Interview de Mme Florence Parly, ministre des armées, à France Info le 18 février 2022, sur le retrait des militaires français du Mali, la lutte contre le terrorisme, la situation en Ukraine et l'OTAN.

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Florence PARLY.

FLORENCE PARLY
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
La France a quitté le Mali, en tout cas s'apprête à le faire ; l'annonce a été officialisée hier par le chef de l'Etat, après neuf ans de présence dans le pays et de lutte anti-djihadiste. On part sur quel constat ? Un constat de victoire ou d'échec ?

FLORENCE PARLY
Le constat, c'est que les conditions n'étaient plus réunies pour pouvoir poursuivre un combat que nous avons engagé en 2013, à la demande du Mali, qui était sous la menace de groupes terroristes et qui, s'il n'avait pas été secouru comme les armées françaises l'ont fait, probablement, est un Etat qui aurait disparu ou qui a minima aurait été scindé en deux, aurait perdu son intégrité territoriale. Donc aujourd'hui, après plusieurs années de présence pendant lesquelles d'abord la France, puis un certain nombre de partenaires sahéliens d'abord et les partenaires européens, internationaux, nous ont rejoints. Nous avons mené ce combat contre le terrorisme avec beaucoup de succès, parce que j'y reviendrai peut-être si vous m'y autorisez, nous avons remporté des victoires contre des chefs des grandes organisations terroristes qui aujourd'hui sévissent au Sahel – je veux parler d'Al-Qaïda et de Daesch – et puis nous avons également fait notre travail, c'est-à-dire aidé, formé, entraîné, accompagné au combat les armées sahéliennes qui ont beaucoup évolué depuis 2013 et qui se sont renforcées. Néanmoins, les conditions auxquelles nous sommes exposés aujourd'hui avec une junte qui est issue de deux coups d'Etat font que ce travail que nous avons poursuivi avec un engagement sans faille et dont je rappelle que nos soldats qui ont été présents au Mali, nous avons eu 125.000 militaires français qui se sont succédé depuis 2013 au Mali, dont certains ont perdu la vie…

LORRAIN SENECHAL
58 soldats sont tombés…

FLORENCE PARLY
59 soldats sont morts en opération au Sahel ; 52 sont morts au Mali. Ces soldats ont mené un combat qui a été utile puisque le Mali n'est pas devenu un sanctuaire terroriste, un califat territorial comme cela était le projet d'origine. Donc aujourd'hui ce que je peux dire, c'est que depuis plusieurs mois maintenant, la junte malienne issue de ces deux coups d'Etat successifs, avait pris des engagements, des engagements pour d'une part poursuivre le combat contre le terrorisme et d'autre part, assurer la transition vers les autorités civiles pour que le Mali puisse reprendre le cours de sa vie démocratique. Nous avons constaté que sur ce deuxième point, les engagements ne sont pas tenus, c'est-à-dire que des élections auraient dû se tenir au mois de février de cette année et les élections ne se tiennent pas, c'est pour ça que la communauté des Etats d'Afrique de l'Ouest a décidé de sanctions contre le Mali. Et puis par ailleurs, nous avons été entravés, nous avons éprouvé des difficultés pour pouvoir poursuivre notre mission sur le terrain. Donc toutes ces raisons mises ensemble, sans parler du fait que le Mali a signifié à certains de nos partenaires, par exemple le Danemark, que sa présence n'était plus souhaitée, montrent qu'aujourd'hui que la junte ne souhaite plus la présence d'un certain nombre de pays qui, depuis des années, participent au soutien de la lutte contre le terrorisme d'une part et au soutien du pays d'autre part. Elle préfère avoir recours à une société de mercenaires, soi-disant pour lutter contre le terrorisme…

NEILA LATROUS
Soi-disant vous dites ?

FLORENCE PARLY
Il est assez probable qu'une société de mercenaires rémunérée par l'Etat malien, ne pourra pas faire le travail qui a été accompli par…. - aujourd'hui, il y a 25.000 militaires déployés au Sahel, toutes forces confondues – par 25.000 soldats et ceci depuis plusieurs années. Mais nous verrons, ça c'est une autre histoire. Donc pour répondre à votre question, les conditions pour pouvoir mener ce combat contre le terrorisme au Mali n'étaient plus réunies. Pour autant, nous n'avons absolument pas décidé d'arrêter ce combat contre le terrorisme. Le terrorisme au Sahel continue d'exister. Nous avons, comme je le disais, remporté de grands succès en neutralisant les chefs de ces organisations terroristes qui sont au fond des filiales au Mali ou au Sahel de Daesch ou d'Al-Qaïda, mais pour autant nous devons poursuivre ce combat contre le terrorisme.

NEILA LATROUS
Il y a le retrait du Mali, il y a le reploiement… mais sur le retrait du Mali, ça veut dire que dès aujourd'hui, les soldats quittent le Mali ? Comment ça va se passer ?

FLORENCE PARLY
Le président de la République dès le mois de juin de l'année dernière, nous a demandé de reconfigurer notre dispositif au Mali ; nous avons donc déjà réduit 3 bases… plus exactement nous avons restitué 3 bases que nous avions dans le nord du Mali. Donc cette opération est terminée ; elle s'est déroulée exactement conformément au calendrier prévu et donc là, nous poursuivons et nous accélérons en quelque sorte. C'est une démarche qui était déjà annoncée par le président de la République et nous allons donc poursuivre en désengageant successivement les 3 autres bases sur lesquelles nous sommes aujourd'hui, c'est à dire Gossi, Ménaka et Gao.

LORRAIN SENECHAL
Et ça commence dès maintenant.

FLORENCE PARLY
Ça commence évidemment dès maintenant, ça va commencer ces jours-ci ; c'est une opération qui va se dérouler sur un certain nombre de semaines - le président de la République a mentionné le délai dans lequel nous devions réaliser cette opération…

LORRAIN SENECHAL
Quatre à six mois…

FLORENCE PARLY
Absolument. Donc nous allons nous mettre en ordre de marche pour réaliser cette opération dans ce délai.

LORRAIN SENECHAL
Pour en revenir à la situation au Mali, on a l'impression que c'est un départ quand même contraint ; on est chassé du Mali en quelque sorte par la junte ?

FLORENCE PARLY
Nous ne sommes pas chassés par les groupes terroristes que nous avons combattus. Nous en sommes arrivés à constat, comme je le disais, que les conditions pour pouvoir mener ce combat qui est un combat exigeant, difficile, n'étaient plus réunies parce que nous n'avons jamais pensé qu'au Sahel, au Mali, la solution était exclusivement militaire ; nous avons toujours considéré que les militaires étaient là pour rétablir le minimum de sécurité indispensable pour pouvoir engager tout le reste. Et tout le reste, qu'est-ce que c'est ? C'est permettre à des zones qui sont déshéritées dans lesquelles il n'y a plus d'écoles, plus d'enseignants, plus de policiers, plus de médecins, plus d'infirmières, de revenir ; que ces services publics qui sont de première nécessité puissent réinvestir et rendre les services que la population est en droit d'attendre d'eux. Et puis d'autre part, il y a des projets de développement économique. Mais pour cela, il faut que les Etats dans lesquels tout cela se passe, soient mobilisés, qu'ils soient engagés. La France ne peut pas faire à la place de. Pas plus sur le plan militaire : nos armées ne sont pas là pour se battre à la place des armées sahélienne ; les armées françaises ont progressivement transféré en quelque sorte en formant, en entraînant ces armées et aujourd'hui, ces armées sont plus capables qu'elles ne l'étaient dans le passé à combattre elles-mêmes. Eh bien il en va de même dans le reste, c'est-à-dire que la prérogative d'un Etat, c'est d'abord d'assurer un certain nombre de services publics à sa population ; et ça, ce n'est pas la France qui peut le faire à place de ces Etats.

NEILA LATROUS
Dans quelques instants, on va évoquer le redéploiement notamment dans les pays voisins et au Niger ; d'un mot : pour les civils français qui sont au Mali, est-ce que la situation aujourd'hui est grave ? Est-ce qu'il faut qu'ils fassent davantage attention ? Est-ce qu'il faut qu'ils partent ? Est-ce que vous leur dites : ce pays est dangereux pour vous ?

FLORENCE PARLY
Il n'y a pas de consigne de cette sorte ; nous avons toujours – et c'est le ministère des Affaires étrangères qui y veille - des consignes qui sont données à nos concitoyens. Nous avons une communauté importante au Mali qui est composée d'expatriés mais aussi de Franco-maliens car il y a une très large communauté franco-malienne. Nous sommes évidemment en relation très étroite avec le Mali. Nous avons encore réalisé il y a quelques jours - je reviens sur le terrain militaire un instant - une opération dans laquelle la France, l'Estonie et les armées maliennes ont été engagées et ont neutralisé ensemble une trentaine de djihadistes dans la région des Trois-Frontières. Donc nous avons évidemment des relations très étroites.

NEILA LATROUS
Florence PARLY, ministre des Armées, il y a ce point sur la carte, les Trois-Frontières, que vous évoquiez ; c'est là où s'enchevêtrent le Niger, le Burkina et le Mali et le président du Niger justement exprime ses craintes ce matin sur les réseaux sociaux en disant : « Après le départ de Barkhane et Takuba du Mali, la frontière sera encore plus infestée » ; il craint que les groupes terroristes en profitent pour s'y installer et se renforcer. Est-ce que ça veut dire qu'on part mais qu'on s'installe au Niger à la frontière pour éviter que les groupes djihadistes se reconstituent sur ce point de fixation ?

FLORENCE PARLY
Alors tout d'abord, le président BAZOUM a raison de dire que cette région est une région clé ; c'est ce que nous avions identifié au sommet de Pau : la région des Trois-Frontières est celle dans laquelle l'Etat islamique au Grand Sahara, c'est-à-dire la filiale de Daesch au Sahel, est installé et c'est là que nous avons notamment neutralisé le numéro un de l'EIGS, c'était en juin 2020. Deuxième chose, il faut donc pouvoir continuer cette lutte contre le terrorisme dont je parlais tout à l'heure et il faut pouvoir le faire idéalement au plus près de cette frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso. C'est la raison pour laquelle nous avons eu des échanges et je me suis rendue au Niger moi-même pour en parler avec les autorités nigériennes, nous cherchons et nous sommes en train d'identifier un point à partir duquel nous pourrons faire deux choses : d'une part poursuivre ces opérations de lutte contre le terrorisme dans cette zone qui continue d'être un nid de terroristes et d'autre part, pouvoir réaliser nos opérations logistiques puisque comme on l'a dit tout à l'heure, nous allons poursuivre notre désengagement du Mali.

LORRAIN SENECHAL
Et avec 2.500 à 3.000 soldats français – c'est ce qu'a annoncé Emmanuel MACRON - qui restent déployés, avec aussi nos partenaires européens - l'Allemagne a déjà dit être sceptique quant à la poursuite de son engagement.

FLORENCE PARLY
Vous savez, il y a des pays qui ont des mandats extrêmement précis ; l'Allemagne a un mandat pour participer dans une mission de l'ONU pour participer à une mission de l'Union européenne; c'est un mandat qui a été validé par le Parlement. Donc il faut comprendre aussi qu'un certain nombre de pays soient extrêmement prudents tant que cette autorisation parlementaire reste en l'état, n'a pas été modifiée. Donc nous aurons l'occasion évidemment d'en reparler. Mais je crois qu'il faut respecter cela ; tous les pays ne peuvent pas s'exprimer aujourd'hui de la même façon parce qu'il y a des mandats extrêmement précis qui ont pu être votés par les Parlements.

NEILA LATROUS
L'autre crainte, c'est l'expansion des groupes djihadistes vers le Golfe de Guinée ; est-ce qu'il est question dans le cadre de ce redéploiement d'aller installer des soldats ailleurs, un peu plus au sud vers le Bénin par exemple, pour aussi sécuriser cette zone ?

FLORENCE PARLY
Alors pourquoi est-ce qu'on parle des pays du Golfe de Guinée, c'est parce que ces mouvements terroristes sont en train de se répandre vers le sud et donc ils sont en train aujourd'hui d'atteindre la frontière nord de la Côte d'Ivoire, du Bénin, du Togo, potentiellement du Ghana. Bien. Donc pour pouvoir stopper et endiguer cette menace terroriste, il est important de les inclure dans cette réflexion puisque le président de la République nous demande de réfléchir à une autre configuration pour poursuivre de façon efficace ce combat contre le terrorisme et de le faire avec nos partenaires. Donc nous allons travailler avec des pays dans lesquels nous avons déjà une présence militaire et d'autres, ce n'est pas nécessairement encore le cas, mais avec lesquels il sera possible de développer des partenariats.

LORRAIN SENECHAL
L'autre dossier chaud sur la situation géopolitique en ce moment Florence PARLY, c'est la situation en Ukraine ; vous allez peut-être nous aider à y voir plus clair : la Russie multiplie les annonces de retrait de ses soldats à la frontière ; les États-Unis disent " au contraire, il y a des soldats russes qui se massent aux frontières avec l'Ukraine ". Qu'est-ce qu'il faut comprendre ?

FLORENCE PARLY
Ce qui est clair, c'est que depuis des semaines, en effet, des forces massives se sont installées à proximité de la frontière de l'Ukraine ; ce qui est clair aussi, c'est que des exercices militaires ont été organisés - certains sont planifiés chaque année à peu près à la même époque - mais ce qui est singulier, exceptionnel, c'est l'ampleur de ces exercices, le nombre de forces, de matériels qui ont été mobilisés.

LORRAIN SENECHAL
Les Etats-Unis parlent de 150.000 soldats russes.

FLORENCE PARLY
C'est l'ordre de grandeur et nous avons tous les mêmes éléments, nous voyons tous les mêmes choses. Bien. Ce qui n'est pas clair aujourd'hui, ce sont les intentions du président russe puisqu'il s'agit d'une tension dont l'objet est l'Ukraine et dont la tension provient de la Russie. Donc nous avons entendu comme tout le monde, comme vous tous, un certain nombre de propos - certains soufflent le chaud, d'autres soufflent le froid - lorsqu'il y a des propos d'apaisement comme on a pu en entendre au cours des 48 dernières heures, ce que nous voulons, c'est évidemment que les paroles se transforment en actes.

LORRAIN SENECHAL
Et ce n'est pas le cas ?

FLORENCE PARLY
Nous attendons de pouvoir vérifier que ce qui a été annoncé, va être en effet mis en oeuvre par la Russie.

NEILA LATROUS
Comment vérifier ? C'est-à-dire qu'on a nos moyens de renseignement autonomes, on va pouvoir aller observer à la frontière que les troupes se sont bien retirées.

FLORENCE PARLY
En observant en effet par différents moyens ; nous avons toutes sortes de capteurs qui nous permettent d'obtenir du renseignement en effet de manière autonome, de manière souveraine.

LORRAIN SENECHAL
Ça veut dire que vous ne croyez pas les Américains ?

FLORENCE PARLY
Ce n'est pas du tout ce que je viens de dire. Je dis que lorsqu'on est un Etat souverain, on doit pouvoir disposer de ses propres sources de renseignement. Mais nous avons des alliés, des partenaires ; nous échangeons, nous échangeons aussi bien sur le plan diplomatique comme l'actualité le montre chaque jour, que sur le plan militaire naturellement ; nous partageons du renseignement, nous confrontons en quelque sorte ces éléments et ensuite, chaque pays en décline une analyse et interprète en quelque sorte ces renseignements. Donc nous souhaitons voir, vérifier, comme d'ailleurs les Américains, comme tout le monde, que les engagements les annonces plus exactement, qui ont été faites par la Russie, se traduisent sur le terrain dans les faits.

NEILA LATROUS
Et pour l'instant on ne l'observe pas.

FLORENCE PARLY
Pour l'instant, ces annonces sont récentes… Donc pour l'instant, nous attendons de voir si ces annonces sont bien traduites et exécutées dans les fait. C'est ça qui permettra de dire qu'en effet nous sommes dans une désescalade que nous appelons de nos voeux parce qu'aujourd'hui, toutes nos forces sont engagées dans deux directions : d'une part poursuivre le dialogue diplomatique pour trouver une solution diplomatique à ce problème et d'autre part, comme nous l'avons fait hier encore à l'OTAN, organiser la réassurance des alliés qui sont au plus près de cette frontière sur laquelle s'exercent ces tensions.

NEILA LATROUS
Florence PARLY, les Américains disent craindre une guerre imminente en Ukraine ; est-ce que nous aussi, on la craint au regard des informations dont on dispose ?

FLORENCE PARLY
Ce que l'on peut dire, c'est que tous les éléments sont en place pour, si la décision était prise par le président POUTINE, d'envahir l'Ukraine militairement, cette invasion soit possible. On ne peut rien dire de plus car on ne sait pas si cette décision a été prise ou pas et quelle est-elle. Voilà. Donc je pense qu'il faut vraiment rester extrêmement prudent. Il ne faut pas être naïf. Nous voyons les mêmes choses que tous nos partenaires ; nous voyons des forces importantes qui sont massées, qui sont prêtes à intervenir mais aujourd'hui, parce que le président de la République et le président des Etats-Unis et les Européens, tout le monde s'y est mis pour à activer des canaux de dialogue, de discussion avec le président POUTINE, tout doit continuer d'être fait jusqu'au dernier souffle pour convaincre le président russe que la voie militaire n'est décidément pas la bonne.

LORRAIN SENECHAL
Et s'il y a dans le pire des cas une action militaire de la Russie, l'OTAN s'est déjà dit prêt à répondre, est-ce que ça veut dire que la France participerait à cette réponse ?

FLORENCE PARLY
L'OTAN est une alliance défensive. C'est une alliance qui repose sur un principe de solidarité entre les alliés ; la réponse de l'OTAN, c'est une réponse qui consiste d'abord à assurer la protection des pays qui se trouvent au plus près de cette zone de tensions dans laquelle nous sommes. Donc nous nous préparons parce que le travail même des militaires, c'est de se préparer et de faire face à toutes les éventualités. Donc le travail est fait pour que cette protection puisse être assurée.

LORRAIN SENECHAL
Et vous avez d'ailleurs déployé des militaires français sur le terrain au plus près, en Roumanie…

FLORENCE PARLY
Nous avons depuis plusieurs années, dans le cadre de cette présence renforcée de l'OTAN sur le flanc Est de l'Europe, nous participons dans les Etats Baltes, en Estonie précisément, nous avons une force de plusieurs centaines d'hommes déployés en Estonie, dans un dispositif qui est commandé par les Britanniques ; et le président de la République a indiqué qu'il était disponible si telle était la décision, pour envisager un déploiement ailleurs, dans une partie plus au sud-est…

LORRAIN SENECHAL
Mais c'est simplement envisagé à ce stade. Les militaires français ne sont pas partis en Roumanie…

FLORENCE PARLY
Le président de la République a indiqué sa disponibilité mais maintenant, la priorité, c'est évidemment de poursuivre ce travail diplomatique comme c'est le cas puisque vous avez vu que le téléphone fonctionne beaucoup entre non seulement Paris et Moscou mais aussi Washington, que par ailleurs des visites de très haut niveau ont eu lieu - le président de la République s'est rendu à Moscou et à Kiev, le Chancelier allemand a fait de même très récemment - donc aujourd'hui, la priorité, c'est la diplomatie. Mais nous ne sommes pas naïfs et nous nous préparons.

NEILA LATROUS
Florence PARLY, peut-être qu'au milieu de cette actualité assez foisonnante sur le plan international et militaire, vous avez eu quelques minutes pour jeter un coup d'oeil au programme défense des autres candidats ; sur l'OTAN précisément, deux candidats s'engagent à quitter le commandement intégré - Marine LE PEN et Eric ZEMMOUR - et deux autres candidats promettent de quitter l'OTAN tout court – c'est Jean-Luc MELENCHON et Fabien ROUSSEL qui considèrent au final que ce traité de l'Atlantique-Nord n'a plus vraiment grand sens dans une période post-guerre froide. Que leur répondez-vous ?

FLORENCE PARLY
Eh bien justement que les faits disent le contraire puisque nous venons d'évoquer ces dernières minutes une zone de tensions qui est en plein coeur de l'Europe et qui nous rappelle à bien des égards un mode de conflictualité que nous avons pu connaître pendant la guerre froide. Donc moi je crois au contraire que l'OTAN a toute son utilité et toute sa valeur ; donc il ne faut pas commettre d'erreur d'analyse historique. Et pour ce qui concerne ce débat à vrai dire un peu technique sur : faut-il rester dans l'OTAN et faut-il être dans le commandement intégré ou ne pas l'être ? Je crois que nous sommes des alliés ; nous sommes de bons alliés ; nous contribuons à l'OTAN évidemment financièrement mais aussi à travers les forces que nous mettons à sa disposition et donc contribuer sans avoir un mot à dire, ce qui serait le cas si nous quittions le commandement intégré, je ne trouve pas ça personnellement optimal. Je pense que quand on est un allié actif, contributif, il faut aussi pouvoir dire ce que l'on en pense et c'est ce que nous faisons au sein de l'Alliance atlantique ; c'est ce que fait le président de la République lorsqu'il participe au sommet de l'OTAN, donc je pense que c'est important que la voix de la France puisse s'exprimer.

LORRAIN SENECHAL
Et l'OTAN n'est plus en état de mort cérébrale, comme le disait Emmanuel MACRON lui-même ?

FLORENCE PARLY
L'OTAN travaille à un nouveau concept stratégique et il le fait parce que précisément le président de la République l'y a puissamment incité.

LORRAIN SENECHAL
Avec les Etats-Unis qui sont un partenaire fiable ? Quand on voit par exemple que vous annoncez un contrat pour la vente de Rafale à l'Indonésie et que dans la foulée, les Américains annoncent eux aussi tenter de vendre des avions militaires à l'Indonésie, quand on a vu également la manière dont a été déchiré le contrat sur les sous-marins, on a toujours des partenaires fiables au sein de l'Alliance Atlantique ?

FLORENCE PARLY
Vous savez, nous avons depuis 2018 une stratégie pour l'Indo-Pacifique ; le président de la République a porté cette stratégie Indo-Pacifique et il l'a portée au plan national et il l'a portée aussi au plan européen puisque désormais, l'Europe s'est dotée d'une stratégie Indo-Pacifique. Donc quand on a une stratégie dans une zone, c'est qu'on y a des intérêts à défendre et pour défendre ces intérêts, on a besoin de partenaires ; ces partenaires, nous les avons ; nous avons un partenaire important en Inde ; nous en avons un en Indonésie et ce partenariat s'appuie sur différents piliers : de l'échange d'informations, des exercices en commun entre nos militaires et puis aussi de l'utilisation de matériels ou d'équipements en commun ; et le fait de pouvoir exporter des équipements militaires français dans cette zone participe du renforcement de ces liens que nous voulons développer avec ces pays parce que nous avons 1,6 million de ressortissants français qui vivent dans cette zone Indo-Pacifique ; nous sommes un Etat de l'Indo-Pacifique.

LORRAIN SENECHAL
En un mot, l'affaire du contrat des sous-marins a été digérée par la France ?

FLORENCE PARLY
Vous savez, c'est une affaire qui ne concerne que finalement de très loin l'industrie navale française ; ces sous-marins – les Australiens l'ont reconnu eux-mêmes de façon publique - ces sous-marins sont de très bons sous-marins et le contrat s'exécutait parfaitement. Donc ce sont d'autres raisons qui ont conduit les Australiens apparemment à changer leur fusil d'épaule. Moi, ce que je vois, c'est que l'industrie française s'exporte, que nous avons réalisé des résultats au cours de ces derniers mois, exceptionnels, non seulement dans le domaine… la vente des Rafale puisque nous avons maintenant 7 pays qui utilisent ou qui ont commandé cet avion qui pendant des années n'a volé que sous la cocarde française ; c'est donc un très grand succès. Mais nous avons aussi une industrie navale puissante qui s'exporte en Grèce et j'irai demain avec le Premier ministre à Roanne pour valoriser nos équipements terrestres.

LORRAIN SENECHAL
Merci Florence PARLY, ministre des Armées, invitée de France Info ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2022