Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à Public Sénat le 25 novembre 2021, sur le naufrage de migrants au large de Calais et la crise sanitaire.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être notre invité politique ce matin, ministre chargé des Relations avec le Parlement et de la Participation citoyenne, on est ensemble pendant 20 minutes pour une interview en partenariat avec la presse quotidienne régionale représentée par Julien LECUYER qui dirige le bureau parisien de "La Voix du Nord", bonjour Julien.

JULIEN LECUYER
Bonjour Oriane, bonjour Monsieur le ministre.

MARC FESNEAU
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Monsieur le ministre, on va commencer évidemment par ce qui s'est passé hier au large de Calais où 27 migrants ont donc trouvé la mort dans le naufrage de leur embarcation, est-ce que, selon vous, ce drame était évitable ?

MARC FESNEAU
Un drame de cette nature-là, par nature on cherche à l'éviter, est-ce qu'il était évitable ? en tout cas les conditions actuelles créées par la situation de ces migrants, par la situation créée par les passeurs, par la difficulté de dialogue aussi avec nos amis Britanniques, tout ça crée des conditions dont on voit que, en plus dans cette période pré-hivernale, où les conditions maritimes sont beaucoup plus difficiles, vous le savez mieux que moi, crée les conditions que des drames comme ceux-là arrivent, c'est ce que nous craignons. Nous avons… je crois qu'il y a plusieurs milliers de migrants qui ont essayé de passer, qui ont été sauvés ces derniers mois et ces dernières semaines, le président de la République, d'abord il faut s'incliner devant les victimes, c'est des personnes, parfois des très jeunes, parfois des mineurs, qui sont morts au milieu de la Manche, qui venaient souvent d'Irak et de Syrie, qui avaient déjà sans doute traversé des tas de périls, tout ça accompagnés par des gens qui se, pardon de l'expression mais qui se graissent sur le dos de la misère humaine, qui à chaque étape viennent leur prélever leurs dîmes…

ORIANE MANCINI
Pour vous la responsabilité elle vient des passeurs ?

MARC FESNEAU
Et donc il faut à la fois penser aujourd'hui et ce matin aux victimes et à l'émotion que nous ressentons tous devant ces drames humains, parce que derrière tout ça il y a des réalités humaines, il y a des gens qui avaient une histoire, qui avaient une vie, qui ont quitté leur pays pour des tas de raisons, souvent politiques ou de persécution, et puis désormais, au-delà de l'émotion qui est légitime, il faut que nous arrivions à travailler avec les Britanniques sur quelque chose autour des affaires de l'accord du Touquet, qui fasse en sorte qu'il n'y ait pas un appel d'air de main-d'œuvre en Grande-Bretagne et que par ailleurs nous arrivions à coopérer avec les Anglais, parce qu'on ne peut pas être les seuls à exercer les missions de gardes-côtes.

JULIEN LECUYER
Monsieur FESNEAU, est-ce qu'on n'arrive pas vraiment au bout d'un système ? On a vu depuis 2018 une sécurisation accrue de la frontière, et pourtant chaque année le nombre de tentatives de passage augmente, ça veut dire que finalement la sécurisation ne fonctionne pas et si on sécurise de plus en plus on va lutter contre les passeurs, évidemment, c'est bien logique, mais ça ne suffira pas.

MARC FESNEAU
Ce n'est pas qu'elle ne fonctionne pas, vous avez raison, c'est qu'elle ne suffit pas.

JULIEN LECUYER
Est-ce qu'il faut remettre en cause, très clairement, les accords du Touquet ?

MARC FESNEAU
Il faut rediscuter avec les Britanniques parce que manifestement… alors, il y a toujours les grandes déclarations il faut remettre en cause les accords du Touquet, en tout cas il faut discuter avec les Britanniques pour savoir les conditions dans lesquelles on peut faire en sorte qu'on ne se retrouve pas dans une situation, malgré les… c'est la France qui prend à sa charge, si normalement les Britanniques doivent prendre une partie de la charge qui est la nôtre, de garder les frontières si je peux dire, il faut qu'on regarde avec les Britanniques les moyens pour faire en sorte que, ce qu'on voit effectivement à l'œuvre, c'est-à-dire plutôt un accroissement, quelque chose qui fait que des gens, sur le sol français, ont envie à toute force d'aller sur le territoire britannique, donc il y a un travail à faire avec les Britanniques, j'en conviens.

JULIEN LECUYER
Le principal souci, Monsieur FESNEAU, c'est qu'il n'y a plus véritablement de voie légale d'immigration, elle s'est réduite encore plus avec le Brexit, et c'est ce qui fait que ces personnes restent bloquées sur notre…

MARC FESNEAU
On voit bien que tout ça est lié au Brexit, et ce n'est pas parce qu'on a quitté l'espace européen, en termes institutionnel, qu'on n'a pas des responsabilités, y compris quand on est britannique, je pense que c'est d'ailleurs l'appel au dialogue qu'a lancé le président de la République, il faut qu'on regarde avec les Britanniques. Ils ont des responsabilités et nous avons ce sujet en partage, ce n'est pas chacun d'un côté de la frontière où on se regarde et on fait en sorte comme si, de faire qu'il n'y ait pas de problèmes. Il y a des problèmes de migration, il y a des problèmes avec des drames humains, on en a un terrible sous les yeux ce matin, avec ce qui s'est passé hier dans la journée, et donc on a une responsabilité collective, c'est ce à quoi appelle le président de la République, c'est de regarder posément, mais sérieusement cette question, qui fasse en sorte qu'il n'y ait pas un appel d'air côté britannique, et qu'on ne soit pas seuls, et que les Britanniques prennent leur part de la charge et de la responsabilité qui est la leur…

JULIEN LECUYER
On parle des Britanniques, mais Gérald DARMANIN, ministre de l'Intérieur, hier soir, pointait aussi la responsabilité d'autres pays, est-ce que les Pays-Bas, est-ce que la Belgique, font aussi leur part du travail pour aider au démantèlement des passeurs ?

MARC FESNEAU
D'ailleurs il ne vous aura pas échappé que la réunion qui va être organisée aujourd'hui est une réunion qui ne réunit pas que les Français et les Britanniques, mais aussi d'autres pays, qui doivent prendre leur part aussi pour faire en sorte de lutter, à leurs échelles, et dans leurs territoires, contre les passeurs et contre ces flux migratoires.

JULIEN LECUYER
Ce qu'ils ne font pas assez ?

ORIANE MANCINI
Ça fait des mois, des années, qu'on entend ça au sein de l'Union européenne, pourquoi ça n'avance pas ?

MARC FESNEAU
Oui, mais si le sujet était simple et facile ça ce saurait, et donc moi je…

ORIANE MANCINI
Vous pensez que la présidence française ça peut faire avancer ce dossier ?

MARC FESNEAU
Je ne sais pas si c'est seulement la présidence française, il ne faut pas attendre une présidence française seulement pour faire avancer ce dossier, d'ailleurs nous ne sommes pas encore sous présidence française et nous essayons de faire avancer ce dossier depuis des mois, avec les Britanniques, et c'est vrai que l'affaire du Brexit n'a pas simplifié les choses. Il faut qu'on regarde avec les autres pays européens, qui sont concernés par ce sujet migratoire, parce qu'il y a des flux migratoires sur le continent aussi, il y a des organisations et des passeurs sur le continent, et c'est aussi dans ce domaine-là qu'il faut travailler.

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il peut y avoir des réponses franco-françaises ? Il y a la question des quotas d'immigration qui revient sur le devant de la table, c'est notamment des propositions des candidats de droite, on se souvient qu'Emmanuel MACRON en avait parlé, qu'Edouard PHILIPPE en avait parlé à l'époque où il était Premier ministre, avec des quotas d'immigration fixés chaque année par le Parlement pour l'immigration économique, pourquoi ça n'a pas été fait ?

MARC FESNEAU
Ecoutez, on a fait une première chose, qui est à l'œuvre et qui petit à petit est en train de s'améliorer, c'était de faire en sorte que le traitement des demandeurs d'asile, le traitement des gens qui sont en situation de demande de Visa, que le délai de traitement soit le plus court possible et ramené à des délais qui soient raisonnables. Pourquoi raisonnables ? Parce que quand vous laissez des gens dans des situations d'instabilité de statut, non pas pendant des mois mais parfois des années, vous installez des gens avec des familles, après vous êtes dans la situation de ne plus, au fond, pouvoir les reconduire à la frontière, donc on avait besoin de raccourcir les délais. Deux, penser que c'est dans les simples frontières franco-françaises qu'on réglera ces sujets migratoires, on voit bien la crise que nous avons aux frontières polonaises avec la Biélorussie, évidemment c'est un sujet européen, donc on ne peut pas dire que c'est franco-français. Il faut qu'on ait, au niveau européen, à la fois dans les mesures de protection de nos frontières, avec Frontex, dont il faut sans doute renforcer les moyens, mais aussi en termes de règles, c'est-à-dire qu'on ne peut pas avoir autant de disparités entre les pays européens, parce qu'évidemment les migrants, pour beaucoup d'entre eux, ils quittent leur pays pour des raisons économiques et pour des raisons politiques, et pour des raisons de persécution, personne ne prend sa valise et quitte chez soi pour le plaisir, je ne connais pas de gens qui fassent ça pour le plaisir, c'est des gens qui ont parfois y compris même la mort aux trousses, et donc si nous n'avons pas une réponse collective, à la fois quand il y a de l'asile et qu'il faut traiter les demandes d'asile, parce qu'il y a des gens qui ont besoin d'asile, il y a des gens qui ont besoin d'être protégés, on ne peut pas à la fois pousser des cris d'orfraies à juste titre sur des pays qui tournent, dans un certain nombre de domaines, à la dictature, à la persécution faite à telle ou telle religion ou aux femmes, et après ne pas prendre nos propres responsabilités en termes de demandes d'asile, mais on a besoin, de ce point de vue là, et ce n'est pas une question de quotas, en France… c'est une question européenne.

JULIEN LECUYER
Est-ce qu'il ne faut pas, pour reprendre la main sur la politique migratoire, changer la Constitution pour permettre aussi de fixer des quotas, on le disait, mais aussi permettre de déroger aux règles européennes ?

MARC FESNEAU
Comme si la Constitution était une forme de prophétie auto-réalisatrice, c'est parce qu'on déciderait, dans la Constitution, qu'il n'y aura pas plus d'immigration, il n'y aura plus d'immigration, enfin, je veux dire, qui sérieusement peut penser ça ? Il y a parfois des besoins d'ajustements constitutionnels, mais ne pas régler le problème en se disant, on ne va pas dresser des murs entre l'Allemagne et la France, une fois que les gens sont en Allemagne ils essaieront aussi de passer la frontière et donc on a besoin de traiter au niveau européen cette question-là, on n'a pas besoin de la traiter seulement dans nos frontières. Et par ailleurs sur le sujet européen, si à chaque fois qu'on a un problème sur le sujet, en France, on considère qu'il faut sortir des traités européens, on a devant nous un grave problème.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire que les solutions préconisées, notamment par certains candidats, dont les candidats les Républicains, c'est des fausses solutions ?

MARC FESNEAU
Moi je vois bien le jeu qui consiste, dans une primaire, à être le plus radical possible et à faire parfois des propositions, et je le regrette au fond parce que dans le débat démocratique on a besoin de dire des choses, je crois que l'un des candidats d'ailleurs l'a dit, il y a des choses qu'on peut faire, dire des choses qui sont crédibles devant les citoyens, parce que les mêmes qui vous disent ça ils ont été en situation de gouverner il y a 10 ans, ils faisaient les mêmes rodomontades et ils se sont heurtés aux mêmes difficultés, donc plutôt que d'essayer à toute force de détourner le sujet en disant il suffit de changer la Constitution, comme si… qui croit sérieusement qu'en changeant un article de la Constitution on va régler le problème de flux migratoires qui sont liés à des problèmes de populations qui sont persécutées dans leur pays ?

JULIEN LECUYER
Donc ils ne sont pas crédibles pour vous ?

MARC FESNEAU
Quand vous avez la mort aux trousses, et nous notre chance c'est de ne pas être dans cette situation, mais quand vous êtes syrien, ou irakien, et que vous êtes persécuté pour votre religion, quand vous êtes une femme afghane et que vous voulez quitter votre pays, ce n'est pas la peine de… ce n'est pas en changeant la Constitution que vous allez changer. On a besoin, en revanche, qu'au niveau européen, on traite ces questions aux frontières, on regarde la manière dont on harmonise nos politiques, et quand il y a besoin d'asile, de l'exercer, parce que c'est la responsabilité de nos démocraties, de nos pays, que d'exercer, de faire exercer le droit d'asile, et par ailleurs quand des gens sont sur le territoire et n'ont pas motif à y être, de les reconduire à la frontière, mais c'est une politique collective qu'on doit avoir.

ORIANE MANCINI
On va parler de la crise sanitaire.

JULIEN LECUYER
Oui, autre sujet d'actualité. Aujourd'hui devrait s'exprimer le ministre de la Santé, Olivier VERAN, pour annoncer un renforcement des mesures, alors c'est vrai que le 31 août on nous disait, j'entends encore le Premier ministre nous dire qu'on était sur le bon chemin d'un retour à la vie normale, est-ce qu'on doit faire le deuil de ce retour à la vie normale ?

MARC FESNEAU
On ne doit pas faire le deuil du retour à la vie normale, on doit en tout cas principalement être vigilant parce qu'il faut qu'on adapte nos outils, nos dispositifs, nos politiques, à la situation virale, c'est quand même une épidémie qui nous aura appris collectivement, et pas qu'aux gouvernants d'ailleurs, ça serait bien que ça s'applique à tout le monde, une forme d'humilité, avec des phases épidémiques qui ont été de natures diverses, avec des pays dont on disait, qu'on citait en exemples, dont on disait que c'était formidable, et dont on voit qu'ils se heurtent de nouveau eux-mêmes à un pic épidémique beaucoup plus puissant que le nôtre, et donc c'est pour ça qu'il faut éviter de se donner des leçons réciproques sur ce sujet-là. On voit bien en revanche qu'on est dans une nouvelle vague épidémique, avec une montée en puissance des cas, pas complètement corrélée comme ça a été dans les précédents épisodes avec des hospitalisations massives ou des soins intensifs sursaturés, simplement il faut qu'on… depuis le début on bute sur la même difficulté, nous, mais comme tous les pays du monde, avec un ajustement qu'il faut avoir entre les cas de gens qui sont contaminés, les personnes qui sont en réanimation dans les services hospitaliers, pour ne pas saturer les services hospitaliers, et c'est ce à quoi il faut qu'on fasse face. Alors, avec un élément nouveau par rapport aux précédents pics épidémiques, c'est la vaccination. C'est un outil puissant la vaccination et c'est pour ça que le président de la République, dans sa déclaration au mois de juillet, a massivement incité à la vaccination.

JULIEN LECUYER
On va droit vers la vaccination des enfants ?

MARC FESNEAU
Je vais vous répondre, mais juste je finis sur ce sujet. Le ministre VERAN, le Premier ministre hier avec les parlementaires, les groupes du Sénat, le président du Sénat, les groupes de l'Assemblée nationale et le président de l'Assemblée nationale, ont consulté, ont mis sur la table un certain nombre de propositions, ce matin c'est les associations d'élus, les représentants syndicaux, les représentants de l'Education nationale, le ministre VERAN s'exprimera à la mi-journée, mais effectivement dans l'arsenal qui est le nôtre il y a la question des gestes barrières sur lesquels il faut qu'on réappelle notre vigilance collective…

JULIEN LECUYER
Y compris le gouvernement ?

MARC FESNEAU
Mais tout le monde, oui… enfin, personne n'est parfait, il peut arriver, à vous, à moi, à n'importe qui, parce que nous sommes des êtres humains et pas des robots, qu'on puisse oublier, qu'on puisse se relâcher, parce que, au fond, effectivement, la vie est devenue un peu plus normale qu'elle ne l'était au mois de mars 2020, Ok, pas de leçons à donner, maintenant vigilance pour tout le monde et donc on aura besoin de faire ça, et puis d'accélérer le rappel vaccinal, parce qu'on voit bien, on le savait depuis le début d'ailleurs, qu'il y a besoin d'accélérer les processus de rappels vaccinaux. Par ailleurs, pour les enfants il y a des positions qui ont été prises par des agences américaines du médicament, au niveau européen on verra, on va faire comme on a fait à chaque fois, c'est-à-dire qu'il y a des process, il y a des hautes autorités, et ça donne du crédit à la politique qu'on donne, qui donnent leur avis, et à partir de là on prendra des décisions.

ORIANE MANCINI
Sur ce qui se passe au Parlement ces derniers jours, il est beaucoup question de budget. Hier le Parlement a voté l'indemnité inflation, qui était promise par Jean CASTEX, cette indemnité de 100 euros qui serait versée à 38 millions de Français, votée, mais le Sénat l'avait rejetée, jugeant le dispositif mal ciblé, la droite, la gauche, critiquent une injustice dans le fait que les revenus des ménages ne sont pas pris en compte et que c'est une indemnité qui est individualisée. Pourquoi ne pas avoir écouté l'opposition et ne pas avoir cherché un compromis ?

MARC FESNEAU
Alors là je ne veux pas mettre qui que ce soit en défaut de crédibilité ou de responsabilité, mais les mêmes nous demandaient qu'on baisse les taxes uniformément, pour tout le monde, alors je ne sais pas où était la justice, parce que là ce n'était plus 38 millions, c'était 65 millions de Français, enfin globalement, tous n'ont pas leur permis de conduire, qui étaient concernés, donc les mêmes qui viennent vous faire le reproche d'avoir ciblé disent il fallait sur-cibler, et en même temps, tandis que dans le même mouvement, si je peux dire, avec la plus grande cohérence qui soit, sans doute, ils nous expliquaient que la seule voie c'était de baisser les taxes, ce qui est la chose la plus uniforme qui soit, sans aucune distinction entre les revenus. C'est le choix qui a été fait par le gouvernement, pourquoi ? parce qu'on a ciblé, parce qu'à force de dire on élimine un certain nombre de catégories de population, ces populations qui sont, qu'on appelle la classe moyenne, même si je n'aime pas la terminologie, elle a toujours le sentiment qu'elle passe à côté des dispositifs, et quand vous gagnez 2000 euros, quand vous avez une augmentation des prix des carburants ou des prix du chauffage de cette nature-là, ça pèse aussi sur vos revenus, donc il faut aussi considérer cette position-là. Le gouvernement a sa position, l'opposition, au Sénat comme ailleurs, a le droit d'en avoir une autre, simplement je demande un peu qu'on puisse être cohérent, parce que moi j'ai entendu des voix, au tout début de ce process, nous réclamant une baisse uniforme des taxes, et maintenant on nous dit "il vaut mieux cibler", eh bien non, une baisse des taxes ce n'était, par nature, pas cibler.

ORIANE MANCINI
L'autre question elle concerne le budget, budget rejeté ici au Sénat, avant même son examen, la droite sénatoriale qui juge ce budget électoraliste, qu'est-ce que vous avez pensé de cette méthode ?

MARC FESNEAU
Par nature, vous savez, je suis ministre de Relations avec le Parlement, et par nature j'ai grand respect du Sénat en plus, et ce n'est pas un propos de comptoir parce que… je n'ai donc pas à commenter les décisions d'une majorité qui s'impose à nous et qui s'impose d'ailleurs à d'autres parlementaires au Sénat, à d'autres sénateurs, qui manifestement n'étaient pas sur cette ligne-là si j'ai bien regardé le détail des votes. La seule chose c'est que je pense que… un budget ça mérite forcément, me semble-t-il, un débat, je trouve que c'est toujours utile, et d'ailleurs, au fond, on a remplacé un débat budgétaire par des débats non budgétaires sur des thèmes qui étaient des thèmes budgétaires, voilà, puisque j'étais en conférence des présidents mercredi, que le travail…

ORIANE MANCINI
Un des débats thématiques pendant quelques jours au Sénat.

MARC FESNEAU
Voilà, c'est des débats thématiques… sur la question de la politique environnementale, de la politique économique et sociale, de la politique à l'endroit des collectivités locales, tous sujets qu'on traite généralement aussi dans la deuxième partie…

ORIANE MANCINI
Donc il y avait quoi, de la politique, pour vous, de la part de la droite sénatoriale ?

MARC FESNEAU
Oh peut-être, mais après tout c'est la décision du Sénat, elle est souveraine, on a adapté le calendrier en bonne intelligence avec le Sénat pour qu'il puisse y avoir un partage, redistribuer, si je peux dire, du temps parlementaire, mais si à chaque fois qu'on a un épisode électoral on dit c'est électoraliste, alors je ne sais pas d'ailleurs qui est électoraliste dans l'affaire, mais en tout cas je pense qu'on fait…

ORIANE MANCINI
Donc la droite sénatoriale…

MARC FESNEAU
Il me semble que le débat budgétaire mérite un débat budgétaire et que ça permettait d'ailleurs à chaque de faire état de ses propres propositions, mais après tout c'est un choix, on en prend acte, et il y aura des débats non budgétaires, mais il y aura des débats quand même.

JULIEN LECUYER
On sent malgré tout que les relations entre le Sénat et le gouvernement ne sont pas simples, elles ne l'ont jamais été de toute façon durant ce mandat. On sait que le président du Sénat, Gérard LARCHER, a écrit une lettre à Jean CASTEX pour pointer un certain nombre de dysfonctionnements dans les relations entre le gouvernement et le Sénat justement en pointant l'absence de certains ministres, Bruno LE MAIRE, Olivier VERAN, est-ce qu'il a raison de pointer ça le président du Sénat ?

MARC FESNEAU
Mais il est dans son rôle, et il a raison de pointer quand… quand il y a des dysfonctionnements, de les pointer, de les indiquer…

ORIANE MANCINI
Mais il y en a ?

MARC FESNEAU
Attendez, quand ils pointent des dysfonctionnements, parfois des questions écrites auxquelles il n'est pas donné de réponses dans les délais suffisants, moi mon rôle c'est de faire en sorte, quand il y a des dysfonctionnements, quand il y a des absences qui sont marquées, Bruno LE MAIRE hier était aux Questions au gouvernement, de rappeler, mes collègues du gouvernement…

JULIEN LECUYER
Leur implication.

MARC FESNEAU
La nécessité d'être présents à l'Assemblée nationale ou au Sénat. Reconnaissons aussi que l'on était dans une phase épidémique qui a mis tout le monde on tension, enfin je veux dire, les ministres sont à l'œuvre, ils sont à l'œuvre à l'Assemblée nationale et au Sénat, ils sont à l'œuvre ailleurs, simplement il faut qu'on essaie de trouver un terrain de bonne intelligence, pour faire en sorte que les exigences qui sont légitimes, d'une assemblée comme le Sénat, soient respectées, et que par ailleurs on comprenne aussi les contingences et des contraintes des uns et des autres. Mon travail comme ministre des Relations avec le Parlement, c'est de bien mettre de la fluidité dans tout cela et de faire en sorte de répondre aux attentes du président du Sénat. Il faut toujours écouter. Quand le président du Sénat a écrit un courrier au Premier ministre, et qu'il a un certain nombre de demandes, de prêts requis ou de griefs…

JULIEN LECUYER
… lire attentivement.

MARC FESNEAU
Oui, enfin, et pas simplement poliment.

JULIEN LECUYER
Oui, c'est ça, reçu et bien pris note.

MARC FESNEAU
Ce n'est pas simplement un accusé de réception qu'il faut faire, c'est un vrai accusé de réception. On a bien compris le message et on va faire passer les messages qu'il faut. Personne n'est parfait non plus…

JULIEN LECUYER
Donc vous avez rappelé à vos collègues…

ORIANE MANCINI
Vous avez un peu rectifié le tir quand même.

MARC FESNEAU
Non mais, on a été en charge très longuement, sur la question de la crise épidémique, depuis mars 2020, et il y avait eu d'autres épisodes avant, le gouvernement était là, sur des tas de sujets, et des tas de sujets sur lesquels on essaie de répondre aux questions. Il peut y avoir des moments où il y a du relâchement sur les délais de réponse aux questions écrites, et je rappelle chaque fois mes collègues à leurs obligations.

ORIANE MANCINI
Deux dernières questions parlementaires avant de parler de la campagne présidentielle avec Julien. Le texte sur l'allongement du délai légal d'IVG de 12 à 14 semaines sera examiné la semaine prochaine, par les députés. C'est un texte qui divise la majorité. Christophe CASTANER a voulu qu'il soit réinscrit au calendrier du Parlement d'ici la fin de l'année. Est-ce qu'il a eu raison, quelle est votre position sur ce texte ?

MARC FESNEAU
C'est une semaine d'initiative parlementaire et je dirais même du groupe, donc c'est le droit du groupe En Marche et du groupe majoritaire de l'inscrire à l'ordre du jour. Olivier VERAN exprimera la position du gouvernement. Je pense que…

ORIANE MANCINI
Qui est laquelle ?

MARC FESNEAU
Il exprimera lundi la position du gouvernement, je ne viens pas préempter sur le terrain des autres, mais la position du gouvernement était assez simple, c'est d'abord d'entourer cette question-là d'un certain nombre d'avis, le CCNE, enfin un certain nombre d'avis qui n'étaient pas acquis à l'époque, d'avoir un débat avec les parlementaires, de regarder quelles sont les limites qui sont fournies. Finalement, le débat il est sur quoi, en tout cas de ce que j'en ai compris, n'étant pas forcément un spécialiste de la question, c'est au fond, la volonté d'allongement elle est liée au fait qu'on estime à juste titre d'ailleurs, qu'un certain nombre de femmes ne peuvent pas recourir à l'IVG pour des raisons de délais. Je pense que ça pose un problème, moi personnellement, qui est plus lourd, qui est dans des territoires où il y a une sous-densité de médecins qui peuvent traiter de ces questions-là, ce n'est pas seulement en allongeant les délais qu'on réglera le sujet de femmes qui de toute façon sont éloignées de médecins. Quand vous avez, donc moi dans le territoire que je connais le mieux, la région Centre Val-de-Loire, entre 15 et 20% des gens qui n'ont pas de médecin traitant, quand vous êtes confrontés à la décision douloureuse, difficile, d'une interruption volontaire de grossesse et que vous n'avez pas de médecin traitant à qui vous en parlez ? Au fond, la question du délai ne résume pas la seule question. La seule question, parce que c'est un droit, c'est que le droit puisse s'exercer quel que soit le délai. Je pense que l'on a une obligation collective, et les questions de démographie médicale ne sont pas déliées de cette question-là, de faire en sorte que toutes les femmes puissent avoir accès à un conseil, à un médecin, et un à un avis.

ORIANE MANCINI
Et Marc FESNEAU, dernière question sur le Parlement, puisqu'à l'initiative des sénateurs centristes ici au Sénat, a été voté un texte pour revenir sur le non-cumul des mandats. Est-ce que ce texte va poursuivre son chemin parlementaire, est-ce qu'il sera examiné à l'Assemblée nationale ?

MARC FESNEAU
Eh bien il va poursuivre, puisqu'il est dans la niche du groupe UDI, pas la semaine prochaine, après demain, demain.

JULIEN LECUYER
Demain, oui, c'est ça.

MARC FESNEAU
Demain, à l'Assemblée nationale.

ORIANE MANCINI
Et après ?

MARC FESNEAU
Alors attendez…

ORIANE MANCINI
Qu'est-ce qu'il va devenir de ce texte ?

MARC FESNEAU
Attendez, moi ce que je pense sur ce sujet-là, qu'il est intéressant qu'on ait ouvert le débat, moi je ne suis pas d'accord avec l'idée que la vie politique serait profondément transformée par la simple idée qu'on revienne à la fonction de député-maire. Alors on dit 10 000, 10 000 c'est 95% des communes, c'est-à-dire qu'on revient au cumul de mandats, je pense qu'on a recomplexifié les choses en disant qu'on autorise aussi le cumul des indemnités, je pense que ça n'est pas une bonne idée. En revanche, la question du lien entre les parlementaires, députés et sénateurs, et je l'ai dit il y a très longtemps, je l'avais dit à la sortie de la crise des Gilets jaunes, donc je suis assez solide sur mes convictions, et de retrouver un nouveau lien, parce qu'en fait on a fait une fin de cumul sèche, qui a fait que des distorsions se sont créées parfois entre les territoires et les élus nationaux, et donc il faut qu'on retrouve ce lien. Est-ce que c'est par la voix du député-maire ou de sénateur-maire ? Est-ce que ce n'est pas par la voie du fait qu'on fasse re-rentrer dans les exécutifs des parlementaires ? Il me semble que c'est un sujet qui mérite d'être posé, qui ne sera pas écumé complètement par le débat parlementaire de cette semaine. Et deux, je pense que ça pose un problème plus global du fonctionnement de nos démocraties et de notre démocratie, et je pense que c'est un débat, pardon, qui relève à 6 mois d'une présidentielle à peine, d'un débat démocratique et donc d'un débat…

JULIEN LECUYER
De campagne présidentielle. Campagne présidentielle dont on va parler, et aussi de…

MARC FESNEAU
Ça fait une transition.

JULIEN LECUYER
Merci beaucoup monsieur FESNEAU.

MARC FESNEAU
Sans le vouloir.

JULIEN LECUYER
Et on va parler au sein de cette présidentielle de la constitution d'un nouvel enfant politique, la Maison commune. Alors, il va falloir nous préciser à quoi il ressemble cet enfant. Alors, on a compris qu'il sera porté sur les fonts baptismaux lundi à la Maison de la mutualité, il va réunir le MoDem, AGRI, LREM et le nouveau parti d'Edouard PHILIPPE Horizons. Mais voilà, est-ce que vous pouvez nous dire concrètement à quoi il va servir ce nouvel ensemble, ensemble citoyen déjà.

MARC FESNEAU
Il me semble qu'il y a une double volonté qui s'exprime au travers de ce rassemblement, vous auriez pu rajouter, Territoire de progrès ou en commun, ou d'autres formations politiques, qui finalement ont envie de s'adjoindre à cette démarche, une double volonté. Il y a une volonté d'abord, s'inscrivant dans la logique de 2017, que ceux et celles qui soutiennent la politique menée par le président de la République, puissent se retrouver dans le même ensemble, c'est-à-dire faire figurer et rendre visible le dépassement qui est à l'œuvre depuis 2017. Parce qu'au fond, depuis 2017, le champ politique n'a pas beaucoup changé. La création d'En Marche, et puis de sur le flanc droit, sur le flanc gauche, et même dans l'espace majoritaire, il y a eu peu de mouvements et de changements, d'un point de vue partisan. Donc, premier élément, c'est faire figurer au travers de cet ensemble, le dépassement. Et puis deuxième élément dans cette construction, ça a été dit d'ailleurs par François BAYROU, Richard FERRAND ou même récemment par Edouard PHILIPPE, c'est la capacité à l'intérieur de ces ensembles, à ce que ceux qui se reconnaissent plutôt comme venant plutôt de la droite, ceux qui se reconnaissent plutôt comme venant de l'espace central, puissent eux-mêmes s'organiser et solidifier leur base. Moi je pense qu'il n'y aurait, il n'y a jamais de dépassement, c'est-à-dire le dépassement c'est quoi, c'est la capacité pour des gens qui viennent de frontières et d'horizons différents, en l'occurrence droite et gauche, il n'y a pas de possibilité de dépassement dans ce pays si l'espace central n'est pas fort. François BAYROU avait failli le réussir en 2007, le président de la République Emmanuel MACRON l'a réussi en 2017, mais c'est parce que sur l'espace central il ouvre un champ, sinon vous n'auriez pas trouvé un certain nombre de gens à droite et à gauche, qui auraient pu se parler.

JULIEN LECUYER
Visiblement, ce n'est pas un grand parti central comme le rêvait François BAYROU, ça va être plutôt une sorte de bannière commune qui va servir aussi, disons-le, très politiquement parlant, à organiser les législatives, à servir de salle de réunion pour investir les candidats pour les prochaines législatives.

MARC FESNEAU
Non non non non. Non non, ça n'est pas une bannière, parce que si c'était une bannière, on aurait fait une bannière. C'est assez simple…

JULIEN LECUYER
C'est entre le parti et la bannière me disait un ministre.

MARC FESNEAU
Oui, et donc ça n'est pas une bannière, et l'idée c'est de, respectant… Parce que moi je n'ai pas oublié ce que nous avions dit, en tout cas pour ce qui est du Mouvement démocrate, à l'époque c'était en 2002, qu'on ne mettait pas tout le monde dans le même parti, si on ne pensait pas exactement la même chose. Là, l'idée c'est de rassembler au travers d'une structure, des gens qui se retrouvent sur la politique, et qui se retrouvent dans le dépassement prôné par le président de la République, mais par ailleurs, ça n'empêche pas qu'à l'intérieur de ces ensembles, il y ait ce qu'on appelle les coopérations avancées ou renforcées.

JULIEN LECUYER
Une dernière question…

ORIANE MANCINI
Et merci… Très rapidement Julien, on dépasse.

JULIEN LECUYER
Oui, juste pour dire qu'on a vu le Comité exécutif de cette mais maison commune, Richard FERRAND, Jean CASTEX, Edouard PHILIPPE, et il m'en manque un… où sont les femmes ?

MARC FESNEAU
François BAYROU.

ORIANE MANCINI
François BAYROU.

JULIEN LECUYER
François BAYROU. Où sont les femmes ?

MARC FESNEAU
Mais, le Comité exécutif sera paritaire.

JULIEN LECUYER
Alors, ça c'est sûr…

MARC FESNEAU
Oui, c'est un principe…

JULIEN LECUYER
Mais les quatre têtes pensantes, par contre, on ne fait pas de la parité.

MARC FESNEAU
Oui, pardon, Edouard PHILIPPE et Jean CASTEX sont des Premiers ministres ou des anciens Premiers ministres du président de la République.

ORIANE MANCINI
Merci Marc FESNEAU. Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 novembre 2021