Extraits d'un entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger, à la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises, à France Info le 28 janvier 2022, sur la reprise progressive du tourisme grâce à la réouverture de certaines frontières.

Intervenant(s) :

  • Jean-Baptiste Lemoyne - Secrétaire d'État au tourisme, aux Français de l'étranger, à la francophonie et chargé des petites et moyennes entreprises

Prononcé le

Texte intégral

Q - Bonjour Jean-Baptiste Lemoyne

R - Bonjour.

Q - On a appris cette nuit que le Maroc va rouvrir son espace aérien, après plus de deux mois de fermeture. C'est une bonne nouvelle pour l'industrie du tourisme ?

R - C'est une bonne nouvelle pour les entreprises du voyage françaises. Parce que le Maroc c'est traditionnellement dans le top 3 des destinations, lorsque les Français font le choix de partir à l'étranger. Et là, effectivement, la destination avait disparu des écrans radars ; et donc, c'est une destination soleil, l'hiver, donc, je me réjouis pour les entreprises du voyage françaises. Elles sont une composante essentielle aussi de cet écosystème touristique, même si je suis " le ministre des vacances bleu blanc rouge ", c'est une bonne nouvelle pour elles.

Q - C'est une fermeture qui avait lourdement impacté le tourisme au Maroc, mais donc aussi les voyagistes français, et on pense aussi aux Français qui habitent notamment au Maroc et inversement, des Marocains qui habitent en France.

R - Oui, c'est vrai que ça a été une fermeture très stricte, et donc nous avons toujours été aux côtés de nos compatriotes établis hors de France. Je précise d'ailleurs que, lorsqu'en mars 2020, les frontières sont fermées d'un coup d'un seul, le Maroc a été une grosse destination depuis laquelle on a rapatrié de 20 à 30.000 Français de passage, c'est vous dire que c'était une énorme opération logistique.

Q - Le mois de février, c'est évidemment les vacances pour beaucoup de Français qui pensent donc à se détendre. Où en sont les réservations ?

R - Eh bien écoutez, la montagne française retrouve des couleurs, et c'est heureux, après l'année 2020 où les remontées mécaniques avaient été fermées. Là, on est quasiment au même niveau que 2019, avec le retour aussi des Britanniques, puisque nous-mêmes nous avons permis aux touristes britanniques, depuis la mi-janvier, de revenir sur le sol français. Donc, on est par exemple à des taux d'occupation prévisionnels de l'ordre de 72 %, en taux d'hébergement, par rapport à 74 % avant la crise. Donc, tout ça va dans le bon sens, et d'ailleurs des massifs comme les Pyrénées, par exemple, sont même en croissance par rapport à 2019. Donc, il y a une montagne française qui a été très résistante, très résiliente, qu'on a aidée à tenir le choc, et d'ailleurs qu'on va aider aussi à se diversifier tout au long de l'année, avec un tourisme "quatre saisons".

Q - Et on voit le retour justement des touristes, vous parliez des Anglais, mais des touristes européens ? Ils reviennent réellement sur le sol français ?

R - Tout à fait, d'ailleurs c'est grâce aux touristes néerlandais, belges, par exemple, que sur la première quinzaine de janvier, nous avons fait de très bons scores à la montagne. Donc la France demeure une destination attractive pour les Européens.

Q - Et quand est-ce que la France va redevenir une destination internationale ? On pense, on se souvient tous, évidemment, des bus de Chinois, de Japonais, d'Américains. Ça c'est demain, c'est après-demain, c'est quand ?

R - Alors, le problème avec la pandémie, c'est qu'en fait il y a des différences très fortes entre le moment où les pays sont frappés par les vagues...

Q - Bien sûr.

R - Et donc, il n'y a pas d'homogénéité. On a vu les Américains, les Canadiens, revenir cet été, les Asiatiques ça reste durablement compliqué, parce qu'ils ont souvent des stratégies, vous l'avez vu, dites zéro Covid, très strictes, en termes de frontières. Donc, pour l'instant on doit faire essentiellement avec notre socle domestique qui est français et européen, c'est d'ailleurs un sujet que je vais porter lors de la présidence française de l'Union Européenne, auprès de mes collègues ministres du tourisme pour leur dire : travaillons ensemble pour renforcer ce socle de la clientèle européenne parce que c'est finalement l'essentiel, enfin c'est deux tiers de ces clientèles.

Q - Un dernier mot sur le tourisme. Les professionnels que vous rencontrez, est-ce qu'ils notent un changement, des comportements dans les réservations depuis le Covid ?

R - Alors, c'est vrai qu'il y a un comportement qui évolue, des réservations plus en dernière minute, c'est le cas par exemple pour les vacances de février encore, et aussi, je pense, la volonté peut-être de partir plus en circuit court, l'appel à redécouvrir finalement nos terroirs, le tourisme de proximité... On l'a vu, et beaucoup de départements, d'ailleurs, de territoires ruraux, ont connu un véritable rebond ces dernières années.

Q - Alors, mercredi prochain, les Français vont pouvoir souffler un peu plus, première levée des restrictions contre le Covid. Est-ce que c'est le début du retour à une vie normale ?

R - Alors, le Président de la République, effectivement, a souhaité donner de la visibilité, le Premier ministre l'a indiqué : dès le 2 février, fin des jauges, le télétravail est recommandé, et donc effectivement, on va reprendre une vie un peu plus normale, grâce en fait, un, je dirais aux efforts des Français, merci, tous ensemble on s'est serré les coudes. Et puis deux, le passe vaccinal, qui est entré en vigueur lundi dernier, et dont on voit qu'il est ce qui va nous permettre de reprendre un certain nombre d'activités qui ont encore été entravées. Moi, j'ai une pensée pour les discothèques par exemple, elles ont été fermées dans un premier temps 18 mois, elles ont été à nouveau fermées après avoir ouvert. Et ne pas travailler, c'est moralement très dur. Là aussi, on a été à leurs côtés économiquement...

Q - Alors justement, c'est à partir du 16 février, cette deuxième étape de réouverture, dans quel état est aujourd'hui le secteur ? Je rappelle que vous êtes aussi donc ministre des PME. Le monde de la nuit est dans quel état, là ?

R - Le monde de la nuit a beaucoup souffert. Encore une fois, dès décembre, quand on a fermé les discothèques et également un certain nombre de lieux nocturnes, on a mis en place des aides, on a réactivé des aides dites coûts fixes, des exonérations de charges etc., des aides aux paiements. Mais ce sont des mois qui sont, traditionnellement le mois de décembre, où ils font beaucoup de leur chiffre d'affaires de l'année, et donc il y a un impact naturellement sur l'ensemble de l'année. On va les accompagner. Moi, je suis en contact avec eux.

Q - Pendant combien de temps il va falloir encore accompagner le secteur pour revenir là aussi à une vie économique normale ? Vous avez des visibilités sur le calendrier possible ?

R - Vous savez, ça va dépendre, chaque entreprise a ses propres équilibres économiques, et c'est pour ça aussi qu'on veut apporter des réponses sur mesure. Certains nous disent : le prêt garanti par l'Etat ça va être compliqué. Eh bien, on leur dit : dans ces cas-là, passez par la médiation du crédit, on va pouvoir peut-être procéder à des aménagements, à un étalement, peut-être jusqu'à dix ans. Donc, les réponses elles vont être au cas par cas, sur mesure.

Q - En tout cas ce n'est pas demain qu'on va revoir les grands concerts, les fêtes d'entreprise, toute cette vie culturelle, événementielle normale ?

R - Alors, ce qu'il faut voir, c'est que quand ça repart, ça repart quand même vite et fort, parce que je crois qu'il y a une envie des Français de revivre, et il y a une envie de retrouver des sensations un peu perdues. Donc moi, je fais confiance, et j'espère que du coup on aura un beau printemps pour toutes les activités festives et de loisirs. (...).

source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 février 2022