Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à CNews le 9 décembre 2021, sur l'élection présidentielle, les vaccins contre le coronavirus et la politique industrielle.

Texte intégral

LAURENCE FERRARI
Bonjour Madame la Ministre.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Laurence FERRARI.

LAURENCE FERRARI
Bienvenue dans la matinale de CNews. On va parler de vos dossiers évidemment, des entreprises et de l'industrie, mais un mot de politique d'abord, avec cette primaire de la gauche qui a été présentée et proposée hier par Anne HIDALGO, la candidate socialiste. Est-ce que c'est un aveu de faiblesse pour vous, ou un aveu d'impasse d'une candidature socialiste pour l'instant ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, moi, j'observe que la gauche et la droite sont dans les manoeuvres, parfois, en recherchant des alliances contre nature, est-ce que, HIDALGO est si proche que ça de MELENCHON, est-ce que PECRESSE partage les mêmes valeurs que CIOTTI, ça n'est pas clair pour moi. Nous, nous sommes à la manoeuvre pour redresser le pays et pour proposer un peu et pour proposer un projet qui rassemble les Français qui croient justement dans ce redressement. Et je crois qu'aujourd'hui, les Français de gauche modérée l'ont bien compris. Et c'est Emmanuel MACRON qu'ils soutiennent.

LAURENCE FERRARI
En tout cas, déjà, les Verts, la France Insoumise ont refusé ce principe de primaire de la gauche, qui arrive évidemment beaucoup trop tard. Est-ce que ce n'est pas quand même un signal pour vous que le président MACRON va devoir rentrer en campagne pour pouvoir affronter ses éventuels adversaires ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
D'abord, on laissera le président décider s'il est candidat et quand, moi, je l‘appelle de mes voeux, évidemment, je pense que, aujourd'hui, c'est le meilleur candidat pour redresser notre pays, il l'a montré ces quatre dernières années, il a tenu la barre dans la crise, nous avons un bilan post-crise, d'un point de vue économique, qui est bien meilleur, qui est exceptionnel objectivement, plus de 6% de croissance, un niveau de chômage qui est au plus bas depuis 10 ans, un niveau d'emploi qui est au plus haut depuis 50 ans, nous l'avons fait en étant au plus près des entreprises, et nous devons continuer. Et sur le volet social, nous devons aussi continuer tout le travail que nous avons fait pour faire en sorte que les plus vulnérables aient accès à un travail, et puissent dignement vivre de ce travail, avec la prime d'activité, avec énormément de mesures, et je crois que c'est ça qu'attendent les Français.

LAURENCE FERRARI
Et le président a été hier en déplacement dans le Cher et dans l'Allier, et il a été confronté à la réalité des Français, je pense que cette dame qui l'a interpellé sur sa petite retraite, 800 euros, normalement, ce que vous aviez promis, c'était 1.000 euros, pas de petite retraite en dessous de 1.000 euros, et la réalité, c'est toujours…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais ça, Laurence FERRARI, je rappelle que nous, nous travaillons pour les réformes des retraites aussi du futur, c'est-à-dire, faire en sorte qu'il n'y ait plus de Français qui soient dans la situation de cette dame, parce que, on le voit, on ne vit pas correctement, dignement avec 800 euros par mois en France.

LAURENCE FERRARI
Absolument, un tout petit mot de cette primaire de la gauche, Yannick JADOT confirme qu'il n'y participera pas, ce n'est pas une surprise, Arnaud MONTEBOURG, lui, estime que l'extrême droite est aux portes du pouvoir ; vous partagez cette inquiétude ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi, je me suis toujours engagée précisément pour lutter contre l'extrême gauche, quand je dis toujours, j'ai trois ans d'engagement politique, mais comme citoyenne, je pense que c'est des partis qui font des promesses…

LAURENCE FERRARI
L'extrême gauche…

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'extrême gauche et l'extrême droite, je les mets, désolée, dans le même paquet, ce sont des partis qui fondent leurs propos sur la misère des gens, qui cultivent les difficultés, qui ne peuvent grandir que sur ces difficultés, et qui n'ont aucune proposition pour les Français, ils n'affrontent pas la réalité, ils ne vont pas dans le dur, comme nous le faisons, nous, nous sommes obligés d'affronter la réalité, et nous essayons de trouver des solutions, et nous ne promettons pas des promesses en l'air. Donc, non, je ne crois pas que l'extrême droite ou l'extrême gauche soit aux portes du pouvoir, parce qu'il y a des alternatives, et qu'aujourd'hui, ces alternatives, les Français ont pris la mesure de leur crédibilité.

LAURENCE FERRARI
On parlait de l'éventuelle entrée en campagne du président MACRON, il faut peut-être qu'il se presse, parce qu'aujourd'hui, 66% des Français inscrits sur les listes électorales disent, en tout cas dans un sondage CSA pour CNews, qu'ils ont déjà choisi leur candidat, 66%. Donc peut-être qu'il faut qu'il rentre en campagne pour que leur choix s'établisse sur une offre complète ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ecoutez, moi, je pense que les Français, ils choisiront le jour de l'élection, et que les sondages ne vont pas trancher…

LAURENCE FERRARI
Eh bien, ils pourront choisir avant aussi, ils peuvent choisir avant aussi…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ne vont pas trancher pour eux, on le sait très bien, si les résultats des sondages avaient été ceux des élections, on aurait eu beaucoup de présidents différents à ce stade de l'année. Donc l'enjeu aujourd'hui, c'est qu'on puisse dérouler des projets, montrer l'enjeu que… enfin, les programmes que nous avons pour les Français, les solutions que nous avons pour les Français, et puis, les Français attendent qu'on travaille jusqu'au bout, que nous soyons à la manoeuvre pour lutter contre la Covid, pour redresser l'économie, pour trouver des solutions pour les plus fragiles, et c'est ce que nous faisons.

LAURENCE FERRARI
Un dernier mot de Marine LE PEN qui, elle aussi, est en campagne, elle dénonce le fait qu'Emmanuel MACRON soit en campagne déguisée, des campagnes déguisées avec l'argent des Français, et avec un carnet de chèques qu'il ouvre à tout instant, qu'est-ce que vous lui répondez à Marine LE PEN ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, je lui réponds que nous sommes au travail depuis 2017, et que nous ne nous sommes jamais arrêtés, et en 2017, en 2018, en 2019, nous avons pris des mesures, nous avons accompagné les Français. Et donc, je suis un peu consternée par ce propos de Marine LE PEN, parce que, qu'est-ce qu'il faudrait ? Qu'on arrête de soutenir les discothèques, qu'on arrête de soutenir les entreprises de l'événementiel, parce que nous serions en campagne, mais ce n'est pas sérieux, nous sommes au travail, et les Français n'attendent pas autre chose, et je rappelle aussi que d'un point de vue économique, nous avons certes engagé des investissements, mais ces investissements payent, ils payent dans la croissance d'aujourd'hui, ils payent dans le redressement du pays, et c'est précisément cette politique économique qui permettra de rembourser la dette à terme.

LAURENCE FERRARI
A terme, c'est-à-dire, dans combien d'années, une dizaine d'années ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, vous n'avez qu'à regarder les trajectoires que propose Bruno LE MAIRE, nous redressons le pays avec une réduction du déficit public dès l'année prochaine.

LAURENCE FERRARI
Dès l'année prochaine. On parle de la situation sanitaire, vous avez évoqué les discothèques qui ont fermé, vous vous êtes occupée, pendant le pire de la crise, de l'approvisionnement en vaccins, où est-ce qu'on en est exactement dans les stocks de vaccins ? Est-ce que nous avons assez de vaccins pour vacciner tous les Français qui sont en piste pour la 3ème dose, est-ce qu'il y en aura pour la 4ème dose, que nous a annoncée hier le professeur Jean-François DELFRAISSY ? Est-ce que nous avons les stocks suffisants ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, premièrement, la 4ème dose, moi, je ne suis pas scientifique, mais on va quand même voir si on en a besoin. Je crois qu'il ne faut pas anticiper la musique. Deuxièmement, aujourd'hui…

LAURENCE FERRARI
Il a dit n'importe quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je dis juste : je ne suis pas scientifique, mais aujourd'hui, il faut savoir… on va faire la 3ème dose. Et si la 3ème dose vous donne une résistance au vaccin qui est longue, c'est tant mieux, et moi, je ne sais pas le dire avant la fin…

LAURENCE FERRARI
Mais lui, il est président du conseil scientifique, donc il est scientifique…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, donc ça, c'est le premier point. Le deuxième point, c'est les stocks, où nous avons plus de 20 millions de doses en stock, et nous continuons à réceptionner chaque semaine des doses de vaccins, ce qui nous permettra d'être en capacité, 15 millions de doses au mois de janvier, 15 millions de doses au mois de février, nous n'avons pas de soucis d'approvisionnement en doses de vaccins. Et je rappelle une chose, j'ai commandé pour la France autant de doses que d'habitants pour les années 2022 et les années 2023. Donc la question des commandes de doses, des approvisionnements et de la production, elle est réglée, on a mis…

LAURENCE FERRARI
Pas d'inquiétude de ce côté-là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas d'inquiétude de ce côté-là. Et aujourd'hui, je veux le souligner, nous vaccinons un nombre extrêmement élevé de personnes, l'indice était 687.000 Français vaccinés, c'est un chiffre absolument énorme. Donc du côté, je dirais, de l'organisation vaccinale, nous sommes également extrêmement avancés, donc on va continuer.

LAURENCE FERRARI
Il y a un phénomène qui se déroule dans les centres de vaccination, c'est que les Français ne veulent pas du vaccin MODERNA, qui est un vaccin ARN exactement comme le PFIZER. Le professeur DELFRAISSY – encore lui – a dit que si on n'écoulait pas les stocks de MODERNA, eh bien, en janvier, nous n'aurions pas de quoi vacciner la population, est-ce que c'est vrai ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, d'abord, je vais préciser une chose, le vaccin MODERNA, c'est le jumeau du vaccin PFIZER, et c'est bien la première fois que les Français s'intéressent à la marque de leur vaccin, personnellement, moi, qui me vaccine chaque année contre la grippe, je ne me suis jamais préoccupée de savoir de quelle maison ça vient. Le vaccin MODERNA, il est sûr et il est efficace, il est efficace à plus de 90%, vous avez très peu de vaccins, très peu de vaccins, toutes pathologies confondues, qui soient aussi efficaces. Donc là, je suis un peu consternée de voir la manière dont certains mobilisent les craintes, là aussi, jouent sur les craintes des gens, alors que nous sommes face à un enjeu sanitaire, où on doit protéger les Français, protéger les plus vulnérables, et vacciner, c'est notre meilleure arme avec le respect des gestes barrières. Donc soyons un peu sérieux et responsables ; le vaccin, les gestes barrières, que ce soit du MODERNA, du PFIZER, c'est la même chose, et effectivement, on a les stocks pour vacciner les Français.

LAURENCE FERRARI
Et celui qui vous consterne, c'est donc le professeur DELFRAISSY, puisque c'est lui qui a dit qu'on n'aurait pas assez de doses si on n'écoule pas le MODERNA…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ce qui consterne, c'est ceux qui utilisent…

LAURENCE FERRARI
C'est lui qui l'a dit…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Comme je l'ai entendu par exemple au Sénat hier, la peur du vaccin MODERNA ou qui la cultivent alors que c'est la même chose que le vaccin PFIZER, ce n'est pas le même laboratoire, c'est tout.

LAURENCE FERRARI
Mais en réalité, si les Français ne veulent pas de ce vaccin MODERNA, comment on va faire, qu'est-ce qu'on fait des stocks, parce que PFIZER, à un moment, on n'aura pas assez de PFIZER pour vacciner tout le monde ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
PFIZER livre en janvier et en février, c'est-à-dire que, à chaque fois, on nous a dit : vous n'aurez pas assez de vaccins, à chaque fois, on en a eu assez de vaccins, donc il faut en arrêter avec cette espèce de peur anxiogène pour les Français, mais il faut aussi, à un moment, dire la vérité, dire la vérité, c'est dire que le vaccin ARN messager MODERNA, c'est la même chose que le vaccin PFIZER ARN messager.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'on a des certitudes sur l'efficacité des vaccins actuels contre le variant Omicron ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les études, elles sont en cours, et les résultats sont en train d'être publiés, moi, je comprends, mais je ne suis encore scientifique, et il faut demander aux laboratoires et aux autorités sanitaires, que, effectivement, il y a une forte efficacité, peut-être moindre que sur les variants qu'on a connus, mais que l'efficacité est au rendez-vous, et en particulier sur les formes graves, ce qui est évidemment le sujet le plus important.

LAURENCE FERRARI
PFIZER aussi a peut-être semé le doute en disant qu'il estimait qu'avec trois doses, on était protégé contre Omicron, mais, en même temps, il prépare une nouvelle formule pour mars, qu'est-ce qu'il faut comprendre, soit, ça marche avec les trois doses, soit, ça ne marche pas, et on fait un nouveau vaccin ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense que PFIZER adapte constamment sa réponse au virus, que nous voyons que tant qu'on n'aura pas vacciné l'ensemble de la planète, il y a un risque d'avoir des variants, des variants nouveaux qui s'adaptent, et donc il anticipe, non seulement la lutte contre l'Omicron, mais éventuellement la lutte contre de futurs variants. Et ce qui est assez extraordinaire avec les vaccins ARN, c'est qu'on peut développer de nouveaux vaccins dans un temps extrêmement comprimé, c'est 6 à 8 semaines pour mettre au point un vaccin d'un point de vue scientifique, après, il faut le temps de le mettre en production industrielle, et vous rajoutez 6 à 8 semaines supplémentaires. Donc c'est ce que fait PFIZER, pour constamment ajuster sa réponse à la Covid.

LAURENCE FERRARI
Donc là, s'ils nous promettent ce nouveau vaccin pour mars, on l'aura quand, nous, en France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, ça fait partie des contrats, c'est-à-dire que dans les contrats, il y a une clause qui dit que…

LAURENCE FERRARI
C'est deux mois après, trois mois après…

AGNES PANNIER-RUNACHER
A partir du moment où nous commandons pour des variants, nous les avons le temps de mettre… enfin, le temps de le mettre en production.

LAURENCE FERRARI
C'est-à-dire, deux mois ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
6 à 8 semaines.

LAURENCE FERRARI
6 à 8 semaines avec la certitude d'être fourni…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait, parce qu'en fait, ce sont des changements de lignes, donc plutôt que de nous livrer le vaccin A, PFIZER nous livre le vaccin B, et c'est lui qui ajuste…

LAURENCE FERRARI
Et donc, si vous avez commandé des vaccins…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est automatique…

LAURENCE FERRARI
Sur 2022 et 2023, ça veut dire que vous envisagez trois, quatre, cinq doses, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, c'est-à-dire que… pas du tout, en fait, nous les avons commandés pour anticiper, c'est-à-dire pour être sûr qu'à un moment, on pourra couvrir les Européens, mais encore une fois, on l'a fait au mois de mai, et au mois de mai, où on n'en avait pas, et c'est normal, de schéma vaccinal, mais c'est notre responsabilité d'être sûrs de pouvoir protéger les Français, et si on en a en trop, on les donne, c'est ce qu'on a déjà fait, et vous le savez, le président de la République a été un des premiers dirigeants mondiaux à donner en masse des vaccins à d'autres pays, et c'est essentiel aussi.

LAURENCE FERRARI
Alors un mot de la relocalisation, qui est évidemment un de vos dossiers majeurs, visiblement, elle s'accentue, 115 relocalisations depuis le mois de septembre 2019, selon une étude publiée mardi, est-ce que la relocalisation, et que, évidemment, vous appelez de vos voeux et que vous aidez, est synonyme de créations d'emplois, est-ce que c'est ça la clé ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, c'est-à-dire que nous sommes dans une situation où ce gouvernement, pour la première fois, a cassé le cycle de destructions d'emplois dans le secteur industriel ; quelques chiffres très vite, entre 2000 et 2016, chaque année, ce pays a détruit de l'emploi industriel net, en 2017, en 2018, en 2019, nous avons recréé de l'emploi industriel net, ce n'était pas arrivé depuis 2000. Et ce qui est intéressant, c'est que, certes, nous avons eu la crise de 2020, donc un petit arrêt sur image, 2021, ça repart, et ça repart très fort, vous avez aujourd'hui 70.000 emplois non-pourvus dans l'industrie, c'est 30.000 de plus qu'avant la crise, et les industriels, vous savez qu'il y a des enquêtes régulières du ministère du Travail pour connaître les projets de recrutement de chaque secteur, les industriels annoncent 225.000 recrutements dans les 12 mois qui viennent. Et le sujet aujourd'hui, ce n'est pas d'avoir de l'emploi, parce qu'on a des offres d'emploi, c'est d'avoir des candidats pour ces offres d'emploi, et moi, je plaide vraiment pour que change notre regard sur l'industrie, parce qu'on a un discours misérabiliste sur l'industrie, qui n'est pas la réalité, on se concentre sur les sites qui ferment, et ces sites…

LAURENCE FERRARI
Et il y en a…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et il y en a, et ces sites…

LAURENCE FERRARI
Tous les jours, ASCOVAL évidemment…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ASCOVAL n'a pas fermé par exemple, vous voyez, c'est intéressant, ASCOVAL fonctionne, ASCOVAL recrute, et dans les médias, on dit : ASCOVAL a fermé, eh bien, non. Et on se concentre sur les quelques sites qui ferment, ils doivent être accompagnés, et on est à leurs côtés, aux côtés des familles, mais on se concentre pas sur les 115 relocalisations que vous mentionnez qui sont beaucoup plus nombreuses que les sites qui ferment. Et je rappelle que ce sont des métiers qui payent en moyenne beaucoup mieux que l'ensemble des secteurs industriels, il n'y a que 5%…

LAURENCE FERRARI
Il y a une grosse pénibilité dans les métiers de l'industrie, c'est un peu l'idée reçue qu'on en a.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est l'idée reçue qu'on en a, c'est-à-dire qu'avec l'automatisation, la pénibilité est bien moindre que dans beaucoup d'autres métiers à compétences égales. Donc là aussi, arrêtons ce misérabilisme, projetons-nous dans l'avenir, effectivement, nous avons, nous soutenu 624 projets de relocalisation en France, 624, c'est du jamais vu ; nous avons accompagné une entreprise industrielle sur trois avec le plan de relance, ça, c'est le positif. Et c'est aussi ce qui permet de reclasser les salariés des sites qui ferment, c'est d'avoir des perspectives d'emplois qui se créent sur leur territoire.

LAURENCE FERRARI
Il y a aussi la question des emplois décarbonés, parce qu'évidemment, la relocalisation, ça ne veut pas dire laisser une empreinte carbone trop forte sur l'environnement, comment est-ce qu'on peut concilier les deux, est-ce que c'est conciliable ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais surtout, lorsque vous relocalisez en France, eh bien, vous produisez avec une électricité bas carbone, parce que la France a cette particularité d'avoir une électricité nucléaire et énergie renouvelable avec un très faible contenu carbone, donc vous baissez l'empreinte environnementale, relocaliser, c'est faire le jeu de la lutte contre le défi climatique, contre ces productions qui sont faites à l'autre bout du monde avec du charbon…

LAURENCE FERRARI
A l'autre bout du monde, qui doivent être transportées, absolument.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Plus la logistique, vous avez raison de le souligner.

LAURENCE FERRARI
Est-ce qu'il ne faut pas revenir sur l'équilibre sur mix énergétique qui était prévu pour 2035, 50 % de nucléaire, 50 % de renouvelable, est-ce qu'il ne faut pas remonter la part du nucléaire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas nécessairement, parce que là aussi, on croit qu'on diminue la part du nucléaire, mais en fait, comme nous avons besoin de beaucoup plus d'électricité, 50-50, c'est probablement le point d'équilibre qui est réaliste par rapport à nos capacités à développer de nouvelles sources de production d'électricité, vous le savez, les énergies renouvelables, on peut les produire plus vite, le nucléaire, ça prend plus de temps d'installer des sites complémentaires, donc c'est cette réalité, et nous le faisons, là encore, sur une base scientifique, c'est l'étude de RTE, qui a été publiée récemment, je rappelle, 40 experts qui ont travaillé à plein temps, 4.000 personnes interrogées, les organisations environnementales étaient dans les groupes de travail, et aujourd'hui, on a plusieurs scénarios qui montrent qu'en gros, il faut beaucoup de nucléaire et énormément plus d'énergies renouvelables si on veut réussir la lutte contre le réchauffement climatique.

LAURENCE FERRARI
Une dernière question, où est-ce qu'on en est des pénuries et des difficultés à s'approvisionner dans certains secteurs ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, là, je crois qu'on a clairement des sujets, on va réunir l'ensemble des filières lundi. Ces tensions, elles persistent, le prix des matières premières a augmenté, et les temps de livraison, en particulier sur les semi-conducteurs, restent extrêmement élevés. Donc nous, nous allons accompagner les entreprises, avec Bruno LE MAIRE, avec Elisabeth BORNE, nous réunissons tout le monde pour regarder surtout comment on finance les stocks, parce que, forcément, on est obligé de faire des stocks pour pouvoir gérer ces problèmes d'approvisionnement, et on fait des stocks de matières qui coûtent plus cher à cause de l'inflation, et c'est cet élément-là que nous allons financer pour les entreprises, et nous allons travailler avec elles lundi.

LAURENCE FERRARI
Merci beaucoup Madame la Ministre d'être venue ce matin dans la matinale de Cnews…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci Laurence FERRARI.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 décembre 2021