Déclaration de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, sur la présidence française du Conseil de l'Union européenne en matière économique, à Bruxelles le 18 janvier 2022.

Intervenant(s) :

  • Bruno Le Maire - Ministre de l'économie, des finances et de la relance

Circonstance : Arrivée au Conseil "Affaires économiques et financières"

Prononcé le

Texte intégral

M. Bruno Le Maire : "Je suis très heureux de présider aujourd'hui le premier conseil des ministres des Finances sous présidence française de l'Union européenne. Je voudrais d'abord dire dans quel état d'esprit j'aborde cette présidence du Conseil des ministres des Finances : un état d'esprit résolument ouvert, résolument constructif et résolument à l'écoute de tous les États membres de l'Union européenne. Nous voulons, avec le Président de la République, une présidence française qui soit au service des européens et qui nous permette de bâtir ce nouveau modèle économique européen pour le XXIème siècle qui est, comme vous le savez, l'ambition qu'a fixée Emmanuel Macron pour la présidence française de l'Union européenne. Nous allons ce matin avoir un premier petit-déjeuner de travail puis l'Ecofin et nous allons commencer par aborder la situation économique. Quand vous regardez la situation économique mondiale, il y a une chose frappante : l'Europe réussit. L'Europe a réussi à protéger ses économies, protéger ses salariés pendant la crise. L'Europe a réussi sa relance et elle doit maintenant réussir à bâtir ce nouveau modèle économique européen qui soit plus respectueux de l'environnement, qui soit plus juste et qui nous donne un niveau de croissance plus élevé. Il n'y a aucune raison que le continent européen ait un niveau de croissance systématiquement en dessous du niveau de croissance américain. Nous pouvons et nous devons faire mieux avec une croissance plus durable mais aussi une croissance qui apporte plus de prospérité à nos concitoyens. Ce matin, nous allons commencer au petit-déjeuner par aborder cette situation économique. Je remercie la Présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde qui ouvrira les débats. Nous allons voir comment bâtir cette nouvelle croissance européenne et puis nous allons regarder aussi les risques actuels. On voit bien quels sont les risques qui pèsent aujourd'hui encore sur l'économie mondiale :

Le premier, c'est le risque de retour de la pandémie. Je pense que depuis deux ans que nous vivons sous la pandémie, nous savons qu'il faut rester très humble et très lucide sur ce risque-là.

Le deuxième risque, c'est l'inflation et derrière l'inflation l'augmentation des prix tirée par l'énergie. L'énergie, c'est plus de la moitié de l'explication de l'augmentation des prix en Europe. Je sais que c'est un sujet de préoccupation majeur pour nos compatriotes et pour nos concitoyens. Il y a eu ce matin un premier échange de travail, je vois bien que dans un pays comme l'Estonie par exemple la question des prix d'énergie est devenue une question politique majeure. C'est une question politique majeure en France. C'est une question politique majeure en Italie, en Espagne, en Allemagne donc il faut traiter cette question des prix de l'énergie avec beaucoup de détermination.

Enfin, il y a un troisième risque que nous connaissons aussi c'est ce qui se passe actuellement en Chine avec les inquiétudes sur la croissance chinoise, tout ça doit aussi être pris en considération.

Puis après le petit-déjeuner, nous aurons la première séance du Conseil des ministres des Finances et nous allons commencer par le sujet sur lequel nous voulons aboutir dans les semaines qui viennent : c'est la taxation internationale. Ça fait près de cinq ans maintenant que nous portons cette idée d'avoir une taxation internationale plus juste et plus efficace. La France a été aux avant-postes de cette ambition. Nous avons trouvé un accord à l'OCDE sur le pilier 1 comme sur le pilier 2. Nous avons maintenant un projet de directive qui est sur la table pour une taxation minimale à l'échelle mondiale. Nous souhaitons que cette directive européenne soit adoptée dans les meilleurs délais possibles au conseil des ministres des Finances et croyez-moi je n'ai jamais épargné mon énergie pour parvenir à un accord sur la taxation internationale. Je n'épargnerai pas non plus mon énergie pour parvenir à un accord sur la directive européenne portant taxation minimale en Europe.


Q - You mentioned the energy crisis. We know that bills are going through the roof. For corporate, it's also painful, we know what it did to EDF – 24% rise. How do you react to that ? Because we hear that for a long time now but there is nothing on the table yet.

M. Bruno Le Maire : Alors je ne vais pas commenter les décisions françaises ici sous présidence française du Conseil des ministres des Finances. Je voudrais simplement insister sur la nécessité qu'il y a de regarder, à nouveau, le marché européen de l'énergie et voir comment nous pouvons l'améliorer. C'est un sujet de préoccupation de tous nos concitoyens et je pense que le rôle des ministres des Finances, le rôle des ministres de l'Économie, c'est évidemment de répondre aux préoccupations de nos concitoyens. Il y a une préoccupation sur les prix, il y a une préoccupation sur l'inflation. Une des raisons principales de cette inflation, c'est l'énergie, c'est les prix de l'énergie, c'est les prix du gaz, c'est les prix de l'énergie global. Je pense qu'il est utile que nous ayons une discussion ensemble, à 27, sur ce sujet et nous aurons, dès ce matin, au petit déjeuner une discussion sur ce sujet.

Q - Some countries still oppose the tax plans. How can you convince them ?

M. Bruno Le Maire : Je ne dirais pas qu'il y a d'opposition. Il y a, pour certains États, des inquiétudes qui persistent parce que leur modèle économique est fondé, justement, sur un niveau de taxation très faible. Mais ils ont accepté l'accord à l'OCDE donc il faut simplement que, dans la directive, nous puissions tenir compte de ces préoccupations mais en reprenant l'accord de l'OCDE. Vous ne pouvez pas accepter un accord à l'OCDE et quand l'accord est retranscrit dans la directive exactement dans les mêmes termes, expliquer que l'accord ne vaut plus. Là, il y a quelque chose qui n'est pas compréhensible. Pourquoi ce qu'on accepterait à l'OCDE, on ne l'accepterait pas au sein de l'Union européenne à travers une directive ? Il faut simplement que la directive soit la plus proche possible de l'accord de l'OCDE. C'est le cas et cela permettra de répondre aux préoccupations de ces États. Il y aura d'autres préoccupations, cela arrive aussi, qui sont d'un ordre différent, d'un ordre moins technique mais, là aussi, j'ai tout à fait confiance sur notre capacité à bâtir un consensus, je le redis, dans les semaines qui viennent. Nous avons passé près de 5 ans à trouver un accord à l'OCDE sur la taxation internationale. Je pense qu'il faut que l'Union européenne montre qu'elle est capable de prendre le leadership sur ce sujet et d'adopter rapidement la directive.

Q - Monsieur Le Maire, are you looking for another term as Finance Minister ?

M. Bruno Le Maire : Je ne crois pas que ce soit une question qui se traite à Bruxelles".


Source https://ue.delegfrance.org, le 20 janvier 2022