Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la relance, à Europe 1 le 1er février 2022, sur EDF, le prix de l'électricité, la croissance économique, la dette publique et la politique industrielle.

Texte intégral

SONIA MABROUK
Bienvenue sur Europe 1 et bonjour Bruno LE MAIRE.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Sonia MABROUK.

SONIA MABROUK
En ce jour, 1er février, je vais commencer par la douloureuse nouvelle hausse des prix de l'électricité, plus 4 %, une hausse – il faut le rappeler – contenue par un effort d'EDF. L'Etat a demandé à EDF de vendre davantage d'électricité à bas prix à ses concurrents. Ce qui fait dire, Bruno LE MAIRE, à certains que vous êtes en train de saborder EDF.

BRUNO LE MAIRE
Moi, je ne veux pas laisser dire ça, ça fait cinq ans que nous soutenons EDF, nous avons recapitalisé EDF quand il le fallait, nous avons renoncé à des dividendes, nous nous sommes battus avec le président de la République pour la taxonomie européenne, c'est-à-dire que pour l'énergie nucléaire soit reconnue comme une énergie décarbonée, c'est bon pour EDF. Nous avons décidé de réaliser de nouveaux réacteurs nucléaires, c'est pour l'avenir d'EDF absolument décisif, donc je ne laisserai pas dire que nous avons sabordé EDF, nous soutenons EDF, et nous sommes aux côtés des salariés d'EDF. Mais qu'est-ce qu'on voulait, vous venez de le rappeler, on voulait que là, au 1er février, j'arrive sur Europe 1 ce matin, et je dise aux Français : eh bien, désolé, la facture, elle ne va pas passer de 1.000 à 1.040 euros, comme c'est le cas aujourd'hui, elle va passer de 1.000 à 1.400 euros, voilà ce que les oppositions proposent, puisqu'elles n'ont aucune solution à apporter face à la flambée des prix de l'électricité…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, qu'EDF prenne sa part pour amortir le choc de la flambée des prix, c'est une chose, mais demander à une entreprise de subventionner ses concurrents, des fournisseurs alternatifs qui n'ont jamais investi un euro, c'est du jamais vu, c'est du jamais vu…

BRUNO LE MAIRE
Mais elle ne subventionnera aucun fournisseur d'électricité, puisque nous veillerons à ce que les tarifs soient répercutés sur les consommateurs. Et je le redis, c'est la seule façon de protéger les Français face à cette flambée qui aurait été insupportable pour eux. Et moi, j'écoute les oppositions, et je vois leurs incohérences ou leur incapacité à apporter des réponses concrètes çà cette crise de l'énergie…

SONIA MABROUK
C'est-à-dire ?

BRUNO LE MAIRE
J'écoute le 29 septembre 2021 la candidate Les Républicains, Valérie PECRESSE, qui propose de faire exactement ce que nous avons fait, elle propose en septembre 2021 d'augmenter le volume de l'électricité à prix réduits. Le 18 janvier 2022, quand on l'interroge face à l'augmentation des prix, elle dit : eh bien, je ne sais pas ce qu'il faudrait faire. Et puis, il y a quelques jours, dans le JDD, un de ses soutiens critique ce que nous avons fait.

SONIA MABROUK
Précisons, c'est Hervé MORIN, le centriste, qui dit que ces 8 milliards prélevés sur le dos d'EDF devraient être sur les comptes de campagne du candidat MACRON, parce que vous faites de l'électoralisme…

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais où est la cohérence quand un soutien… où est la cohérence quand un soutien de Valérie PECRESSE critique ce qu'elle proposait exactement il y a trois mois. Dans le fond, la seule chose qui rassemble tous ces adversaires d'Emmanuel MACRON, c'est de battre Emmanuel MACRON. Moi, je les entends matin, midi et soir avoir comme seul mot à la bouche : je suis la seule à pouvoir battre Emmanuel MACRON, il faut battre Emmanuel MACRON, nous, vous voyez, nous pensons aux Français, nous pensons à la facture d'électricité des Français, nous les protégeons, et nous avons demandé un effort à EDF, et l'Etat lui-même, je le rappelle, a fait un effort très important, puisqu'il a renoncé à 8 milliards d'euros de taxes pour protéger les Français et que leur facture n'augmente pas autant qu'elle augmente en Espagne, en Italie, ou ailleurs en Europe.

SONIA MABROUK
Vous dénoncez, dites-vous, l'incohérence de la candidate Valérie PECRESSE, mais quelle est la vôtre, Bruno LE MAIRE, moi, je me souviens, il y a quelques années, vous, quand vous n'étiez pas Macroniste, vous disiez, à propos des entreprises, que l'Etat ne sait pas faire, qu'il ne doit pas s'ingérer, et aujourd'hui, par électoralisme, eh bien, tout change. Vous évoluez aussi…

BRUNO LE MAIRE
Mais, comment est-ce que vous pouvez qualifier ça d'électoralisme, Sonia MABROUK…

SONIA MABROUK
En pleine campagne présidentielle…

BRUNO LE MAIRE
Comment pouvez-vous qualifier cela d'électoralisme quand nous prenons la décision responsable de protéger les Français face à la flambée des prix de l'électricité, je rappelle qu'en Espagne, la facture va passer de 1.000 à 1.710 euros, c'est ça qu'on voulait pour les Français ? Qu'en Italie, la facture va passer de 1.000 à 2.290 euros, c'est ça qu'on voulait pour les Français ? Nous, elle va augmenter de 40 euros, c'est toujours 40 euros de trop, mais c'est une vraie protection. Et puis, je me permets de vous rappeler quelque chose, Sonia MABROUK, il ne vous a pas échappé qu'EDF est détenue à 84% par l'Etat, que par conséquent, ma conception d'EDF, d'un grand service public, c'est que lorsqu'il y a une crise énergétique aussi grave, EDF, comme grand service public, protège les Français et ne se met pas de l'argent dans les poches en imposant 35% d'augmentation de la facture à nos compatriotes…

SONIA MABROUK
Qu'est-ce que ça veut dire, vous êtes en train de dire à EDF…

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas de l'électoralisme, Sonia MABROUK, c'est simplement de la responsabilité et une conception des services publics…

SONIA MABROUK
Vous êtes en train de dire qu'EDF doit servir l'intérêt général, dont acte, mais EDF, Monsieur le Ministre, a déjà vendu son électricité en décembre sur le marché, et que nos auditeurs écoutent bien : EDF va devoir racheter au prix du marché, 240 euros et quelque le mégawatheure, une électricité, pour la revendre à 46,20 euros à des fournisseurs alternatifs, je veux dire, c'est aberrant…

BRUNO LE MAIRE
Mais ça n'a absolument rien d'aberrant, ce qui serait aberrant, c'est de laisser les Français seuls face à l'augmentation des prix de l'électricité, ce qui serait aberrant, c'est de considérer qu'EDF est une entreprise privée comme une autre, et par conséquent, lorsque les prix flambent, eh bien, EDF s'en met plein les poches, et tant pis pour les Français, eh bien, moi, je pense d'abord matin midi et soir, du lundi au dimanche, comme ministre de l'Economie et des finances, à mes compatriotes, je pense aux Françaises aux Français qui sont en train de régler leur facture d'électricité, je pense à tous ceux qui sont en train de découvrir la note, la douloureuse, comme disait votre collègue, et qui se disent ouf, soulagement, l'Etat nous a protégés, et EDF a joué son rôle de grand service public, moi c'est ma conception de la nation française, c'est que sur les grands sujets stratégiques, qui peuvent relever de la défense, de l'électricité, du nucléaire, c'est l'Etat qui décide.

SONIA MABROUK
C'est essentiel…

BRUNO LE MAIRE
Et c'est une très bonne chose, parce que dans cette période de crise, on s'est aperçu que l'Etat pouvait protéger nos compatriotes et être un bouclier, je fais jouer à l'Etat son rôle de bouclier, et je vais vous dire, c'est une fierté pour moi.

SONIA MABROUK
Encore une question sur cela, le nucléaire, vous venez d'en parler, Bruno LE MAIRE, est-ce que cet effort demandé à EDF, ça n'aggrave pas justement la situation et les investissements, EDF appartient aux Français, les chantiers à venir, et donc le parc nucléaire existant, s'il n'est pas sauvegardé, s'il n'est pas prolongé demain, on devra construire en catastrophe des centrales au gaz bien plus polluantes ; est-ce qu'il faut penser à cela aussi ?

BRUNO LE MAIRE
Mais nous allons construire… Bien sûr, mais nous avons anticipé, nous avons anticipé l'augmentation des prix, puisque, avec le Premier ministre, avec le président de la République, nous avons pris toutes les décisions nécessaires pour faire face à cette crise énergétique dont j'ai rappelé que c'est l'une des plus graves depuis plusieurs décennies. Nous savons aussi qu'il va falloir produire beaucoup plus d'électricité décarbonée pour les ménages, pour les entreprises, pour faire face à la transition écologique. Le président de la République a anticipé cette réalité-là et annoncé que nous allions réaliser de nouveaux réacteurs nucléaires, et nous allons accompagner EDF dans cet investissement, on ne va pas laisser EDF seule face un investissement qui représente plusieurs dizaines de milliards d'euros ; nous accompagnons EDF dans la réalisation de ces réacteurs et dans cet investissement qui va garantir l'avenir économique de ce grand service public de l'énergie.

SONIA MABROUK
Alors avant de parler des bonnes nouvelles, parce qu'il y en a, déroulons aussi, eh bien, les hausses, hausse des péages d'autoroutes, plus 2%, hausse des prix des carburants, il y a eu des aides, il faut le rappeler, Bruno LE MAIRE, mais aussi vite dépensées, aussi vite oubliées, est-ce que vous appelez ce matin les professionnels, je pense notamment à TOTAL, pour réduire leurs marges, est-ce qu'il faut qu'ils réduisent leurs marges ?

BRUNO LE MAIRE
Tous ceux qui peuvent faire des efforts doivent faire des efforts, on fera face à cette crise énergétique de manière collective, l'Etat fait un effort, je le rappelle, il a renoncé à 8 milliards d'euros de taxes sur l'électricité, l'Etat fait un effort considérable avec l'indemnité inflation, avec le barème kilométrique, je vais signer aujourd'hui l'arrêté qui prévoit l'augmentation de 10% du barème kilométrique et qui va redonner en moyenne 150 euros à 2,5 millions de personnes qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, ceux qu'on appelle les gros rouleurs. Au total, la facture pour l'Etat de cette crise énergétique, à l'heure où je vous parle, c'est 15,5 milliards d'euros. Donc si…

SONIA MABROUK
La facture pour l'Etat pour les Français…

BRUNO LE MAIRE
Si les producteurs peuvent faire des efforts, si les distributeurs peuvent faire des efforts, si tout le monde peut faire des efforts, je pense que ça permettra de passer cette période de la façon la plus supportable possible. Ensuite, vous l'avez très bien dit tout à l'heure, l'enjeu, c'est de produire plus d'électricité décarbonée, c'est l'investissement sur le nucléaire, c'est l'investissement sur le renouvelable, et il faut que nous apprenions à déployer plus vite les énergies renouvelables…

SONIA MABROUK
C'est d'avoir un modèle pérenne et de repenser…

BRUNO LE MAIRE
Et c'est l'investissement dans l'hydrogène, c'est-à-dire, comme vous le dites très bien, un modèle pérenne, soutenable avec de l'électricité décarbonée.

SONIA MABROUK
Bien, les bonnes nouvelles, c'est le taux du Livret A quand même qui passe de 0,5 à 1%, le Livret d'Epargne…

BRUNO LE MAIRE
Et le Livret d'Epargne Populaire, j'insiste, parce que les Français ne l'utilisent pas assez…

SONIA MABROUK
Peut-être plus de 1%, oui, de 1 à 2,2. Et puis, plus largement, Bruno LE MAIRE, la France championne de la sortie de crise, vous avez salué, il y a quelques jours, une croissance spectaculaire de 7% en 2021. Que répondez-vous ce matin à ceux dans l'opposition, mais pas seulement, certains économistes aussi qui affirment qu'il s'agit tout simplement de l'effort de rattrapage après un plongeon tout aussi spectaculaire en 2020 ?

BRUNO LE MAIRE
Moi, ce qui me surprend toujours, Sonia MABROUK, c'est : quand on a une mauvaise nouvelle, on se couvre la tête de cendres en France, et quand on a un résultat qui devrait faire la fierté de tous, des chefs d'entreprise, des salariés, de tous nos compatriotes, eh bien, tout d'un coup, vous avez : mais non, c'est normal, c'est mécanique, mais ce n'est pas mécanique du tout, la preuve, c'est que, est-ce que l'Italie a retrouvé son niveau d'activité d'avant crise ? Non. Est-ce que l'Allemagne l'a retrouvé ? Non. Est-ce que l'Espagne l'a retrouvé ? Non. Quel est le grand pays de la zone euro…

SONIA MABROUK
Ils n'ont pas autant investi dans le chômage partiel…

BRUNO LE MAIRE
Mais ils ont investi aussi massivement dans le chômage partiel…

SONIA MABROUK
Non, mais pas autant que nous…

BRUNO LE MAIRE
Mais quel est le seul pays de la zone euro, le grand pays qui a retrouvé aussi rapidement son niveau d'activité d'avant crise et qui a fait un rebond aussi spectaculaire ? C'est la France ! Donc soyons fiers de ce que fait la France, soyons fiers de ce qu'ont fait les Français, et pourquoi est-ce que nous avons ce résultat ? Eh bien, effectivement, parce que nous avons fait avec Emmanuel MACRON un choix stratégique, qui s'appelle le quoi qu'il en coûte, et qui est la meilleure décision de politique économique qui a été prise depuis des années, parce que ça a sauvé des salariés…

SONIA MABROUK
Bien, il a porté ses fruits, Bruno LE MAIRE, mais…

BRUNO LE MAIRE
Ça a sauvé les entreprises, et la deuxième décision que nous avons prise, qui expliqué ce 7%, parce qu'il n'est pas tombé tout seul du ciel comme ça, comme par miracle, c'est la relance, nous avons réussi à décaisser 72 milliards sur 100 milliards de relance en moins d'un an, je rappelle que dans certains pays européens…

SONIA MABROUK
Puisque vous parlez des chiffres, merci la dette, merci l'endettement…

BRUNO LE MAIRE
Sonia MABROUK, dans certains pays européens, la relance n'a toujours pas commencé à être décaissée.

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, est-ce que la caisse a été cramée, notre endettement aux alentours de 115% du PIB, sans verser du tout dans le déclinisme ce matin, mais à de tels niveaux d'endettement, est-ce qu'on n'est pas en train de s'appauvrir en France ?

BRUNO LE MAIRE
Mais on se serait bien davantage appauvri si on n'avait pas dépensé de l'argent pour protéger les salariés et les entreprises, et tous les Français l'ont parfaitement compris, d'ailleurs, le Conseil d'analyse économique le dit lui-même, on ne serait pas à 115% de dette, si on avait laissé le chômage exploser et les faillites exploser, on serait à 126%. Donc la dette que nous avons contractée était un investissement pour avoir la croissance que nous avons aujourd'hui, est-ce qu'il faudra ensuite la rembourser ? Bien entendu, la rembourser par de la croissance, par des réformes de structures, comme la réforme des retraites, et évidemment par la réduction des dépenses publiques.

SONIA MABROUK
Les Etats-Unis enclenchent, Bruno LE MAIRE, le mouvement de relèvement des taux, c'est la fin de l'argent pas cher, est-ce que ça va rendre plus compliqué mécaniquement, là, on peut le dire, le remboursement de notre dette ?

BRUNO LE MAIRE
Il y aura un relèvement des taux, il a déjà commencé, il accompagne la reprise économique, et c'est parfaitement normal, vous savez, quand j'ai préparé le projet de loi de Finances, il y a maintenant quelques mois, sur l'année 2022, les taux d'intérêt étaient à zéro, j'ai prévu qu'à la fin de l'année 2022, ils seraient à 0,75, aujourd'hui, on est à 0,3, comme sur l'électricité, comme sur les prix de l'énergie, comme sur l'investissement dans les réacteurs, le renouvelable ou l'hydrogène, nous anticipons, c'est ça, une bonne politique économique, ce n'est pas être le nez collé sur la vitre à s'agiter face à l'actualité, c'est anticiper les grands mouvements pour que la France sorte plus forte de la crise économique, c'est exactement ce qui se passe…

SONIA MABROUK
Bien, vous êtes satisfait ce matin, est-ce que c'est un satisfecit ce matin que vous vous auto-délivrez…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est un satisfecit aux Français, c'est un satisfecit à l'administration du ministère de l'Economie et des finances qui a fait un travail exceptionnel pendant toute cette crise, c'est un satisfecit aux entrepreneurs qui se sont battus, aux restaurateurs, aux hôteliers, aux jeunes qui ont créé leur start-up et qui n'ont pas baissé les bras ; la France n'a pas baissé les bras pendant cette crise, elle s'est redressée grâce à une volonté nationale, puissante, c'est ça dont on doit être fier…

SONIA MABROUK
On peut être fier tout en étant lucide, Bruno LE MAIRE, les vrais sujets en France ne sont-ils pas aussi liés à notre déficit commercial qui dépasse ou tutoie les 9 milliards, on importe bien plus qu'on exporte, ça reste un problème structurel dans notre pays ?

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est le problème économique qui nous reste à régler dans les 10 prochaines années, pourquoi est-ce qu'on en est là, parce que pendant 30 ans, on a accepté une délocalisation industrielle massive, qui est un scandale politique et un scandale économique, depuis 5 ans, on a commencé à bloquer…

SONIA MABROUK
Auquel tous les politiques ont participé alors, si ça dure depuis 30 ans…

BRUNO LE MAIRE
Oui, bien sûr, on porte tous notre part de responsabilité, on a été aveugle ou on a manqué de lucidité sur le sujet. Depuis 5 ans, on a stoppé cette hémorragie, on a commencé à recréer des emplois industriels, l'année dernière, on a ouvert deux fois plus d'usines qu'on en a fermé…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, ça s'est stabilisé.

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est stabilisé, stabilisé et ça s'améliore…

SONIA MABROUK
Bon, sur l'emploi industriel, le taux de réindustrialisation est vraiment… peut mieux faire, non, soyons lucides sur ce point.

BRUNO LE MAIRE
Oui, vous savez, on est face à une situation qui a été tellement dramatique au cours des 30 dernières années, quand on ouvre deux fois plus d'usines qu'on en ferme, on peut quand même se dire : on tient le bon bout. On recrée des emplois industriels…

SONIA MABROUK
Mais pourquoi est-ce qu'on n'est pas capable en France d'avoir des centres de production ?

BRUNO LE MAIRE
On tient le bon bout…

SONIA MABROUK
Monsieur le Ministre, on a des centres de recherche et de développement, mais…

BRUNO LE MAIRE
Mais c'est tout, vous avez parfaitement raison…

SONIA MABROUK
Mais pourquoi on ne peut pas faire des productions de grande série ?

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'il faut que nous fassions un choix stratégique, que la bonne illustration serait l'usine RENAULT de Dieppe où je suis allé avec Luca de MEO, il y a quelques jours, qui crée des Alpine thermiques, qui va créer des SUV électriques, il faut qu'on se mettre sur des produits à haute valeur ajoutée, il faut qu'on forme et qu'on qualifie plus vers les métiers industriels. Et il faut que nous poursuivions ce que nous sommes les seuls à avoir fait : baisser massivement les impôts sur les entreprises industrielles, la baisse de l'impôt sur les sociétés, la baisse des impôts de production, que nous sommes les seuls à avoir engagé, tout ça crée un environnement plus favorable à l'industrie ; nous allons réussir cette réindustrialisation de la France, on a juste besoin d'un peu plus de temps.

SONIA MABROUK
Oui, oui, on a compris, vous avez besoin de quoi, d'un quinquennat plus ?

BRUNO LE MAIRE
Par exemple, mais la durée, c'est très important, non, je dis ça en souriant, Sonia MABROUK…

SONIA MABROUK
Bon, je n'ai pas besoin de vous demander…

BRUNO LE MAIRE
Mais je crois que c'est très important, la durée, la stabilité par la politique publique, dans la baisse des impôts, dans l'amélioration de la compétitivité des entreprises, dans la formation des salariés, c'est ce qui donnera des résultats, quand on change de politique économique tous les quatre matins, eh bien, on n'a pas les résultats qu'on peut espérer, aujourd'hui, on a 7% de croissance, on a créé un million d'emplois, on a fait baisser le chômage de 380.000 personnes, eh bien, je pense qu'il faut continuer dans cette direction, c'est aussi simple que ça.

SONIA MABROUK
Emmanuel MACRON est le candidat de la stabilité donc ?

BRUNO LE MAIRE
Il est candidat de la stabilité dans la politique économique, dans les objectifs qui sont les nôtres, avec un objectif clé : le travail, le travail, le travail, une France qui travaille, dans laquelle le travail est bien rémunéré, où chacun peut avoir un travail et réussir dans la vie par le travail, eh bien, c'est une France qui se porte mieux.

SONIA MABROUK
En un mot, comment vous qualifiez, pour conclure, Bruno LE MAIRE, nous avons parlé de grands sujets importants pour l'avenir de notre pays et le présent, mais comment vous qualifiez aujourd'hui la campagne qui se déroule ?

BRUNO LE MAIRE
C'est une drôle de campagne, comme on a dit, une drôle de guerre, c'est-à-dire qu'on a le sentiment que les vrais sujets n'ont pas encore été posés, celui de la transition climatique, celui de la réindustrialisation du pays, que nous avons abordé ce matin, celui de l'éducation des enfants ; tous ces grands sujets ne sont pas encore posés.

SONIA MABROUK
Eh bien, qu'attendez- vous alors…

BRUNO LE MAIRE
Donc la campagne n'a pas encore véritablement commencé à mes yeux.

SONIA MABROUK
Quand est-ce qu'elle commencera ?

BRUNO LE MAIRE
Elle commencera quand tous les candidats se seront déclarés.

SONIA MABROUK
Merci Bruno LE MAIRE d'avoir été notre invité ce matin…

BRUNO LE MAIRE
Merci Sonia MABROUK.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2022