Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au tourisme, aux Français de l'étranger et à la francophonie, avec France 2 le 5 novembre 2021, sur le bilan touristique des vacances de la Toussaint, les stations de sport d'hiver et le passe sanitaire et la promotion du tourisme en France.

Texte intégral

Q - Bonjour, Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

Q - Alors, on va bien sûr parler du tourisme dans un instant, mais un mot d'abord sur la pêche. Le bras de fer se poursuit avec les Britanniques, les discussions continuent, toujours pas de mesures de rétorsion en contrepartie. Est-ce que l'on n'est pas un peu faible, nous, la France ? Boris Johnson, il a déjà gagné une semaine.

R - Ecoutez, le fait quand même d'avoir durci le discours, et d'avoir menacé très clairement, enfin, la partie britannique est venue à dialoguer. Enfin ! Parce que la vraie question, c'est de s'assurer que la parole britannique, qui a été signée lorsqu'ils ont fait le Brexit, eh bien elle puisse être respectée, et que les modalités de mise en oeuvre ne viennent pas vidées de leur substance les engagements qu'ils ont pris. Ces engagements internationaux entre l'Europe et le Royaume-Uni, ça ne concerne pas que la France, ils doivent être respectés ; donc, mon collègue Clément Beaune a reçu hier son homologue aux affaires européennes britannique, les discussions se poursuivront début de semaine prochaine.

Q - Ils ne sont pas en train de nous promener ?

R - Si on voit que la négociation n'est pas de bonne foi, ils nous trouveront. C'est tout ce que je peux vous dire.

Q - Alors, entre autres contreparties, par exemple dans le tourisme, est-ce qu'il faut appeler les touristes français à boycotter le Royaume-Uni ?

R - Le tourisme, je veux dire, c'est quelque chose qui ne doit pas être influencé par la géopolitique, le tourisme, c'est quand même l'industrie du bonheur, c'est l'industrie des jours heureux, c'est pouvoir enfin retrouver..., on a tellement été privé justement des voyages, des déplacements, je crois que tout le monde a des fourmis dans les jambes pour à nouveau voyager. Je le vois d'ailleurs parce que cet été les touristes européens étaient de retour en France, les touristes internationaux aussi, les Américains, les Canadiens, etc. Et donc, nous, on leur déroule le tapis rouge, on leur dit : "bienvenue ! On est ravi de vous accueillir", et d'ailleurs on a eu un très bel été indien, ces dernières semaines.

Q - Alors, justement, ce week-end marque les derniers jours des vacances de la Toussaint. Quel bilan pour ces vacances de la Toussaint ?

R - Eh bien, écoutez, on l'a vu, les chiffres sont là, des vacances de la Toussaint qui ont très bien fonctionné. L'hôtellerie par exemple a fait +15% à la Toussaint 2021, par rapport à la Toussaint 2019. Les locations de meublés entre particuliers, +50%, 54% pour être précis, pareil, Toussaint 2021 par rapport à la Toussaint 2019. Je voyais également Nicolas Dayot, le responsable des campings, qui me signalait, pareil, +37% sur le mois de septembre. Donc, vous le voyez, il y a une envie de retrouver, de se retrouver déjà, de retrouver aussi des espaces naturels etc. et moi je m'en réjouis, parce que tout ça c'est aussi l'économie de nos territoires, qu'ils soient ruraux, littoraux, de montagne. Et puis, regardez, les premiers flocons arrivent, donc on se projette aussi sur la saison d'hiver qui vient très vite.

Q - Alors, justement, il y a quand même une reprise épidémique, plus faible que, évidemment, les derniers mois en France, mais il y a une reprise épidémique. Est-ce que vous dites quand même aux Français "Réservez vos vacances de Noël" ? Qu'est-ce que vous leur dites ?

R - Alors, je leur dis qu'ils peuvent naturellement organiser leur séjour, faire leurs réservations, parce que par rapport à l'année dernière, il y a une grande différence, nous avons le vaccin et la vaccination. Noël dernier, il n'y avait guère que Mauricette qui était vaccinée, aujourd'hui on est 85, 90% de la cible vaccinable à avoir été vaccinés, et c'est ce qui nous a permis, regardez, y compris cet été alors que nous faisions face à une vague avec le variant Delta, eh bien, de maintenir ouvertes les activités, grâce au passe sanitaire. Et donc, on le voit, c'est aussi un sésame qui permet de vivre avec le virus, sans qu'il y ait un impact sanitaire trop grave.

Q - Cela veut dire que quelle que soit la situation épidémique, les stations de sports d'hiver seront ouvertes tout l'hiver, vous pouvez nous le dire ?

R - Eh bien, je vous confirme que grâce à ces nouvelles modalités, on peut le dire : "cet hiver, c'est ouvert", les stations sont ouvertes, et d'ailleurs j'incite les Français qui n'auraient pas encore réservé, à le faire, parce que ça monte très vite, très fort...

Q - Combien ?

R - ... et le patron des écoles de ski français, par exemple, me signalait que ça y est on avait quasiment retrouvé le niveau de 2019 dans les réservations, et donc il est important de prendre ses dispositions, parce qu'il y aura peut-être bientôt plus de place.

Q - Est-ce que le passe sanitaire sera indispensable pour emprunter les remontées mécaniques ?

R - Alors, on est en train de discuter avec les professionnels, mais je veux vous dire, quand on se rend à la montagne, souvent on prend le train, les étrangers vont prendre l'avion, donc ils sont soumis au passe sanitaire, et puis, vous allez aussi au restaurant, vous allez en boîte de nuit, le passe sanitaire est requis ; donc voilà, c'est des sujets sur lesquels on doit une réponse aux professionnels pour qu'ils puissent s'organiser, notamment avec leurs salariés, et puis en termes d'organisation. Réponses très vite, dans les tout prochains jours...

Q - C'est probable, d'après ce que vous me dites ; il est probable qu'il y ait besoin du passe sanitaire pour les remontées mécaniques.

R - Ce que je dis c'est que, vous savez, les remontées mécaniques en extérieur, on voit que de fait on est emmitouflé, souvent on a un cache-col etc., donc le sujet il n'est pas tant là. On peut peut-être regarder sur des remontées mécaniques qui sont intérieures...

Q - Les télécabines.

R - Les télécabines. Mais ça c'est des sujets, on est en train de discuter avec les professionnels, on a encore des réunions...

Q - Vous, votre préférence c'est...

R - ... et donc on donnera de la visibilité très vite. Je veux dire, je ne veux pas faire des hypothèses sur la comète, parce qu'après les gens se font des noeuds au cerveau ; ce que je veux leur dire, c'est que cet hiver ils peuvent aller skier, retrouver les joies de la glisse, se retrouver en famille, on en a été privé depuis quasiment 18 mois, parce que le 14 mars 2020 eh bien d'un coup d'un seul tout s'est arrêté, il est temps que justement la montagne française puisse revivre, on les a soutenus, on les a aidés, plus de six milliards d'euros mis sur la table, mais rien ne remplace la sensation et le bonheur de se retrouver dans ce cadre magnifique qu'est la montagne française.

Q - Alors, pour que la montagne puisse revivre, il faut des saisonniers, et plus de la moitié des stations de ski disent qu'elles n'en trouvent pas. Vous faites quoi concrètement pour les aider ?

R - Alors, sur les saisonniers, c'est, enfin de façon générale, les métiers du tourisme étaient des métiers en tension avant la crise, ils le sont encore plus après la crise, donc c'est un gros sujet. On a mis en place une plateforme "monemploitourisme.fr", qui permet de faire se rencontrer l'offre et la demande. Et puis par ailleurs on va lancer, mais pour répondre à ce sujet structurel, je pense qu'il faut travailler sur l'attractivité de ces métiers, avec les professionnels...

Q - Mieux payer ?

R - Eh bien, les professionnels par exemple, de l'hôtellerie, hier, lors du sommet Destination France, me confiaient qu'ils sont en train de réfléchir effectivement à la revalorisation de leur grille salariale. Ce sont des négociations entre justement organisations patronales et syndicales, mais ça va au-delà de ça. Ça va aussi par rapport à l'organisation du temps de travail, de la vie au travail, ils sont conscients qu'il y a besoin d'apporter des réponses face à des générations qui veulent un peu vivre différemment.

Q - Alors, ça c'est pour la France et notamment pour les touristes français, hier vous étiez à l'Elysée avec Emmanuel Macron, des professionnels également du tourisme, pour essayer de dire : "il faut revenir en France", aux touristes étrangers. 90 millions en 2019, 40 millions de touristes étrangers en 2020. Concrètement, comment les reconquérir ces touristes étrangers et qu'ils reviennent en France et pas ailleurs ?

R - Eh bien, déjà, le fait que le Président de la République lui-même montre l'intérêt au plus haut niveau de l'Etat, pour le secteur du tourisme, écoutez, c'est bien simple, c'est une première, tous ces grands patrons d'acteurs touristiques internationaux n'avaient jamais été reçus à l'Elysée. Ça montre que pour la France le tourisme c'est majeur, vous savez c'est 8 à 10% de notre PIB, plus de deux millions d'emplois. Et donc, on va mettre le paquet, à la fois en promotion internationale, parce qu'il faut donner à voir que la France est ouverte, qu'elle est accueillante ; encore une fois, on déroule le tapis rouge. Donc, des crédits pour la promotion, on le fait pour la montagne française, on a multiplié par trois nos budgets de communication avec Atout France, et puis également, ce qu'il faut, c'est qu'on ait une offre qui soit attractive, et de ce point de vue-là il n'y a pas de mystère, il faut investir, investir, investir. Avant la crise, la France investissait 15, 16 milliards d'euros par an dans le secteur du tourisme ; il faut qu'on passe à 20 milliards, c'est l'objectif qu'on se fixe pour avoir un rattrapage. Et regardez, d'ailleurs hier ils étaient accueillis à l'Hôtel de la Marine, ces dirigeants du tourisme international ; ils en ont pris plein les mirettes, parce que ce bâtiment a été magnifiquement rénové, restitué. Eh bien, voilà, c'est comme ça, en créant ou recréant une offre de qualité, que les gens auront envie de venir et revenir en France.

Q - Je disais, 90 millions de touristes étrangers en 2019, 40 millions en 2020 l'an dernier, combien cette année, en 2021 ?

R - Ecoutez, on aimerait aller tutoyer les 50 millions. On est encore dans un contexte où, regardez, l'Asie est très entravée, très compliqué dans les déplacements. Donc les clientèles asiatiques ne sont pas encore là, en revanche c'est vrai que la France a bénéficié, je dirais, du socle domestique européen, parce que les Européens de proximité, comme les Français, maintenant, ils voyagent plus court ; "le bonheur, il est dans le près", j'ai envie de dire, et ça on en a profité, plus de Néerlandais, plus d'Allemands, plus de Belges, plus de Suisses qu'auparavant, et maintenant on est heureux d'accueillir nos amis d'outre-Atlantique.

Q - Merci beaucoup, Jean-Baptiste Lemoyne.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 15 novembre 2021