Interview de Mme Nadia Hai, ministre de la ville, à Radio J le 10 janvier 2022, sur les attentats terroristes en janvier 2015, l'élection présidentielle, la politique de la ville, les questions de sécurité et la vaccination contre le coronavirus.

Texte intégral

CHRISTOPHE BARBIER
Nadia HAI, bonjour.

NADIA HAI
Bonjour Christophe BARBIER.

CHRISTOPHE BARBIER
Et bienvenue. Avant de parler de l’actualité politique, souvenons-nous qu’il y a sept ans c’était les attentats, les assassinats, Charlie Hebdo, à l’Hyper Cacher, demain ce sera l’anniversaire de la grande marche du 11 janvier 2015. Que reste-t-il de l’esprit " je suis Charlie " aujourd’hui ?

NADIA HAI
En tout cas chez nous il nous anime toujours parce que c’est la liberté d’expression qu’il faut défendre, c’est toutes formes de liberté finalement qui régit aujourd’hui et qui existe dans notre pays, et donc il faut continuer ce combat sans relâche contre les libertés d’expression, contre aussi tous les phénomènes que nous avons vécu aussi il y a sept ans, ce triste anniversaire de l’Hyper Cacher, ce triste anniversaire où une femme policière a été assassinée et donc c’est un combat sans relâche qu’il faut aujourd’hui mener contre toutes ces formes de haine et…

CHRISTOPHE BARBIER
Ça continue depuis sept ans, est-ce que l’un des fruits de cette angoisse, notamment face au péril islamiste, ce n’est pas le vote ZEMMOUR ?

NADIA HAI
Je ne crois pas, je crois que la solution à tout cela c’est justement ce que je vous disais à l’instant, mener sans relâche ce combat, être dans l’action, être dans les moyens qui sont accordés à la police, à la gendarmerie, à la justice, et c’est aussi un combat à mener dans notre société pour lutter contre les préjugés, pour mieux éduquer aussi les plus jeunes, et c’est ce que nous faisons aujourd’hui au sein de ce gouvernement, maintenant depuis presque cinq ans.

CHRISTOPHE BARBIER
Evénement ce week-end dans la campagne présidentielle, à droite, Guillaume PELTIER, un temps numéro 2 des Républicains, rallie Eric ZEMMOUR, dont il devient le porte-parole, est-ce que vous vous réjouissez des soucis de Valérie PECRESSE ?

NADIA HAI
Je pense qu’à chaque personnalité qui rejoint Eric ZEMMOUR je ne me réjouis pas, puisque c’est encore une personne qui dérive vers de l’extrémisme, et Valérie PECRESSE elle a un problème aujourd’hui, celui de ne pas pouvoir, savoir, réunir, rassembler sa majorité autour de sa candidature, autour de son projet, donc ça pose véritablement des problèmes sur la crédibilité de Valérie PECRESSE.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais Valérie PECRESSE essaye de développer ce projet, par exemple dans votre domaine, la ville, elle a expliqué qu’elle se donnait 10 ans pour raser les quartiers ghettos. Est-ce que c’est réalisable, est-ce que c’est souhaitable ?

NADIA HAI
Je pense qu’elle n’a pas su le faire quand elle était en responsabilité, qu’est-ce qui nous dit qu’une fois élue présidente de la République elle…

CHRISTOPHE BARBIER
Elle aura plus de pouvoirs, quand même, que ministre.

NADIA HAI
Elle a été ministre du Budget, porte-parole de Nicolas SARKOZY, elle avait plusieurs occasions, et vraisemblablement ça a été des occasions ratées, manquées, pour pouvoir le faire. Et j’aimerais savoir comment elle fait, parce que c’est bien beau de sortir des grandes phrases toutes faites, sortir de vieux tiroirs des expressions qui représentent un échec passé, j’aimerais savoir comment elle fait Valérie PECRESSE, plutôt que de dire " je vais nettoyer tel ou tel endroit ", « je vais lutter contre les ghettos », comment elle fait, quel est le chemin ?

CHRISTOPHE BARBIER
Par exemple, présidente de la région Ile-de-France, elle a déménagé la plupart des locaux de la présidence, notamment vers la banlieue, pour la désenclaver, elle a quelque chose à son actif quand même !

NADIA HAI
Parlons de la région Ile-de-France justement. Valérie PECRESSE s’est désengagée comme jamais de la question de la rénovation urbaine.

CHRISTOPHE BARBIER
C’est-à-dire, elle a arrêté de payer ?

NADIA HAI
Elle a arrêté de… elle a divisé par quatre les financements qui sont accordés dans les programmes de rénovation urbaine, l’Etat aujourd’hui vient en compensation de ce que ne fait pas la région Ile-de-France, et la rénovation urbaine c’est ni plus, ni moins, que mettre de… de créer de la mixité sociale dans nos quartiers, de faire venir d’autres populations, de lutter contre la pauvreté, de faire du développement économique, de créer de l’émancipation, de faire en fait que chacun puisse réussir dans son quartier, et c’est ce qu’elle ne fait pas aujourd’hui dans la région Ile-de-France, donc moi je veux savoir, encore une fois, comment elle fait aujourd’hui, dans son programme, pour pouvoir arriver à toutes les promesses qu’elle est en train de tenir aujourd’hui.

CHRISTOPHE BARBIER
Par les transports, le développement des transports publics, c’est ce qu’elle vous répondrait…

NADIA HAI
Eh bien là aussi, il faut voir quel est l’état d’IDF Mobilités, où l’Etat a été obligé de venir, d’intervenir dans le budget d’IDF Mobilités parce qu’elle n’est pas capable de gérer la question des transports en Ile-de-France. Parlons des transports en Ile-de-France, quand les trains n’arrivent pas à l’heure, quand nous sommes dans un état aussi de vétusté, parlons de la mobilité, où pour partir des Yvelines, de là où j’habite, pour traverser Paris, il nous faut plus d’une heure et demie pour y arriver, donc là, encore une fois, les actions qu’elle mène en région Ile-de-France montrent pertinemment qu’elle ne saura pas les menus à l’échelle nationale.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors, elle souhaite aussi ressortir le Kärcher, Judith nous le rappelait à l’instant, pour lutter contre la délinquance dans les quartiers difficiles, est-ce que ce n’est pas une nécessité cette action forte, aussi forte qu’en 2005 quand Nicolas SARKOZY avait inventé cette expression ?

NADIA HAI
Une action forte, évidemment Christophe BARBIER, et c’est ce que nous faisons aujourd’hui pour lutter contre l’insécurité, nous avons une action déterminée sur la question de la police et de la justice, nous avons renforcé les moyens qui sont accordés à la justice, relancé la justice de proximité, nous avons ajouté plus de 1200 forces de police et de gendarmerie dans nos quartiers pour installer des quartiers de reconquête républicaine, et à côté de ça nous menons aussi une lutte pour lutter contre la délinquance parce qu’il faut aussi avoir une politique de prévention pour assécher le vivier de recrutement des trafiquants et des séparatistes, donc nous menons en fait une action en actionnant ces deux leviers, le renforcement de l’autorité et de la sanction, et en même temps la prévention pour éviter que ces actes se produisent. Valérie PECRESSE ne nous dit absolument pas comment elle fait, à part utiliser une expression qui blesse 5 millions de personnes, parce que nettoyer au Kärcher on ne fait pas le tri entre ce qui est propre et ce qui est sale, si on veut prendre l’image de Valérie PECRESSE, mais elle jette l’opprobre sur plus de 5 millions d’habitants et ça ce n’est pas tolérable.

CHRISTOPHE BARBIER
Le président de la République est en visite aujourd’hui dans les Alpes-Maritimes, notamment pour parler sécurité, Eric CIOTTI, député local, bras droit dans cette campagne de Valérie PECRESSE, n’ira pas à la rencontre du président, c’est normal, on est en campagne, on arrête avec les usages.

NADIA HAI
Il prouve encore une fois qu’il n’est absolument pas républicain, parce qu’être là quand on est parlementaire, quand on est un député de la nation, c’est être républicain, et donc c’est pour cela…

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, mais il dit « ce n’est pas le président qui vient, c’est le candidat. »

NADIA HAI
Non, Emmanuel MACRON aujourd’hui est président de la République, qu’Eric CIOTTI le veuille ou non, et j’espère bien qu’il se représentera, et j’espère bien qu’il sera élu encore pour les cinq années à venir, parce que c’est le président qu’il nous faut aujourd’hui pour gérer le pays. Quant à Eric CIOTTI, encore une fois il montre qu’il n’est pas républicain, ce qui n’est absolument pas étonnant, parce que quand c’est une personne qui vous dit " je voterai ZEMMOUR au second tour s’il se retrouve face à Emmanuel MACRON ", ou quand ZEMMOUR fait cette déclaration de… quand on lui pose la question " est-ce que vous aimez la République ? ", il vous répond " j’aime la France ", ça insinue qu’il n’aime pas la République, Eric CIOTTI confirme aussi qu’il n’est pas républicain.

CHRISTOPHE BARBIER
Eric CIOTTI justifie son choix, il dit " le bilan de MACRON en sécurité c’est un Waterloo sécuritaire ", que lui répondez-vous ?

NADIA HAI
Encore une fois une phrase toute faite. Vous savez, quand on déjoue 36 attentats terroristes, quand on diminue les actes de délinquance, de cambriolages dans nos territoires…

CHRISTOPHE BARBIER
Oui, mais pas les agressions aux personnes, c’est un bilan mitigé, toujours.

NADIA HAI
Ecoutez, en tout cas, nous nous sommes donnés les moyens de nos ambitions, quant à la droite elle n’a jamais su le faire, on n’a pas voulu le faire. Plus de 10.000 postes de policiers de gendarmes sur le terrain c’est bien pour lutter contre les actes de délinquance. Et j’ai entendu cette petite musique qui dit « nous avons supprimé les postes de policiers et gendarmes quand la délinquance, quand les chiffres étaient en baisse », eh bien on voit l’effet que ça fait aujourd’hui, parce que quand vous les supprimez il y a 10 ans, l’effet c’est aujourd’hui, on désorganise, on déstructure nos forces de sécurité intérieure et ça conduit à tout ce que nous avons vécu maintenant depuis ces années. Donc aujourd’hui nous remettons des forces de police, nous renforçons nos forces aussi de renseignement, et donc là aussi nous pallions finalement tous les manques de la droite en la matière.

CHRISTOPHE BARBIER
Valérie PECRESSE dit il y a un lien entre immigration et sécurité puisqu’il y a plus de 23 % des détenus dans les prisons qui sont d’origine étrangère, vous acceptez ce diagnostic ?

NADIA HAI
Vous savez, plus on fait des raccourcis, plus on crée des amalgames, moins on traite les sujets de manière ciblée, déterminée, moins on est efficace. Il y a effectivement des personnes qui sont issues de l’immigration, qui étaient sur notre territoire, sur notre sol, sans avoir le droit d’y être, et qui ont commis des actes intolérables et incompréhensibles, eh bien à cela nous apportons aussi des réponses, et encore une fois en renforçant les moyens, police, justice, et c’est ce que nous faisons, mais envoyer comme ça, faire des liens de cause à effet, c’est non seulement dangereux, mais surtout inefficace.

CHRISTOPHE BARBIER
Un député la République en Marche de Saint-Pierre-et-Miquelon, Stéphane CLAIREAUX, a été agressé hier par des militants antivax, qu’est-ce qu’il faut faire ? Il n’est pas seul, il y a eu des menaces pour de nombreux parlementaires.

NADIA HAI
Je crois, déjà, qu’il faut condamner ces actes-là et ne pas permettre, ne pas laisser croire que nous pouvons nous attaquer à un membre de la représentation nationale, une personne qui a été élue par le peuple aussi pour pouvoir siéger à l’Assemblée nationale, et de laisser ces actes sans condamnation, et surtout, j’espère, sans sanction, et là aussi je réitère tout mon soutien au député Stéphane CLAIREAUX, parce que je le connais, je connais sa détermination à faire avancer des sujets.

CHRISTOPHE BARBIER
Mais est-ce qu’il ne faudrait pas relâcher un peu la pression sur les antivax, sans les approuver, parce que là ils se sentent provoqués et ils passent à ce type d’action ?

NADIA HAI
Mais c’est quoi relâcher la pression Christophe BARBIER ?

CHRISTOPHE BARBIER
Ne pas dire " les emmerder " par exemple.

NADIA HAI
Non mais… vous savez, ce qui se passe aujourd’hui, nous sommes en train de gérer une crise sanitaire, une pandémie mondiale, d’une violence inouïe et sans précédent, allez expliquer à toutes les femmes qui ont perdu un membre de leur famille qu’aujourd’hui le gouvernement va relâcher, allez leur expliquer. Allez expliquer à ces centaines de milliers de soignants comment aujourd’hui l’Etat ne va pas leur apporter le soutien, comment l’Etat ne va pas mettre la pression de ceux qui engorgent aujourd’hui notre système de santé.

CHRISTOPHE BARBIER
Alors mettons une vraie pression, la vaccination obligatoire.

NADIA HAI
Oui, mais la vaccination obligatoire n’est pas efficace en soi, parce que comment vous allez obliger les gens à se vacciner, c’est impossible, par contre nous menons une pression sur leur vie quotidienne pour qu’ils puissent justement aller se faire vacciner, et donc le message aujourd’hui c’est de dire " si vous ne souhaitez pas être emmerdé par le gouvernement, allez vous faire vacciner ", parce que ce n’est pas le gouvernement qui impose telle ou telle décision, ou qui… le gouvernement est là, faire face à cette épidémie…

CHRISTOPHE BARBIER
C’est le virus qui commande.

NADIA HAI
C’est le virus qui commande, exactement, et c’est le virus qui nous impose aujourd’hui les décisions que nous prenons, mais encore une fois, quand elles sont prises, c’est toujours, toujours, dans l’intérêt et la protection des Français.

CHRISTOPHE BARBIER
La vie quotidienne, vous en parliez, elle est compliquée pour les parents d’élèves et pour les profs, parce qu’on multiplie les tests à l’école, les protocoles sanitaires ont été modifiés, grève jeudi des enseignants pour protester contre cette situation, que leur répondez-vous ?

NADIA HAI
Alors déjà je note que le protocole a été allégé par le ministre de l’Education nationale, et ce que j’ai à leur répondre, vous savez, Christophe BARBIER, je suis moi-même parent d’élève et j’ai vécu aussi, il y a quelques jours, les nombreux testent, à J 0, J+2, J+4…

CHRISTOPHE BARBIER
C’est kafkaïen quand même !

NADIA HAI
vous savez, la difficulté dans laquelle nous nous trouvons c’est trouver un équilibre entre un fonctionnement normal de nos écoles, et il faut le maintenir ce fonctionnement de nos écoles, et la protection impérative que nous devons aux enseignants et aux élèves, et donc oui, effectivement, nous avançons, en allégeant les protocoles quand il nous paraît aujourd’hui opportun de le faire, en tout cas je dis à tous ces parents, dont je fais partie, c’est nous essayons effectivement de pouvoir gérer, de faciliter le fonctionnement, la vie de ces élèves et la vie de ces parents, mais je pense qu’il est important aussi de souligner l’engagement du personnel éducatif, des enseignants, j’ai eu, encore une fois, à le constater moi-même, il faut saluer cet engagement et les remercier vraiment de tout le travail…

CHRISTOPHE BARBIER
Et ils auront des masques FFP2, là dans les jours qui viennent, pour faire leur travail ?

NADIA HAI
Je l’espère, en tout cas le ministre de l’Education s’attelle justement à améliorer la protection du personnel éducatif et des enseignants.

CHRISTOPHE BARBIER
Nadia HAI, ministre déléguée à la VILLE, merci, bonne journée.

NADIA HAI
Merci à vous.


Source : Service d’information du Gouvernement, le 11 janvier 2022