Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, ministre délégué chargé des transports, à Europe 1 le 8 décembre 2021, sur l'évolution des sondages de la précampagne présidentielle et les restrictions liées au coronavirus.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1 et bonjour, Jean-Baptiste DJEBBARI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour Sonia MABROUK, bonjour à tous.

SONIA MABROUK
Est-ce qu'il y a le feu ce matin dans la macronie ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Tout va bien dans la macronie, madame MABROUK. À quoi faites-vous allusion ?

SONIA MABROUK
Tout va bien, madame la Marquise ! C'est mieux madame MABROUK, ça peut aller.

SONIA MABROUK
Au dernier sondage plaçant Valérie PECRESSE devant Emmanuel MACRON - c'est la première fois, on fait attention, c'est un sondage – est-ce que ce n'est pas un sérieux signal d'alerte pour le président ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, c'est Valérie PECRESSE qui le dit le mieux : ? les sondages, ça va ça vient, c'est comme la queue du chien. ? Moi je me rappelle qu'à la même époque il y a cinq ans, Benoît HAMON était à 16 ou 17% suite à la primaire de la gauche à l'époque, qui l'avait mise en lumière. Je me rappelle encore plus loin qu'Edouard BALLADUR à l'époque, il y a plusieurs maintenant quinquennats, était devant Jacques CHIRAC.

SONIA MABROUK
Vous avez révisé vos classiques dans l'histoire contemporaine.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense qu'il faut regarder ça avec de l'intérêt, avec un peu de détachement. On est quand même toujours loin de la campagne présidentielle…

SONIA MABROUK
Détachement ? Est-ce qu'on n'est pas aujourd'hui votre meilleure opposante, une opposante politique redoutable et redoutée d'après ce que vous dites ce matin ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez sur le fond, je pense qu'on n'a pas fini de voir la recomposition politique. On le voit d'ailleurs dans les sondages. On a une gauche du gouvernement qui a quasiment disparu et on a deux droites qui sont fondamentalement irréconciliables. On le voit bien.

SONIA MABROUK
Où est-ce que vous les voyez les deux droites irréconciliables ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour aller droit au but, je pense que la droite d'Eric CIOTTI finira chez ZEMMOUR et LE PEN.

SONIA MABROUK
Qu'est-ce qui vous fait dire cela ? Hier il a encore affiché son union avec madame PECRESSE.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous savez, je pense qu'il y a une droite… D'abord le paysage politique se recompose. On voit bien qu'y compris autour d'Edouard PHILIPPE, il y a une droite classique, libérale qui a déjà attiré un certain nombre de talents, et je pense qu'on a une droite pour le coup nationale, souverainiste, obsédée par l'immigration dont Eric ZEMMOUR est un des tenants et qui aura vocation, à mon avis à terme - mais l'avenir nous le dira et puis on verra bien, on commentera ça à ce moment-là – qui aura vocation à se recomposer autour de…

SONIA MABROUK
Monsieur DJEBBARI, l'impression ce matin c'est que la majorité ne sait pas comment contrer Valérie PECRESSE. Un jour vous dites qu'elle est Macron-compatible, le lendemain vous tirez à boulets rouges sur son programme. Il faudrait savoir !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais moi je suis assez clair. Je vous dis que je pense qu'il y a deux droites irréconciliables. Qu'il y a une droite, encore une fois, qui est très largement aujourd'hui représentée par Eric CIOTTI, par Eric ZEMMOUR, par Marion MARECHAL, par madame LE PEN, qui est une droite obsédée par l'immigration, nationale, souverainiste, qui n'aime pas l'Europe, qui n'en veut plus, et qu'une fraction de la droite LR est appelée ou en tout cas est attirée par ces sirènes, les sirènes zemmouristes, du lepénisme Et puis il y a une droite qui, pour partie, nous a déjà d'ailleurs rejoints et qui, on le voit, se compose autour de d'Edouard PHILIPPE, Christian ESTROSI et quelques autres.

SONIA MABROUK
Mais est-ce que ce n'est pas la fin ? Est-ce que la poutre, pour reprendre cette expression, finalement elle ne travaille plus aujourd'hui ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est votre commentaire du jour suite au sondage.

SONIA MABROUK
C'est ma question en tous les cas.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais tout le monde disait l'inverse ces dernières semaines. Moi, écoutez, j'observe ça avec beaucoup d'intérêt, avec de l'attention. Ça ne nous empêche pas, nous, de travailler et moi je pense que le vrai sujet pour nous - ce qu'on essaie de faire en tout cas depuis plusieurs années et peut-être ce que nous aurons vocation à continuer de faire - c'est d'essayer de recréer de la prospérité dans ce pays.

SONIA MABROUK
Mais on va le faire ! Mais est-ce que vous reconnaissez ce matin - je suis prudente et vous avez raison de le dire : ce n'est qu'un sondage - ce n'est pas le duel auquel vous vous attendiez ou le duo, en tous les cas. Le duo-duel que vous souhaitiez, c'était Emmanuel MACRON-Marine LE PEN. Il est balayé, pour le moment il vole en éclat.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais sincèrement, je ne crois pas qu'un seul instant le président de la République ou nous-mêmes ayons souhaité un duel face à Marine LE PEN. Ça s'est déjà produit, vous avez vu que le débat n'était pas très glorieux. Moi je préfère des débats politiques qui sont d'une autre nature, d'une autre tenue. Moi je n'ai aucun problème à ce que nous…

SONIA MABROUK
Donc vous préférez comme opposante Valérie PECRESSE.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne préfère rien du tout. Je prends les faits comme ils sont et si c'est Valérie PECRESSE, ce sera Valérie PECRESSE l'opposante principale. L'avenir le dira, madame MABROUK.

SONIA MABROUK
En attendant, Emmanuel MACRON fait campagne sans le dire. Vierzon hier, président-candidat. Est-ce que c'est un ‘en même temps' qui va durer longtemps ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Président-président. Le président n'a pas vocation à rester à l'Elysée tous les jours. Il a vocation à assumer toutes ses responsabilités et je pense que ce déplacement de deux jours, le conseil des ministres qu'il tient par visioconférence, pour justement être la fois au four et au moulin me paraît d'être de bonne hygiène politique.

SONIA MABROUK
Est-ce que l'entrée en campagne n'est pas trop tardive au vu justement de ces premiers sondages ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais vous savez, on disait déjà : ? La primaire de la droite est trop tardive. ? Ce qu'on ce qu'on observe quand même dans l'époque récente, c'est qu'on a un raccourcissement des campagnes électorales. On a en général les présidents qui restent ou qui rentrent assez tard en campagne. Et puis par ailleurs, ça ne vous a pas échappé, on a une crise sanitaire qui se poursuit…

SONIA MABROUK
On va en parler.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On a un pays qui est en train d'être relancé et ça nous fait objectivement beaucoup de travail. Donc je pense qu'il faut laisser le temps au temps, et il y aura le moment de la campagne électorale qui viendra et le président aura à se prononcer.

SONIA MABROUK
Hier Eric ZEMMOUR a dit d'Emmanuel MACRON qu'il incarnait le grand vide, qu'il était un adolescent qui se cherche, quelqu'un qui n'est pas fini. Comment vous avez réagi à cela ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je pense que depuis quand même quelques semaines maintenant, on voit qu'Eric ZEMMOUR, au-delà de ses qualités, a un problème de comportement. Il a un problème de comportement quand il fait des doigts d'honneur aux gens qui le contestent, il a un problème de comportement quand il insulte un journaliste qui ne l'interviewe pas comme il faut et, d'une manière générale, il utilise la violence rhétorique en politique. Il l'assume. Il dit : ? J'ai à l'égard d'Emmanuel MACRON et d'autres des propos violents. ? Il sait qu'en général les propos violents attisent les rancœurs, les rancunes et n'est pas de nature à apaiser la société mais il les utilise.

SONIA MABROUK
Mais est-ce que vous les condamnez de la même manière si c'est quelqu'un d'autre qui les prononce ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais moi, je…

SONIA MABROUK
Un exemple. Jean-Luc MELENCHON, quand il dit d'Eric ZEMMOUR qu'il est l'ennemi du genre humain, est-ce que ça vous choque ? Est-ce que vous diriez que Jean-Luc MELENCHON a un problème de comportement également et de rhétorique ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je pense que ? l'ennemi du genre humain ?, c'est quand même extrêmement fort, oui.

SONIA MABROUK
Parce que c'est étrange. On entend moins de contestations et de critiques quand c'est ce genre de rhétorique.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais de la même façon, Jean-Luc MELENCHON depuis plusieurs années utilise la violence rhétorique en politique. Il en a fait un moteur et il l'assume comme tel. Donc vous voyez, nous, on essaie d'être plus modéré que ça.

SONIA MABROUK
Les Français, monsieur DJEBBARI, lassés - quand même, c'est aussi cela l'actualité - par une crise sanitaire qui n'en finit pas. Ils tentent malgré tout de s'organiser pour Noël et les fêtes de fin d'année. Vous êtes le ministre des Transports. Que dites-vous aux auditeurs ce matin ? Est-ce qu'il y a des pays, par exemple des destinations à éviter si on doit se déplacer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, il n'y a pas de destinations à éviter. En revanche, il y a des protocoles et des restrictions sur un certain nombre de destinations. D'abord sur le variant Omicron et notamment l'Afrique australe, il y a des restrictions pour des motifs de voyage. Autrement dit vous ne pouvez voyager que si vous avez des motifs essentiels. On a déjà connu cette époque il y a maintenant un peu plus d'un an. Il y a des protocoles qui sont très stricts. Test au départ, test systématique à l'arrivée, hébergement et isolement le cas échéant si vous êtes positif. Ensuite pour le reste du monde, d'abord destination par destination il faut regarder sur le site des Affaires étrangères : il y a toutes les modalités. D'une manière générale, on peut se déplacer. On a un test à faire au départ, en tout cas pour revenir en France, un test à faire qui est un test obligatoire que vous soyez vacciné ou non pour revenir en France. J'étais hier au Canada, j'ai fait un test avant le départ pour revenir en France et tout ça est bien contrôlé. Et pour l'Europe et la Corse, il faut un test pour les non vaccinés de moins de 24 heures. Mais il n'y a pas de restriction de…

SONIA MABROUK
Bien. Et la destination France, comment elle est perçue ? ? Evitez de voyager en France ? a recommandé il y a quelques jours le département d'État américain à ses ressortissants en relevant à un niveau vraiment d'alerte notre pays. Mais on est donc perçu comme un pays à risque aujourd'hui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors les Américains l'ont fait pour beaucoup de pays européens. C'était le cas de l'Allemagne il y a quelques jours.

SONIA MABROUK
Je vous parle de nous.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On parle de nous mais, c'est vrai, c'est assez automatique. Ils ont des seuils et dès que vous dépassez le seuil, ils déconseillent de voyager.

SONIA MABROUK
Mais c'est une décision politique ou sanitaire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, c'est une décision sanitaire. Les Américains, sincèrement depuis le départ, pour l'avoir…

SONIA MABROUK
Donc on n'est pas bon sur le plan sanitaire si les États-Unis considèrent qu'on est un pays à risque.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il me semble qu'on est dans une cinquième vague du variant Delta avec des seuils qui aujourd'hui sont plus élevés, et les Américains prennent des décisions fondées pour le coup sur des motifs – ça n'a pas toujours été le cas mais récemment – en tout cas de ce point de vue-là sur des motifs qui sont sanitaires et ils auraient réévalué…

SONIA MABROUK
Donc ils ont raison de considérer notre pays à risque.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas ils décommandent de voyager, ils n'ont pas raison, ils observent que le seuil…

SONIA MABROUK
Bah !!

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais on est dans une cinquième vague, ils sont objectifs, donc dès lors qu'eux raisonnent sur les seuils, on a dépassé le seuil de 400…

SONIA MABROUK
Donc le ministre que vous êtes n'essaye pas de convaincre en disant, "non, écoutez, nous avons un taux de vaccination important, vous pouvez venir chez nous" ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais ce sont les éléments que nous faisons valoir évidemment, sur le protocole sanitaire dans les transports, sur le taux de vaccination des populations, il n'en reste pas moins que pour l'instant leur décision elle est fondée sur des critères scientifiques et sanitaires.

SONIA MABROUK
Si je vous en parle, Jean-Baptiste DJEBBARI, c'est que cette recommandation, forcément, ce sont autant d'annulations, de réservations pour le secteur du tourisme, l'impact risque d'être conséquent, qu'est-ce qu'on peut faire face à cela ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord on doit rappeler, et c'est vrai, et c'est juste, qu'on a en France toutes les garanties, et on a un protocole sanitaire qui marche bien dans les transports, un port du masque qui est respecté, on a une population qui est parmi les plus vaccinées d'Europe, on a un respect des gestes barrières qui…

SONIA MABROUK
Mais ça ne va pas faire venir les touristes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais… alors, c'est pour rappeler qu'en France, sincèrement, les choses se déroulent bien depuis maintenant de nombreux mois, que la population française se comporte de façon assez exemplaire…

SONIA MABROUK
Oui, mais ça ne va pas faire venir les touristes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais d'accord, mais…

SONIA MABROUK
Est-ce qu'il faut des aides ciblées justement pour… ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça permet d'absorber, ce que je veux dire par là, ça permet d'absorber, d'amortir les vagues, et de repartir plus fort. On est dans une vague, on est dans une vague, elle a des conséquences, elle a y compris des conséquences sur les recommandations…

SONIA MABROUK
Et nous, moralement, on est dans le creux de la vague.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, on a tous envie d'en sortir, je pense qu'une façon de s'en sortir c'est de faire ce qu'on est en train de faire, c'est-à-dire de se vacciner. Vous faisiez référence dans votre journal…

SONIA MABROUK
Vous avez raison, mais pourquoi on ne se défend pas mieux, vraiment, c'est une vraie question, pourquoi on ne se défend pas mieux par rapport à ces pays qui nous placent en zone à risque, alors que, comme vous dites, on est quand même parfois de bons élèves, c'est ça qui est quand même édifiant ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, ce n'est pas que nous, c'est beaucoup de pays européens, c'est l'Italie, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, donc on est, en Europe, dans une cinquième vague, donc il n'y a pas un fait français en Europe, et après, on est dans cette cinquième vague, on s'en défend, on a une vaccination qui marche bien, une troisième dose qui est très largement aujourd'hui en cours d'application, ce sont ça nos meilleures défenses, après il y a une vague, une vague il faut la surmonter, et derrière le creux de la vague il y a les vacances, il y a Noël par exemple.

SONIA MABROUK
Justement, parlons-en, parce que chaque année c'est désormais la même question, y aura-t-il suffisamment de trains pour Noël, compte tenu de la situation sanitaire, et pour éviter surtout des wagons évidemment bondés ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors d'abord on a connu déjà une époque de Noël, l'an passé, où on avait eu plusieurs millions de voyageurs qui avaient pris le train, en sécurité, à l'époque on nous avait d'ailleurs beaucoup reproché de maintenir les trains et de ne pas confiner pendant la période de Noël, ça c'était bien passé. Là, aujourd'hui, on a des Français qui ont beaucoup réservé, c'est 50% de réservations de plus que l'an passé, avec 3 millions de voyageurs…

SONIA MABROUK
50% de plus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, c'est beaucoup, c'est vraiment beaucoup, les Français ont plus réservé et ont réservé plus en amont, ça veut certainement dire qu'ils ont d'ailleurs confiance dans la situation, dans la capacité de se déplacer, et puis ça veut dire qu'ils ont envie de retrouver les leurs pendant les vacances de Noël, donc il y aura des trains, la SNCF est tout à fait mobilisée, il y aura le plus de trains possible, un certain nombre de trains sont déjà complets, et nous ferons en sorte, avec la SNCF, d'être au rendez-vous de ce beau moment de convivialité…

SONIA MABROUK
Et à quels prix, Monsieur le ministre, parce que dans la course aux prix bas entre l'avion et le train, le gagnant n'est pas toujours celui que l'on croit, des trajets souvent moins chers en avion, quel est le problème ? Selon le président de la SNCF, Jean-Pierre FARANDOU, ce n'est pas le train qui est trop cher, c'est l'avion qui ne l'est pas.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors j'ai eu cette discussion avec Monsieur FARANDOU…

SONIA MABROUK
C'est quand même paradoxal.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
A plusieurs reprises, d'abord les modèles économiques sont absolument incomparables, ensuite il y a fondamentalement des mesures qui ont été prises par ce gouvernement pour, comment dirais-je, faire plus de complémentarité entre l'avion, le train, vous savez que nous avons posé la règle que les vols de 2 heures 30 n'existent plus quand il y a une alternative grande vitesse, c'est le cas entre Paris et Bordeaux, entre Paris et Lyon, etc., donc les choses sont en cours de…

SONIA MABROUK
En fait il vous accuse, si on entend bien ce qu'il dit aussi, vous-même, presque personnellement, de préférer, de favoriser l'avion au train, pour l'ancien pilote de ligne que vous êtes.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, je crois que ce n'est pas ce qu'il a dit, moi j'ai eu la discussion avec lui, assez franche, sur le sujet, j'ai rappelé les rôles de chacun, je ne m'ingère pas dans la direction de la SNCF, et le ministre des Transports est celui qui fait la politique des transports dans ce pays, et par ailleurs je pense que nous avons un bilan, sur le sujet, qui est incontestable, nous avons réinvesti, comme jamais, dans le système ferroviaire, 75 milliards d'euros, nous avons demandé à la SNCF, qui l'a fait, de pratiquer une politique de petits prix…

SONIA MABROUK
D'accord, donc le train ne doit pas être plus cher sur certaines destinations, que l'avion, logiquement, d'après ce que vous dites.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le train est complémentaire à l'avion sur beaucoup de destinations, et quand le train est en concurrence avec l'avion, ce qui est arrivé entre Paris et Bordeaux, Paris et Strasbourg, c'est le train qui gagne et c'est très bien ainsi, donc que chacun s'occupe de rendre son secteur attractif, moi je m'entends très bien avec Jean-Pierre FARANDOU, mais je pense que ça ne sert à rien que ces politiques étaient assez vaines, assez inutiles.

SONIA MABROUK
Une étude récente de l'Institut Pasteur montre que prendre un train entraîne un sur-risque d'infection de 30%, soit autant, dit cette étude, que le covoiturage sans masque, mais moins que le taxi ou l'avion, si l'on en croit cette même étude, est-ce qu'il y a vraiment un sur-risque à prendre le train ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est la première étude qui, c'est l'étude ComCor de Pasteur, qui dit ça, donc nous on étudie évidemment cette étude pour ce qu'elle dit. FONTANET, le Professeur FONTANET, l'a reconnu lui-même, c'est difficile de vraiment corréler le véhicule, le transport, et le taux de contamination…

SONIA MABROUK
Spontanément on pense qu'il y a plus de sur-risque dans les transports en commun surtout.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Spontanément on pense deux choses, d'abord, plus il y a d'activité, plus on a de risque d'attraper le virus, et plus, par nature, on prend les transports et les transports en commun, mais ce qu'on observe quand même, et ça c'est pour le coup pas démenti par l'ensemble des études au niveau mondial, c'est que dans les transports en commun vous mettez le masque, en général vous parlez peu, vous y restez peu de temps, et donc la sur-contamination est faible ou légère, c'est en tout cas les données qu'on a… après, évidemment, plus vous vous déplacez, plus vous avez d'activité, plus vous avez de risque de rencontrer des gens, de vous contaminer.

SONIA MABROUK
On peut dire que c'est plus risqué que d'aller en discothèque où il faut présenter un pass sanitaire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est plutôt moins risqué, parce que la même étude dit que dans les lieux privés c'est +340%, donc…

SONIA MABROUK
Mais à quoi sert le pass sanitaire, Monsieur le ministre, est-ce que ce matin vous pouvez donner un argument pour l'efficacité de ce pass sanitaire qui nous, avait-on dit, il était fait pour garder aussi les lieux ouverts, et voilà qu'on ferme les discothèques ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je n'ai pas varié Madame MABROUK, j'ai toujours dit que le pass sanitaire, dans les transports comme ailleurs, ça servait essentiellement à inciter à la vaccination, et preuve en est ça a plutôt très bien marché puisqu'on a une population française qui est…

SONIA MABROUK
Donc c'est une obligation, une incitation forte à la vaccination ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est une incitation, on peut faire différemment, on peut effectivement faire un test, le payer, la France est un pays de liberté.

SONIA MABROUK
Donc c'est un pass vaccinal ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est une incitation forte à la vaccination.

SONIA MABROUK
Un pass vaccinal.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'ailleurs beaucoup de pays le font, il y a des pays qui ont fait l'incitation forte…

SONIA MABROUK
Mais pourquoi l'appelle-t-on pass sanitaire et pas pass vaccinal ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et il y a des pays qui ont fait l'obligation. Au Canada, par exemple, pour prendre les transports en commun, pour prendre les trains, les avions, il faut être vacciné, nous il faut être vacciné ou testé.

SONIA MABROUK
Pour conclure, une dernière question Jean-Baptiste DJEBBARI. Si, et on fait attention évidemment avec les sondages, on reste prudent, si Emmanuel MACRON n'est pas réélu, est-ce que vous continuez la politique ? On peut commencer à poser cette question.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est une bonne question.

SONIA MABROUK
Non, mais vous n'étiez pas en politique, vous, est-ce que vous pourriez être tenté par le privé, vous pourriez être tenté par d'autres aventures ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'en viens du privé…

SONIA MABROUK
Peut-être dans l'aviation, c'est votre domaine, que vous connaissez très bien.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, peut-être ailleurs. Moi j'en viens du privé, je me suis engagé parce que c'était Emmanuel MACRON, parce que j'estimais qu'il apportait quelque chose de différent, je suis très honoré qu'il m'ait confié des responsabilités dans son gouvernement, mais moi sincèrement la suite, qu'elle soit en politique ou ailleurs, ça ne me pose absolument aucun problème.

SONIA MABROUK
Ah oui, donc tout est ouvert, ce n'est pas forcément la politique, ça mène à tout !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non mais d'abord, je n'en viens pas de la politique. Je le fais avec beaucoup d'intensité et avec beaucoup de plaisir mais sincèrement, je ne ferai pas de la politique mon métier. C'est, c'est…

SONIA MABROUK
Peut-être qu'on vous interrogera alors dans d'autres postes à venir.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
(rires) L'avenir nous le dira, madame MABROUK.

SONIA MABROUK
Merci monsieur le ministre, Jean-Baptiste DJEBBARI, d'avoir répondu à nos questions ce matin sur Europe 1.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Jean-Baptiste DJEBBARI, merci Sonia MABROUK. Tiens, il y a un anniversaire aujourd'hui. Je ne sais pas si vous avez vu ça, Sonia. C'est les 30 ans de la dissolution de l'URSS. On va en parler avec un grand témoin.

SONIA MABROUK
Oui, vous en avez parlé et je vous écoute attentivement depuis cinq heures du matin. Allez, six heures.

DIMITRI PAVLENKO
Oui, oui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Avec Jean-Luc MELENCHON.

DIMITRI PAVLENKO
Non, on va en parler avec Vladimir FEDOROVSKI.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est vrai, oui. C'est un peu différent !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2021