Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, en hommage aux Compagnons de la Libération, à Paris le 11 novembre 2021.

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Circonstance : Cérémonie de commémoration du 103ème anniversaire de l'Armistice de 1918

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Texte intégral

Françaises, Français,


Serions-nous là ?
Serions-nous là sans Hubert GERMAIN ? À 20 ans à peine, il quitta tout, ses terres drômoises, sa famille, ses amis pour gagner Londres. Et bientôt avec honneur et fidélité, se couvrir de gloire à Bir Hakeim.

Serions-nous là ?
Serions-nous là sans Philippe LECLERC de HAUTECLOCQUE, résistant de la première heure entrant la 2e DB dans une épopée légendaire depuis les victoires de Libye jusqu'à la libération de Paris ?

Serions-nous là sans Berty ALBRECHT ?
Fondatrice avec Hubert FERNEY, du réseau de résistance Combat, tombé aux mains de Allemands et préférant se donner la mort en prison plutôt que de risquer de livrer sous la torture ses camarades de lutte.

Serions-nous là ? Serions-nous là sans Philippe KIEFFER et ses 177 fusiliers marins débarquant le 6 juin 1944 sur les plages normandes ?

Serions-nous là sans René CASSIN, Jean MOULIN, Jacques CHABAN-DELMAS, Romain GARY et André MALRAUX ?
Sans ce cortège de femmes et d'hommes faits de bravoure et de sacrifices pour la France.

Tous étaient compagnons. Ils étaient 1 038. Illustres et anonymes, militaires et civils. Divers par leurs opinions politiques, leur origine géographique, leur religion, soldats, ingénieurs, paysans, industriels, hommes d'Église ou hommes de lettres, diplomates, ouvriers, militantes, tirailleurs africains, magistrats, médecins. Ils suivirent le général DE GAULLE dans cette aventure insensée.
Tous, sans hiérarchie, aucune, chevaliers de la liberté.
Tous, sans distinction possible, visages intemporels de la France.

Le 16 novembre 1940, il était seul ou presque.
Convaincu que la France libre devait se doter des prérogatives régaliennes d'un Etat, le Général DE GAULLE créa depuis Brazzaville, l'Ordre de la Libération. Patriam Serondo Victoriam Tulit.

Le 1er août 1941, ils étaient cinq.
Le capitaine de vaisseau THIERRY d'ARGENLIEU, le Gouverneur Général Félix EBOUÉ, le Lieutenant DOLONDES, l'officier radio télégraphiste de la marine marchande POPIEUL et l'Adjudant aviateur BOUQUILLARD furent non seulement les premiers compagnons, mais les premiers membres du Conseil de l'Ordre, pionniers venus de toute la France, issus de toutes les conditions,

Le 11 novembre 1945, ils étaient quinze, ici.
Quinze cercueils drapés de tricolore, remontant les Champs Elysées qui, venus de tous les champs de bataille, se placèrent en arc à l'heure du triomphe, flambeau de la Résistance, mêlées à la flamme du Soldat inconnu, avant de rejoindre la crypte du mont Valérien pour témoigner devant l'histoire, que durant cette guerre, ses fils ont lutté pour que la France vive libre.
Quinze dépouilles de tirailleurs tunisiens, marocains, sénégalais, de résistants, de soldats de 39- 45, de Français libres de la Résistance intérieure comme de l'Armée de la libération, burkinabé, tchadiens, bretons, résistantes déportées, tous ici rassemblés.

Le 9 mars 1952, une 16ème dépouille les rejoignait dans la crypte, celle d'un soldat français, fusillé en Indochine.
Seize dépouilles pour représenter tous les destins de l'Ordre des Compagnons.

L'Ordre, sur décision de son Grand Maître, était forclos en 1946 et ne fut exceptionnellement ouvert que pour accueillir Winston CHURCHILL et sa Majesté GEORGES VI. Chacun savait dès lors que le jour viendrait où il faudrait dire adieu aux derniers compagnons, celui qui prendrait dans la crypte la dernière place.

Ce jour est venu.

Conformément à la volonté exprimée par le général DE GAULLE, Hubert GERMAIN rejoindra cet après-midi au Mont-Valérien ses frères de combat et avec eux, tous ceux qui se sont levés pour que vive la France.

Les compagnons, alors, ne seront plus.
Les dix-huit unités combattantes continueront d'arborer l'emblème des compagnons : fourragère noire pour le deuil, verte pour l'espoir.
La Croix de Lorraine ornera encore les blasons des communes Compagnons : Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors, l'Île de Sein.
L'Ordre, surtout, vivra. Protégé par le chef de l'Etat, gardien de la mémoire de ces femmes et de ces hommes qui, un jour, se sont hissés au-delà, de même pour la liberté de tous. Il fera des compagnons de la liberté, une source éternelle d'inspiration pour tous les enfants de France, toujours unis.

Certaines nations sont faites de frontières partagées, d'hérédités de sang. La France s'est construite sur ses terres par une histoire, une langue, un État, par une volonté. La France vit, survit, surmonte les épreuves des temps grâce à des femmes et des hommes qui, unis par un amour pour sa terre, ses idéaux et ses valeurs, acceptent de risquer jusqu'à leur vie pour une cause plus grande qu'eux.
La France est liberté. La France est transmission.
Elle vit, survit et surmonte ses épreuves parce que de génération en génération, des femmes et des hommes se transmettent le flambeau de l'idéal.
Alors oui, le dernier compagnon n'est plus et nous l'accompagnerons jusque dans cette crypte où nous scelleront le dernier caveau. Mais ces 1 038 qui ont épousé la France d'un amour inconditionnel allant jusqu'au sacrifice ne disparaissent pas pour autant. Ils rejoignent nos morts et de Bouvines au Chemin des Dames, de Pathé à Valmy, de Rance à Koufra, ils inscrivent leurs destins au côté de ceux qui ont porté l'esprit de résistance. L'amour d'une patrie libre, le refus des divisions pour l'honneur de la France.

Alors oui, oui, leurs braises ardentes sont dans nos mains. Et quand viendra le jour, quand sonnera l'heure, nous saurons les raviver de ce souffle qui fit lever tous ceux qui nous précèdent et qui nous ont fait libre Français et sans lesquels nous ne serions pas là.


Vive la République !
Vive la France !