Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France Info le 1er février 2022, notamment sur les relations entre la France et la junte malienne, la gestion des EHPAD et la campagne des présidentielles.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Après des semaines de brouilles le Mali vient de décider d'expulser l'ambassadeur de France à Bamako, il a trois jours pour faire ses valises et quitter le pays, quelle est la réaction de la France ?

GABRIEL ATTAL
On a pris acte de cette décision et immédiatement on a rappelé notre ambassadeur, on ne va pas attendre qu'il soit expulsé pour le faire revenir en France.

MARC FAUVELLE
Là on joue un peu sur les mots.

GABRIEL ATTAL
C'est une étape supplémentaire dans l'isolement dont fait preuve cette junte. Je rappelle qu'elle a pris le pouvoir, qu'elle s'était d'abord engagée à un retour à l'ordre constitutionnel, à des élections, qui devaient se tenir au mois de février, qu'elle a finalement, elle n'a eu de cesse de repousser cette échéance, elle a annoncé maintenant que ce serait dans cinq ans, bref, on n'est pas prêt de voir les élections. Evidemment ce n'est pas acceptable, on a eu l'occasion de le dire, on n'est pas les seuls à l'avoir dit, la CEDEAO, c'est-à-dire la Conférence des États économiques, des États de l'Afrique de l'Ouest, a eu l'occasion de le dire, et depuis la junte s'est isolée, par étapes, je rappelle qu'elle a d'abord renvoyé le représentant de la CEDEAO au Mali, que du coup les 16 pays de la CEDEAO ont rappelé leurs ambassadeurs, je rappelle qu'ensuite la junte a expulsé des militaires venant du Danemark, qui étaient venus pour lutter contre le terrorisme, et maintenant elle annonce cette décision sur l'ambassadeur de France, donc on voit bien qu'il y a un isolement progressif de ce pays. On continue à rester présents au Sahel pour lutter contre le terrorisme, je rappelle que c'est ça notre mission sur place, c'est de lutter contre le terrorisme sur place parce que ça permet aussi de nous protéger en France…

MARC FAUVELLE
Le dialogue n'est pas rompu aujourd'hui entre Paris et Bamako ?

GABRIEL ATTAL
Il est évidemment rendu très difficile, mais nous on va continuer à lutter contre le terrorisme, et surtout on a aujourd'hui un dialogue, une réflexion, un travail, avec nos partenaires, qui interviennent sur place aussi dans la lutte contre le terrorisme, pour voir comment est-ce qu'on fait évoluer notre présence, parce que ce qui est certain c'est que la situation ne peut pas rester en l'état, et donc d'ici à la mi-février on va travailler avec nos partenaires pour voir qu'elle est l'évolution de notre présence sur place.

SALHIA BRAKHLIA
Gabriel ATTAL, on essaie de traduire ce que vous dites ce matin parce que c'est un langage très diplomatique que vous employez…

GABRIEL ATTAL
J'essaye d'être clair.

SALHIA BRAKHLIA
Vous prenez acte, ça veut dire quoi, est-ce que l'opération Barkhane va se terminer dans les prochains jours, est-ce qu'on va retirer nos troupes du Mali ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, l'opération Barkhane, on a déjà annoncé qu'elle était adaptée, je crois que c'était il y a plus de 18 mois que le président de la République s'est exprimé au sommet de Pau et qu'il a dit qu'on allait adapter notre présence pour la concentrer sur la lutte contre le terrorisme, ce qui veut dire…

SALHIA BRAKHLIA
Mais est-ce qu'on rentre à la maison là, ça y est, maintenant ?

GABRIEL ATTAL
Ce qui veut dire que progressivement on a réduit la voilure, on va continuer à le faire, on a d'ailleurs rendu un certain nombre de bases à la mission onusienne, ou à l'armée malienne, je pense à la base de Kidal, de Tessalit, de Tombouctou, maintenant ce que je disais c'est que ce n'est pas un sujet franco-français, ce n'est pas une intervention qui est franco-française, on est, je crois, une dizaine de pays européens dans la force Takuba, avec l'ONU…

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que là c'est l'ambassadeur français qui est renvoyé.

GABRIEL ATTAL
Oui, mais ce que je vous disais à l'instant c'est que d'autres ambassadeurs avaient été renvoyés, que des militaires d'autres pays avaient été renvoyés, et que par ailleurs notre intervention militaire sur place elle se fait avec d'autres pays européens et avec l'ONU.

MARC FAUVELLE
Mais la question aujourd'hui elle se pose Gabriel ATTAL, est-ce qu'on peut avoir des forces, des militaires français, dans un pays dont le régime est illégitime, ce sont les mots de Jean-Yves LE DRIAN, votre collègue du gouvernement, il y a quelques jours, et qui expulse, j'allais dire manu militari, notre ambassadeur, est-ce qu'on peut rester alors…

GABRIEL ATTAL
Qui par ailleurs fait appel à des mercenaires, dont on a vu qu'ils étaient responsables d'exactions dans les pays où ils sont passés.

MARC FAUVELLE
Donc qu'est-ce qu'on fait encore là-bas ?

GABRIEL ATTAL
Moi ce que je vous dis c'est, un, la situation ne peut pas rester en l'état, ça c'est quelque chose qu'on a dit, qui est clair…

SALHIA BRAKHLIA
Alors on fait quoi ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous dis, c'est que le "on fait quoi", on ne va pas le décider seul, ce n'est pas un sujet franco-français, on intervient sur place avec d'autres pays européens, avec l'ONU, et j'ai donné un calendrier, c'est-à-dire que d'ici à la mi-février on va travailler pour prévoir une adaptation. Ce qui est certain c'est que, un, on va continuer à lutter contre le terrorisme au Sahel, le Sahel ce n'est pas que le Mali, parce que la réalité c'est qu'on sait qu'un certain nombre d'attentats qui ont eu lieu sur notre sol ces dernières années, de projets d'attentats, ont été élaborés, pensés à l'étranger, pas uniquement d'ailleurs au sahel, dans d'autres régions du monde, mais que donc, quand on lutte contre le terrorisme sur place, avec des succès, avec des chefs terroristes qui ont été neutralisés par nos armées ces dernières années, on protège aussi notre pays, on protège aussi les Français, et donc il faut continuer à le faire. Maintenant, ce qui est certain, c'est qu'on ne pouvait pas continuer à le faire dans les mêmes conditions, qu'on avait déjà annoncé une adaptation de notre présence, et on va continuer à l'adapter, en lien avec nos partenaires.

MARC FAUVELLE
L'autre dossier en ce moment à l'international c'est bien sûr la crise ukrainienne, Emmanuel MACRON et Vladimir POUTINE se sont parlé il y a quelques jours, c'était vendredi dernier, qu'est-ce qu'ils se sont dit ?

GABRIEL ATTAL
Alors, ils se sont reparlés hier soir, vous voyez qu'il y a un dialogue et des échanges qui sont nourris. Il y a une situation de tension très forte et le souhait de la France, la mobilisation du président de la République, elle vise à la désescalade, on veut éviter un conflit armé à nos portes, c'est pour ça qu'on se mobilise…

MARC FAUVELLE
C'est encore possible ?

GABRIEL ATTAL
Oui c'est encore possible, il n'y a pas de fatalité.

SALHIA BRAKHLIA
Comment on fait alors ?

GABRIEL ATTAL
Comment on fait ? On a trois principes. Le premier principe c'est la fermeté, ça veut dire qu'on dit, qu'on est très ferme, qu'on défend et qu'on protège la souveraineté territoriale de l'Ukraine. Il y a un principe de solidarité, avec les Ukrainiens évidemment, mais un principe de solidarité entre Européens. Vous savez qu'il y a eu une réunion très importante la semaine dernière des ministres des Affaires étrangères européens, présidée par Jean-Yves LE DRIAN, qui a abouti à une déclaration commune.

MARC FAUVELLE
L'Ukraine elle n'est pas dans l'Europe.

GABRIEL ATTAL
Oui, je vais y venir ; et ensuite il y a un dialogue, c'est le troisième pilier, et le dialogue il se fait évidemment avec la Russie, il se fait dans ce qu'on appelle le format Normandie, avec la Russie, avec l'Ukraine, et avec l'Allemagne et la France, et ce que nous constatons c'est qu'il y a des avancées positives, dans ce format Normandie notamment. Il y a eu mercredi dernier, à Paris, une réunion avec les conseillers diplomatiques, des chefs d'État et de gouvernement, de ces quatre pays, qui a abouti à une déclaration commune, ce n'était pas arrivé depuis, je crois, décembre 2019, notamment sur le respect du cessez-le-feu et sur la volonté de désescalade. Ensuite, effectivement, le président de la République a échangé avec Vladimir POUTINE vendredi, vous demandiez ce qu'ils se sont dit, le président de la République a clairement demandé à Vladimir POUTINE quelles étaient ses intentions et s'il était prêt à œuvrer pour la désescalade, il a répondu par l'affirmative, qu'il était prêt à œuvrer pour la désescalade, évidemment on va continuer à se mobiliser pour que cela se vérifie. Ensuite le président a échangé avec le président ukrainien, et il ré-échangé hier soir avec Vladimir POUTINE, toujours dans cet objectif.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il y a une rencontre prévue entre Emmanuel MACRON et Vladimir POUTINE dans les jours qui viennent, est-ce qu'Emmanuel MACRON pourrait se rendre sur place ?

GABRIEL ATTAL
Je ne l'exclus pas, ce n'est pas décidé à ce stade…

MARC FAUVELLE
Mais c'est une hypothèse ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on a toujours dit c'est que le président de la République ferait toujours ce qu'il faut pour contribuer à la désescalade. On peut faire plein de choses, ce qu'il faut c'est que ce soit utile, et c'est ça qu'on est en train de travailler. Ce que je peux vous dire par ailleurs c'est que la semaine prochaine, ou la suivante, puisqu'on avait donné 15 jours, mercredi dernier, il y aura une nouvelle réunion des conseillers diplomatiques des quatre pays du format Normandie, qui se tiendra à Berlin, on est en train de la préparer, bref, vous voyez que le président de la République il est au cœur des efforts de désescalade pour éviter un conflit armé à nos portes.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'Emmanuel MACRON a directement demandé à Vladimir POUTINE de retirer ses troupes de la frontière ukrainienne ?

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous dis c'est que le président il œuvre pour la désescalade, donc évidemment que le président de la République fait tout ce qu'il peut, dans les mots et dans les actes, pour éviter de se retrouver dans une situation de…

MARC FAUVELLE
Et est-ce que dans cette désescalade, Gabriel ATTAL, vous pourriez demander à l'Ukraine de renoncer à adhérer à l'OTAN, parce que c'est l'un des cœurs, le cœur même sans doute des difficultés aujourd'hui ?

GABRIEL ATTAL
On a dit que ce sujet-là n'était pas l'actualité, nous…

MARC FAUVELLE
Quel est le sujet qui n'est pas d'actualité, demander ça à l'Ukraine ou le fait que l'Ukraine adhère ?

GABRIEL ATTAL
Aujourd'hui, ce qui est regardé, c'est comment est-ce qu'on arrive à faire baisser la tension entre la Russie et l'Ukraine. Tout le monde fait des efforts, l'Ukraine a clarifié un certain nombre de choses, la Russie aussi, puisque le président POUTINE s'est exprimé auprès du président de la République, et dans le cadre du format Normandie ils ont signé une déclaration qui appelle à la désescalade, et maintenant on veut continuer à avancer dans ce sens.

SALHIA BRAKHLIA
Non, mais on essaie de savoir sur quoi vous négociez, clairement.

GABRIEL ATTAL
Ce que je vous dis c'est qu'il y a des efforts pour la désescalade dans cette région.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec le porte-parole du gouvernement Gabriel ATTAL. Tout le monde est tombé de sa chaise en découvrant le livre paru la semaine dernière "Les Fossoyeurs", qui raconte le quotidien dans les EHPAD privés ORPEA et leurs lots de maltraitance infligée aux résidents, est-ce que c'était vraiment une découverte pour vous aussi ?

GABRIEL ATTAL
D'abord je veux réagir à ce que vous venez de dire, "tombé de sa chaise." On sait, évidemment, que c'est un enjeu la question de la bien-traitance en établissement, en EHPAD.

MARC FAUVELLE
A ce point-là là ?

GABRIEL ATTAL
Evidemment que les révélations dans ce livre, j'ai eu l'occasion de le dire, elles sont révoltantes, abjectes, que vous avez des exemples de situations qui sont inhumaines, on parle d'alimentation, on parle d'hygiène, pour des personnes qui ont droit à la dignité, et moi je comprends parfaitement, ça nous choque tous, que ça ait choqué tous les Français. Les Français ils sont attachés à leurs aînés, ils considèrent que la dignité ça va jusqu'au bout de la vie. Et d'ailleurs ils se sont beaucoup mobilisés depuis deux ans, puisque tous les efforts qu'on a faits pendant cette crise sanitaire, visent précisément à protéger notamment nos aînés qui étaient évidemment les plus à risque dans le cadre de l'épidémie de Covid-19.

SALHIA BRAKHLIA
Si vous au pouvoir vous ne les découvrez pas ces difficultés, ces cas de maltraitance dans les EHPAD privés, pourquoi vous n'avez rien fait ?

GABRIEL ATTAL
On a agi depuis le début de ce quinquennat, on a pris des mesures très fortes, on a pris des mesures pour améliorer le recrutement de personnels dans ces établissements, 20.000 recrutements prévus, budgétés, un certain nombre qui sont déjà arrivés, c'est la première chose. Deuxième chose, on a lancé un plan inédit d'investissement pour rénover les EHPAD, 2,1 milliards d'euros qui ont été mis sur la table, il y a des travaux qui ont déjà commencé, pour lutter contre la vétusté de ces établissements qui doivent être des lieux de vie, mais aussi pour les accompagner vers une transformation, vers le numérique, pour qu'ils soient mieux médicalisés, qu'ils soient ouverts sur la ville, on a des projets par exemple pour maintenant construire des EHPAD à proximité des écoles, pour qu'il puisse y avoir des projets intergénérationnels avec des enfants, on sait que c'est très bon…

MARC FAUVELLE
Dans le cas des deux groupes, des deux principaux groupes privés…

GABRIEL ATTAL
Je vais plus loin, juste je termine sur ce point-là parce que, vraiment, on a créé, ça fait des années, des décennies qu'on en parlait, une cinquième branche de la Sécurité sociale. Vous savez que la Sécurité sociale de 45 c'est quatre branches, la branche maladie, la branche accidents du travail, la branche famille, ça fait des années en France qu'on parle de la création d'une branche autonomie, on a créé la branche autonomie, 2 milliards d'euros…

MARC FAUVELLE
Mais ce n'est pas celle qui fait débat aujourd'hui Gabriel ATTAL…

GABRIEL ATTAL
Non, mais…

MARC FAUVELLE
Vous voyez bien qu'on parle de groupes qui aujourd'hui sont cotés en Bourse, qui parfois d'ailleurs font des manœuvres…

GABRIEL ATTAL
D'accord, mais c'est important de dire ce qui est fait sur cette question…

MARC FAUVELLE
Qui parfois font des manœuvres financières à la Bourse en rachetant, ça a été le cas d'un des groupes français récemment, leurs propres actions pour faire monter le cours en Bourse, est-ce que la dépendance, c'est-à-dire confier ceux que nous avons de plus fragiles aujourd'hui, nos parents, ou nos grands-parents, c'est un business comme un autre ?

GABRIEL ATTAL
Non, évidemment.

MARC FAUVELLE
Ça l'est dans les faits.

GABRIEL ATTAL
Mais ça ne peut pas l'être, et c'est pour ça que, s'agissant du groupe ORPEA, nous allons lancer, nous lançons, deux enquêtes, une enquête administrative de l'Inspection générale des Affaires sociales sur le fonctionnement du groupe, et ensuite une enquête financière, par rapport à ce que vous évoquez, de l'Inspection générale des Finances, sur cette question-là précisément. Par ailleurs on demande à l'ensemble des agences régionales de santé, en France, de lancer des contrôles inopinés sur les établissements de ce groupe.

MARC FAUVELLE
Uniquement ce groupe ?

GABRIEL ATTAL
En priorité de ce groupe, il y a des contrôles inopinés…

SALHIA BRAKHLIA
Parce qu'il y a des problèmes chez KORIAN aussi, il y a des témoignages qui remontent.

GABRIEL ATTAL
Evidemment, il y a une parole qui se libère, il y a un certain nombre de témoignages qui remontent, il faut tout prendre au sérieux, il ne faut rien mettre sous le tapis, et donc il y a des contrôles inopinés, il y en a toujours eu, on va les accentuer et les renforcer…

MARC FAUVELLE
Il y en a très peu.

GABRIEL ATTAL
Et par ailleurs, vous savez que ma collègue Brigitte BOURGUIGNON, à la demande d'Olivier VERAN, reçoit aujourd'hui les dirigeants du groupe ORPEA, et donc on a ces enquêtes qui sont lancées, et elle a donné un calendrier de trois semaines au bout desquelles on rendra un certain nombre de choses et potentiellement on reverra un certain nombre de choses sur les sanctions, sur l'évaluation et sur la certification des établissements.

MARC FAUVELLE
En attendant vous demandez aux résidents et à leurs familles de parler, de raconter, une sorte de libération de la parole aujourd'hui, de dire le plus possible avant de porter plainte, de raconter ce qui se passe ?

GABRIEL ATTAL
Oui, évidemment, c'est important que les témoignages soient là, permettent d'orienter les contrôles, ils permettent aussi, le cas échéant, de saisir la justice, j'ai vu qu'un certain nombre de familles avaient saisi la justice, c'est important évidemment qu'elle puisse aussi travailler, et donc évidemment c'est important, et encore une fois, tous les témoignages doivent être entendus et écoutés, et ensuite notre responsabilité, à nous, c'est de prendre les mesures qui s'imposent. Vous savez, il y a quelques mois, on a adopté dans la loi une définition plus claire, plus précise, de la question de la maltraitance en établissements, justement pour qu'elle puisse être sanctionnée davantage et plus efficacement.

MARC FAUVELLE
Mais vous nous dites, vraiment, d'un mot encore là-dessus, ça ne peut pas être un business comme un autre, est-ce que le gouvernement envisage éventuellement d'interdire les EHPAD privés, qui représentent aujourd'hui 20% des places ?

GABRIEL ATTAL
Je n'ai pas d'annonce sur ce sujet-là, il y a ma collègue Brigitte BOURGUIGNON, et Olivier VERAN, encore une fois qui reçoivent les dirigeants du groupe, il y a un travail, des réflexions qui sont menées, mais je n'ai pas d'annonce à faire là-dessus.

SALHIA BRAKHLIA
Gabriel ATTAL, après-demain TOTAL devrait annoncer les meilleurs résultats de son histoire, 15 milliards de bénéfices, un record pour une entreprise française, vous dites bravo ou vous dites c'est trop ?

GABRIEL ATTAL
Moi ce que je dis c'est que notre priorité c'est de créer de l'activité dans notre pays, de créer des emplois dans notre pays, que des entreprises, des entreprises françaises, soient en bonne santé économique et financière, j'ai envie de dire tant mieux, dès lors que, cette bonne santé financière elle va à la création d'emplois, à la création d'activité dans notre pays.

MARC FAUVELLE
C'est le cas chez TOTAL ?

GABRIEL ATTAL
Je ne peux pas vous parler du cas précisément de TOTAL, ce que je sais c'est que ça fait trois ans maintenant que la France est redevenu le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers, que des grands groupes investissent en France parce qu'ils considèrent que c'est là que ça se passe, parce que précisément on a fait des réformes pour susciter l'investissement dans l'économie réelle…

SALHIA BRAKHLIA
Sauf que ça ne pose pas de problème de savoir ça, sachant qu'aujourd'hui vous serrez la ceinture à EDF, entreprise de service public, pour qu'elle vende son électricité quatre fois moins cher qu'elle l'achète, à des entreprises privées comme TOTAL qui font donc 15 milliards de bénéfice.

GABRIEL ATTAL
C'est un sujet différent. Vous savez…

SALHIA BRAKHLIA
Non, c'est la même chose.

GABRIEL ATTAL
Oui, on a demandé un effort à EDF, pourquoi on a demandé un effort à EDF, pour alléger la facture d'électricité des Français…

SALHIA BRAKHLIA
Résultat, TOTAL achète une électricité elle aussi moins chère.

GABRIEL ATTAL
Mais il ne s'agit pas de subventionner quels que groupes que ce soit, Bruno LE MAIRE s'est exprimé, a été très clair sur ce sujet-là, il s'agit de dire qu'on a une hausse, dans le monde entier, des coûts de l'énergie, et notamment de l'électrique, que si on ne faisait rien, là en février, la facture moyenne d'électricité des Français serait passée de 1000 à 1400 euros, elle est passée de 1000 à 1700 euros en Espagne je crois, et quasiment la même chose en Italie. Et nous, qu'est-ce qu'on a dit ? On a dit, plutôt que l'augmentation de 40% qui est prévue, on veut limiter l'augmentation à 4%, pour ça l'État fait un effort, il a renoncé à 8 milliards d'euros de taxes…

MARC FAUVELLE
…C'est EDF.

GABRIEL ATTAL
Oui, et on a demandé un effort à EDF, mais je rappelle que l'État a aussi fait un effort, ces dernières années, pour soutenir EDF. EDF c'est une grande entreprise, moi je veux le redire, on a renoncé…

SALHIA BRAKHLIA
On parlait de TOTAL.

GABRIEL ATTAL
L'État a renoncé…

SALHIA BRAKHLIA
Vous voyez bien le symbole derrière.

GABRIEL ATTAL
L'État a renoncé à 10 milliards d'euros de dividendes, ou d'aide à la capitalisation, il y a eu ces efforts qui ont été faits ces dernières années.

MARC FAUVELLE
Justement, Gabriel ATTAL, vous dites on n'a pas de problème aujourd'hui à ce que les entreprises françaises fassent des profits, même s'ils sont très importants, je vais vous donner deux chiffres. Les bénéfices pour les entreprises du CAC40, c'est-à-dire les 40 premières capitalisations françaises pour l'année 2021, ils viennent de tomber, on les connaît, c'est 137 milliards d'euros de bénéfices, dans le même temps la moitié de cette somme, exactement la moitié de cette somme, va être rendue aux actionnaires sous forme de dividendes, là on ne parle pas de hausse de salaires, on ne parle pas de créations d'emplois, on ne parle pas d'argent qui ruisselle, on parle de rémunération des actionnaires. Est-ce que la moitié des bénéfices reversés aux actionnaires ça vous semble une proportion raisonnable ?

GABRIEL ATTAL
On a toujours, dit Bruno LE MAIRE a toujours dit, qu'on voulait un meilleur partage de la valeur dans l'entreprise…

MARC FAUVELLE
50% dans la proche des actionnaires, est-ce que c'est le bon partage ?

GABRIEL ATTAL
On a toujours dit qu'on voulait un meilleur partage de la valeur dans l'entreprise…

MARC FAUVELLE
Est-ce que c'est le bon ?

GABRIEL ATTAL
Et ne même temps qu'on voulait aussi qu'il y ait des investissements dans nos entreprises, et donc oui il y a des actionnaires dans les entreprises, parce qu'il y a des personnes qui investissent dans les entreprises. L'important c'est quoi ? C'est qu'au bout de cette chaîne vous ayez un impact sur l'emploi et sur l'économie dans notre pays.

SALHIA BRAKHLIA
Vous le voyez là l'impact aujourd'hui?

GABRIEL ATTAL
Qu'est-ce qu'on constate aujourd'hui ? Qu'on a un taux de chômage au plus bas depuis 15 ans, on est redevenu le pays le plus attractif en Europe pour les investissements étrangers, on a une croissance record, depuis 1952 je crois, 7% de croissance en 2021…

MARC FAUVELLE
On rattrape la croissance perdue l'année d'avant en grande partie.

GABRIEL ATTAL
On est locomotive en Europe, et on ne pensait pas rattraper la croissance, comme vous dites, aussi rapidement. On est plus de six mois plus tôt que ce qui avait été prévu, espéré au début de cette crise. Depuis deux ou trois ans on crée plus d'emplois industriels qu'on en détruit en France, on ouvre plus d'usines qu'on en ferme en France. Il y a un climat aujourd'hui…

MARC FAUVELLE
Donc vive les dividendes, il n'y a pas de souci avec ça !

GABRIEL ATTAL
Non, ce que je dis c'est vive l'économie réelle et vive les emplois, c'est ça que je dis. Vous savez, j'étais en déplacement dans l'Hérault, à Lavérune, il y a quelques jours, je suis allé dans l'usine CARTE NOIRE, qui a été rachetée il y a quelques années par le groupe italien LAVAZZA, de café, qu'est-ce qu'ils m'ont dit ? Ils m'ont dit depuis quatre ans on a investi 40 millions d'euros dans l'usine CARTE NOIRE à Lavérune, ce qui a créé des emplois, ce qui a ouvert des lignes de production. Pourquoi on l'a fait ? Parce qu'on voit que la France est redevenue un pays où il fait bon investir, où il y a un climat favorable pour les investissements. A la fin c'est quoi ? A la fin vous avez des créations d'emplois pour les Français, c'est ça qui nous préoccupe, et c'est ce qui explique qu'aujourd'hui vous avez un taux de chômage au plus bas depuis 15 ans, et que vous avez un plein emploi qui est aujourd'hui visible à l'horizon, qui est atteignable, et c'est pour ça qu'on va continuer à se mobiliser.

MARC FAUVELLE
Gabriel ATTAL, c'est demain que seront levées une partie des dernières restrictions sanitaires, fini le masque en extérieur, fini les jauges, fini également, qu'est-ce que j'oublie, le télétravail obligatoire, qu'est-ce qui vous fait dire que c'est le bon moment ?

GABRIEL ATTAL
On constate depuis quelques jours maintenant une inversion, encore fragile, de la tendance.

MARC FAUVELLE
J'ai cru que vous alliez dire une inversion de la courbe, ça aurait rappelé des souvenirs du quinquennat précédent.

GABRIEL ATTAL
C'est un peu ça. On voit, depuis quelques jours maintenant, que vous avez moins de cas déclarés chaque jour, que sept jours auparavant, et que vous avez, je crois pour la première fois-là, depuis hier, une incidence qui a très légèrement diminué sur une semaine. Quand je dis que c'est fragile c'est que, ça fait quelques jours seulement, c'est qu'on reste à des niveaux très élevés, et que par ailleurs on sait qu'il y a des questions posées sur le sous-variant BA.2 qui est aussi très contagieux et qu'on a vu dans d'autres pays qu'il y avait eu une inversion de la tendance et qu'ensuite les contaminations étaient reparties à la hausse.

MARC FAUVELLE
Cette fois c'est la bonne ?

GABRIEL ATTAL
C'est un signal très encourageant, évidemment, maintenant il faut rester très prudent aussi, pour les raisons que je viens d'évoquer. Il faut continuer à se mobiliser, à faire attention, mais oui on va respecter le calendrier qu'on a présenté aux Français, avec une levée des restrictions en deux étapes, c'est-à-dire demain, et ensuite le 16, et demain, vous l'avez indiqué, ça concerne le port du masque en extérieur, le télétravail obligatoire et les jauges dans les grands événements.

MARC FAUVELLE
Et on allège toujours le protocole à l'école à la rentrée des vacances de février ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on a annoncé c'est qu'il serait adapté à la rentrée des vacances de février, effectivement, et on va y travailler.

MARC FAUVELLE
Vers un allégement adapté, quand vous dites…. ?

GABRIEL ATTAL
Bien sûr, il ne s'agit pas de la renforcer.

SALHIA BRAKHLIA
Gabriel ATTAL, juste une question technique. Comment vous expliquez qu'une personne vaccinée, même en cas de test positif elle garde son pass vaccinal valide ?

GABRIEL ATTAL
Ça, vous savez, c'est des questions qui ont été posées, qui étaient posées depuis des semaines, ce qu'on sait c'est quand une personne a un test positif, évidemment qu'elle doit s'isoler, évidemment que les Français ils sont responsables…

MARC FAUVELLE
Mais elle peut aller au restaurant avec son pass qui reste valide ?

GABRIEL ATTAL
Enfin, je veux dire, oui, vous pouvez dire, les Français, ils peuvent ne pas respecter l'isolement qui leur est demandé, on ne met pas un gendarme derrière chaque Français.

MARC FAUVELLE
Pourtant, vous avez mis un pass et des contrôles.

GABRIEL ATTAL
Eh bien oui, mais, je veux dire, les Français, ils sont responsables, ce qu'on constate, c'est que quand un Français est positif, il s'isole.

MARC FAUVELLE
On est à 10 semaines du premier tour de l'élection présidentielle, tout le monde a compris, même vous, même nous, qu'Emmanuel MACRON sera bien candidat, est-ce qu'il est temps aujourd'hui d'entrer en campagne ?

GABRIEL ATTAL
Non, vous le voyez bien au regard de l'actualité, je veux dire, on est en train de prévoir…

MARC FAUVELLE
Ça veut dire que son agenda est dicté par Omicron ?

GABRIEL ATTAL
Ça veut dire que…

MARC FAUVELLE
Ou par l'Ukraine ou par quoi ?

GABRIEL ATTAL
Mais non, mais ça veut dire que vous avez beaucoup de sujets aujourd'hui qui nécessitent non seulement sa mobilisation totale, mais il sera mobilisé jusqu'au bout.

MARC FAUVELLE
Oui, mais enfin, s'il y a encore une vague dans un mois et demi, s'il y a encore…

GABRIEL ATTAL
Et qui laissent peu de place…

MARC FAUVELLE
Des tensions avec l'Ukraine, il va bien falloir y aller à un moment…

GABRIEL ATTAL
Qui laissent peu de place pour s'exprimer sur une campagne, je viens de vous dire à l'instant, le président, il a le président POUTINE, le président ukrainien, ses homologues européens tous les 3 jours au téléphone pour avancer vers la désescalade, le président, il travaille avec le gouvernement sur l'allégement des restrictions dans un contexte où on a encore énormément de cas positifs chaque jour. Moi, je pense que les Français ne comprendraient pas que là, dans ces jours-ci, le président s'exprime sur la campagne électorale, et je vais vous dire, moi, je ne considère pas que ça soit un avantage pour nous, au contraire, oui, c'est peut-être un handicap de ne pas pouvoir se mettre en campagne tout de suite, quand vous avez des oppositions, c'est normal, en même temps, elles ne sont pas aux responsabilités, qui passent leur temps à ça, mais maintenant, on est responsable…

SALHIA BRAKHLIA
Mais justement, en attendant, l'opposition, elle vous accuse de faire campagne avec le chéquier des Français, on n'est pas loin du de détournement de fonds publics, dit Christian JACOB, le patron des Républicains, vous lui répondez quoi ?

GABRIEL ATTAL
Oh, ça, vous savez, ce sont des mots outranciers, qui visent à être commentés. Christian JACOB, il dit ça, parce qu'il se dit comme ça, dans les matinales, on va en parler, on va parler de moi, etc.…

MARC FAUVELLE
Vous, vous avez dit : c'est une campagne de morts-vivants.

GABRIEL ATTAL
Ah oui, alors ça, je vais vous dire…

MARC FAUVELLE
C'est aussi destiné à être commenté dans les matinales…

GABRIEL ATTAL
Non, c'est en réponse à une question qui m'a été posée sur le fait que les Français s'intéressent peu à la campagne présidentielle aujourd'hui, et ce que j'ai dit, c'est : comment vous voulez que les Français s'y intéressent quand les candidats déclarés vous décrivent un espèce de pays zombi, lugubre où tout va mal, où il n'y a plus de raison d'y croire, moi, je me mets à la place des Français, ils entendent monsieur ZEMMOUR, madame LE PEN, madame PECRESSE expliquer matin midi et soir que tout est foutu, que la France est dans un état catastrophique, qu'il n'y a plus de raisons d'espérer. Moi, ce que je vous ai dit tout à l'heure sur les signaux de notre économie, sur le fait qu'on est à un taux de croissance record dans la zone euro, qu'on a un taux de chômage au plus bas depuis 15 ans, ce n'est pas moi qui le dis, ouvrez les journaux, Le Parisien, ce matin qui dit : tous les clignotants sont au vert, on n'a jamais été aussi proche du plein emploi, il y a des raisons d'y croire et d'espérer, la France, elle en a sous le pied, on a des perspectives extrêmement positives ; et je pense que c'est important de le dire aux Français, sinon, on ne crée que de la désespérance et on ne donne pas forcément envie, on ne donne pas franchement envie aux Français de participer.

MARC FAUVELLE
Quand il sera candidat, Emmanuel MACRON va-t-il accepter de débattre avec les autres candidats avant le premier tour ?

GABRIEL ATTAL
D'abord, la question aujourd'hui, par définition, n'est pas d'actualité…

MARC FAUVELLE
Bon, elle ne va pas tarder à se poser…

SALHIA BRAKHLIA
Elle va se poser.

GABRIEL ATTAL
La deuxième chose, c'est que vous avez vu que le président, il a toujours valorisé le débat, on a fait le grand débat national, il a…

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas pareil…

GABRIEL ATTAL
Eh bien, il a toujours répondu aux questions, sur des questions des journalistes, des questions aussi d'opposants politiques, au cours de déplacements par exemple, etc.

MARC FAUVELLE
Donc il ne se déroulera pas…

GABRIEL ATTAL
Il y a mille et une manières de débattre en 2022. Il y a mille et une manières de débattre en 2022.

SALHIA BRAKHLIA
Il peut débattre avec tout le monde, sauf avec ses adversaires politiques ?

GABRIEL ATTAL
Non, ce n'est pas ce que je dis, ce que je dis… mais j'étais interrogé sur ce sujet-là dans Le Parisien ce week-end…

MARC FAUVELLE
Non, mais là, on vous interroge, on vous pose la question…

GABRIEL ATTAL
Ce que je dis, c'est que…

MARC FAUVELLE
Oublions nos amis du Parisien, est-ce qu'Emmanuel MACRON débattra ou pas avant le premier tour ?

GABRIEL ATTAL
Non, mais…

MARC FAUVELLE
On ne va pas refaire le fil de toutes les interviews…

GABRIEL ATTAL
Ce que j'ai dit ce week-end, c'est que…

MARC FAUVELLE
Oui, raté…

GABRIEL ATTAL
Dans un format où vous avez 12 ou 15 candidats, ça vous fait un temps de parole de même pas 7, 8 minutes pour vous exprimer. Et donc vous avez pendant une 1h50 des personnes qui vous interpellent, et vous n'avez même pas matériellement le temps pour y répondre, c'est simplement ce que j'ai dit, raison pour laquelle j'étais sceptique sur ce format, maintenant, évidemment qu'il y aura du débat dans cette présidentielle, il y aura du débat avec des Français, il y aura du débat avec des experts, il y aura des débats avec des journalistes…

MARC FAUVELLE
Et a priori, il n'ira pas dans l'arène politique face aux autres candidats ?

GABRIEL ATTAL
Il y aura débats avec des politiques, pour l'instant, en plus, je ne crois même pas que la question soit posée, puisque je ne crois pas que des chaînes aient annoncé qu'elles faisaient…

MARC FAUVELLE
Si, des chaînes qui proposent des débats, toutes l'ont fait...

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, en tout cas, on aura l'occasion d'en reparler, moi, vous aurez l'occasion de me réinviter quand on sera en campagne, je serai là pour vous répondre, et on sera présent pour discuter de tous ces sujets ; et je peux vous dire qu'il y aura du débat dans cette campagne, et heureusement.

MARC FAUVELLE
Merci Gabriel ATTAL. Bonne journée à vous.

Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 février 2022