Interview de Mme Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, à LCI le 30 novembre 2021, sur la candidature d'Éric Zemmour à l'élection présidentielle de 2022, le séparatisme islamique et les violences faites aux femmes.

Texte intégral

ELISABETH MARTICHOUX
Bonjour Marlène SCHIAPPA.

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ministre déléguée à la Citoyenneté. Merci d'être ce matin sur LCI.

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous.

ELIZABETH MARTICHOUX
L'actualité politique, on va y aller directement si vous le voulez bien, c'est évidemment la candidature d'Eric ZEMMOUR. On a appris hier soir qu'il annonçait à midi par vidéo, et il sera ce soir sur le plateau de TF1 face à Gilles BOULEAU. Selon vous, qu'est-ce que ça change ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, honnêtement pas grand-chose, dans la mesure où Eric ZEMMOUR sature déjà les ondes médiatiques depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois avec ce vrai/faux suspense de candidature. Je crois qu'en tout cas avant même sa candidature, les Français ont déjà pu se rendre compte du style Eric ZEMMOUR, on va dire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et alors, est-ce que d'abord c'est une surprise pour vous ? Est-ce que vous pensiez qu'après les ratés de la campagne qui se sont multipliés depuis en gros qu'il est allé le soir devant le Bataclan, après il a enchaîné un certain nombre de déconvenues, est-ce que vous vous étiez dit : bon, finalement il pourrait renoncer, le journaliste polémiste ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, qu'est-ce qu'il faut, de quoi on a besoin pour être candidat à la présidence de la République en France ? On a besoin d'avoir des soutiens, on a besoin d'avoir des idées, une vision, un programme, on a besoin d'avoir un financement, on a besoin d'avoir un certain nombre de choses, et il m'a semblé qu'Eric ZEMMOUR ne les avait pas, mais je ne suis pas une experte d'Eric ZEMMOUR, mais j'ai vu qu'il y avait des soutiens qui s'en allaient, qu'il n'avait pas de ralliement de la part d'élus, qu'il était en peine de présenter un programme. Dès lors qu'il fait une interview sur autre chose que les sujets d'immigration, sur les sujets économiques, sur les sujets de diplomatie, sur d'autres sujets, c'est difficile, et puis on voit qu'il n'y a pas être plébiscite des Français. Eric ZEMMOUR est accueilli à coups de hurlements et avec des affrontements, et on a touché le fond avec l'échange de doigts d'honneur avec une dame qui passait par là. Un président de la République ne peut pas faire ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et il est candidat aujourd'hui.

MARLENE SCHIAPPA
Il est candidat, c'est sa liberté, c'est son choix.

ELIZABETH MARTICHOUX
… il va l'annoncer dans quelques heures, son statut va changer, dans le débat politique…

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, nous sommes en démocratie. Moi, vous savez, je ne fais pas partie des gens qui ont dit « untel ou untel ne peut pas se présenter, ou n'est pas légitime pour se présenter ». Nous sommes en démocratie, chacun a le droit se présenter s'il a et s'il réunit 500 signatures de maires, nous verrons s'il y a en France 500 maires qui souhaitent parrainer Eric ZEMMOUR. J'ai cru comprendre qu'à ce stade ce n'était pas le cas, mais nous verrons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et en tout cas, ceux que vous connaissez, des amis maires etc., vous leur dites : " Evitez " ?

MARLENE SCHIAPPA
Les maires sont responsables, ils savent ce qu'ils ont à faire, et honnêtement je pense que quand on est maire m.a.i.r.e, et qu'on exerce au quotidien des responsabilités, difficiles, souvent hors caméras, au plus près de ses concitoyens, on est un peu navré quand on voit les propos d'Eric ZEMMOUR devant le Bataclan ou le doigt d'honneur qu'il a fait à cette dame à Marseille, ou le fait qu'il crie des insultes dès lors qu'une femme ose être en désaccord avec lui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais enfin, c'est un événement de la vie politique, vous regarderez ce soir à TF1 20h00 ? C'est important pour lui, aussi pour sa candidature, et pour l'avenir de la France.

MARLENE SCHIAPPA
Ah non, je ne regarderai pas, parce que je serai au Sénat, je représenterai le gouvernement pour faire un bilan sur le travail que nous menons sur la sécurité et la justice au gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler.

MARLENE SCHIAPPA
Voilà, il y a des gens qui travaillent pendant qu'Eric ZEMMOUR fait des doigts d'honneur aux citoyens à Marseille.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça c'est dit. Encore une chose, vous avez débattu avec lui…

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je crois que c'était en février 2020.

MARLENE SCHIAPPA
Absolument, je débats avec tout le monde.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous aimeriez justement l'affronter à nouveau pour lui parler des femmes, de la citoyenneté ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, écoutez, si Eric ZEMMOUR répond aux femmes politiques qui sont en désaccord avec lui par autre chose que des insultes et du mépris, je débattrais avec lui volontiers, mais encore faut-il que ce soit à un débat, et moi j'observe que depuis qu'il est candidat putatif, il n'est plus dans le débat d'idées, il est dans l'invective, l'insulte et le mépris, même Marine LE PEN l'a déploré, c'est pour dire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle a dit qu'il avait raté sa mue.

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien elle a dit surtout, vis-à-vis…

ELIZABETH MARTICHOUX
Et qu'il l'attaquait beaucoup elle qu'Emmanuel MACRON.

MARLENE SCHIAPPA
Elle a dit surtout que vis-à-vis d'elle il semblait misogyne et méprisant, comme vis-à-vis de toutes les femmes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà. Marine LE PEN peut aussi servir votre propos, votre discours.

MARLENE SCHIAPPA
Marine LE PEN ne sert pas mon discours, Marine LE PEN est une femme et donc elle acte le fait qu'il y a une misogynie. Je ne suis pas plus en accord politique avec Marine LE PEN.

ELIZABETH MARTICHOUX
Hasard, hasard du calendrier, Joséphine BAKER aujourd'hui entre au Panthéon…

MARLENE SCHIAPPA
Hasard, vraiment ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pensez quoi ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vous pose la question du choix de la date d'Eric ZEMMOUR pour déclarer sa candidature. aujourd'hui, nous avons là une femme qui incarne tout ce qu'Eric ZEMMOUR déteste, c'est-à-dire une femme qui est la première femme noire qui va entrer au Panthéon, artiste de music-hall, qui a été libre de ses choix toute sa vie, de ses danses, de ses choix politiques, résistante, qui a été engagée à la LICRA très longtemps, et on a déjà entendu les propos d'Eric ZEMMOUR contre cette grande et belle association antiraciste et universaliste, et Joséphine BAKER elle ne tombait pas dans le différencialisme, elle était justement pour la bataille, pour les droits pour chacun, en tant que femme, en tant que personnes noire, et justement simplement en tant qu'être humain et citoyenne. Et elle a choisi la France, elle a choisi d'être naturalisée, ces naturalisations contre lesquelles Eric ZEMMOUR s'élève. Qu'il choisisse la date d'aujourd'hui où Joséphine BAKER qui incarne tout ce qu'il déteste, parce qu'elle incarne les valeurs de la République, entre au Panthéon, il sait très bien qu'il va phagocyter cette actualité, ça ne peut pas être un hasard.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et est-ce qu'Emmanuel MACRON y fera allusion, lui ? D'un côté le repli sur soi, la tentation du repli sur soi, dites-vous, incarnée par ZEMMOUR, et puis Joséphine BAKER au Panthéon ? Est-ce qu'il va les mettre en avant ?

MARLENE SCHIAPPA
Non mais je pense que le président de la République est trop respectueux de Joséphine BAKER pour parler d'Eric ZEMMOUR, dans un discours de panthéonisation. Voilà. Ne mettons pas les choses sur le même plan.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout cas, vous avez signé un texte hier avec Laetitia AVIA…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
… pour dire qu'elle incarnait la devise de la France…

MARLENE SCHIAPPA
L'audace républicaine.

ELIZABETH MARTICHOUX
… liberté, égalité, fraternité. Vous en avez profité pour vous en prendre à ceux qui pensent que le combat contre les discriminations est l'apanage des seules minorités.

MARLENE SCHIAPPA
Oui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ou encore que la majorité non discriminée devrait s'excuser d'exister. Vous réglez des comptes.

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas que l'on règle des comptes, c'est qu'on défend des positions, comme l'a fait d'ailleurs Joséphine BAKER toute sa vie. Moi je suis formellement opposée au différentialisme ou à l'essentialisme, qui fait que seuls certains pourraient mener des combats, par exemple le combat des droits des femmes il est mené aussi par des hommes, il y a des hommes extraordinairement engagés. Hier, j'étais à l'Elysée avec le président de la République, il a décoré monsieur EYRAUD, Jacques-Henri EYRAUD, qui a accompli quand il était à la tête de l'OM, beaucoup de choses pour protéger les femmes victimes de violences conjugales, en les accueillant notamment pendant le confinement, c'est un exemple et il y en a beaucoup d'autres, d'hommes engagés pour les droits des femmes, et heureusement, de la même façon qu'on peut être blanc et antiraciste, et heureusement là encore !

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans un instant on va évoquer ensemble la lutte contre le séparatisme. Vous étiez hier à un séminaire auquel participaient 450 Hauts fonctionnaires, justement contre le séparatisme. Un mot quand même pour revenir, 5 jours après la diffusion de l'enquête de " Envoyé spécial " sur Nicolas HULOT, vous avez été maintes fois interrogée sur votre réaction en 2018, quand les premières révélations ont eu lieu. Certes ce sont les femmes d'abord, victimes, qui retiennent l'attention, mais pour elles, est-ce que vous pouvez dire néanmoins que votre tribune à l'époque, qui était titrée : " Plaidoyer pour Nicolas HULOT ", à la Une du JDD, était une erreur ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça c'est le titre du JDD, ne n'est pas moi qui ai choisi ce titre-là.

ELIZABETH MARTICHOUX
En tout état de cause, est-ce que vous pouvez admettre qu'il y avait là une erreur ?

MARLENE SCHIAPPA
En tout état de cause, moi je vais vous dire, je suis très interpellée par le fait que certains, pour des raisons qui leur appartiennent, tentent de faire un contre-feu médiatique, en faisant comme si j'étais la personne au centre de ces débats. Moi, quand les faits qui ont été dénoncés, et qui sont graves, se seraient passés, j'avais 4 ans et demi, j'étais à l'école maternelle à Belleville dans le 19e arrondissement de Paris, donc si vous voulez, tout le milieu médiatico-politique qui dit aujourd'hui « tout le monde savait depuis 30 ans, tout le monde savait depuis 30 ans », moi il y a 30 ans j'étais à l'école maternelle et je n'étais pas dans ce petit milieu médiatico-politique. Maintenant, je vais vous dire, je m'interroge parce que PPDA, Nicolas HULOT, Jean-Luc LAHAYE, il y a manifestement un problème dans des faits qui sont rapportés dans le milieu de la télévision, singulièrement j'observe qu'ils étaient à TF1 tous dans les années 80, et donc manifestement il y a un travail à mener là-dessus pour que les femmes puissent porter plainte. Moi c'est le sens de tout l'engagement que je porte au ministère de l'Intérieur.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors, d'accord, on prend le point mais je reviens à vous si vous voulez bien. Parce que, tout le monde aussi, Marlène SCHIAPPA, retient quand même cette tribune. Est-ce que si c'était à refaire, dans le fond, pourquoi je vous pose la question, parce que vous l'avez dit…

MARLENE SCHIAPPA
C'est marrant Elizabeth MARTICHOUX, parce que…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon, juste, je termine.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, allez-y.

ELIZABETH MARTICHOUX
Encore une fois je vous ai entendue à plusieurs reprises, et je me suis dit, peut-être ce matin c'est l'occasion de purger, parce que, encore une fois, il reste, il reste l'idée de cette tribune. Est-ce que si c'était à refaire, vous la referiez de la même façon ?

MARLENE SCHIAPPA
Pardon, excusez-moi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Question simple.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, eh bien réponse très simple. En fait, quand on a préparé cette émission, je vous ai dit qu'hier on avait un séminaire de lutte contre les séparatismes…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va en parler.

MARLENE SCHIAPPA
Et vous avez dit : moi, Nicolas HULOT, je n''en parlerai pas, parce que ça ne m'intéresse pas…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ah non. Moi, moi je vous ai dit ça ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien c'est ce que vous avez dit à ma conseillère, manifestement, pour préparer l'émission.

ELIZABETH MARTICHOU
Ah non, jamais. Jamais. Alors là je m'inscris en faux. Jamais.

MARLENE SCHIAPPA
D'accord.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ni moi, ni l'assistante que votre attachée de Presse a eue. On ne va pas régler des comptes maintenant, mais jamais. D'ailleurs, est-ce que vous demandez à des journalistes de ne pas parler de sujets ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien vous savez très bien qu'il y a un échange avant pour savoir de quels sujets on va parler, vous le savez.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais est-ce que vous demandez à des journalistes de ne pas parler de certains sujets ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne demande pas à des journalistes de parler de certains sujets, mais quand on vous a eue au téléphone, alors je ne sais pas si c'est vous ou votre programmatrice…

ELIZABETH MARTICHOUX
Non…

MARLENE SCHIAPPA
Mais bien sûr que si Elisabeth MARTICHOUX, vous le savez, on a dit que l'on venait pour parler du séminaire sur le séparatisme.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bon, alors, je veux bien…

MARLENE SCHIAPPA
Non, mais on ne va pas mentir aux gens.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je veux bien la contre-attaque, sur la télévision, sur moi…

MARLENE SCHIAPPA
On a dit qu'on parlait… Ce n'est pas une contre-attaque, il n'y a pas de contre-attaque…

ELIZABETH MARTICHOUX
Je vous ai posé une question sur votre responsabilité, Marlène SCHIAPPA, et on va parler ensuite de votre réunion…

MARLENE SCHIAPPA
Mais moi je vous ai répondu Elizabeth MARTICHOUX, c'est Marlène SCHIAPPA qui avait 4 ans et demi, qui était à l'école maternelle quand les faits se sont produits, qui doit rendre compte…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais pas quand vous aviez écrit cette tribune.

MARLENE SCHIAPPA
… de ce qu'a fait Nicolas HULOT dans les années 80.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous ne voulez plus qu'on vous en parle.

MARLENE SCHIAPPA
Non mais attendez, non…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce que vous me dites, c'est que vous ne voulez plus qu'on vous en parle.

MARLENE SCHIAPPA
Mais, je suis là, je suis en train de vous répondre. Je vais vous répondre. Ce que je vous dis simplement, c'est que je veux bien qu'on prenne les faits pour ce qu'ils sont, et qu'on pointe les responsabilités. Parce que si vous voulez, moi j'ai écrit un des premiers livres de France sur la question de la culture du viol, et la culture du viol, ça consiste aussi en points, en délayant les responsabilités et en allant chercher les femmes dans l'entourage des hommes mis en cause. Quand Marc PULVAR est accusé de pédocriminalité, c'est Audrey PULVAR qui est harcelée sur les réseaux sociaux.

ELIZABETH MARTICHOUX
Son père.

MARLENE SCHIAPPA
Quand le rappeur Romeo Elvis c'est accusé d'agression sexuelle, c'est sa soeur Angèle que l'on somme de s'expliquer, puis de se taire, et même d'arrêter de chanter. Nicolas HULOT, pour des faits qui se sont produits 30 ans avant que je ne le connaisse et quand moi-même j'étais enfant, et je n'étais pas dans ce petit milieu médiatico-politique, c'est moi que l'on vient chercher ? Mais c'est une plaisanterie ! Est-ce que vous avez interrogé les hauts dirigeants de TF1 d'il y a 30 ans, les hauts dirigeants d'Europe Ecologie-Les Verts ? Il a failli être leur candidat à l'élection présidentielle, donc soit à un moment on se dit : il faut savoir qui savait quoi et comment on le règle, soit à un moment on est clair dans la responsabilité. Il doit y avoir la justice qui s'en saisit, ça a été fait, et on ne peut pas me reprocher d'avoir une réaction en 2018, pour des faits qui sont portés à notre connaissance publique en 2021. Parce que dire, non non mais en fait tout le monde savait en 2018, comme ça a été dit d'ailleurs sur votre antenne…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça n'est pas du tout…

MARLENE SCHIAPPA
Ça a été dit sur votre antenne à plusieurs reprises…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais ce n'est pas du tout ce que je vous ai dit, d'une part…

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien c'est ma réponse, vous me demandez de répondre, je vous réponds sur ce sujet.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, oui, mais puisque vous me mettez en cause, je me permets de répondre, mais…

MARLENE SCHIAPPA
Je ne vous mets pas en cause.

ELIZABETH MARTICHOUX
Je ne veux pas confisquer l'interview pour…

MARLENE SCHIAPPA
Moi, je ne vous pose pas de question, je ne mets personne en cause.

ELIZABETH MARTICHOUX
Non non, mais jamais en tout cas, nous ne nous sommes engagés à quoi que ce soit en ce qui concerne cette interview.

MARLENE SCHIAPPA
Je ne parle pas d'engagement, je dis que je suis venue pour vous parler du séminaire qui a eu lieu hier, qui est séminaire contre le séparatisme…

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, mais vous savez bien, et vous n'êtes pas femme à craindre les questions, normalement, même si elles sont un peu gênantes.

MARLENE SCHIAPPA
Mais la preuve, je suis là Elizabeth MARTICHOUX, je ne suis pas une planquée, je suis là, je réponds à tout…

ELIZABETH MARTICHOUX
Exactement. Et c'est pour ça qu'on vous interroge.

MARLENE SCHIAPPA
Et je vous remercie de me donner l'occasion de répondre à tout, puisqu'il y a beaucoup de choses qui sont assez surprenantes, qui sont dites sur cette affaire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot du Conseil d'Etat qui a confirmé la fermeture de la mosquée d'Allonnes, c'est dans votre région…

MARLENE SCHIAPPA
Absolument.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans la Sarthe, hier. Il y en a 22 qui ont été fermées depuis la fin 2019, il y en a combien en tout dans le collimateur actuellement du gouvernement ?

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, il y en a plusieurs dizaines qui sont sous surveillance de la part du gouvernement, mais je veux rappeler que ce sont plusieurs dizaines sur plusieurs milliers. La majorité des mosquées en France ne sont pas des mosquées radicalisées, mais celles qui sont soupçonnées de l'être, elles sont évidemment sous surveillance des services de renseignement, pour voir s'il y a à un moment des faits qui peuvent leur être reprochés, et c'est vrai que la loi confortant les principes de la République, elle nous a permis d'avoir davantage d'outils, notamment d'outils pour fermer les mosquées, par exemple les mosquées qui font des prêches de haine, qui tiennent des propos antisémites, qui tiennent des propos contre les femmes, d'apologie du terrorisme, d'appel au Djihad, et je veux dire que c'est une demande des musulmans eux-mêmes, mais ça me semble important de le dire, qui nous ont dit : nous on a besoin, et on souhaite exercer notre foi dans le respect, dans la liberté et on ne veut pas avoir ce qu'on a appelé à un moment des putschs de la part d'imams, qui seraient radicalisés et qui viendraient prendre position dans ces mosquées.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, et par ailleurs on a souvent dit que les associations avaient des recours juridiques infinis pour tenter d'éviter la fermeture qui était, dite par l'Etat, enfin demandée par l'Etat, cette fois c'est le Conseil d'Etat qui quelques semaines après le recours déposé par les gérants de cette mosquée, a confirmé que juridiquement il n'y avait aucun problème.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que, de votre point de vue ça traduit quelque chose ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien ça veut dire qu'il y a eu un changement, et c'est le sens de ce fameux séminaire contrôle séparatiste que nous avons organisé hier à la demande du président de la République et du Premier ministre. Ce séminaire il a réuni 450 cadres dirigeants de l'Etat, introduit par Gérald DARMANIN et conclu par Jean CASTEX, avec des grands experts, comme Bernard ROUGIER, Rudy REICHSTADT, et c'était pour nous l'occasion d'outiller les services de l'Etat pour leur dire : voilà ce que nous avons voté avec la loi confortant les principes républicains, et voilà comment ça peut mieux vous servir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et de faire en sorte qu'il y ait une meilleure coordination.

MARLENE SCHIAPPA
Exactement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Valérie PECRESSE, candidate LR à la candidature, veut imposer un serment de respect de la laïcité et des valeurs de la République pour chaque recrutement des agents publics de l'Etat, justement, et aussi des hôpitaux et des collectivités territoriales. Est-ce que c'est un outil utile ?

MARLENE SCHIAPPA
Pourquoi pas, mais ça fait déjà partie en réalité des obligations du fonctionnaire. Vous savez que lorsqu'on est fonctionnaire et lorsqu'on travaille pour l'Etat, on a déjà de fait, c'est le contrat qui nous lie avec notre employeur qui est l'Etat, l'engagement de respecter notamment les valeurs de la République, et notamment la question de la neutralité religieuse, que là encore nous avons étendu avec la loi confortant les principes républicains, puisque vous savez que désormais elle est aussi étendue aux délégataire de service public, ça n'était pas le cas précédemment, notamment dans les transports, et plusieurs rapports parlementaires, journalistiques, nous disent que dans les transports il y avait un problème de radicalisation, eh bien cette loi elle permet d'être clair, et d'ailleurs d'aider aussi c'est délégataires et d'aider les élus locaux pour leur dire précisément : voilà ce que dit la loi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce mardi, Marlène SCHIAPPA, retour de l'allongement du délai de l'IVG de 12 à 14 semaines à l'Assemblée nationale. C'est une volonté du groupe LREM, vous étiez contre il y a un an, est-ce que vous avez changé d'avis ?

MARLENE SCHIAPPA
Ce n'est pas que j'étais contre, ma position est plus nuancée que ça, et je sais que l'époque souffre mal la nuance, mais ma position est, qui est toujours la même, c'est de dire que l'IVG en France aujourd'hui c'est un droit formel, et moi je suis attachée à ce que ce soit un droit réel. Or, vous avez beaucoup d'endroits en France dans lesquels il est très compliqué pour une femme, aujourd'hui, de prendre un rendez-vous. Et donc pourquoi il y a des femmes et des associations qui demandent l'allongement des délais d'IVG ? C'est pas parce que les femmes ne s'apercevraient pas qu'elles sont enceintes, c'est parce que souvent elles s'en aperçoivent, mais entre le moment où elles veulent prendre le rendez-vous, et le moment du rendez-vous, il y a un délai tellement long, eh bien qu'elles arrivent au bout du délai d'IVG.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et donc il faut plus de moyens, plus de médecins qui acceptent.

MARLENE SCHIAPPA
On a besoin d'avoir un maillage territorial plus fort, mais on sait très bien que l'attractivité des métiers médicaux, que ce soit anesthésiste, gynécologue, la gynécologie médicale et d'autres, eh bien elle est particulière et difficile, et c'est un problème national sur l'ensemble du territoire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais souvent quand on dit qu'une loi n'atteint pas la cible ou en tout cas qu'elle est contournée, là, il y a 3, 4 000, 5 000 femmes qui partiraient à l'étranger, c'est la loi elle-même qu'il faut changer ? Vous, vous dites non, on ne touche pas à la loi. On ne donne pas droit …

MARLENE SCHIAPPA
Non, en fait, je ne viens pas de dire non. Je viens de vous expliquer …

ELIZABETH MARTICHOUX
Non mais vous dites que ce n'est pas la loi qu'il faut changer, c'est les moyens qu'il faut donner ! C'est ce que vous dites !

MARLENE SCHIAPPA
Je ne dis pas que ce n'est pas la loi qu'il faut changer. Le gouvernement donne un avis de sagesse, le ministre de la Santé s'est exprimé à cet égard, les parlementaires voteront, je suis assez certaine que la loi, il est très probable que la loi soit votée et je dis qu'au fond, le plus gros problème pour moi …

ELIZABETH MARTICHOUX
Qu'elle soit votée à l'Assemblée nationale mais pas au Sénat et avec un retour qui ne permettrait pas l'adoption définitive !

MARLENE SCHIAPPA
Nous verrons mais moi, ce qui m'importe, ce n'est pas d'avoir des lois symboliques, c'est d'avoir des lois qu'on peut véritablement mettre en oeuvre et la différence entre le droit formel et le droit réel, elle est trop souvent trop grande notamment en matière de droits des femmes, c'est-à-dire que théoriquement, vous avez un droit – égalité salariale, IVG etc. – mais dans la vie réelle, il est très difficile de faire appliquer ce droit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a eu un féminicide terrible ces derniers jours, une femme qui a été poignardée par son mari qui était sorti de prison quelques jours plus tôt, elle avait un téléphone " grave danger " qu'elle avait déjà actionné d'ailleurs début octobre mais cette fois, elle ne l'avait pas sur elle et donc, il sortait de prison, il est allé acheter un couteau de cuisine, elle est morte sous les coups de son ex-conjoint ; est-ce qu'il y a quelque chose dans la loi qu'on pourrait améliorer pour que cette terrible … enfin bref cette mort épouvantable ne se produise pas ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est évidemment absolument terrible, je veux avoir une pensée pour tous les proches de cette femme et de la même façon pour tous les proches des femmes qui sont mortes par un féminicide récemment et c'est le sens de toute l'action que l'on mène au gouvernement, c'est pour ça que j'ai porté le Grenelle des violences conjugales qui a donné lieu à deux lois déjà et à une centaine de mesures, notamment le bracelet anti-rapprochement qui, contrairement au téléphone " grave danger ", n'a pas besoin d'être activé parce que cette dame avait un téléphone « grave danger », qu'elle n'a pas activé parce que manifestement, elle ne savait pas qu'il était sorti de prison et je veux dire que le Garde des Sceaux a pris déjà, peu après sa nomination, une circulaire en donnant l'ordre que l'on prévienne les victimes de violences conjugales quand l'homme qui a été condamné sort de prison. Manifestement, ça n'a pas été fait dans ce cas-là et je pense que ça, c'est fondamental, on doit encore … On a amélioré beaucoup de choses en quatre ans sur les violences conjugales ; l'information, la circulation, le fait de ne pas travailler en silo, ça fait clairement partie des choses à améliorer pour mieux protéger les femmes face à ces violences.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce sera pour le prochain quinquennat ?

MARLENE SCHIAPPA
Nous verrons !

ELIZABETH MARTICHOUX
La maison commune, elle est au service – un mot, la maison commune c'est ce qui rassemble un certain nombre de composantes de la majorité, elle a été inaugurée hier soir, je ne sais pas si vous y étiez ?

MARLENE SCHIAPPA
Absolument !

ELIZABETH MARTICHOUX
…à la Mutualité, il y avait Jean CASTEX par visio mais également

MARLENE SCHIAPPA
Edouard PHILIPPE …

ELIZABETH MARTICHOUX
Edouard PHILIPPE, Richard FERRAND, Christophe CASTANER etc. C'est quoi ? C'est une machine pour porter la candidature d'Emmanuel MACRON pour être tous unis ?

MARLENE SCHIAPPA
Oui, d'abord nous, nous sommes unis, absolument alors que dans d'autres familles politiques, l'heure est à la division. Nous, nous sommes unis et c'était important pour nous d'être ensemble. Ce qui nous réunit, c'est la volonté que le président Emmanuel MACRON soit réélu et puisse avoir cinq ans de plus pour poursuivre cette révolution qu'il a commencée pour le pays !

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce que c'est sûr, il est candidat ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est notre souhait en tout cas !

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est sûr dans votre esprit ? Pas de doute ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est notre souhait ! Mon esprit importe peu ! Ce qui importe, c'est la réalité !

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Marlène SCHIAPPA

MARLENE SCHIAPPA
Merci à vous ! Bonne journée !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er décembre 2021