Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, en réponse à une question sur les tensions entre l'Ukraine et la Russie, au Sénat le 5 janvier 2022.

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Circonstance : Question d'actualité au Gouvernement au Sénat

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Monsieur le Sénateur, je partage votre diagnostic, au moins les préliminaires avant votre question sur le moment qui se passe, le moment stratégique qui se déroule en ce moment.

Vous avez rappelé - je pense que la Haute assemblée en est bien informée - que nous allons dans les jours qui viennent entrer dans une séquence majeure, à la fois dans un dialogue qui va se produire entre les Etats-Unis et la Russie à Genève, à la fois dans une discussion qui va avoir lieu entre la Russie et l'OTAN à Bruxelles, à la fois dans une discussion qui va avoir lieu au sein de l'OSCE, avec les Européens dans les deux derniers cas à Vienne. Et dans cet ensemble-là, en préparation de cet ensemble-là, la Russie a déposé sur la table sa conception des paramètres de la sécurité européenne.

Et face à cela, nous devons avoir à mon sens trois réactions. La première, c'est que nous ne devons pas refuser la discussion avec la Russie. Ce dialogue peut contribuer à renforcer notre sécurité mais il doit se faire sur la base de paramètres que nous jugeons pour nous pertinents et qui sont conformes à nos intérêts collectifs de sécurité. Plusieurs des propositions russes ne sont pas compatibles avec les principes fondamentaux de la sécurité et de la stabilité européenne auxquels vous faisiez allusion, qui étaient les principes fondamentaux liés à l'accord d'Helsinki de 1975, cela nous ramène à loin, mais c'est toujours en vigueur et la Russie l'a signé et donc nous devons être vigilants sur ce point et faire en sorte que les discussions sur la stabilité stratégique en Europe soient partagées sur ce point avec les Européens.

Mais parler avec la Russie et dire ce qu'on pense, et arriver nous-mêmes avec nos propres éléments et non pas les éléments imposés par la Russie dans la discussion.

Deuxièmement, les Européens doivent être pleinement impliqués. Et la sécurité européenne - je partage votre point de vue - ne saurait se discuter sans leur pleine implication. Et ce sera d'ailleurs le sujet de la première réunion des ministres des affaires étrangères et des ministres de la défense, qui va se tenir conjointement à Brest la semaine prochaine dans le cadre de cette séquence pour affirmer notre position.

Enfin, dernier point : le dialogue avec la Russie ne doit pas nous faire oublier la fermeté nécessaire que nous maintenons sur la crise ukrainienne, la nécessité de la discussion en format Normandie, ce que chacun reconnait sauf la Russie aujourd'hui - les Etats-Unis sont sur cette position -, la mise en oeuvre des accords de Minsk et le risque de conséquences massives s'il y avait une nouvelle atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

C'est notre position, elle est claire, elle va être répétée dans toutes les instances internationales dans les jours qui viennent.


Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 janvier 2022

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