Déclaration de M. Gérald Darmanin, ministre de l'intérieur, sur les réfugiés ukrainiens, à Bruxelles le 27 février 2022.

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Circonstance : Arrivée à la réunion extraordinaire des ministres de l'Intérieur

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Q - Est-ce que vous allez utiliser la directive de 2001 pour accorder une protection temporaire aux Ukrainiens ?

M. Gérald Darmanin : Si la France en tant que présidence a convoqué cette réunion exceptionnelle aujourd'hui à la demande du président de la République française suite au Conseil européen qui s'est tenu, c'est d'abord pour soutenir le peuple ukrainien ; soutenir les pays voisins directement impactés en ce moment même puisque 300 000 personnes sont déjà arrivées dans ces pays et la Moldavie à qui nous devons absolument une solidarité également ; voir comment nous pouvons organiser l'aide humanitaire en Européens ; et puis pouvoir limiter les attaques hybrides qu'il s'agisse des attaques qui relèvent de l'immigration comme on a connu avec la Biélorussie ou qu'il s'agisse de cyberattaques. Je me suis d'ailleurs entretenu juste avant avec madame la commissaire.

Nous devons notamment, pour répondre totalement à votre question, regarder quel statut on peut confier à ces personnes qui fuient le territoire ukrainien dans des conditions évidemment extrêmement difficiles, d'abord en les accueillant le mieux possible en Pologne et dans les pays voisins, voir comment on peut les aider de façon humanitaire et à voir comment on peut les aider évidemment au long terme et puis voir comment, en Europe, on peut leur apporter cette protection. Depuis 2001 et comme ça a été le cas déjà au Kosovo, il y a une réglementation spécifique qui est déclenchée par la commission et votée par le Conseil des ministres de l'Intérieur qui serait cette protection temporaire. La France mettra ce sujet à l'ordre du jour dans quelques instants.

Q - Est-ce qu'il y a une décision sur ce point ou est-ce que ce sont des discussions qui seront entérinées la semaine prochaine au prochain JAI ?

M. Gérald Darmanin : Nous avons eu beaucoup d'échanges avec mes homologues de façon bilatérale, c'était le cas évidemment de la Commission également. On va justement le mettre à l'ordre du jour, on a décidé de le mettre à l'ordre du jour aujourd'hui. Nous verrons bien. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on se retrouve au Conseil JAI de jeudi et que nous pourrions toujours prendre cette décision, s'il le fallait, au conseil de jeudi, ce qui nous paraît à la fois un temps rapproché pour avoir un certain nombre d'éléments, d'échanges puisque plusieurs pays ont déjà pris des dispositions nationales, c'est le cas de la Hongrie notamment ou de la Pologne. Donc on va écouter, notamment, ce qu'ont à dire ces gouvernements et proposer avec la Commission une suite soit aujourd'hui soit jeudi.

Q - Est-ce qu'il va y avoir des engagements d'accueil de la part des différents pays ? Et quelle est la position de la France ? Est-ce que la France va accueillir des réfugiés ukrainiens ?

M. Gérald Darmanin : Le Président de la République a été très clair à la suite du Conseil européen, la France prendra évidemment sa part mais pour l'instant ce que nous constatons c'est que les 300 000 Ukrainiens qui sont arrivés aux frontières de l'Union européenne - et je le répète encore une fois - à la Moldavie restent pour l'instant dans les lieux d'hébergement et de suivi, -on en remercie ces pays-, sur place. Nous verrons dans les prochaines heures, dans les prochains jours si nous devons mettre en place des systèmes de relocalisation ou en tout cas d'accueil des citoyens ukrainiens.

Vous savez qu'aujourd'hui les Ukrainiens, surtout ceux qui ont des passeports biométriques, n'ont pas de visa pour venir dans l'Union européenne, on aura l'occasion de déclencher cette solidarité, évidemment, si elle était nécessaire. Dans un tout premier temps, ce n'est pas celle qui est demandée aujourd'hui : l'aide qui est demandée, c'est une aide qu'on doit apporter directement a l'Ukraine. Et donc comment on fait, comment on apporte les convois humanitaires - la France par exemple a envoyé 33 tonnes de marchandises qui sont aujourd'hui en Pologne pour l'Ukraine, c'est le cas également de la Moldavie 33 tonnes également – comment on les apporte en Ukraine et comment on aide la Pologne et la Hongrie et tous les pays de la zone à pouvoir mieux accueillir ces personnes qui arrivent dans un tout premier temps chez eux. J'ai compris, que pour l'instant, les Ukrainiens trouvaient dans les familles des communautés ukrainiennes de ces pays de quoi se loger et de quoi être accompagné.

Q - A quel afflux vous vous préparez au niveau de l'Union européenne ?

M. Gérald Darmanin : C'est encore trop tôt pour le dire, ça dépendra très largement du conflit qui se déroule en ce moment même et on a une conférence de presse juste après cette réunion du conseil des ministres de l'Intérieur où j'aurai l'occasion de détailler un peu plus.

Q - Le HCR parle de réfugiés qui pourraient atteindre jusqu'à 5 millions...

M. Gérald Darmanin : Pour l'instant, nous sommes à 300 000 et nous constatons qu'il y a beaucoup beaucoup de monde avec évidemment un certain nombre de difficultés pour accueillir ces personnes a priori, des embouteillages, vous les avez vus, des des heures d'attente parfois des dizaines d'heures d'attente pour passer les frontières et nous en parlons justement pour prendre des règles européennes, c'est l'objet de ce conseil également et qu'on détaillera tout à l'heure avec la Commission lors de la conférence de presse.

Q - Et comment vous évaluez l'état de préparation de l'UE face cet afflux de réfugiés ? Est-ce que le l'UE est mieux préparée qu'en 2015, par exemple ?

M. Gérald Darmanin : J'ai l'impression que ce qui se passe en ce moment - et j'en remercie notamment la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie-, tous les pays qui aujourd'hui participent en première ligne à cette aide – qu'ils sont bien préparés : il y a beaucoup de centres d'hébergement, il y a beaucoup de mécanismes qui ont été mis en place pour pouvoir les accueillir dans de bonnes conditions, on ne fait pas toujours les contrôles à la frontière mais à l'intérieur des pays, ce qui nous permet à la fois de regarder les questions de sécurité tout en ayant beaucoup d'humanité envers ces familles. Évidemment, le nombre de personnes qui vont se présenter pourrait rendre plus difficile l'organisation. C'est d'ailleurs pour cela qu'avec la commissaire, nous allons proposer un certain nombre de choses cet après-midi, j'espère concluantes, que nous pourrons vous annoncer dans quelques instants, dans quelques heures après cette réunion des ministres de l'Intérieur ce dimanche.


Source https://ue.delegfrance.org, le 28 février 2022

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