Interview de M. Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement et de la participation citoyenne, à France Info le 3 décembre 2021, sur la précampagne présidentielle et le rappel vaccinal.

Texte intégral

JEAN-REMI BAUDOT
Bonjour Marc FESNEAU.

MARC FESNEAU
Bonjour.

JEAN-REMI BAUDOT
Les Républicains se choisissent un ou une candidate, ouverture dans quelques minutes du 2e tour en vue du congrès LR. Eric CIOTTI, Valérie PECRESSE, ce sont deux nuances, ça nous dit quoi de la droite aujourd'hui ?

MARC FESNEAU
Ça nous dit ce qu'est le processus de la primaire, d'abord. C'est quand même le sentiment que ça, en général, dans leur parti comme dans les autres, ça ne produit pas de leader, parce qu'on a 4 parties égales quasiment…

JEAN-REMI BAUDOT
4 quarts.

MARC FESNEAU
4 quarts. Et donc ça ne crée pas, me semble-t-il, de leader en soi, et je pense que ça devrait interroger sur la question de la primaire, même si c'est le choix qui a été fait par les LR, et je le respecte. Et deux, ça ne fait que conforter ce qu'on sait, c'est-à-dire qu'il y a chez les LR une tendance beaucoup plus dure. Et je rappelle qu'Eric CIOTTI, au-delà de ce qu'il dit et de ce qu'il pense…

JEAN-REMI BAUDOT
Vous le situez où, Eric CIOTTI ? Droite populaire ?

MARC FESNEAU
Ce n'est pas à moi de classer Eric CIOTTI, en tout cas je constate quelque chose, c'est qu'il est de ceux qui disent qu'il n'y a pas de barrière infranchissable entre lui et ceux qui sont très à droite voire à l'extrême droite. Je pense que…

JEAN-REMI BAUDOT
Quand il dit qu'il pourrait voter pour Eric ZEMMOUR ?

MARC FESNEAU
Eh bien ce n'est pas qu'il dit qu'il pourrait voter, il dit que de toute façon il ne voterait jamais, quelles que soient les configurations, pour le président de la République. J'imagine que ça serait pareil d'ailleurs pour d'autres candidats de l'arc républicain, et je pense que c'est un problème dans le champ démocratique, parce qu'il me semble, en tout cas moi je pense que dans une situation inverse, nous serions astreints les uns et les autres à faire l'inverse.

JEAN-REMI BAUDOT
On a souvent dit Valérie PECRESSE, MACRON compatible. Est-ce qu'aujourd'hui elle est plus dangereuse pour le président de la République, si elle était élue ?

MARC FESNEAU
Je n'en sais rien, en tout cas LR, il faut respecter leur process, ils choisissent un candidat ou une candidate, et on saura samedi, et on verra à ce moment-là. Ce qui est bien c'est qu'on va enfin pouvoir parler des choses, parce que la 2e caractéristique de la primaire, c'est qu'au fond on ne parle qu'à un corps électoral qui n'est quand même pas énorme, puisque c'est 120 000 personnes, il y a je le rappelle 44 millions de Français qui votent aux élections présidentielles ou aux élections tout court.

JEAN-REMI BAUDOT
D'ailleurs c'est peut-être ce qui a fait que le discours était très à droite.

MARC FESNEAU
Oui, et après il va falloir expliquer qu'est-ce qu'on prend comme changement, et comment ce qu'on a dit la veille, on dit l'inverse le lendemain. Et donc c'est une grande difficulté, moi je pense, on verra le candidat qui sera choisi, et on aura un débat démocratique dans le temps qui va s'ouvrir.

JEAN-REMI BAUDOT
Débat démocratique, mais on a senti hier, voilà, à différents ministres à qui j'ai pu parler à l'Elysée, qu'il n'y a pas vraiment, on ne va pas parler de fébrilité, mais en tout cas que certains se…

MARC FESNEAU
Mais, un processus électoral, par nature il faut être modeste et humble, développer nos arguments, développer ce que nous aurons fait, ce que nous avons fait durant ce quinquennat, quand le président, et si le président décidait d'être candidat. En tout cas il faut débattre et il faut le faire sans la certitude que nous n'avons pas des adversaires sérieux. Il faut toujours prendre au sérieux les adversaires politiques, d'ailleurs c'est une loi de la démocratie que de prendre au sérieux ses adversaires, donc ce n'est pas une question de fébrilité ou pas de fébrilité, il faut respecter les choix démocratiques, et le choix démocratique c'est qu'on puisse débattre sur un terrain anormal.

JEAN-REMI BAUDOT
Eric ZEMMOUR, désormais officiellement candidat, premier meeting dimanche à Villepinte. La salle peut accueillir jusqu'à 20 000 personnes, ça peut être une démonstration de force ?

MARC FESNEAU
On verra, peu importe. On voit bien qu'il y a une guerre de positions, sans doute, d'ailleurs on voit bien que le calendrier a été choisi pour aussi venir superposer son image à celle des LR, on voit bien la bataille qui est livrée à droite, et que l'on peut parler…

JEAN-REMI BAUDOT
On a vu le message d'ailleurs qu'Eric ZEMMOUR a envoyé à Eric CIOTTI via les réseaux sociaux.

MARC FESNEAU
Oui, il est dans un processus, au fond, de déstabilisation, après tout c'est la logique politique, peu importe, on verra si c'est une démonstration de force. Au fond, je me fiche assez des démonstrations de force et des démonstrations tout court. La seule chose qu'il faut qu'on sache, c'est quelles sont les idées des uns ou des autres, parce qu'on a grand mal à entendre les idées des uns et des autres, pour au fond répondre à la seule question qui vaille : qu'est-ce qu'on fait pour les Français ?

JEAN-REMI BAUDOT
La question, c'est que, Eric ZEMMOUR, il répond à une, probablement à une partie des aspirations des électeurs. Est-ce que vous avez abandonné l'idée de parler à ses électeurs ?

MARC FESNEAU
Mais, en démocratie on n'abandonne jamais l'idée de parler à une partie des électeurs, simplement on n'est pas obligé de flatter et d'aller sur le terrain de la démagogie pour parler aux électeurs. Le terrain qu'on a choisi est un terrain de la responsabilité, de la prise de conscience des…

JEAN-REMI BAUDOT
Le camp de la raison.

MARC FESNEAU
Pas que de la raison, c'est de la… La raison, ce n'est pas ça…

JEAN-REMI BAUDOT
C'est un argument qui avait été mis en avant, encore une fois.

MARC FESNEAU
Non non, mais je fais écho à cet argument, puisque ce n'est pas un mauvais argument, mais en même temps que la raison, il faut de la passion dans cette affaire, mais en tout cas pas quelque chose qui vient alimenter, on l'a vu à y compris dans le clip d'Eric ZEMMOUR, qui vient alimenter ce qu'il y a parfois de plus dangereux dans la nature humaine que nous avons tous au fond, et donc je pense que c'est ça qu'il faut combattre auprès d'Eric ZEMMOUR, et des autres candidats. Moi j'attends qu'on nous dise ce qu'on veut faire pour les Français, c'est ça qui compte.

JEAN-REMI BAUDOT
Un mot de sanitaire : est-ce que vous avez reçu votre 3e dose ?

MARC FESNEAU
J'ai reçu ma 3e dose.

JEAN-REMI BAUDOT
Lundi, nouveau Conseil de défense…

MARC FESNEAU
J'ai la chance d'avoir plus de 50 ans, donc…

JEAN-REMI BAUDOT
Lundi, nouveau Conseil de défense sanitaire, annonce faite par Jean CASTEX, l'idée c'est de voir s'il y a des mesures complémentaires. Après, on est sur quoi, qu'est-ce qu'il y a devant nous, pourquoi les Français doivent…

MARC FESNEAU
Eh bien, comme vous avez vu, on a eu un processus, d'abord les personnes fragiles en 3e dose, puis les personnes de plus de 50 ans, puis désormais tout le monde et toute la population. La volonté qui est la nôtre c'est de, par ce rappel, de continuer à œuvrer dans le sens qui a plutôt fonctionné aujourd'hui, qui est l'atténuation des effets des contaminations, moins de contaminations et moins fortes. On est dans une phase et il faut vraiment le dire à ceux et celles qui nous écoutent, qu'on est dans une phase qui est liée au variant Delta.

JEAN-REMI BAUDOT
Qui n'est pas nouveau…

MARC FESNEAU
Ce n'est pas un variant nouveau, celui que nous avons sur la table, et c'est celui-là qui est en train de provoquer une grande hausse de contamination, d'abord donc à l'Est de l'Europe, puis petit-à-petit qui est venue en France. Ça a été ralenti aussi en France, parce que nous avions beaucoup vacciné. Et donc la priorité pour nous c'est la vaccination, et puis deux, la priorité c'est de faire en sorte que nous reprenions nos habitudes de gestes barrières, parce qu'au fond comme les choses allaient mieux, on a les uns et les autres, et puis parfois voire un peu moins de vigilance, et puis lundi il y aura un Conseil de défense qui dira s'il y a des mesures complémentaires à prendre. Mais la stratégie qui est la nôtre c'est la vaccination, les gestes barrières, et on peut passer cette vague. Et puis après il y aura, pardon, une seconde, les interrogations sur le variant Omicron, et celle-là c'est la science qui nous dira, dans les disques de nos jours plus contagieux plus dangereux est-ce qu'il est couvert 10, 12 jours, plus contagieux, plus dangereux, et est-ce qu'il est couvert par les vaccins.

JEAN-REMI BAUDOT
La vaccination obligatoire, c'est un tabou ?

MARC FESNEAU
Mais, ce n'est pas un tabou de dire "vaccination obligatoire". Le choix qu'a fait le gouvernement n'est pas la vaccination obligatoire. Il a fait un choix de Pass sanitaire, d'incitation, de convaincre plutôt que de contraindre, et en même temps de convaincre puissamment pour faire en sorte que le maximum de Français soit vacciné.

JEAN-REMI BAUDOT
Mais quand on voit que l'Allemagne, par exemple, a quasiment confiné les non vaccinés…

MARC FESNEAU
Oui, mais pourquoi ? Parce que l'Allemagne n'est pas à notre taux de vaccination, et la stratégie que nous avons développée, au travers du Pass sanitaire a fonctionné, donc je veux bien qu'on réinterroge, alors tous les matins on réinterrogera la question, pas vous, mais en général, sur la question de la vaccination obligatoire, aujourd'hui les dispositifs que nous avons faits, elles ont permis d'avoir un des taux vaccinaux les plus élevés du monde. C'est bien ça qui compte.

JEAN-REMI BAUDOT
Comment on reviendra à un État démocratique pré-Covid ? Est-ce qu'il n'y a pas un moment où ça va devenir compliqué, le Pass sanitaire, l'état d'urgence sanitaire, de toujours…

MARC FESNEAU
Non, mais on a toujours pris des mesures, qui étaient des mesures limitées dans le temps, avec une vraie interrogation éventuelle du Parlement s'il y avait besoin de proroger des mesures. On est dans un état démocratique, personne ne peut penser à autre chose. Evidemment, il y a eu des mesures y compris dans la 1ère phase de la crise sanitaire, qui ont été des mesures pour nous tous, de privation…

JEAN-REMI BAUDOT
Extrêmement contraignantes.

MARC FESNEAU
De privation de liberté, et c'est bien ça qu'on essaie de faire, c'est d'abord de tenir la tension, si je peux dire, entre les exigences sanitaires, et en même temps les exigences d'avoir une vie à peu près normale. Et donc l'idée c'est qu'à la fin tous ces dispositifs disparaissent. C'est bien ça, mais il n'est pas…

JEAN-REMI BAUDOT
Pour l'instant, c'est revu fin juillet.

MARC FESNEAU
Reconnaissons que l'on n'en est pas encore là. Oui, d'ailleurs j'entendais tous ceux qui nous disaient : pourquoi vous prenez des mesures, on voit bien qu'on est sorti de la crise sanitaire, il y a 3 semaines. Et nous, nous disions : attention, il y a des variants et en particulier le Delta, qui peut revenir avec les conditions météo.

JEAN-REMI BAUDOT
Un tout dernier mot. Vous êtes ministre en charge donc des Relations avec le Parlement, l'Assemblée nationale a voté mardi en faveur de l'extension légale du délai d'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse. Le texte doit passer maintenant au Sénat, ce sera le cas ?

MARC FESNEAU
On va regarder le calendrier parlementaire. Je rappelle cette initiative parlementaire, donc c'est sur le temps parlementaire que les choses doivent se regarder.

JEAN-REMI BAUDOT
Oui, mais le gouvernement pourrait laisser la place.

MARC FESNEAU
Non mais le gouvernement, pardon, nous avons fait le choix de finir, ce qui est assez rare d'ailleurs dans un quinquennat, de finir les textes que nous avions commencé et ne pas faire du déclaratif et du déclamatif, si je peux dire. On verra, on verra s'il y a du temps parlementaire pour le faire. Il faut aussi respecter les séquences, les calendriers qu'on a choisis. Le Sénat a du temps parlementaire sur son temps à lui, et c'est peut-être à lui de s'en saisir.

JEAN-REMI BAUDOT
On sait qu'Emmanuel MACRON s'opposait à ce texte, son entourage dit qu'il y était même hostile, est-ce que la majorité s'émancipe et vote des textes contre l'avis du président ?

MARC FESNEAU
Oh, on ne peut pas dire que la majorité n'est pas été au rendez-vous de la loyauté et de la "solidité" au moment des événements, il peut y avoir parfois des débats et celui-là en est un, on peut aussi accepter qu'il y ait un débat sur des sujets qui sont des sujets particuliers.

JEAN-REMI BAUDOT
Mais il avait refusé ce texte, Emmanuel MACRON ?

MARC FESNEAU
Non, il ne l'avait pas refusé, il disait que pour lui ce n'était pas le moment de poser ce texte. Voilà.

JEAN-REMI BAUDOT
Merci beaucoup Marc FESNEAU.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 décembre 2021