Interview de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au Tourisme, aux Français de l'étranger, à la Francophonie et aux Petites et Moyennes entreprises, à France Info le 17 décembre 2021, sur le tourisme confrontée à l'épidémie de Covid-19.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Baptiste LEMOYNE.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bonjour.

MARC FAUVELLE
La grève est finalement levée, in extremis, à la SNCF, grâce à un accord qui a été conclu hier, est-ce que vous saluez très franchement ce matin la responsabilité des syndicats qui ont renoncé ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien écoutez, c'est heureux qu'on arrive à ce dénouement. Il y a eu des négociations qui se sont poursuivies, il y a eu des gestes faits, mais je dois dire que mettre de l'incertitude à quelques jours du départ en vacances, ce n'était pas forcément rendre service aux Français qui sont fatigués par 18 mois de crise sanitaire, et donc, voilà, aujourd'hui j'espère que tout le monde pourra partir dans les meilleures conditions. Vous savez qu'il y en a quelques milliers quand même qui, hélas, ne pourront pas voyager…

MARC FAUVELLE
50.000.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Des gestes commerciaux ont été faits, et c'est heureux là aussi.

MARC FAUVELLE
Il y a un tout petit doute puisque les syndicats qui avaient déposé le préavis de grève disent qu'ils ont simplement suspendu le mouvement le temps de conclure les négociations pendant le week-end, alors que le PDG de SNCF-Voyageurs, qui était avec nous tout à l'heure, Monsieur FANICHET, dit que la grève est entièrement levée, vous avez des infos vous, savoir si ça va continuer ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ecoutez, je n'ai pas l'information précise, ce que je veux dire c'est que je souhaite qu'on puisse laisser tranquilles les Français pendant ce moment de fêtes, c'est important encore une fois, la communauté nationale elle a beaucoup souffert, cette cinquième vague de Covid elle met aussi à l'épreuve des familles, des gens qui sont séparés, qui se sont moins revus, donc, voilà, de grâce, essayons de faire en sorte que les Français puissent passer de bonnes fêtes.

SALHIA BRAKHLIA
Mais ce message vous l'adressez à qui, vous l'adressez particulièrement à la direction de la SNCF pour qu'elle lâche du lest sur les primes, qu'elle donne encore plus aux revendications salariales des syndicats, ou alors vous dites aux syndicats c'est bon, on vous a donné un peu de primes, vous pouvez vous calmer ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
La vertu du dialogue social c'est que toutes les parties puissent se mettre d'accord, tomber d'accord…

SALHIA BRAKHLIA
Oui, mais le gouvernement dit quoi ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois qu'il y a quand même un certain nombre de gestes en termes financiers, de primes, etc., qui ont été faits, maintenant permettons aux Français de profiter de ce moment.

MARC FAUVELLE
Il y a des Français qui ont la chance de pouvoir partir en vacances dans les jours qui viennent, certains en France, on va en parler avec vous dans une minute, certains à l'étranger, les règles changent quasiment chaque jour aujourd'hui Jean-Baptiste LEMOYNE, on va commencer par les dernières en date, celles qui concernent le Royaume-Uni, Salhia BRAKHLIA.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, à partir de demain minuit les règles pour venir en France depuis le Royaume-Uni se durcissent, il faudra désormais justifier d'un motif impérieux, présenter un double test, un de moins de 24 heures au départ et un à l'arrivée, s'engager à l'isolement obligatoire de 48 heures, isolement qui prendra fin s'il y a la présentation d'un test négatif. Ma question c'est, est-ce que le motif impérieux est nécessaire pour les Français qui viennent du Royaume-Uni ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, les Français qui résident au Royaume-Uni, qui veulent visiter leurs proches ici en France, n'ont pas besoin de produire un motif impérieux, ils sont en eux-mêmes, si je puis dire, un motif impérieux, donc tout Français établi au Royaume-Uni peut revenir à tout moment, naturellement.

MARC FAUVELLE
Ça ne s'applique qu'aux Britanniques ce critère-là ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, et nos compatriotes, ça s'applique également à leur conjoint, à leurs enfants, très important, parce que le conjoint peut être de nationalité britannique, mais on emporte naturellement toute la famille.

MARC FAUVELLE
En revanche ils ont bien le double test, les Français qui vivent là-bas et qui viennent passer les vacances chez nous ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr, bien sûr. Oui, oui, la dimension sanitaire elle doit être très présente parce qu'on veut protéger chacune et chacun d'entre nous.

MARC FAUVELLE
Pour dire les choses autrement, est-ce que vous déconseillez, malgré l'amitié qui lie nos deux peuples, aux Britanniques de venir passer des vacances en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors de fait, les motifs impérieux vont empêcher les Britanniques de venir passer leurs vacances en France, ça a un impact, par exemple, sur le tourisme de montagne, puisque les Britanniques représentent plus ou moins 15% de notre clientèle…

MARC FAUVELLE
C'est un coup dur pour les stations, parce que les réservations tombent depuis hier, les annulations tombent depuis hier, ça va être…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr, ça c'est sûr que ça n'a pas été de gaîté de coeur, maintenant les indicateurs de réservations pour les stations étaient très bien orientées, et quelque part j'appelle aussi les Français qui n'avaient pas forcément tous trouvé de la place, parce que les réservations étaient justement très hautes, eh bien peut-être à envisager à nouveau la montagne comme destination.

MARC FAUVELLE
Je vous propose qu'on prenne les secteurs les uns après les autres. On va parler de la montagne, qui s'inquiète justement, dans quelques minutes, on continue avec tout ce qui concerne les frontières, là encore autre nouveauté annoncée hier soir par Emmanuel MACRON.

SALHIA BRAKHLIA
Oui, par le président de la République lui-même qui dit « pas de test pour les voyageurs vaccinés au sein de l'Union européenne », pourtant l'Italie, l'Irlande, le Portugal, la Grèce, l'imposent aux Français qui veulent s'y rendre, pourquoi on n'applique pas la réciprocité dans ces cas-là, pas de test pour les voyageurs vaccinés au sein de l'Union européenne ?

MARC FAUVELLE
En plus du pass sanitaire.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On a quand même, l'Union européenne c'est un espace de libre circulation et l'idéal c'est quand même d'avoir des règles qui permettent de la faciliter, et dès lors qu'on est vacciné on considère qu'on se protège et on protège les autres, et donc faire en sorte qu'il y ait plus de souplesse pour les personnes vaccinées est assez logique.

SALHIA BRAKHLIA
Mais ce n'est pas le choix des autres pays, je les ai cités, l'Italie, le Portugal, la Grèce, eux ils imposent des tests aux Français, est-ce qu'ils se protègent plus que nous ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Moi je crois que quand on est vacciné, on est protégé, on se protège, en tous les cas on est mieux protégé que si on ne l'est pas, regardez toutes les statistiques sur les personnes qui sont en réanimation, etc.

MARC FAUVELLE
On est mieux protégé, vous savez qu'on est dans une zone grise…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On est mieux…

MARC FAUVELLE
On pensait au tout début, on pensait que le vaccin…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le Premier ministre, Olivier VERAN, qui régulièrement visitent les centres de réanimation, nous disent combien à chaque fois les statistiques sont éloquentes, c'est-à-dire que quand vous avez huit personnes, il y en a sept qui sont non vaccinées…

MARC FAUVELLE
Vous avez raison, il y a très peu de doubles, et encore moins de triples vaccinés dans les services de réanimation aujourd'hui, parce que le vaccin, surtout grâce à la troisième dose, à la dose de rappel, permet d'éviter les formes les plus graves, en revanche sur les contaminations le vaccin, une, deux ou trois doses, les freine simplement, c'est d'ailleurs pour ça que Salhia a rappelé la liste des pays qui, en plus du pass sanitaire, c'est-à-dire en plus du vaccin, demandent des tests récents, c'est le retour du chacun pour soi en Europe finalement, ce que dit Emmanuel MACRON hier soir, nous on ne le fait pas, d'autres pays le font. Ça ne vous étonne pas plus que ça ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Si vous voulez c'est que, aussi on est sur des compétences qui sont aussi beaucoup nationales, sur les politiques de santé, et donc, voilà, chaque pays, aussi, prend des décisions au regard de sa situation. On essaye de se parler, de se coordonner, mais je dois dire qu'effectivement ça reste imparfait.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous déconseillez à tous les Français qui auraient envie d'aller faire du tourisme à l'étranger de le faire ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je crois qu'il faut regarder…

MARC FAUVELLE
C'est ce que le Canada vient de dire, mesure la plus radicale aujourd'hui, " ne partez pas "

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Moi, naturellement, vous savez, j'ai toujours été un apôtre, non seulement de " l'été bleu blanc rouge ", mais donc aussi de " l'hiver bleu blanc rouge ", et donc je suis pour qu'on puisse…

MARC FAUVELLE
Là c'est l'inverse, il s'agit bien de demander aux Français…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais c'est pour ça, je dis vous pouvez profiter de ces moments pour redécouvrir la France sous toutes ses coutures, on en a beaucoup, et tous nos massifs, d'ailleurs, vous attendent, des Vosges aux Pyrénées, en passant par le Massif central ou les Alpes. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut dans ces cas-là s'en remettre, je dirais quelque part aux conseils, les conseils aux voyageurs, c'est le site Internet du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, qui permet d'avoir une cartographie, qui renvoie également sur le site du ministère de l'Intérieur où vous avez donc l'état sanitaire du monde. Et puis également, ayez le réflexe du conseil demandé aux agents de voyage, parce que les entreprises du voyage ce sont…

MARC FAUVELLE
Tout le monde n'a pas la chance de partir avec une agence de voyage, ça coûte…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais j'en parle parce que ce sont des professionnels qui ont beaucoup souffert, qui justement sont là pour faire du sur-mesure, qui sont là pour vous conseiller, pour vous accompagner, et donc quelque part c'est aussi un acte patriotique que d'avoir recours à leurs services parce qu'ils ont été longtemps entravés et que eux apportent le bon conseil.

MARC FAUVELLE
Jean-Baptiste LEMOYNE, vous êtes aussi le ministre des Français de l'étranger, qui pour beaucoup s'interrogent, on va en parler dans un instant, vous êtes aussi le ministre des discothèques, qui sont fermées en ce moment, on va voir à quelles conditions elles vont pouvoir rouvrir, peut-être au mois de janvier.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Jean-Baptiste LEMOYNE, ministre chargé du Tourisme, des Français de l'étranger, des Petites et Moyennes Entreprises…

MARC FAUVELLE
Ça fait long sur la carte de visite !

SALHIA BRAKHLIA
Ça fait beaucoup, oui. Ils sont 3 millions de Français de l'étranger, est-ce que tous ceux qui veulent revenir en France pour les fêtes pourront le faire, qu'ils soient vaccinés ou pas ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, il y a des contraintes plus fortes pour celles et ceux qui résident dans les pays classés " écarlate ", ça concerne par exemple l'Afrique du Sud, puisqu'on a détecté Omicron pour la première fois là-bas et l'Afrique du Sud reste " écarlate ", ça veut dire qu'il y a beaucoup de contraintes pour revenir parce que vous avez une quatorzaine stricte de 10 jours, donc c'est contraignant, et de fait ça empêche de venir juste pour les fêtes, et c'est pour ça qu'on continue à être à leurs côtés à tous égards, parce qu'ils ont été éloignés, et donc on a mis en place beaucoup d'aides, je dirais de nature économique, sociale, éducative, parce que, être Français hors de France dans cette période, eh bien ça a été plus compliqué que d'ordinaire, on a mis en place 220 millions d'euros, c'est un plan d'accompagnement des Français de l'étranger.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que la France aide les Français de l'étranger à se faire vacciner dans les pays du monde ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Tout à fait, tout à fait. Alors, il y a des pays dans lesquels, comme en Europe, ou aux Etats-Unis, au Canada, vous avez accès à la vaccination à travers la vaccination des autorités nationales, mais il y a des pays dans lesquels…

MARC FAUVELLE
C'est avec le vaccin local ou avec les vaccins français, ceux qui sont utilisés en France ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
En fait, le principe c'est justement, là où il y a un vaccin qui est comparable à ceux qu'on utilise, et que le système local le propose, eh bien vous pouvez y aller, mais en revanche on a fait une immense opération logistique, qui se poursuit, on a envoyé des vaccins dans 64 pays pour pouvoir vacciner nos communautés là où justement c'était plus compliqué, ça a été un gros gros travail de sur-mesure.

MARC FAUVELLE
Mais par exemple, un Français qui habite Moscou, qui a eu droit au vaccin russe, s'il met les pieds demain matin à Roissy, il se passe quoi ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, du coup le vaccin russe n'est pas reconnu, ni par l'OMS, ni par l'Europe, donc en fait…

MARC FAUVELLE
Donc pas de pass sanitaire, rien du tout…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il est considéré comme non vacciné, ça signifie qu'il doit se soumettre à des tests, le pass sanitaire ce n'est pas que le vaccin, c'est aussi des tests, voilà…

MARC FAUVELLE
Je le disais tout à l'heure, vous êtes le ministre des discothèques, c'est le seul secteur qui est aujourd'hui entièrement fermé, suite à l'annonce il y a quelques jours par le Premier ministre, d'abord jusqu'à quand la fermeture ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, la fermeture a été décrétée pour un mois, donc ça nous conduit justement à début janvier, la mesure a été prise le 10 décembre, et la contrepartie de cela c'est que naturellement on met en place un système d'aide et d'accompagnement économique massif, avec la prise en charge de leurs coûts fixes à 100%, avec des exonérations de charges sur novembre et décembre, avec l'activité partielle, bref, tout simplement pour qu'ils puissent tenir le choc et puis reprendre quand les conditions sanitaires le permettront.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'en fait la durée de la fermeture d'un mois peut être prolongée ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce que je veux dire c'est que, il faut regarder la situation sanitaire ce qu'elle sera au début du mois de janvier pour voir si les conditions sont réunies.

SALHIA BRAKHLIA
Donc ils ne sont même pas sûrs de pouvoir reprendre début janvier ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
La décision a été prise pour un mois, maintenant j'espère que, parce que tout le monde fait des efforts, parce qu'on va continuer la course au rappel, à la vaccination, qu'on pourra desserrer l'étau de cette cinquième vague, et puis aussi d'Omicron, regardez, c'est aussi un peu l'inconnu, qu'elle va être la cinétique, la dynamique de ce variant, donc il est très compliqué d'être définitif, le virus c'est l'inattendu permanent.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous ne pensez pas que tous ceux qui avaient envie d'aller passer une soirée pendant les fêtes en discothèque ou en boîte de nuit, vont le faire dans les bars tout simplement, qui eux restent ouverts sans limitation ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Si ce n'est qu'on a interdit par exemple la danse dans les bars…

MARC FAUVELLE
Comment vous interdisez la danse dans les bars, ça veut dire que par exemple on interdit la musique dans les bars ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais c'est-à-dire que… enfin là on appelle aussi à la responsabilité de chacun. Je veux dire, on est aujourd'hui dans une société où chacun détient quelque part une partie de la santé de l'autre, par son comportement, par ses gestes, etc., et donc c'est vraiment un appel à la responsabilité générale, y compris on va retrouver nos anciens, nos parents, nos grands-parents, etc., soyons très prudents. Pardon de le redire, on a l'impression… mais on veut faire confiance à cette responsabilité individuelle, et puis, eh bien voilà, on sera amené à contrôler tout ça.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Baptiste LEMOYNE, vous fermez les discothèques, les bars restent ouverts, mais vous interdisez la danse, la musique, est-ce que les clubs libertins eux peuvent rester ouverts, est-ce qu'ils sont ouverts ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Là vous me posez une colle.

MARC FAUVELLE
On a cru, en préparant cet entretien, lire que oui parce qu'ils sont considérés, pour la plupart d'entre eux, comme des débits de boisson, ce qui, avouez-le, peut paraître étonnant.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais de façon générale…

MARC FAUVELLE
Vu l'activité qu'on y pratique.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
De façon générale il y a uniquement effectivement les discothèques qui ont été fermées…

MARC FAUVELLE
Donc a priori les clubs libertins restent ouverts.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On essaye de maintenir les activités par ailleurs, regardez…

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais parce que c'était l'incohérence de l'année dernière, est-ce que cette incohérence persiste aujourd'hui ?

MARC FAUVELLE
En termes de gestes barrières…

SALHIA BRAKHLIA
En termes de gestes barrières on n'y est pas du tout.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est quoi la prochaine question ?

MARC FAUVELLE
Vous vous renseignez, vous nous dites après cet entretien…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Bien sûr.

MARC FAUVELLE
Effectivement, parce que ça pose quelques questions. On revient à la situation dans les stations de ski pour ceux qui ont la chance d'y aller cette année, où, précisément, faudra-t-il présenter un pass sanitaire ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Alors, le pass sanitaire il est demandé, comme partout en France, quand vous allez au restaurant, quand vous allez dans des lieux où il est demandé, et par ailleurs il est mis en place sur les remontées mécaniques, c'est-à-dire qu'il peut être contrôlé sur les remontées mécaniques, mais ça sera des contrôles qui vont être faits de façon aléatoire, on vous le demandera lorsque vous achetez votre forfait, et puis après il y aura des contrôles, encore une fois aléatoires, mais moi je veux dire, ce qu'on voit c'est qu'aujourd'hui 90% des gens qui doivent être vaccinés le sont, et donc tout ça va se faire en bon ordre parce qu'il y a eu un gros travail fait avec les Domaines Skiables de France, avec également l'Association des élus de la montagne, et donc ils se sont préparés très sérieusement, avec des protocoles, leurs saisonniers aussi sont rentrés, pour ceux qui ne l'étaient pas, pour la plupart, dans le processus de vaccination, donc la saison, de ce point de vue-là, d'un point de vue logistique, elle peut bien commencer, et vous avez vu d'ailleurs, la neige est là depuis deux semaines, trois semaines…

SALHIA BRAKHLIA
Mais il manque quand même du personnel, Jean-Baptiste LEMOYNE, plus de 2000 postes de saisonniers restent à pourvoir en Savoie et en Haute-Savoie, selon Pôle emploi, on fait comment ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
On fait comment ? Par exemple nos préfectures ont organisé, avec les remontées mécaniques, un certain nombre de forums pour pouvoir proposer ces emplois à des personnes qui n'en avaient pas, mais c'est vrai que de façon générale on rencontre ce problème de tensions dans l'emploi dans les secteurs du tourisme, et du coup…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire quoi, qu'il faut augmenter les salaires dans ces secteurs-là en particulier ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais d'ailleurs regardez, l'hôtellerie, la restauration, hier a fait une proposition très concrète, a mis +16% sur la table, et d'ailleurs…

MARC FAUVELLE
Techniquement le patronat a mis 16 % sur la table, mais par rapport à des salaires qui n'étaient pas pratiqués puisqu'ils étaient en dessous du SMIC, ça veut dire que les salaires aujourd'hui, les augmentations, c'est 6%, les 16 % se transforment en 6.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, mais dans la proposition qui est faite, si j'ai bien lu, aucun salaire ne sera… enfin, tout salaire sera au moins supérieur de 5% au SMIC, donc il y a un rattrapage…

MARC FAUVELLE
Sauf qu'aujourd'hui le salaire minimum était…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Il y a un rattrapage qui se fait…

MARC FAUVELLE
Est-ce que ça vous semble suffisant ce que met le patronat sur la table, il y a ce chiffre encore une fois de 16 %, qui ne correspond à rien puisque personne dans la profession n'était payé en dessous du SMIC, il s'agit simplement de grille indiciaire qui n'était pas respectée, est-ce que ça vous semble de nature à réduire la crise de la main-d'oeuvre qu'on voit aujourd'hui dans ce secteur ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je vais vous dire, le sujet financier ne suffira pas à lui seul à régler le problème, les organisations salariales vont maintenant étudier la proposition…

SALHIA BRAKHLIA
Elles refusent de signer, les syndicats refusent de signer la proposition, parce qu'ils veulent un engagent sur les conditions de travail.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
C'est ce que j'allais dire, c'est qu'en fait… là, tout le monde est d'accord, employeurs comme représentant des salariés, c'est que la façon dont on travaille doit aussi tenir compte de l'évolution de la société, peut-être moins de coupures, peut-être une meilleure organisation sur les week-ends, mais ça, vous savez…

MARC FAUVELLE
Ce qui veut dire que les consommateurs aussi doivent se préparer peut-être.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, quand j'en parle avec les présidents de l'UMIH, du GNI, etc., ils sont tous très conscients de ça et désireux justement de trouver des solutions, mais la solution elle n'est pas générale, l'équilibre il dépend d'un établissement à l'autre, vous trouvez votre propre équilibre avec vos collaborateurs…

MARC FAUVELLE
Il n'y a pas cinquante solutions, si on veut que les restaurateurs travaillent moins le week-end, il va falloir ouvrir moins le week-end, donc c'est aussi, du point de vue des consommateurs, vous dites, attendez-vous à ce que certains restaurants…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ça dépend, vous avez des organisations différentes. Moi j'ai parlé avec des restaurateurs qui me disent « voilà, désormais j'ai deux équipes, j'ai une équipe qui fait le déjeuner, une équipe qui fait le dîner », etc., donc c'est plus de monde et c'est aussi effectivement, du coup plus de charges, voilà, chacun va trouver son propre équilibre, mais la préoccupation elle est commune à tous !

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le ministre chargé du Tourisme, des Français de l'étranger et des Petites et moyennes entreprises Jean-Baptiste LEMOYNE. Est-ce que la France est toujours la première destination touristique du monde ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Elle l'est restée y compris pendant la crise. C'est vrai qu'avant-crise, nous recevions 90 millions de touristes internationaux. Pendant la crise, ç'a été divisé par deux. C'était 40 millions en 2020, et là nous espérons avoir été entre 45 et 50 millions de touristes internationaux en 2021.

MARC FAUVELLE
Ça remonte un tout petit peu.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ça remonte mais quelque part, je vais vous dire, cette crise il faut aussi en tirer des leçons. Et la leçon, c'est que finalement le socle domestique, le socle du tourisme national a permis de résister, de faire face. Alors pas partout parce qu'il y a des territoires qui dépendent plus du tourisme international. On pense à Paris, on pense à l'Ile-de-France, on pense à la Côte d'Azur. Mais les autres territoires, il y a eu une redécouverte de la France, et je crois que c'est une bonne nouvelle pour le coup.

MARC FAUVELLE
Combien de temps, à votre avis, il faudra pour que ça redevienne comme avant ? Les compagnies aériennes souffrent aujourd'hui, il n'est pas impossible qu'elles augmentent aussi leurs tarifs, que cela ait des conséquences sur le nombre de voyageurs sur la planète qui ont les moyens de voyager aujourd'hui. Est-ce qu'on reviendra au niveau d'avant ? Et est-ce que c'est souhaitable ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Je pense ça va redémarrer en 23-24, d'autant plus que nous avons la chance d'avoir des grands événements sportifs internationaux. La Coupe du monde de rugby, les Jeux olympiques, ça va être des coups de projecteur fantastiques sur la France et donc ça va nous aider aussi à relancer la destination France. Et puis nous, on ne reste pas les deux pieds dans le même sabot. Le président de la République a souhaité qu'on puisse présenter un plan pour la destination France, donc deux milliards d'euros qui permettent de réarmer nos politiques touristiques parce que l'Etat depuis dix ans, il s'était un peu désengagé, et là on y va.

MARC FAUVELLE
Mais est-ce que c'est souhaitable ? C'était l'autre question. Quand vous voyez les dates les dégâts que font parfois les locations Airbnb, à la fois sur les relations entre les différents habitants d'un immeuble et puis sur les prix de l'immobilier aujourd'hui et puis tout simplement sur le sur-tourisme dans certaines villes.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Justement, je pense que la vertu de la crise c'est peut-être qu'on va voyager différemment. Je pense qu'on va moins s'entasser dans des avions de plus en plus grands pour aller de plus en plus loin, et qu'il y aura une envie de tourisme en circuit court. Le bonheur, il est dans le pré désormais.

SALHIA BRAKHLIA
Et vous vous disiez, vous parliez à l'instant de votre plan de deux milliards d'euros pour réinvestir dans le tourisme, pour investir dans le tourisme durable notamment.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui, tout à fait.

SALHIA BRAKHLIA
C'est quoi le tourisme durable ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Notre objectif, c'est justement devenir la première destination mondiale en termes de tourisme durable. C'est quoi ? Ça veut dire réhabiliter des sentiers pour favoriser ce qu'on appelle le slow tourisme. C'est verdir par exemple tout ce qui est infrastructure de nautisme, les ports etc. C'est faire en sorte que l'empreinte que l'on laisse dans nos activités touristiques soit la plus faible possible vis-à-vis de la planète.

MARC FAUVELLE
Avant d'être ministre Jean-Baptiste LEMOYNE, vous étiez membre des Républicains. En 2016, vous souteniez Alain JUPPE à la primaire de la droite tout comme une certaine Valérie PECRESSE qui vient de remporter la primaire des Républicains. Quelle est sa principale force ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Moi ce que je vois surtout, c'est une faiblesse.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas ma question : quelle est sa force ?

SALHIA BRAKHLIA
Vous la connaissez bien.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Oui mais justement. Moi ce que je vois, c'est que Valérie PECRESSE aujourd'hui, elle est à la tête d'une famille qui se dit qu'ils ont envie de tenter un coup-là mais qui est très divisée, entre une ligne Ciotti, une ligne plus centriste et donc c'est un peu le zigzag permanent. C'est les semaines paires, je donne des gages aux centristes, les semaines impaires je donne des gages à la droite dure.

MARC FAUVELLE
C'est du ‘en même temps', non ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Pardon ?

MARC FAUVELLE
C'est du ‘en même temps' ça s'appelle.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non parce que le ‘en même temps', c'est quoi ? Le ‘en même temps', c'est tout à fait autre chose. C'est justement faire en sorte que des gens qui viennent d'horizons très différents, qui se reconnaissent dans un certain humanisme, qui viennent de droite, de gauche, du centre, de la société civile puissent comme dans un conseil municipal se mettre d'accord sur un projet pour la France et travailler ensemble. Souvenez-vous il y a trente ans…

SALHIA BRAKHLIA
C'est ce que peuvent dire les Républicains, on a un socle commun, et puis, bon eh bien voilà, on a quelques différences, mais on fait…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Le socle commun il est quand même très réduit, pardon, mais le mouvement central il est bien derrière le président de la République, encore une fois faire en sorte qu'un Jean-Yves LE DRIAN social-démocrate puisse travailler avec un Bruno LE MAIRE issu de la droite, et qu'on puisse avoir une Barbara POMPILI qui incarne l'écologie, voilà, on a, pendant ces cinq années, été plus régaliens sur les sujets de droite, que porte la droite, on a été plus sociaux que ce qu'a fait la gauche à l'époque, et plus écolos que les écolos quand ils étaient au gouvernement…

SALHIA BRAKHLIA
Vous êtes plus que tous les autres.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais c'est vrai…. Je pense qu'on est vraiment une majorité ++, oui.

SALHIA BRAKHLIA
Mais concernant Valérie PECRESSE, est-ce que le fait qu'elle soit une femme vous rend la tâche un peu plus difficile ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Ce n'est pas la seule femme en compétition, regardez…

SALHIA BRAKHLIA
Il y a Marine LE PEN, mais on connaît déjà, Valérie PECRESSE…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous avez oublié qu'il y avait aussi Anne HIDALGO.

SALHIA BRAKHLIA
Il y a aussi Anne HIDALGO.

MARC FAUVELLE
Et il y aura peut-être Christiane TAUBIRA, qui va dévoiler ses intentions en fin de matinée, dire si elle y va ou non, est-ce que c'est quelqu'un que politiquement vous respectez et quelqu'un que politiquement vous craignez ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Christiane TAUBIRA ?

MARC FAUVELLE
Oui.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Vous savez moi je… on voit que la gauche elle est éclatée façon puzzle, et en réalité elle est éclatée parce que, d'un côté on voit, à l'extrême droite, des gens qui fracturent la nation, mais le sujet de la nation fracture à gauche, regardez MELENCHON avec un certain nombre de dérives, voilà, un peu communautaristes, etc., face à une gauche républicaine, donc je pense que la gauche aura quand même beaucoup de mal à s'unir, et donc…

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous croyez à l'hypothèse d'une candidature qui pourrait unifier les gauches derrière Christiane TAUBIRA ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Moi j'ai l'impression qu'ils sont tous lancés quand même dans la course de petits chevaux et dans… regardez, d'ailleurs certains citoyens ont lancé une primaire à gauche, qui ne rencontre pas l'écho, voilà…

MARC FAUVELLE
300.000 personnes.

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais bon, chacun ses sujets, moi mon sujet c'est faire en sorte que justement… inciter le président de la République à se représenter, on a lancé, avec justement les Français de l'étranger et de la majorité une cinquantaine de comités, partout dans le monde, de gens qui souhaitent…

SALHIA BRAKHLIA
Justement, est-ce que c'est votre rôle, vous êtes ministre, est-ce que c'est votre rôle de faire ça, lancer des comités pour la réélection d'Emmanuel MACRON, alors qu'il n'est pas officiellement candidat ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Attendez, moi je suis un militant dans l'âme…

MARC FAUVELLE
Mais vous n'avez pas assez de travail avec le tourisme, les Français de l'étranger, les PME, les boîtes de nuit, tout ce qu'on a rappelé là ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais attendez, heureusement les journées on les utilise à fond et on est avant tout, aussi, des militants, on est des militants de la France et donc moi je souhaite, pour la France, que le président de la République il puisse repartir pour cinq ans parce qu'on a fait beaucoup et on a encore beaucoup de choses à faire.

MARC FAUVELLE
Mais il n'y a pas un parti qui devrait être chargé de ça plutôt que des ministres, de lancer la campagne ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Mais moi je suis membre du parti, je suis membre de la République en Marche !

MARC FAUVELLE
Mais vous faites ça à quel moment de vos journées, par exemple c'est sur le week-end ou c'est sur votre temps de travail de ministre ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Non, non, attendez, le temps de travail du ministre, vous savez, c'est H24, on n'arrête pas…

MARC FAUVELLE
Donc comment vous faites…

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Et donc on peut tout à fait, aussi, prendre du temps pour aller à la rencontre des Français, tracter sur les marchés, dans mon département de l'Yonne, heureusement…

SALHIA BRAKHLIA
Et donc vous n'êtes plus ministre à ce moment-là ?

JEAN-BAPTISTE LEMOYNE
Eh bien c'est le militant Jean-Baptiste LEMOYNE qui est en action.

MARC FAUVELLE
Et c'est le ministre qui était notre invité ce matin, merci beaucoup Jean-Baptiste LEMOYNE, bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 décembre 2021