Interview de Mme Sarah El Haïry, chargée de la jeunesse et de l'engagement, à CNews le 30 décembre 2021, sur la situation dans les écoles face à l'épidémie du Coronavirus et le déroulement des examens de Partiels.

Texte intégral

OLIVIER BENKEMOUN
Sarah El HAÏRY, bonjour.

SARAH EL HAÏRY
Bonjour.

OLIVIER BENKEMOUN
Vous êtes secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à l'Engagement. Et on va parler de la jeunesse, puisque cette jeunesse elle sera à l'école lundi, elle sera à la fac dans des amphis, elle passera des Partiels, des examens dans des salles bondées, elle va se raconter ses vacances. C'est prudent, alors que le Covid contamine deux Français toutes les secondes ?

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, le plus important, et ça a été notre cap avec Jean-Michel BLANQUER et Frédérique VIDAL depuis le début, mais le début de cette crise sanitaire, c'est de garder les écoles ouvertes, de rouvrir la fac dès qu'on a pu. Je vais vous dire pourquoi. Parce qu'on a conscience à quel point fermer les écoles, à quel point fermer les facs, a des conséquences, aujourd'hui, sur les inégalités, psychiatriques, sur le mental des jeunes. Souvenez-vous, il y a à peine quelques mois, qu'est-ce qu'on disait ? Ouvrez les facs, gardez les écoles ouvertes. Parce qu'on n'apprend pas de la même manière quand on a une connexion ou quand on n'en a pas. On n'apprend pas de la même manière si les parents peuvent aider ou pas. Eh bien pour lutter contre cette première inégalité, l'inégalité de destin, oui, il faut garder l'école ouverte, autant que possible. Par contre, en testant…

OLIVIER BENKEMOUN
Oui, on va ouvrir, on va fermer…

SARAH EL HAÏRY
On va totalement garder…

OLIVIER BENKEMOUN
Non, mais il y a d'énormes risques pour que lundi on ouvre, mercredi on ferme.

SARAH EL HAÏRY
Ça sera classe par classe, en fonction des protocoles. Par contre, la grande différence entre il y a 2 ans et aujourd'hui c'est quoi ? C'est qu'on a des autotests, on en fait plus de 600 000 par semaine dans tous les établissements, on en a à disposition. On a les règles, on connaît comment réagit ce virus, c'est-à-dire qu'on aère, 10 minutes toutes les heures, et c'est les protocoles qui sont posés. On sait même…

OLIVIER BENKEMOUN
Les syndicats disent le contraire, qu'on n'aère pas, qu'on ne peut pas aérer parfois, qu'il y a…

SARAH EL HAÏRY
Alors, les protocoles qui sont posés par le ministère sont très clairs. Il y a 4 niveaux de protocoles, et par rapport à avant, là où on devait changer les règles au fur à mesure, vous savez c'est comme un sportif qui s'entraîne, aujourd'hui nous avons ces réflexes. Ces protocoles sont posés depuis la rentrée de septembre, et en fonction du degré de Covid, eh bien on change. Vous avez vu, il y a à peine, avant les vacances scolaires, nous avons réimposé, et ça fait mal au coeur, je vous assure, le masque dans les cours d'école, alors même que les pioupious, on sait qu'ils en avaient marre de ce masque. Mais pourquoi ? C'était pour protéger la dernière semaine, c'était pour protéger les vacances de fin d'année. Aujourd'hui plus que jamais, je crois que l'école c'est le lieu qui permet à chacun, que ce Covid, que 2 ans de crise sanitaire, ce virus contre lequel on lutte, eh bien, ne crée pas des inégalités plus importantes que ce qu'on connaît déjà.

OLIVIER BENKEMOUN
Pour les étudiants qui ont passé des partiels, encore une fois, et qui vont être malades, il y aura une tolérance, comment ça va se passer ?

SARAH EL HAÏRY
La ministre de l'Enseignement supérieur a posé un cadre extrêmement clair, les règles sont simples : il n'y aura pas de Pass vaccinal ou sanitaire pour passer ses examens…

OLIVIER BENKEMOUN
Eh bien ça, c'est important de le dire.

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr c'est important de le dire, par contre toutes les personnes qui sont testées positives, évidemment, ne doivent pas aller aux examens, puisqu'il y a des sessions de rattrapage ou des sessions en fait pour pouvoir repasser ses examens si on est malade, évidemment c'est le bon sens. Encore une fois, il faut être dans une responsabilité individuelle. La responsabilité collective que le Gouvernement a, que l'Etat a, que la puissance publique a, c'est de pouvoir soigner chacun, mais chacun doit être dans un acte de responsabilité, se tester avant c'est mieux, c'est plus sain, c'est plus serein, pour passer des examens en toute qualité. Et vous savez, j'ai entendu un débat s'ouvrir sur présentiel ou pas présentiel, chez les étudiants. On s'est battu pour avoir ce présentiel, parce qu'ils l'ont demandé, parce que ce sont aussi la valeur des diplômes, l'impact, vous vous souvenez, il y a encore à peine quelques mois on parlait de diplôme Covid…

OLIVIER BENKEMOUN
Mais c'est une chose d'avoir des classes de 20, de 30, et d'être en présentiel, c'est une autre chose d'avoir des amphis, et des amphis qu'on sait parfois bondés dans les facs.

SARAH EL HAÏRY
Des amphis où on est assis, des amphis où on est masqué, des amphis où on est à distance, et surtout des amphis où chacun a la responsabilité en amont, parce que ce sont des adultes et des citoyens…

OLIVIER BENKEMOUN
Ils sont responsables également ?

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr que oui. Vous savez, je n'ai jamais vu une jeunesse, et la nôtre en particulier, aussi mobilisée. Elle n'a pas subi cette crise, elle a pris en pleine face des contraintes, des réductions de joie, de bonheur, des choses qu'on aime faire et que l'on ne pouvait pas faire, voyager, sortir en boîte, faire la fête avec ses copains en toute insouciance. Oui, tout ça, ça a été réduit, mais qu'est-ce que j'ai vu moi dans notre jeunesse ? C'est une jeunesse qui va dans les assos, c'est une jeunesse qui crée le « tracker » pour avoir des doses et savoir où est-ce qu'elles sont les doses, c'est des jeunes qui ont rejoint les pompiers. Moi j'ai vu des jeunes qui, au contraire, au lieu de se dire qu'ils ont subi la crise, ils ont été des acteurs qui nous ont permis de tenir, à l'image des soignants.

OLIVIER BENKEMOUN
Le Pass vaccinal, quand même sera obligatoire dès 12 ans.

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr, mais franchement, quand vous regardez la question Pass vaccinal dès 12 ans, aujourd'hui le Pass sanitaire est applicable dès 12 ans, 80 % des jeunes entre 12 et 17 ans sont vaccinés, 80 %. Et on continue à augmenter au fur et à mesure.

OLIVIER BENKEMOUN
Schéma vaccinal complet ?

SARAH EL HAÏRY
Mais oui, c'est plus de 4 millions de jeunes. Ce n'est pas eux les anti-vax, ce n'est pas…

OLIVIER BENKEMOUN
Et alors, pourquoi leur interdire de faire la fête pour Nouvel An ? Pourquoi leur interdire d'aller en boîte de nuit ? Parce que c'est très difficile.

SARAH EL HAÏRY
Mais je comprends, c'est toujours ce côté, à quel moment tu peux, tu ne peux pas. On ne leur interdit pas de faire la fête, ça ce n'est pas juste.

OLIVIER BENKEMOUN
On les limite, ce n'est pas vrai.

SARAH EL HAÏRY
Ce n'est pas juste. On réduit.

OLIVIER BENKEMOUN
Le Nouvel An, enfin on va vraiment limiter, on va vraiment les empêcher.

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr, il faudra…

OLIVIER BENKEMOUN
Présence policière, fermeture des bars…

SARAH EL HAÏRY
Il faut réinventer, il faut se réinventer. Qu'est ce qui est pire ? De se dire qu'on ferme tout et qu'on met le pays sous cloche, comme on a dû le faire la dernière fois ? Non. Cette fois-ci on a une arme qu'on n'avait pas il y a 2 ans, on a un apprentissage que l'on n'avait pas il y a 2 ans. C'est quoi ? C'est de dire : on a le vaccin, on a des autotests, on a un million de tests qui se font chaque jour, un million de tests. On a vu des jeunes se tester avant d'aller voir leur famille, leurs grands-parents. Moi je leur dis quoi, franchement ? Profitez évidemment de votre nouvelle année, mais de manière soft, d'une manière réinventée, d'une manière en plus petits comités, testez-vous avant d'aller en soirée, évidemment. Pourquoi…

OLIVIER BENKEMOUN
Mais vous savez qu'ils vont aller en soirées.

SARAH EL HAÏRY
Mais bien sûr !

OLIVIER BENKEMOUN
La jeunesse n'est pas là pour obéir.

SARAH EL HAÏRY
Mais il faut être responsable.

OLIVIER BENKEMOUN
Et encore moins à un préfet, et encore moins à un ministre.

SARAH EL HAÏRY
Oh, vos savez, les règles, elles ne sont pas, et c'est là où c'est intéressant, les règles que l'on pose, c'est pour embêter personne. C'est qui notre ennemi ? Ce n'est pas le Gouvernement, c'est le virus, donc…

OLIVIER BENKEMOUN
C'est le virus qui dirige.

SARAH EL HAÏRY
C'est le virus notre ennemi, et est contre lui qu'on lutte. Et donc, ces restrictions, quand elles sont posées, elles sont évidemment pour lutter contre ce virus, et rien que contre ce virus. Et évidemment qu'on a envie d'avoir une jeunesse qui a soif d'avenir et qui a envie de croquer cette nouvelle année à pleines dents. Bien sûr. Mais il faut aussi qu'on puisse se réinventer. Moi, ce que je vois, ce qu'elle me dit, c'est : s'il vous plaît, ne fermez pas les bancs de la fac, s'il vous plaît, gardez une vie normale, ne reconfinez pas, ne mettez pas de restrictions trop lourdes, qui feraient qu'on revient à 100 % en distanciel dans les cours. Eh bien, pour faire tout ça, il faut qu'on fasse gaffe, et pour faire gaffe, tests, gestes barrière et vaccins.

OLIVIER BENKEMOUN
Il y avait tout ça pour aller à des concerts, et puis finalement on a mis des jauges, avec beaucoup de concerts qui s'annulent, évidemment, et une colère qui monte, qui monte.

SARAH EL HAÏRY
Soyons honnêtes. Soyons honnêtes, il y a des concerts qui s'annulent, il y a des spectacles qui s'annulent parce que…

OLIVIER BENKEMOUN
Tous les gros concerts s'annulent.

SARAH EL HAÏRY
Et même des spectacles, moi j'ai vu des spectacles aussi annulés, parce qu'il y avait des cas de Covid dans les troupes aussi, et que finalement, malheureusement, parce qu'il y a des cas de Covid dans les troupes, eh bien on ne peut plus tenir le spectacle. Qu'est-ce qu'on aurait dit, si on avait tout fermé ? Là, qu'est-ce qu'on fait ? On ne ferme pas les concerts, on pose juste une règle qui permet de baisser la pression. Ça, on n'est pas du tout comme il y a 2 ans, on ne dit pas « interdit les concerts », on dit juste « concerts assis, 2 000 à l'intérieur, 5 000 à l'extérieur ».

OLIVIER BENKEMOUN
Mais beaucoup d'artistes disent : bon ben si c'est comme ça, moi j'annule, je reporte, enfin, je fais comme je peux.

SARAH EL HAÏRY
Oui, mais après, franchement, c'est chacun sa responsabilité…

OLIVIER BENKEMOUN
Ou « Je me présente à la présidentielle ».

SARAH EL HAÏRY
On va y arriver. Mais là, pour le coup, pour les concerts, je crois que le plus important c'est de garder notre culture vivante, dynamique, oui, en l'adaptant bien sûr, et c'est toujours mieux que de la fermer, et il ne faut pas tomber dans le piège, moi je trouve que c'est un piège, et franchement c'est un piège beaucoup trop bas pour notre pays, parce qu'on aime trop ça, d'opposer un peu de démocratie culture, lutte contre le virus et culture. Pas du tout. On a besoin de notre culture, on a besoin de culture vivante, certes il y a des règles supplémentaires en cette période, pour ne pas fermer. Encore une fois, il vaut mieux des concerts assis que pas de concert du tout, moi je l'assume pleinement.

OLIVIER BENKEMOUN
Bon, et la colère des artistes ? Parce que qu'elle est là, ils le font avec ironie, mais quand et les uns et les autres disent : eh bien moi aussi je me présente, je remplace mon concert par un bandeau meeting.

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, moi j'appelle tous les artistes qui ont fait ça, à s'engager pour lutter contre l'abstention, alors même qu'elle touche une jeunesse entière qui est, pour une partie d'entre elle, désabusée. On a besoin de se remobiliser, mais revenons à la réalité. Pourquoi les meetings politiques ne sont pas limités ? Parce que la Constitution dans notre pays protège l'expression démocratique et protège l'expression du culte, la pratique du culte, et c'est bien la Constitution qui pose la règle, qui dit : vous ne pouvez pas réduire, poser une jauge. Par contre…

OLIVIER BENKEMOUN
Ok, mais le Pass ?

SARAH EL HAÏRY
Par contre, quelle indécence de certains partis politiques, qui ont les responsabilités de ne pas appliquer les…

OLIVIER BENKEMOUN
Citez-les, il y en a deux.

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr, il y en a deux, il y a aujourd'hui La France insoumise, qui s'est déjà exprimée, et de mémoire il y a le Front national qui s'est également exprimé sur le sujet, en disant : « Nous n'appliquerons pas, ni les jauges, ni le Pass sanitaire ». Eh bien c'est irresponsable. Quand on est prêt à demander la confiance la plus ultime, pour les plus grandes responsabilités de l'Etat, eh bien on protège les gens qui viennent, et c'est pour ça que nous, la majorité présidentielle appliquera les jauges pour ses meetings politiques, alors que ce n'est pas une obligation, appliquera également le Pass sanitaire, et nous l'avons fait la dernière fois quand nous avons réuni un certain nombre de militants pour Ensemble citoyens, le mouvement qui réunit l'ensemble des partis de la majorité, MoDem, En Marche, Agir, Horizons, évidemment Territoires de progrès et en commun, et on l'a fait.

OLIVIER BENKEMOUN
Mais voyez l'incohérence, parce que ça peut paraître incohérent pour la jeunesse, de dire : bon, alors les meetings, c'est bon, tout le monde peut y aller, Pass, pas Pass, etc., alors les concerts ce n'est pas possible…

SARAH EL HAÏRY
Mais je comprends.

OLIVIER BENKEMOUN
Et même dans les concerts, on peut être incohérent, parce que la limite elle est à 2 000 à l'intérieur, on peut avoir des salles de 2 000 qui sont remplies à ras-bord.

SARAH EL HAÏRY
Par rapport à ces deux points, il y a deux choses à dire. Sur l'incohérence, je crois qu'il est important de rappeler que ce n'est pas une lubie du Gouvernement de dire : je ne pose pas de règles pour les meetings politiques, et je pose des règles pour la culture. Il faut le rappeler, c'est bien le texte le plus suprême qu'on ait dans notre pays, c'est la Constitution, et donc c'est la Constitution qui fait que nous ne pouvons pas poser de règles, par compte chaque parti est responsable dans son organisation, et là il y a de l'irresponsabilité si on ne les applique pas. D'autant plus que le ministre…

OLIVIER BENKEMOUN
La Constitution, elle ne connaissait pas le Covid…

SARAH EL HAÏRY
Mais bien sûr !

OLIVIER BENKEMOUN
La Constitution, elle n'a pas été faite à un moment d'épidémie.

SARAH EL HAÏRY
Evidemment, mais on a eu des pandémies, et notre Constitution elle a passé ces époques de pandémies, c'est pour ça qu'elle protège ce qui est d'une certaine manière une sacralité républicaine. Aujourd'hui, c'est l'expression démocratique. Le ministre de l'Intérieur réunit les mouvements politiques, et moi je dis : regardez quelles vont être les décisions des uns et des autres, regardez cette concertation. De l'autre côté, on m'avait dit comment finalement on fait vivre, comment on lutte contre cette incohérence et qu'on n'oppose pas la culture ? Sincèrement, la question des jauges, 2000, 5 000 ou est-ce qu'il faut de la proportionnalité dans les espaces, ce que je comprends, aujourd'hui il y a un débat parlementaire, il se trouve que hier, Olivier VERAN était en commission à l'Assemblée nationale, et le débat a été ouvert avec les parlementaires, le texte sera, on verra comment il sera adopté.

OLIVIER BENKEMOUN
Sur la proportion, alors, ce qui veut dire que dans un grand stade, pourquoi limiter à 2 000 personnes, quand il y a 80 000 places ?

SARAH EL HAÏRY
Ce n'était pas la position initiale du Gouvernement, le Gouvernement a posé des règles assez claires pour faciliter leur application. Maintenant, vous savez, avant d'être au Gouvernement, je suis députée, enfin j'étais députée de Loire-Atlantique, de Nantes, et en tant que députée, je sais à quel point un texte peut être enrichi par la remontée du terrain, par la remontée des parlementaires. Aujourd'hui je sais qu'il y a des amendements qui ont été votés hier, on verra comment ce texte évolue, mais le débat, nous avons un débat démocratique et parlementaire fort dans notre pays, et c'est exactement l'illustration.

OLIVIER BENKEMOUN
Vous connaissez bien la jeunesse, la crise de vocation elle est semble-t-il assez importante dans l'engagement des jeunes pour l'hôpital. Comment on va donner envie à des jeunes d'aller à l'hôpital quand on voit ce qui se passe ? Le prix qu'on paie des infirmiers et des infirmières. J'ai regardé tout à l'heure le montant de la prime par heure pour un infirmier de garde, de nuit, 1,07 € brut, entre 21h00 et 06h00 du matin, même pas 10 € pour une nuit de garde. Comment vous allez dire à des jeunes : viens à l'hôpital, viens bosser, viens être brancardier, viens être infirmier ?

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, l'hôpital, mais comme tous les métiers du lien, quand vous êtes enseignant, soignant, quand vous êtes dans un EHPAD, quand vous occupez d'hommes et de femmes, c'est des métiers de sens, c'est des métiers qui vous font honneur, parce que vous voyez à quel point vous avez votre capacité à agir sur les gens, sur leur vie, d'être là dans des moments de difficultés ou des moments de bonheur. Et l'hôpital, sa transformation elle est en profondeur, mais la reconnaissance de tous ces métiers du lien est en cours. Moi aujourd'hui je travaille sur les métiers de l'animation, c'est vous savez tous ces hommes et ces femmes qui accueillent les enfants le matin avant de commencer l'école, après, l'après-midi, le mercredi après-midi, le samedi et le dimanche, pendant les vacances scolaires, le périscolaire, ce qu'on appelle le périscolaire et l'extrascolaire. Mais à l'hôpital c'est pareil, c'est comment on accompagne les valorisations, la revalorisation des salaires, bien sûr, et c'est ce que nous faisons avec le Ségur de la santé, c'est plus de 17 milliards le Ségur de la santé, ce n'est pas une paille 17 milliards.

OLIVIER BENKEMOUN
Non non, mais ça ne semble pas suffire. Tous les jours, toutes les heures on a des médecins ici qui nous disent : mais on n'en peut plus, on manque de bras, on manque de moyens.

SARAH EL HAÏRY
Mais oui.

OLIVIER BENKEMOUN
A tel point qu'il y a des réanimateurs qui se posent la question : mais comment on peut avoir des services débordés, par des gens d'ailleurs qui ne veulent pas être vaccinés pour la plupart, est-ce que… La question du tri d'ailleurs ne devrait-elle pas se poser ? Il y a plein de questions éthiques qui remontent en ce moment.

SARAH EL HAÏRY
Il y a des questions éthiques qui remontent, mais la question principale c'est : comment on répond structurellement à l'organisation de l'hôpital, et pour ça franchement il n'y a pas de baguette magique en vrai, il n'y a pas une action à faire, mais il y en a plusieurs. Repenser les investissements, repenser les moyens, engager plus, faire sauter le numerus clausus pour avoir plus de médecins, revaloriser les métiers et accompagner des carrières, mais aussi typiquement, reconnaître l'engagement, mais énorme, de certains soignants ? Regardez, la prime pour les infirmières en réanimation annoncée par le Premier ministre il y a quelques jours, 100 € net par mois, supplémentaires.

OLIVIER BENKEMOUN
Ça a été l'objet d'une longue discussion, avant.

SARAH EL HAÏRY
Bien sûr, mais tu ne fais pas ça sans la discussion avec les acteurs, sinon, qu'est-ce qu'on nous aurait dit ? Finalement, vous décidez tout seul dans votre coin, et les réponses ne sont pas bonnes

OLIVIER BENKEMOUN
Non mais ce n'est pas une prime Covid, ce que je veux dire, ça a été présenté un peu comme une prime Covid, ça ne l'est pas.

SARAH EL HAÏRY
Aujourd'hui, c'est une prime Covid, qui vient renforcer l'augmentation qui est de 183 €, qui a été déjà posée pour les soignants. Aujourd'hui, une infirmière en fin de carrière elle touche jusqu'à 3 000 €.

OLIVIER BENKEMOUN
10 € pour une garde de nuit. 10 €.

SARAH EL HAÏRY
Vous savez, la bagarre sur le salaire n'est pas la bonne réponse pour l'hôpital. Il faut rémunérer correctement, il faut accompagner les carrières, il faut ne pas laisser de pressions sur les gens…

OLIVIER BENKEMOUN
Oui, mais comme les lits, ce ne sont pas de meubles.

SARAH EL HAÏRY
Mais non, ce sont des hommes et des femmes dont il faut accompagner le destin, la qualité de vie, l'équilibre entre la vie perso, la vie pro, et pour ça c'est un plan massif pour l'hôpital et c'est ce que nous faisons.

OLIVIER BENKEMOUN
La jeunesse est résiliente ?

SARAH EL HAÏRY
La jeunesse, notre jeunesse elle est magnifique, bien sûr qu'elle est résiliente. Franchement, elle n'a pas démérité, elle n'a pas à rougir. Vous avez vu les pics de tests avant le Noël ? C'était qui ? C'était les jeunes qui se testaient avant d'aller voir leurs grands-parents et leurs parents. Qui aujourd'hui a accompagné les maraudes ? Qui a fait, qui a rejoint…Allez voir dans les centres de vaccination. J'étais à Rouen et puis j'étais également à Reims il y a quelques jours dans un centre de vaccination, ce sont des jeunes, des jeunes chirurgiens-dentistes, des jeunes infirmiers, des jeunes qui sont internes, qui viennent en plus de leur job, en plus de leur métier, venir donner un coup de main. Franchement, un, je leur tire mon chapeau, et puis deux, je suis tellement fière de les voir tous les jours, que je me dis qu'on a de la chance d'avoir une jeunesse aussi engagée.

OLIVIER BENKEMOUN
Merci Sarah El HAÏRY, secrétaire d'Etat à la Jeunesse et à l'Engagement. Merci d'avoir été l'invitée de Cnews ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 décembre 2021