Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, à France Info le 18 mars 2022, sur le programme d'Emmanuel Macron pour la présidentielle.

Texte intégral

JEAN-REMI BAUDOT
Amélie de MONTCHALIN, ministre de la Transformation et de la Fonction publique. Bonjour Amélie de MONTCHALIN.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

JEAN-REMI BAUDOT
Hier, en présentant son programme, le candidat Emmanuel MACRON a promis de changer de méthode, de recourir à plus de concertation. Comment être sûr qu'il utilisera dans son éventuel deuxième quinquennat des méthodes qu'il n'a pas toujours su vraiment utiliser lors du premier ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous l'avez vu surtout, hier, le Président, il a à la fois proposé un projet d'ambition parce qu'on a des crises très forts devant nous, d'ambition sur l'école, sur la santé, sur la simplification aussi de la vie quotidienne. Mais il veut le faire en unissant les Français, sans chercher à savoir s'il y a les Français de droite ou de gauche, les Français de papier ou d'autres comme malheureusement certains aujourd'hui veulent opposer les Français entre eux. Et donc, pour unir les Français dans cette grande ambition aussi de transformation qu'il nous faut poursuivre face aux crises. Mais il y a des nouvelles méthodes. Et ce que le Président a dit, c'est que sur des sujets aussi importants que la santé ou l'école, ce n'est pas qu'une question de ministre ou de Gouvernement, c'est des sujets qu'on ne peut transformer que si l'ensemble des acteurs sur un territoire, ou l'ensemble des acteurs au fond qui font vivre la santé et l'école sont aussi associés, se mobilisent, proposent leurs idées. Et donc c'est une méthode qui est adaptée aussi à l'état du pays d'aujourd'hui.

JEAN-REMI BAUDOT
Avec des sujets parfois compliqués. Par exemple, il propose une convention citoyenne sur la fin de vie. Si on se réfère à la Convention citoyenne sur le climat qui avait beaucoup déçu, comment est-ce qu'on arrive à des résultats très concrets ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Déjà, on y arrive en ayant vraiment l'idée que oui, il faut être ambitieux. L'idée, ce n'est pas d'édulcorer les propositions, ce n'est pas de faire du consensus mou, mais c'est d'arriver à ce que des Français qui n'ont pas le même point de vue au départ, qui n'ont pas la même vie quotidienne…

JEAN-REMI BAUDOT
Donc, tout de suite, il va changer, il a changé sur la question de la méthode ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, la méthode, on l'avait fait avec la Convention citoyenne, on l'avait fait avec le grand débat, on a fait des expérimentations au fond, on a essayé des choses dans un monde de plus en plus complexe, avec aussi beaucoup de sujets qui viennent d'ingérence étrangère, beaucoup de sujets sur l'information, le métier que vous faites est essentiel. Et donc, comment dans un pays qui peut être divisé, aussi divisé parce que des hommes et des femmes politiques aujourd'hui sont prisonniers de partis politiques qui réduisent, qui étriquent le débat, comment nous, on reprend la liberté à la fois d'être ambitieux mais aussi d'associer et d'unir les Français ?

JEAN-REMI BAUDOT
Un point encore malgré tout sur la méthode. Quand il propose une réforme des retraites en juillet, en gros, il dit qu'il faut aller vite. Est-ce que… Il parlait de concertation et annonçait un timing aussi serré, un programme aussi serré. Ce n'est pas un peu étonnant ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Là aussi, il y a deux choses : il y a des principes forts qu'on peut poser très vite, il l'a dit. Oui, travailler plus. Oui, s'assurer que 1 100 euros, c'est bien le minimum que l'on a quand on a travaillé toute sa vie. Mais que si on veut créer un système universel qui remette vraiment de l'égalité, ça, ça va prendre du temps. Et d'ailleurs, il a dit : c'est pour les générations futures. C'est pour… vous voyez, par exemple, entre le secteur public et secteur privé, on sait qu'aujourd'hui, les règles sont différentes aussi parce que les rémunérations ne sont pas construites pareil, ça va prendre du temps.

JEAN-REMI BAUDOT
Il n'a pas annoncé d'une certaine manière un vote de la réforme en juillet.

AMELIE DE MONTCHALIN
Il a dit qu'il y avait des choses qu'il fallait se faire par étapes, et je pense que c'est la méthode qu'on a. Depuis 2017, on ne s'est jamais renié et on est toujours resté libre. On veut travailler pour le pays, pas pour un parti. Ça veut dire qu'on regarde l'état des choses et on fait les choses avec une méthode qui permet justement d'avoir de l'ambition.

JEAN-REMI BAUDOT
Il promet une réforme du RSA, rendre obligatoire - quinze à vingt heures par semaine - une activité facilitant l'insertion professionnelle. Est-ce que c'est réaliste ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, ce qui est réaliste, c'est qu'aujourd'hui, trop souvent, le RSA est une impasse. Vous avez des gens qui, pendant des années, n'arrivent pas à sortir de cette pauvreté. Et notre combat, c'est qu'on éradique la pauvreté, et que, donc, si une personne, à un moment de sa vie, effectivement avait un passage très difficile, on la soutient financièrement ; mais on la soutient surtout pour qu'on sorte de la pauvreté. C'est aussi…

JEAN-REMI BAUDOT
Quinze à vingt heures, c'est une mi-temps quasiment. Ça veut dire que c'est des gens qui sont souvent éloignés de l'emploi, qui ont des difficultés sociales, d'insertion sur le marché du travail, des enfants à charge.

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment, mais ça peut être plein de choses, ça peut être d'abord des soins, ça peut être de l'accompagnement psychologique, ça peut être de l'accompagnement professionnel, de formation. Donc, évidemment que c'est extrêmement personne par personne, un accompagnement très humain. Il y a autre chose dans le programme, majeure, c'est que beaucoup de ces personnes aujourd'hui - vous savez - ont des droits qu'elles n'exercent pas parce qu'il y a trop de complexité, il y a trop de dispositions entre la loi votée, les droits qui existent et la vie quotidienne. Et il y a des gens, ils sont dans le non recours, c'est-à-dire que ce qui existe dans la loi n'existe pas pour eux. Il y a une proposition majeure, c'était le combat de mon ministère. Comme à la fois, on simplifie les démarches administratives, comment on redonne de l'efficacité ? Et la proposition phare du Président, c'est que les aides soient automatiquement versées : les aides allocations familiales, les aides au logement, la prime d'activité.

JEAN-REMI BAUDOT
Donc, les Français n'ont plus à faire de démarches ?

AMELIE DE MONTCHALIN
N'aient pas de non recours parce que les démarches sont trop compliquées. Mais il n'y a plus non plus de fraudes parce ce que ça permet justement que vous avez ce qui est vos droits dans la loi ; et ça, c'est aussi la meilleure réponse à une gauche qui pendant des années nous a expliqués qu'il fallait faire des grandes lois sociales. Les lois c'est bien, la réalité c'est encore mieux. Et nous, ce qu'on veut c'est que cette politique sociale soit efficace, et donc qu'elle fonctionne vraiment dans la vie quotidienne.

JEAN-REMI BAUDOT
Mettre au travail les allocataires du RSA. Est-ce que ça, ce n'est pas une vieille rengaine de droite typiquement ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, si on pense que tout ce que je viens de vous dire sur le non recours, sur l'accompagnement individuel, sur le fait qu'on veut vraiment éradiquer la pauvreté et non pas seulement la compenser financièrement, c'est un programme de droite, alors je n'ai rien compris.

JEAN-REMI BAUDOT
Et la droite, elle vous accuse de faire de la photocopie, de la contrefaçon. Valérie PECRESSE parle d'un Président caméléon.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais est-ce que vous pensez que c'est à la hauteur d'une présidentielle ? Que d'avoir ce débat de chamailleries de cour d'école, de dire " copieur, copieuse " ? Si on veut jouer à ce jeu-là, prenons Valérie PECRESSE. Qu'est-ce qu'elle a copié ? Elle a copié le programme de Monsieur FILLON en expliquant que la martingale à tous les problèmes de la France, c'était de réduire le nombre de fonctionnaires. Et puis, là maintenant, depuis quelques semaines, elle copie l'extrême droite en nous expliquant que l'aide médicale d'État doit être supprimée ou quasiment ; en nous expliquant qu'il y a des Français de papier ; en nous expliquant qu'on voit enfin des peines territorialisées, des référendums sur l'immigration. Donc on ne va pas jouer à la cour d'école. Nous, on est là pour avoir une vision pour la France, des idées concrètes : transformer le pays à la hauteur des crises qui sont devant nous et surtout réunir des hommes et des femmes sur l'essentiel. Vous savez, quand vous réunissez Jean-Pierre CHEVENEMENT et Eric WOERTH, c'est probablement que vous touchez à l'essentiel, c'est-à-dire l'avenir de la France, c'est ça qui est notre sujet.

JEAN-REMI BAUDOT
Il y a un point néanmoins sur lequel vous prenez vos distances avec la droite, c'est sur les finances publiques : cinquante milliards le programme, de nouvelles promesses de baisse d'impôts. Est-ce qu'on est passé dans un monde où la dette n'est plus importante ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je n'ai pas entendu le Président prendre un discours d'irresponsabilité, même budgétaire. Il a dit très clairement : comme en 2019, nous sommes, à l'époque, revenus sous les fameux 3%. Nous avons été des gens responsables, on a investi et on a tenu les comptes. Il a dit : " En 2027, je prends l'engagement que nous soyons à cet endroit-là ". Mais comment on va y arriver ? Pas en serrant les boulons, pas en faisant de l'austérité. En croyant au plein emploi, en investissant. Vous savez, quand vous investissez dans l'école, vous avez moins de chômage. Quand vous investissez dans la prévention dans la santé, vous avez moins de coûts ensuite dans les hôpitaux. Et notre, vous nous avez vus, la meilleure réponse, c'est ce qu'on a fait pendant la crise sanitaire. Le fameux " quoi qu'il en coûte ", ce n'était pas une recette de droite. Beaucoup de gens nous ont dit : ça a coûté cher.

JEAN-REMI BAUDOT
OK. Mais à la fois, il y a une dette de 120% du PIB.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais vous avez aujourd'hui le plus bas taux de chômage depuis quinze ans. Vous avez le moins grand nombre de jeunes depuis quarante ans qui sont au chômage. Vous avez la plus forte croissance, et vous avez déjà, déjà, par rapport au PIB, un ratio de dettes qui diminue. Ça, c'est vraiment la clef. Quand on investit, en fait, on est responsable budgétairement parce que ce qui paye en fait, notre modèle social c'est la croissance, c'est le plein emploi.

JEAN-REMI BAUDOT
Toutes ces questions, est-ce qu'elles ne méritent pas de débat avec les autres candidats, vraiment ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est quoi une présidentielle ? C'est : au premier tour, vous présentez vos idées aux Français, dans le calme et…

JEAN-REMI BAUDOT
Hier, il n'a pas débattu avec les journalistes, les journalistes lui ont posé la question.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ah non, c'est sûr. Ce n'est pas un débat, il est journaliste.

JEAN-REMI BAUDOT
On est d'accord.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est une présentation et des réponses. Mais une présidentielle, au premier tour, vous présentez vos idées, vous permettez aux Français - dans le calme et la sérénité - de faire un choix, qui vous qualifient ensuite au second tour où il y a un débat. Mais ceux qui vous disent aujourd'hui dans l'opposition, que ce qu'ils demandent c'est un débat. Ils ne veulent pas un débat sur les idées, ils veulent un pugilat, ils veulent une foire d'empoigne, ils veulent de la politique spectacle. Et le Président, comme ses prédécesseurs, considère que ce n'est pas comme ça qu'on va grandir le débat politique en France.

JEAN-REMI BAUDOT
Amélie de MONTCHALIN, est-ce qu'il est normal que les ministres soient sur les plateaux de télévision pour faire campagne pour le Président sortant ? Aujourd'hui, vous êtes ministre et vous venez débattre, vous venez apporter votre soutien.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ce soir commence la période de réserve ; c'est un moment qui est très nouveau, c'est-à-dire que nous n'avons plus d'expression dans le cadre ministériel pour précisément que quand nous parlons, nous parlons en tant que soutien à la présidence, soutien à un candidat.

JEAN-REMI BAUDOT
J'ai noté quand même que vous aviez supprimé la notion de ministre de votre compte Twitter. Il y a le hashtag « Avec vous » qui est le slogan du candidat unique.

AMELIE DE MONTCHALIN
Parce que la période de réserve commence. Et donc, ça veut dire qu'à partir de maintenant, mon activité, elle est d'ailleurs financée sur les moyens de la campagne quand je parle du Président qui est candidat aujourd'hui, et quand je continue évidemment dans mon ministère jusqu'à la dernière minute à prendre des décisions.

JEAN-REMI BAUDOT
Donc, vous ne serez pas payée par les moyens de l'Etat pour aller sur les plateaux de télévision pour faire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Exactement. Ça, ce n'est pas la période de réserve. Et vous voyez, j'ai pris une décision il y a quelques jours en tant que ministre, une décision de responsabilité, celle d'indiquer que nous avions, face à une inflation qui est au plus haut depuis trente ans, revalorisé le point d'indice d'ici à l'été. Je l'ai pris en tant que ministre parce que c'est ma responsabilité.

JEAN-REMI BAUDOT
Et certains vous accusent d'en faire de la politique à quelques mois de la présidentielle.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vais vous répondre. Est-ce que parce que c'est la présidentielle, on mettrait la réalité sous cloche ? Non. J'assume d'ailleurs parce que je vois que certains font des montages vidéo de dire que : en juillet dernier, en décembre dernier, j'avais indiqué qu'à l'époque, vu le cadre d'inflation que nous avions à l'époque, le point d'indice des valeurs…

JEAN-REMI BAUDOT
Vous marchez un peu sur un fil sur cette question-là.

AMELIE DE MONTCHALIN
Non. Je reprends. Aujourd'hui, l'inflation est au plus haut. La responsabilité, c'est de considérer que les fonctionnaires ne peuvent pas être laissés de côté d'une perte de pouvoir d'achat. Mais à l'époque, en juillet et en décembre, j'avais aussi annoncé des mesures inédites qui n'étaient pas le point d'indice, pour que les catégories C, les un million d'agents les moins rémunérés, aient la plus forte hausse. Et donc, moi, j'assume tout. J'assume que quand la réalité impose des choix, nous ayons fait les bons choix ; et que quand la réalité change, quand l'inflation est au plus haut depuis trente ans, nous fassions des choix adaptés. Le Président d'ailleurs a annoncé, tel que je l'ai préparé, que nous allions revoir en profondeur le système de rémunération publique.

JEAN-REMI BAUDOT
Merci beaucoup Amélie de MONTCHALIN, encore ministre de la Transformation et de la Fonction publique. Merci d'être venue ce matin sur France Info.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 mars 2022