, quand vous êtes demandeur d'emploi, que vous n'avez pas travaillé depuis longtemps, c'est très important effectivement que votre conseiller Pôle emploi puisse faire le point avec vous, puisse vous proposer d'être en immersion dans une entreprise, de vous former le cas échéant pour que vos compétences correspondent bien aux besoins des entreprises et qu'on aide un maximum de Français, un maximum de demandeurs d'emploi, à profiter de la bonne dynamique de notre économie.

LAURENCE FERRARI
Vous voulez dire que tous les demandeurs d'emploi de longue durée vont être contactés et auront des stages en entreprise, c'est ça ?

ELISABETH BORNE
Tous les demandeurs d'emploi de longue durée…

LAURENCE FERRARI
Ça représente des millions de personnes.

ELISABETH BORNE
Tous les demandeurs d'emploi de longue durée, donc c'est plusieurs centaines de milliers de personnes, vont être recontactés d'ici la fin de l'année par Pôle emploi. On est à un moment donné où les entreprises nous disent « on a des difficultés à recruter », il faut effectivement à la fois répondre à ces besoins des entreprises et, en même temps, en profiter pour permettre à un maximum de demandeurs d'emploi de retrouver un emploi. Ça peut passer par une formation. On va aider les entreprises à financer des formations sur-mesure pour les demandeurs d'emploi. On a aussi prévu une aide de 8 000 euros pour une entreprise qui embauche un demandeur d'emploi de longue durée en contrat de professionnalisation. C'est très important que cette reprise économique finalement bénéficie à tout le monde.

LAURENCE FERRARI
La question des salaires évidemment est centrale puisque l'économie repart - on vient de le dire - que l'emploi est à nouveau à son niveau d'avant-crise et les marges des entreprises ont été reconstituées. Est-ce que la question des salaires désormais est quelque chose qui est la balle est dans le camp des entreprises pour vous ?

ELISABETH BORNE
Alors d'abord les entreprises, celles qui ont des marges qui se sont améliorées, moi je les invite vraiment à se saisir, vous savez, de la prime exceptionnelle de pouvoir d'achat, ce qu'on appelle la prime Macron. Elles peuvent verser jusqu'à 2 000 euros avec cette prime défiscalisée pour les salariés. Quand on a des marges, il faut se saisir de cette prime. On a aussi un certain nombre de secteurs qui ont des conditions de travail difficiles. C'est notamment le cas des travailleurs de la deuxième ligne dont on a beaucoup parlé pendant la crise et qu'il ne faut pas oublier, où on a souvent des conditions de travail difficiles et des rémunérations qui ne sont pas à la hauteur. Moi ça fait plusieurs mois que je travaille avec ces branches en leur demandant d'améliorer les conditions de travail, le temps de travail - parce qu'on a aussi souvent des horaires fractionnés - et puis la rémunération des salariés concernés. Toutes les branches aussi dont les minima sont inférieurs au SMIC, elles vont être reçues à mon ministère pour qu'elles revalorisent leurs minima de branche. Donc c'est important dans ces secteurs, je vous dis, où les rémunérations ne sont pas à la hauteur des conditions de travail qu'il y ait des efforts de faits par les entreprises.

LAURENCE FERRARI
Avec des incitations de l'Etat.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, en tout cas on les voit une par une ces branches, ces secteurs pour qu'ils donnent des signes qu'ils revalorisent leurs salaires. Quand on a des difficultés à recruter - vous savez par exemple, le mois dernier j'ai vu les représentants des cafés-restaurants, des hôtels-cafés-restaurants - les 5 premiers niveaux de leur grille salariale sont en dessous du SMIC et c'est un secteur qui nous dit « on a beaucoup de mal à recruter. » Il y a effectivement des évolutions à faire sur ces grilles salariales pour que, y compris des conditions de travail qui peuvent être difficiles, quand vous devez travailler tous les soirs, le week-end, il faut tenir compte de ces contraintes et revaloriser les salaires. Mais les organisations patronales sont en train d'y travailler et j'espère que ça va aboutir rapidement.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'il vaut mieux augmenter les salaires ou recruter. C'est le dilemme selon les entreprises.

ELISABETH BORNE
En tout cas, c'est évidemment important que cette reprise économique bénéficie à un maximum de Français, notamment tous les demandeurs d'emploi, qu'ils puissent retrouver un emploi et c'est pour ça notamment, je vous dis, qu'on a prévu des formations. On n'a pas forcément les compétences qui correspondent aux besoins des entreprises, et donc on finance massivement des formations pour que les demandeurs d'emploi aient tous les atouts pour retrouver un emploi.

LAURENCE FERRARI
Xavier BERTRAND propose une prime au travail. Il estime que, évidemment, vivre avec 1 500 euros brut par mois c'est impossible. Il propose ce système-là. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

ELISABETH BORNE
Alors que nous l'avons fait. Il faut que Xavier BERTRAND se tienne au courant. On a revalorisé la prime d'activité et je pense que c'est exactement ce qu'il est en train de proposer.

LAURENCE FERRARI
Il propose, lui, que cette prime effectivement soit automatiquement versée aux salariés sur la fiche de paye pour éviter une déperdition et que l'Etat remboursera ensuite les entreprises.

ELISABETH BORNE
Ecoutez, il y a une prime d'activité qui répond exactement à la proposition qu'il est en train de faire. Moi j'ai un peu de mal à comprendre pourquoi Xavier BERTRAND fait campagne en proposant des mesures qu'on a déjà prises. Il a aussi proposé une réforme de l'assurance chômage. Je veux rassurer Xavier BERTRAND, cette réforme nous l'avons faite.

LAURENCE FERRARI
Sur le temps de travail il y a aussi beaucoup de propositions des oppositions. Fabien ROUSSEL et Jean-Luc MELENCHON qui souhaitent le réduire à 32 heures ; à droite Eric CIOTTI qui, au contraire, propose de le passer à 39 heures. Est-ce qu'il y a des propositions qui vous semblent intéressantes dans tout cela ?

ELISABETH BORNE
Je pense qu'il faut être raisonnable. On est un des pays dans lequel on travaille le moins sur toute la durée de la vie. C'est aussi un enjeu de compétitivité. C'est important que notre économie soit compétitive, c'est comme ça qu'on va créer de la richesse, qu'on va créer des emplois, donc je pense que réduire le temps de travail n'est pas du tout d'actualité.

LAURENCE FERRARI
Mais ce discours qu'on entend aussi dans la bouche du président, de dire que les Français ne travaillent pas assez, ça veut dire quoi ? Que les Français sont des fainéants à vos yeux ?

ELISABETH BORNE
Non. Je pense que c'est l'organisation du travail qui est comme ça aujourd'hui, et je pense que c'est important effectivement de permettre aux Français, y compris ceux qui ont des temps partiels subis - vous savez, moi c'est vraiment un sujet sur lequel je suis très mobilisée - que ceux qui ont des temps partiels subis, qui ne travaillent pas assez, qui du coup peuvent avoir des problèmes de pouvoir d'achat, puissent travailler davantage.

LAURENCE FERRARI
C'est une question d'organisation. Sur la semaine en fait, les Français travaillent autant que les Européens. Après effectivement, quand on regarde toute l'année, il y a des différences en fonction des jours fériés etc. C'est là-dessus qu'il faut aller chercher ?

ELISABETH BORNE
Alors je pense que c'est important, je vous dis, qu'on puisse travailler davantage, notamment ceux qui sont en temps partiel subi. Par exemple, vous savez, les personnes qui sont dans nettoyage, qui travaillent une fraction du temps le matin et parfois une fraction du temps aussi le soir, qu'elles puissent avoir des journées de travail plus continu. C'est quelque chose auquel on travaille avec les branches concernées, qu'aussi ceux qui ont des périodes de travail fractionné puissent travailler davantage. C'est un des enjeux de la réforme de l'assurance chômage. D'inciter les entreprises aussi à proposer des contrats de travail plus longs et/ou des CDI, donc de permettre aux Français de travailler davantage.

LAURENCE FERRARI
Dernière question de politique. Marlène SCHIAPPA a jugé horrifiante la scène où on voyait Eric ZEMMOUR tenir un fusil au Salon de l'armement Milipol. Est-ce que La République en Marche a du mal en fait à cerner le phénomène Zemmour et est-ce qu'elle ne surréagit pas à certaines séquences qui en font des faits politiques alors qu'elle ne l'était pas ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je pense qu'Eric ZEMMOUR, il porte des idées dangereuses. Vous savez, quand il est en train de nous dire qu'il faudrait supprimer les contre-pouvoirs dans notre pays, c'est évidemment dangereux pour notre démocratie, et quand on le voit brandir une arme sur des journalistes, écoutez, je pense qu'on peut se demander s'il n'est pas lui-même dangereux, vous voyez. C'est quelque chose de très choquant de pointer une arme sur des journalistes. Moi à titre personnel, ça me choque.

LAURENCE FERRARI
Et de traiter Marlène SCHIAPPA d'imbécile ?

ELISABETH BORNE
Alors effectivement, c'est une forme de sexisme totalement décomplexé qui fait aussi un peu froid dans le dos, vous voyez.

LAURENCE FERRARI
Et encore un mot de François HOLLANDE qui, lui, dit que le quinquennat d'Emmanuel MACRON aurait pu être le deuxième mandat de Nicolas SARKOZY. Vous confirmez ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, je pense qu'il y a beaucoup d'amertume et de rancoeur dans les propos de François HOLLANDE et ce n'est jamais des bonnes conseillères, on va dire, l'amertume et la rancoeur.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup, Elisabeth BORNE, d'être venue ce matin dans La matinale de Cnews.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2021