Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 15 mars 2022, sur le conflit en Ukraine et l'élection présidentielle.

Texte intégral

THOMAS SOTTO
On va voir si le porte-parole du gouvernement, Gabriel ATTAL, est venu avec le carnet de chèques ce matin, il est l'invité de Caroline ROUX. C'est " Les 4V ", bonjour et bienvenue à tous les deux.

CAROLINE ROUX
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Kiev est la cible de bombardements depuis cette nuit. La bataille de Kiev a commencé ?

GABRIEL ATTAL
Il y a une situation très dure, et on voit que chaque jour un cap est franchi dans l'horreur. On a vu les images de désolation absolue à Marioupol, et on voit bien qu'il y a une logique de siège qui a été étendue à quasiment toutes les grandes villes de l'Ukraine. Il y a donc à craindre pour les jours et les semaines qui viennent, que la situation continue de se dégrader.

CAROLINE ROUX
Alors, vous êtes interpelé dans le journal Le Monde, cet après-midi, par Raphaël GLUCKSMANN, qui s'indigne et qui dit en gros " pourquoi ne pas livrer des avions ? ". Il explique que la charte de l'ONU est claire : lorsqu'une Nation souveraine est envahie, lui fournir des armes ne rend pas pro-belligérant.

GABRIEL ATTAL
On sait que pour livrer des avions, il faut livrer des pilotes " pour piloter les avions ", ce qui veut dire faire intervenir des troupes, françaises en l'occurrence, ou européennes, dans ce conflit. Et vous savez qu'il y a une ligne qui est évidemment difficile, qui est évidemment ténue, qui est de ne pas rentrer en guerre avec la Russie. On est aux côtés des Ukrainiens, on les assiste, on leur apporte une aide humanitaire, une aide militaire aussi pour leur permettre de tenir, mais nous ne devons pas rentrer dans cette guerre en devenant nous-mêmes cobelligérants, parce que l'objectif c'est que la guerre s'arrête, plutôt qu'elle ne s'étende à d'autres pays, qu'elle entraîne davantage d'attaques, davantage de bombardements et davantage de morts.

CAROLINE ROUX
Donc il reste les mesures économiques. Est-ce que vous êtes choqué par TOTAL, qui refuse d'abandonner ses marchés en Russie, contrairement à SHELL ou BP qui ont quitté la zone ?

GABRIEL ATTAL
Moi, ce qui m'importe c'est que les entreprises françaises appliquent les sanctions qui sont décidées. En l'occurrence, vous avez vu qu'un 4e paquet de sanctions a été décidé hier au niveau européen, qui prévoit notamment que les entreprises n'aient pas de nouveaux investissements en Russie, TOTAL avait d'ailleurs devancé ces nouvelles sanctions en l'annonçant. Il y a des entreprises, effectivement notamment américaines, qui se sont retirées, il me semble que pour un certain nombre d'entre elles, elles étaient déjà depuis plusieurs années sur la voie d'un désengagement en Russie. Nous, ce qui nous importe, c'est que les sanctions soient appliquées, tout simplement parce que les sanctions qui sont décidées, elles le sont parce qu'elles servent un objectif qui est de renchérir le coût de la guerre.

CAROLINE ROUX
Bruno LE MAIRE avait dit qu'il voulait discuter avec le patron de TOTAL, il l'a fait, ça a changé quelque chose ?

GABRIEL ATTAL
Il y a des échanges évidemment avec TOTAL et avec les entreprises qui sont impliquées en Russie, mais encore une fois notre objectif c'est de renchérir le coût de la guerre pour Vladimir POUTINE, pour qu'à un moment il ne puisse plus financer sa guerre. On a vu dans votre journal à l'instant, l'impact des mesures économiques qui sont prises sur l'économie russe. On voit…

CAROLINE ROUX
Oui. Il y a un impact aussi sur l'économie française…

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr.

CAROLINE ROUX
Sur les prix des carburants ; Axel de TARLE en parlait à l'instant. Juste une question : Michel-Edouard LECLERC a annoncé la baisse des carburants de 35 centimes sur le gasoil. Est-ce que vous mettez la pression sur les autres distributeurs pour qu'ils fassent la même chose ?

GABRIEL ATTAL
Ce que l'on a indiqué, c'est que le Premier ministre prenait une mesure pour une ristourne à la pompe à partir du 1er avril, et que nous demandions aux distributeurs, aux producteurs, de faire un geste et d'accompagner ce mouvement.

CAROLINE ROUX
Vous avez eu des retours ?

GABRIEL ATTAL
Il y a des discussions qui sont menées en ce moment avec eux, et évidemment on souhaite qu'ils puissent eux aussi participer à l'effort.

CAROLINE ROUX
Comment faire campagne dans ces conditions, Gabriel ATTAL ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien en se rendant dans des émissions, en répondant aux journalistes, en débattant avec les Français, en faisant quand on le peut, évidemment des moments de campagne. J'étais moi-même samedi avec Gérald DARMANIN à Marseille pour un meeting. Evidemment qu'il faut que cette campagne ait lieu, et d'ailleurs elle a lieu.

CAROLINE ROUX
Et il faut du débat.

GABRIEL ATTAL
Oui, il faut du débat avec les Français, il faut du débat avec les journalistes, les éditorialistes…

CAROLINE ROUX
Il faut du débat entre les candidats.

GABRIEL ATTAL
… du débat entre politiques, bien sûr.

CAROLINE ROUX
Pourquoi je vous pose la question, hier à votre place il y avait Xavier BERTRAND qui disait tout simplement : Emmanuel MACRON il esquive le débat, il ne veut pas le débat.

GABRIEL ATTAL
Vous savez, Xavier BERTRAND, il y a 10 ans, quand Nicolas SARKOZY se représentait, il défendait lui-même le choix de Nicolas SARKOZY, comme tous les présidents sortants qui se représentaient, de ne pas débattre avec les candidats au 1er tour. Et pourquoi ? Parce qu'on sait très bien que ça ne serait pas un débat. Vous auriez sur 2 heures d'émission, 1 heure 50 de candidats qui chercheraient leur moment avec le président de la République, pour créer une forme de buzz, et un président qui n'aurait même pas 10 minutes pour répondre à l'ensemble des interpellations.

CAROLINE ROUX
Et ça, ça l'effraie Emmanuel MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Ah non, Emmanuel MACRON il aime le débat, il aime la confrontation, encore faut-il qu'il ait matériellement la possibilité de répondre, ce qui ne serait pas le cas.

CAROLINE ROUX
Pourquoi je vous pose la question, ce n'est pas juste pour faire suite à ce que disait que Xavier BERTRAND, c'est tout simplement parce qu'il y a cette phrase ce matin, du président du Sénat Gérard LARCHER, qui dit : " S'il n'y a pas de campagne, la question de la légitimité du gagnant sera posée ".

GABRIEL ATTAL
Et c'est pour ça qu'il y aura une campagne Caroline ROUX. Et je n'ai pas entendu Gérard LARCHER remettre en cause la légitimité des présidents de région et des présidentes de région qui ont été élus l'an dernier, alors même que la campagne avait été fortement impactée par la crise Covid. Donc on va tout faire pour qu'il y ait une campagne, on fait tout pour qu'il y ait une campagne, car le président, vous le savez, dans cette semaine, il y a d'autres échéances…

CAROLINE ROUX
Il va présenter son projet.

GABRIEL ATTAL
Présenter son projet avec une conférence de Presse de 3 heures devant les journalistes, pour répondre à toutes les questions qui sont posées. Evidemment, dès lors qu'il le peut, il participe à cette campagne, mais moi je n'entends pas des Français, lui demander de déserter ses fonctions de président, à un moment où on le voit dans l'actualité, évidemment qu'on a besoin d'un président qui continue à agir et à protéger les Français.

CAROLINE ROUX
Est-ce que l'annonce du dégel du point d'indice est une mesure électoraliste, comme c'est reproché parfois, en tout cas est-ce que c'est une proposition qui fait partie du programme d'Emmanuel MACRON, est-ce que c'est une décision du gouvernement ?

GABRIEL ATTAL
C'est une mesure responsable, qui est prises, à un moment où on le voit, il y a une inflation. Ça a été aussi rappelé, et évidemment il faut protéger tous les Français vis-à-vis de cette inflation. On sait que dans le secteur privé il y a eu des discussions, branche par branche, des accords de branche qui ont été trouvés pour revaloriser les salaires. Et donc il est légitime qu'on ait aussi une mesure pour protéger les fonctionnaires de l'inflation.

CAROLINE ROUX
Mesure symbolique, mesure significative, les syndicats disent : en dessous de 3%, ça n'a pas de sens.

GABRIEL ATTAL
Il va y avoir des négociations, des discussions avec eux, des discussions aussi entre employeurs, puisque vous savez que l'Etat n'est pas le seul employeur public, il y a aussi les collectivités territoriales. Ce qui explique que quand vous voulez prendre une mesure, il faut prendre un peu de temps pour la préparer, s'agissant de la Fonction publique. C'est pour ça qu'on lance les choses maintenant.

CAROLINE ROUX
Ce n'est pas une mesure, c'est une proposition.

GABRIEL ATTAL
Eh bien, on lance en tout cas un cycle de négociations, pour pouvoir prendre cette mesure. Maintenant oui, il y a une échéance présidentielle, évidemment, qui arrive dans les prochaines semaines, avant que cette mesure puisse entrer en vigueur, et donc évidemment qui il y a un choix démocratique des Français.

CAROLINE ROUX
Vous les entendez les critiques sur les annonces électoralistes. Pourquoi… Amélie de MONTCHALIN disait : " Commenter le point d'indice c'était injuste, c'était une mesure électoraliste ", c'était elle qui le disait, c'était au mois de juin dernier.

GABRIEL ATTAL
Oui, enfin il y a quand même une situation qui a évolué, avec une inflation qui s'installe dans la durée, à un niveau élevé Caroline ROUX. On doit en tenir compte. Maintenant moi j'entends les oppositions, je trouve qu'il y a un certain cynisme à nous réclamer le matin des mesures pour protéger les Français, à nous critiquer parce qu'on ne prendrait pas toutes les mesures pour protéger les Français, et quand on prend des mesures pour protéger les Français, nous reprocher de le faire. C'est ce qu'on a vu sur le carburant. Ça fait des jours, des semaines, qu'ils réclament qu'on prenne une mesure supplémentaire sur le carburant, on prend une mesure…

CAROLINE ROUX
Ils vous disent : " Pourquoi vous ne la prenez pas maintenant, pourquoi vous attendez 15 jours ? ".

GABRIEL ATTAL
On prend une mesure supplémentaire sur le carburant, ils nous critiquent de prendre une mesure supplémentaire.

CAROLINE ROUX
Ils vous critiquent sur le calendrier.

GABRIEL ATTAL
Donc soit c'est du cynisme, soit c'est un dédoublement de personnalité, je ne sais pas, mais en tout cas ce n'est pas clair. Sur le calendrier…

CAROLINE ROUX
Ils vous critiquent sur le calendrier. Ils vous disent : pourquoi commencer maintenant et pourquoi arrêter avant les Français partent en vacances ?

GABRIEL ATTAL
Sur le calendrier, on met en place un système qui va permettre que quand vous achetez un litre d'essence, vous avez une ristourne à la caisse de 15 centimes. Il y a 11 000 stations-service je crois en France, ça nécessite quand même d'anticiper les choses. Il n'y aurait rien pire que d'annoncer une mesure pour demain, et qu'on voit que ça ne marche pas, qu'il y a plein de stations-service qui ne peuvent pas la mettre en place, etc. Donc oui, on prend quelques semaines. C'est la solution qui permet d'être mis en place le plus rapidement. Parce que si on voulait prendre d'autres mesures, il faudrait passer par le Parlement, voter une loi, et là ça serait dans plusieurs mois.

CAROLINE ROUX
Le président a-t-il l'ambition de réformer le RSA et de demander à ceux qui touchent le RSA de travailler ?

GABRIEL ATTAL
Alors, je vous ai dit qu'il y aurait une présentation du programme jeudi, et donc c'est à cette occasion que le président présentera son programme. Maintenant, je vais vous dire…

CAROLINE ROUX
Vous avez entendu Valérie PECRESSE, dire :"Il pique dans mon programme, du matin au soir, sur la retraite à 65 ans, sur le RSA ", si c'est l'ambition de le mettre, de mettre des contraintes d'une certaine manière pour ceux qui touchent le RSA, sur ce genre de propositions. Elle dit en fait " il s'inspire largement de mon projet ".

GABRIEL ATTAL
Il y a une logique que l'on porte, qui est celle de dire que les devoirs ouvrent les droits, et non l'inverse, ce ne sont pas les droits qui ouvrent les devoirs, mais l'inverse. On a mis en place, vous savez, un accompagnement pour les jeunes depuis le 1er mars. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les jeunes qui sont en difficulté financière, on leur apporte un accompagnement financier, à condition qu'ils réalisent un certain nombre d'heures de formation. Il y a donc cette logique : les droits, les devoirs. Et évidemment, pour le RSA, c'est une logique qu'on pourrait suivre. Maintenant, encore une fois, c'est le président, le candidat qui présentera son programme.

CAROLINE ROUX
On attendra jeudi. Sur la méthode, instaurer un débat permanent pour réformer, ça veut dire quoi ? Ça veut dire demander aux Français s'ils ont envie de travailler plus, longtemps, notamment sur la réforme des retraites, passer par un référendum ? Ça veut dire quoi ?

GABRIEL ATTAL
Ça veut dire que quand on ouvre de grands chantiers, il va y en avoir, notamment par exemple sur l'école, sur d'autres sujets, sur la santé…

CAROLINE ROUX
Sur les retraites.

GABRIEL ATTAL
… Il faut pouvoir échanger avec les Français, avec les principaux concernés. Si je prends la question de l'éducation, échanger avec les parents d'élève, évidemment avec les représentants des enseignants, avec les élèves aussi, le faire peut-être à un niveau local. Voilà, c'est ça. Oui, c'est une forme de nouvelles méthodes, que le candidat propose.

CAROLINE ROUX
En général, quand on fait ça, on ne réforme pas.

GABRIEL ATTAL
Je ne crois pas…

CAROLINE ROUX
Ah bon ?

GABRIEL ATTAL
Moi je pense que c'est aussi ce qui permet d'être efficace. Voilà. Vous savez, on nous a…

CAROLINE ROUX
On sait que vous pouvez avoir un consensus sur l'idée de faire passer l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans.

GABRIEL ATTAL
On nous a reproché dans ce quinquennat, parfois de ne pas assez discuter, de ne pas assez échanger, d'aller trop vite. Et je pense que maintenant qu'on propose une nouvelle méthode, précisément pour mieux dialoguer, il faut laisser la chance à cette méthode là, mais évidemment qu'à la fin il y a toujours un président, un gouvernement, une majorité, pour décider.

CAROLINE ROUX
Une dernière question sur la Corse. Comment ramener le calme ?

GABRIEL ATTAL
Avec un dialogue politique. Gérald DARMANIN va se rendre sur place mercredi après-midi, il sera également jeudi pour échanger avec les autorités corses. Il y a une situation et une agression terrible d'Yvan COLONNA, qui a créé une émotion. Il y a des décisions d'apaisement qui ont été prises par le Premier ministre, notamment de lever le statut de détenu particulièrement signalé…

CAROLINE ROUX
Ça n'a pas suffit.

GABRIEL ATTAL
Et donc Gérald DARMANIN se rend sur place, va échanger avec les autorités de Corse, pour retrouver le chemin du dialogue et arriver à l'apaisement. Il faut un retour au calme, il y a des scènes qui ont été inadmissibles, il y a des propos tenus qui sont inadmissibles. Encore une fois on peut entendre une émotion. Il y a des décisions d'apaisement qui ont été prises, et je pense qu'on peut retrouver le chemin d'un dialogue.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci.

THOMAS SOTTO
Merci. On parlera de la Corse à 08h10, puisque c'est l'avocat de la famille COLONNA, maître SPINOSI, qui sera l'invité de d'actualité de Télématin. Sur les Sanctions économiques, Gabriel ATTAL, le porte-parole du gouvernement, les explique ce matin, l'objectif c'est de renchérir le coût de la guerre, pour empêcher Vladimir POUTINE de la mener. Gabriel ATTAL qui était l'invité des 4V. Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 mars 2022

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