Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du Premier ministre, porte-parole du gouvernement, à Public Sénat le 28 mars 2022, sur le conflit en Ukraine, les sanctions économiques contre la Russie, les risques d'une crise alimentaire, le prix des carburants, la covid-19, la situation en Corse et le programme électoral d'Emmanuel Macron.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invité politique ce matin c'est Gabriel ATTAL. Bonjour.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être là Gabriel ATTAL. Porte-parole du gouvernement, et vous êtes surtout là en tant que soutien du candidat Emmanuel MACRON, ce matin. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation.

GABRIEL ATTAL
Merci pour l'invitation.

ORIANE MANCINI
On est ensemble pendant 20 minutes, pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, représentée par Fabrice VEYSSEYRE-REDON, du groupe Ebra, les journaux régionaux de l'Est de la France. Bonjour Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Bonjour Oriane. Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Et Gabriel ATTAL, on va parler de l'Ukraine, évidemment, puisqu'on a entendu ce week-end le président américain, Joe BIDEN, qualifier Vladimir POUTINE de " boucher ". Emmanuel MACRON a réagi hier, il dit qu'il n'aurait pas employé ces mots. Est-ce que Joe BIDEN prend le risque de créer une escalade dans ce conflit ?

GABRIEL ATTAL
Moi, je n'ai pas à qualifier les propos du président américain. Ce qui est certain, c'est que ce que l'on recherche, c'est évidemment une sortie du conflit. Le président de la République se mobilise pour cela. Evidemment, ça veut dire toujours qualifier ce qui se passe, les exactions qui sont commises par les troupes russes, dire les choses en face aussi à Vladimir POUTINE, c'est pour ça qu'ils échangent régulièrement. Continuer à mettre la pression sur la Russie, notamment en matière économique, et puis continuer à apporter un soutien aux Ukrainiens, en termes humanitaires et en termes militaires. Une fois que l'on a dit ça, nous, on ne cherche pas une escalade, nous ce qu'on chercher, encore une fois, c'est une forme d'apaisement et la sortie du conflit. C'est pour ça que le président de la République a tenu les propos que vous avez rappelés.

ORIANE MANCINI
Non mais, est-ce que là, il prend le risque, Joe BIDEN, de ruiner les efforts de dialogue d'Emmanuel MACRON ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, moi je ne veux pas qualifier les propos des uns et des autres, ce qui est important encore une fois c'est de chercher toujours dans nos mots et dans nos actions, la sortie du conflit.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Vous êtes porte-parole du gouvernement français, il ne vous a pas échappé que côté américain, ils ont recadré très très rapidement les propos du président américain, la semaine dernière. Il y a eu un couac ou pas, selon vous ?

GABRIEL ATTAL
Je ne sais pas. Encore une fois, je pense qu'il faut en permanence, quand on est un responsable politique, dans un tel conflit, chercher dans nos mots et dans nos actions ce qui est utile à la sortie du conflit. Ce qui est utile à la sortie du conflit c'est d'agir encore une fois en mettant une pression sur la Russie pour que le coût de la guerre augmente et qu'à un moment la Russie soit contraint de revoir ses plans et ses calculs, et d'y renoncer. Ce qui est utile à la résolution du conflit, c'est de soutenir les Ukrainiens qui ont fait le choix courageux, héroïque, de résister, en leur apportant un soutien en matière humanitaire et en matière de défense. Voilà. Moi je pense qu'il faut se concentrer là-dessus.

ORIANE MANCINI
Un mot quand même sur Emmanuel MACRON. La situation qualifiée de catastrophique, situation humanitaire qualifiée de catastrophique à Marioupol, Emmanuel MACRON doit s'entretenir avec Vladimir POUTINE pour organiser des couloirs humanitaires. Quand doivent-ils se parler et est-ce que les conditions de sécurité peuvent être garanties pour assurer l'évacuation des civils ?

GABRIEL ATTAL
Ecoutez, je ne crois pas que le rendez-vous ait été fixé, mais c'est aujourd'hui ou demain, j'imagine, puisque le président vendredi à dit qu'il lui parlerait dans les 48/72 heures. Effectivement, on a préparé avec la Turquie, avec la Grèce, une opération humanitaire pour évacuer des civils. Et je crois qu'il reste 150 000 personnes aujourd'hui à Marioupol, qui est une ville de 400 000 habitants habituellement. Il y a des habitants qui veulent fuir, parce qu'ils sont sous les bombes, parce que les images qui nous arrivent de Marioupol sont des images de dévastation absolue, parce que la guérilla urbaine se poursuit, parce que les bombardements se poursuivent aussi, et donc il faut permettre l'application du droit humanitaire, et permettent de protéger les civils. Donc très concrètement, nous avons fait cette proposition d'opération humanitaire, il y a eu un travail qui s'est tenu ces derniers jours avec les autorités ukrainiennes pour la préparer, et maintenant il faut convaincre la Russie, Vladimir POUTINE, d'accepter cette opération humanitaire, c'est pour ça que les chefs d'Etat vont échanger très prochainement pour qu'elle puisse aboutir. Nous ce qu'on souhaite, c'est que le siège soit levé et que l'aide humanitaire puisse arriver, que les civils qui souhaitent pouvoir fuir puissent le faire.

ORIANE MANCINI
Un dernier mot sur ce qui se passe en Russie. Le groupe MULLIEZ refuse de quitter la Russie malgré les demandes du président ukrainien, le groupe MULLIEZ c'est AUCHAN, DECATHLON, LEROY MERLIN. Le ministre des Affaires étrangères ukrainien appelle au boycott d'AUCHAN. Qu'en pensez-vous ?

GABRIEL ATTAL
Nous, on a fixé avec les partenaires européens, avec les alliés, un certain nombre de sanctions. Quand on fixe des sanctions, on cherche encore une fois en objectif qui est de renchérir le coût de la guerre. On n'a pas demandé aux entreprises étrangères, que ce soit la France ou les autres pays, de quitter la Russie. En revanche, ce qu'on leur a demandé et ce qui est appliqué par les entreprises françaises, c'est de ne pas s'engager dans de nouveaux investissements en Russie. A partir de là, ça devient une décision de chaque entreprise. Il y a des entreprises qui ont décidé de se retirer de la Russie. On ne s'y est pas opposé, pour certaines entreprises l'Etat français est au Conseil d'administration, ne s'y est pas opposé…

ORIANE MANCINI
RENAULT notamment.

GABRIEL ATTAL
... il y en a d'autres qui n'ont pas fait ce choix, en se posant plusieurs questions, d'abord des questions opérationnelles, des questions d'image, de réputation aussi évidemment, et donc il appartient aux entreprises de faire le choix.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
C'est injuste que les Ukrainiens, enfin le ministre des Affaires étrangères ukrainiennes, appelle au boycott d'une entreprise française ?

GABRIEL ATTAL
Encore une fois, moi je vous ai dit, je pense que ma responsabilité de porte-parole du gouvernement ça n'est pas de qualifier les propos des uns et des autres, il faut beaucoup de sang-froid dans cette crise, et je pense que notre responsabilité à nous c'est de rechercher ce qui est efficace et de pas rentrer dans ce type de débats. Ce qui est certain c'est qu'il y a des entreprises françaises qui sont en Russie, qu'elles font des choix, qu'elles doivent appliquer les sanctions qui sont fixées, et elles le font, pour un certain nombre d'entre elles, elles les avaient même devancées, parce qu'elles avaient annoncé qu'il n'y aurait pas d'investissements supplémentaire, avant même qu'on leur demande, dans le cadre des sanctions. Et ensuite elles prennent leurs décisions en compétences. Moi je veux rappeler que les sanctions qui ont été prises à l'encontre de la Russie, elles produisent des effets, que les sanctions massives qu'on a pu appliquer, parce qu'il y a une unité européenne, parce que les alliés aussi nous ont suivis, elles ont permis quoi ? Elles ont permis que le rouble chute, elles ont permis que la Bourse de Moscou soit fermée pendant plusieurs semaines, elles ont permis que des Oligarques voient leurs actifs en dehors de la Russie gelés ou saisis. Elles ont permis des prises de position du coup, que ce soit dans l'église orthodoxe en Russie, que ce soit le numéro 2 gazier russe, des prises de position contre ce conflit. Et donc ce qu'on cherche nous encore une fois, c'est que le coût de cette guerre soit tellement élevé, du fait des sanctions, que « ça dure » du fait de la résistance des Ukrainiens, que les autorités russes finissent par se dire : finalement, ça nous coûte trop cher, il faut qu'on revoie nos calculs. On espère que ça arrivera. On pense que c'est possible, encore une fois parce qu'on voit l'effet sur nos sanctions ; c'est pour ça que les sanctions doivent être appliquées.

ORIANE MANCINI
Il y a des propos du président de la République qui ont inquiété les Français, sur « la crise alimentaire sans précédent », c'est ce qu'il a dit la semaine dernière. On a pensé forcément la hausse des prix de matières premières allait entraîner des hausses de prix. Est-ce que si Emmanuel MACRON est réélu, il y aura des aides pour aider les Français à faire face à ces hausses de prix ? Est-ce qu'on peut envisager un Chèque alimentaire ?

GABRIEL ATTAL
Non mais, bien sûr, mais d'abord on a annoncé un certain nombre d'aides, indépendamment de l'élection présidentielle, il y a un plan de résilience qui a été annoncé par le Premier ministre, qui comporte une dimension agricole. Il faut bien comprendre que la Russie et l'Ukraine sont parmi les plus grands exportateurs mondiaux de blé, il y a d'autres produits aussi qui sont très concernés, l'huile de tournesol par exemple. On a une chance en France, c'est qu'on est indépendant en terme alimentaire, on produit notre alimentation, on a cette indépendance, cette souveraineté agricole, c'est une vraie chance et on le voit c'est même un luxe, quand on compare avec d'autres pays dans le monde. Il y a donc ces tensions d'approvisionnement au niveau mondial sur cette question du blé, par exemple, et donc il y a des pays très concrètement, notamment en Afrique subsaharienne, qui risquent une pénurie. Et on sait que les conséquences de ça, c'est des drames humanitaires, c'est des famines, et c'est potentiellement des bouleversements politiques majeurs. Donc il faut agir à l'international.

ORIANE MANCINI
Avec une crise migratoire, par exemple, qui peut arriver ?

GABRIEL ATTAL
C'est évidemment possible, et donc c'est pour ça que le président de la République a lancé un mouvement à l'international, pour obtenir plusieurs choses : d'abord qu'on puisse libérer des stocks pour faire baisser la tension sur les marchés au niveau international. Ensuite qu'on puisse avoir un mécanisme de solidarité, un peu comme on l'a fait sur les vaccins pendant la crise Covid, vous vous souvenez on avait mis en place un dispositif COVAX, au niveau européen, pour doter des pays pauvres en vaccins, avec une solidarité. On veut faire la même chose s'agissant du blé par exemple, et c'est ce qui a été lancé. Et puis enfin c'est investir pour augmenter les capacités de production des pays notamment africains, qui encore une fois ne sont pas autonomes aujourd'hui en matière alimentaire. Ça c'est pour l'international. Mais c'est très important. Pour le niveau national, pour la France…

ORIANE MANCINI
Pour les Français.

GABRIEL ATTAL
On est producteur de blé, et donc encore une fois ce n'est pas une question d'approvisionnement ou de pénurie. En revanche, on voit que les coûts augmentent, parce que la demande reste réelle au niveau mondial, et que les approvisionnements mondiaux du fait de la situation en Ukraine et en Russie, se réduisent, et donc ça peut avoir un impact sur le prix à la fin, notamment parce que les éleveurs, par exemple, ont besoin pour nourrir leur bétail de ces matières premières. Et donc, ce qu'on a annoncé dans le cadre du plan de résilience, c'est par exemple une aide de 400 millions d'euros pour notre agriculture, pour faire en sorte que pour les éleveurs, les agriculteurs, on puisse compenser cette hausse des coûts de production, pour que ça ne se retrouve pas à la fin sur la facture des Français. Donc c'est des mesures fortes. Ensuite…

ORIANE MANCINI
Mais pas d'aide supplémentaire pour le porte-monnaie des Français ?

GABRIEL ATTAL
Eh bien on a pris un certain nombre d'aides sur la question énergétique. Moi je veux rappeler le blocage des prix du gaz…

ORIANE MANCINI
Et sur la question alimentaire ?

GABRIEL ATTAL
Sur la question alimentaire, le président de la République a dit qu'il voulait aller vers ce Chèque alimentaire. Et donc effectivement, dans les prochains mois, si les Français nous en donnent la possibilité, on ira vers ce chèque alimentaire notamment pour les ménages les plus modestes, pour qu'ils puissent se nourrir, y compris en local.

ORIANE MANCINI
Autre question sur le pouvoir d'achat, c'est les prix à la pompe, évidemment, qui inquiètent là aussi les Français. Le gouvernement qui a annoncé une remise de 18 centimes, sur le continent, par litre, sur ces prix à la pompe. Que ça soit bien clair, cette baisse, elle sera appliquée dès vendredi, dans toutes les stations-service ?

GABRIEL ATTAL
Oui, absolument, 1er avril, c'est ce qu'avait annoncé le Premier ministre. C'est un système qui permet de compenser en partie la hausse du coût de l'essence pour les Français. On a déjà pris un certain nombre de mesures, je veux les rappeler : l'indemnité inflation. Les Français qui touchent moins de 2 000 €, ils sont 38 millions, ont reçu cette aide exceptionnelle de 100 €. On a relevé le plafond de l'indemnité kilométrique pour les Français qui doivent beaucoup rouler, notamment dans le cadre de leur activité professionnelle, je pense par exemple aux infirmières libérales qui doivent faire leur tournée. On sait qu'il y a un dispositif de frais kilométriques qui leur est appliqué, on a relevé les barèmes pour compenser la aussi cette hausse du prix de l'essence. Et donc on a pris cette mesure pour 4 mois, de baisse de 18 centimes à la pompe, de ristourne de 18 centimes à la pompe pour un litre d'essence. On a aussi demandé aux distributeurs d'essence de participer à l'effort, vous avez par exemple TOTAL qui a annoncé qu'ils ajouteraient une baisse de 10 centimes en plus des 18 centimes de l'Etat au litre. D'autres distributeurs qui ont annoncé aussi des mesures. Tout ça doit nous permettre de tenir jusqu'à ce qu'on mette en place un dispositif qui est véritablement ciblé vers les Français qui en ont le plus besoin, c'est-à-dire ceux qui roulent beaucoup, qui travaillent, qui gagnent peu. On espère pouvoir le présenter…

ORIANE MANCINI
Et ça c'est dès vendredi, dès vendredi vous allez faire votre plein dans n'importe quelle station-service, vous avez les… ?

GABRIEL ATTAL
Oui, on a bâti un système pour cela et on apporte des garanties, y compris pour des stations, par exemple, qui, ça devient un peu technique, mais qui remplissent leurs cuves moins régulièrement que les grandes stations parce qu'elles ont moins de fréquentation, il y a un dispositif d'avance de trésorerie qui sera fait pour qu'elles puissent appliquer cette baisse dès le départ.

ORIANE MANCINI
Sur la crise sanitaire, Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, autre invitée surprise de cette campagne c'est cette nouvelle vague de coronavirus, on voit réapparaître le masque dans plein d'endroits, les écoles, les entreprises, est-ce qu'on a allégé le dispositif trop tôt, est-ce que vous envisagez de revenir à des mesures ?

GABRIEL ATTAL
On a demandé beaucoup d'efforts aux Français depuis deux ans, avec des mesures, et je pense que si les Français ont respecté les règles qu'on fixait, et ont fait ces efforts, c'est parce qu'ils savaient que quand on prenait des mesures, quand on mettait de nouvelles règles, c'était impérieusement nécessaire du fait de la situation à l'hôpital, et donc on s'était toujours engagé à lever nos mesures dès lors que la situation de l'hôpital se serait détendue, et elle s'est beaucoup détendue ces derniers mois, elle s'est encore détendue sur la semaine passée, il y a aujourd'hui 150 patients de moins en réanimation, Covid, que la semaine dernière, on est repassé sous la barre des 1500, je crois. Et donc, c'est normal, c'est légitime, et c'était attendu par les Français, qu'on assouplisse et qu'on lève nos mesures, dès lors que la situation à l'hôpital s'est améliorée, maintenant ce qui est sûr c'est qu'on constate en France, comme à peu près partout en Europe, un rebond de l'épidémie, je ne crois pas qu'il soit lié au fait qu'on ait assoupli les mesures, il avait d'ailleurs commencé un peu avant, par ailleurs on le constate, dans d'autres pays en Europe, y compris des pays qui ont gardé des mesures, qui ont gardé par exemple le port du masque partout, et donc là ce qu'on dit aux Français, c'est oui on a levé ces mesures, on a eu raison de le faire, on ne revient pas dessus. Mais il faut évidemment garder une vigilance, notamment quand vous faites partie des Français fragiles, je pense aux Français âgés, voire très âgés, il faut évidemment faire attention, quand vous allez dans des lieux où il y a beaucoup de monde, c'est vrai que porter le masque ça permet quand même de vous protéger, faire un deuxième rappel quand vous avez plus de 85 ans c'est aussi protecteur, parce qu'on sait que même si ce variant Omicron est beaucoup moins dangereux, entraîne beaucoup moins de forme grave au global, pour des personnes très fragiles, très âgées, il peut rester dangereux, donc on a cet appel évidemment la responsabilité, à la vigilance, mais oui on a maintenu notre calendrier de levée de restrictions.

ORIANE MANCINI
Le 10 avril prochain des millions de Français vont se rendre aux urnes, est-ce que le masque sera obligatoire dans les bureaux de vote ?

GABRIEL ATTAL
Pour l'instant je ne crois pas que ça a été fixé, ou alors l'information m'a échappée, mais…

ORIANE MANCINI
Est-ce que vous l'envisagez, vu la remontée des chiffres ?

GABRIEL ATTAL
Moi je ne veux pas exclure des choses par principe, aujourd'hui je n'ai pas connaissance qu'on ait pris une telle décision, mais évidemment…

ORIANE MANCINI
Ça ne veut pas dire qu'elle ne sera pas prise d'ici le 10 avril ?

GABRIEL ATTAL
Non, évidemment les élections se tiendront, on a vu qu'on a pu tenir des élections quand il y avait des vagues très fortes de Covid, avec un protocole sanitaire…

ORIANE MANCINI
Mais il y avait les gestes barrières et des protocoles stricts…

GABRIEL ATTAL
Oui, bien sûr.

ORIANE MANCINI
Pendant les élections locales, donc là on peut revenir à un protocole un peu plus strict dans les bureaux de vote.

GABRIEL ATTAL
Encore une fois je n'ai pas d'information à vous communiquer sur ce sujet-là, mais…

ORIANE MANCINI
Un mot sur la Corse.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Oui, la situation s'est à nouveau tendue, Gabriel ATTAL, ce week-end en Corse, après la diffusion notamment d'une vidéo de militaires chantant " La Marseillaise " pendant les obsèques d'Yvan COLONNA. Vous avez réagi comment à ces réactions, hier soir notamment, de ces feux devant des compagnies ?

GABRIEL ATTAL
On a vu, hier effectivement, à nouveau des tensions très fortes, qui se sont heureusement, en fin de soirée, je crois vers 23h, arrêté, qui ont cessé, et je crois qu'on déplore un bilan au global de sept blessés légers. Evidemment…

ORIANE MANCINI
Parmi les CRS aussi ?

GABRIEL ATTAL
Oui, CRS et manifestants ; évidemment nous notre souhait c'est que l'apaisement revienne, que le calme, que l'ordre, revienne, pour qu'on puisse échanger, gouvernement, exécutif corse, sur toutes les questions relatives à la Corse.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Cette vidéo vous choque ou pas ?

GABRIEL ATTAL
Quelle vidéo ?

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Cette vidéo qui a été diffusée, celle de CRS chantant " La Marseillaise " ?

GABRIEL ATTAL
Je ne l'ai pas vue pour tout vous dire, j'en ai entendu parler…

ORIANE MANCINI
Une vidéo non authentifiée qui montre des CRS chanter " La Marseillaise " dans une caserne, pendant les obsèques d'Yvan COLONNA…

GABRIEL ATTAL
Mais, encore une fois, ce qui est important c'est qu'on puisse avoir le calme, avoir l'ordre, l'apaisement, pour pouvoir avoir ces discussions, ces négociations, pour pouvoir avancer sur tous les sujets qui préoccupent et qui intéressent les Corses.

ORIANE MANCINI
Mais c'est possible, aujourd'hui vous voyez que les tensions elles continuent finalement, c'est possible aujourd'hui le retour au calme ?

GABRIEL ATTAL
Oui, je pense que c'est possible.

ORIANE MANCINI
A quelle condition, est-ce que le gouvernement doit faire un nouveau pas ?

GABRIEL ATTAL
Je pense que c'est possible parce qu'il y a eu une rencontre entre le ministre de l'Intérieur, Gérald DARMANIN, et l'exécutif corse, il s'est rendu sur place pendant près de trois jours, et qu'à l'issue de ces trois jours d'échanges il y a eu une forme d'accord de méthode qui a été signée entre les deux, et qu'on a, du coup, un calendrier de discussions, de réunions de travail, sur les questions institutionnelles, sur les questions économiques corses, qui doivent démarrer, je crois, au début du mois d'avril, et qui vont se poursuivre.

ORIANE MANCINI
Un mot juste sur les cabinets de conseil, avant de parler de la campagne d'Emmanuel MACRON, Emmanuel MACRON a redit hier qu'il voulait la transparence sur les cabinets de conseil privés, il y a un rapport du Sénat qui a beaucoup fait parler, près d'1 milliard qui ont été dépensés l'année dernière pour des recours à ces cabinets de conseil privés. Est-ce que dans le prochain quinquennat vous vous engagez à avoir moins recours à ces cabinets de conseil privés ?

GABRIEL ATTAL
D'abord on n'a pas attendu le prochain quinquennat pour fixer un cadre, je rappelle qu'en 2018 on a rappelé à tous les ministères le cadre sur les marchés publics, sur les règles, etc., bon il y a eu la crise sanitaire où il y a eu une augmentation du recours aux cabinets de conseil, c'est une réalité…

ORIANE MANCINI
Près d'1 milliard, vous comprenez que ces sommes choquent les Français ?

GABRIEL ATTAL
On était dans un contexte de crise historique, où vous aviez besoin de mobiliser toutes les forces, ça s'est fait dans tous les pays, ce qui est important c'est de revenir à un recours plus normal, de rythme de croisière, aux cabinets de conseil, et donc…

ORIANE MANCINI
Et donc moins que ces dernières années ?

GABRIEL ATTAL
Oui, on n'a pas attendu le prochain quinquennat, puisque ma collègue Amélie de MONTCHALIN, ministre de l'Action, de la Transformation publique, qui est en charge de ce sujet-là, a annoncé, sur 2022, une baisse déjà de 15% des dépenses liées aux cabinets de conseil. Maintenant moi je veux le rappeler, les cabinets de conseil ça fait très longtemps que l'Etat y a recours en France, que des collectivités y ont recours en France, des régions, des mairies, des départements, que tous les pays du monde y ont recours, l'important c'est que ça se fasse avec mesure et que surtout ça corresponde à des besoins des pouvoirs publics sur des compétences, sur des missions par exemple, qui n'existent pas dans l'Etat. On fait beaucoup pour avoir des compétences, des missions supplémentaires dans l'Etat, on a fait une réforme de la haute fonction publique, pour diversifier les profils, les parcours dans la haute fonction publique, pour que des personnes qui viennent du privé puissent venir travailler dans la fonction publique, apporter aussi leur expérience, leurs compétences, mais quand vous avez un projet, une mission, qui nécessite d'adjoindre des experts qui ont une expérience, qui peuvent apporter quelque chose à l'Etat, oui, il faut y avoir recours, moi je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que l'Etat par principe est omniscient ou omnipotent, évidemment, et d'ailleurs on a vu dans la crise sanitaire, aussi, qu'en dehors de l'Etat il pouvait y avoir des initiatives privées qui pouvaient venir renforcer l'efficacité, on a vu par exemple sur les vaccins tous ces sites qui ont été mis en place, « Vite Ma Dose », « Covidliste », etc., qui permettaient, à partir des données et des informations qui étaient communiquées par l'Etat, de rendre plus accessible un certain nombre de choses aux Français, eh bien moi je trouve ça très positif quand vous avez, en dehors de l'Etat, des personnes qui viennent s'engager pour l'intérêt général.

ORIANE MANCINI
Un mot sur une réforme qui a fait beaucoup parler, une des mesures du programme d'Emmanuel MACRON qui fait beaucoup parler, c'est la réforme des retraites. Le chef de l'Etat qui dit qu'il passera l'âge légal à 65 ans, sur une durée de neuf ans, c'est progressif, il a bien expliqué, mais un mot sur le calendrier, il sera présenté quand ce projet de loi, est-ce que ça fait partie de vos priorités, est-ce que ça sera présenté d'ici l'été ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'a dit le président de la République, plutôt le candidat Emmanuel MACRON en l'espèce, c'est qu'il souhaitait, après son élection, si les Français lui en donnent le mandat et lui font confiance, lancer des discussions, des négociations, avec les partenaires sociaux, je ne crois pas qu'il ait fixé de calendrier fixe dans l'émission à laquelle il participait hier…

ORIANE MANCINI
Non, c'est pour ça que je vous pose la question, est-ce qu'il y a un calendrier, est-ce que ça sera l'été, est-ce que ça sera plutôt à la rentrée, est-ce que ça sera plutôt à la fin de l'année ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'il a dit c'est qu'il voulait assez vite que les discussions puissent commencer, maintenant vous savez, si vous voulez discuter de manière ouverte et constructive avec les partenaires sociaux, fixer d'ores et déjà une borne à la discussion, je ne suis pas sûr que ça permette cela, donc nous ce qu'on souhaite c'est que cette réforme elle puisse être faite, on pense qu'elle est nécessaire pour le pays. Moi je veux rappeler quand même qu'on a un système qui est financé par des actifs qui travaillent, qui payent la retraite et les pensions des retraités, qu'on a de plus en plus de retraités, parce que l'espérance de vie s'allonge, et que donc on a progressivement un déficit qui se creuse de notre système, et que si on ne fait rien, à la fin on ne pourra plus payer les retraites. et donc, il y a trois choix qui sont possibles, pour rééquilibrer les choses, soit vous baissez les pensions des retraités, on refuse de le faire, soit vous augmentez les cotisations, les impôts, sur ceux qui travaillent pour pouvoir financer les pensions des retraités, on refuse de le faire aussi, soit vous demandez aux personnes qui travaillent de travailler un peu plus longtemps, évidemment pas tous dans les mêmes conditions, évidemment en tenant compte de la pénibilité des carrières longues…

ORIANE MANCINI
Alors justement là-dessus, ça on n'a pas très bien compris, de quelle manière il sera tenu compte de la pénibilité ?

GABRIEL ATTAL
C'est précisément ce qu'on doit construire avec les partenaires sociaux, c'est pour ça qu'on veut une discussion et une concertation avec eux.

ORIANE MANCINI
Donc ce n'est pas fixé. Il peut y avoir une réintroduction des critères de pénibilité ou non ?

GABRIEL ATTAL
Ce qu'on ne veut pas c'est recréer des régimes spéciaux, on veut même les supprimer, et notamment supprimer les deux principaux régimes spéciaux, RATP, EDF, on a déjà supprimé celui de la SNCF pour les nouveaux entrants, on veut faire la même chose pour les nouveaux entrants à EDF et à la RATP, parce que ce n'est pas normal, on considère qu'un chauffeur de bus à Paris par rapport à un chauffeur de bus dans d'autres villes françaises, alors qu'ils font le même travail et qu'ils ont la même rémunération, celui de Paris puisse partir jusqu'à cinq ans, je crois, avant les autres, ce n'est pas juste, je ne pense pas que les Français soutiennent ce type de…

ORIANE MANCINI
Donc la pénibilité c'est la discussion avec les partenaires sociaux, rien n'est fixé pour le moment ?

GABRIEL ATTAL
Oui, sur l'application, en revanche ce qu'on dit c'est qu'il sera tenu compte de la pénibilité et qu'il sera tenu compte des carrières longues, puisque vous avez des personnes qui ont commencé à travailler à 17, 18, 19, 20 ans, évidemment il faut qu'elles puissent partir avant les autres, et donc il y aura cette prise en compte pour leur permettre de partir avant les autres.

ORIANE MANCINI
Un mot aussi, une question, celle des collectivités. Emmanuel MACRON a écrit une lettre aux maires pour dire qu'il a besoin d'eux, les collectivités, quelle contribution vous attendez d'elles pour ce prochain quinquennat, est-ce qu'elles seront mises à contribution et à hauteur de combien ?

GABRIEL ATTAL
La première contribution qu'on attend des collectivités et des élus c'est qu'ils participent aux grands chantiers qui ont été ouverts par le candidat Emmanuel MACRON. Quand on parle de revoir complètement la façon dont fonctionne notre école, pour que ça soit plus efficace et que ça soit, ça réduise encore davantage les inégalités, évidemment qu'on a besoin des élus locaux. Quand on parle de la santé, de la lutte contre les déserts médicaux, évidemment qu'on a besoin de travailler avec les élus locaux. Quand on parle de renforcer l'insertion dans l'emploi des Français en créant France Travail, c'est-à-dire en faisant, en cassant les silos qui existent aujourd'hui, évidemment que ça nécessite de travailler avec les élus locaux.

ORIANE MANCINI
Ça oui, mais est-ce qu'il y aura des contreparties, est-ce que vous allez demander des économies ?

GABRIEL ATTAL
Je vais y venir, mais le mot d'ordre de notre campagne c'est « Avec vous ». Avec vous, c'est évidemment avec les Français, c'est aussi avec les élus ; c'est avec toutes les forces vives de la Nation, que l'on doit construire les solutions. Et c'est que le candidat Emmanuel MACRON a dit dans sa lettre, a rappelé dans sa lettre aux élus. Ensuite…

ORIANE MANCINI
Parce qu'il n'est pas question d'économies dans la lettre. Est-ce que oui ou non vous allez…

GABRIEL ATTAL
Si, dans la lettre et dans le programme. Ce qu'on dit c'est qu'il y a aujourd'hui une trajectoire de dépenses qui est fixée par l'Etat, par la Sécurité sociale, par les collectivités locales. Et que ce qu'on souhaite pour l'Etat, pour la Sécurité sociale, pour les collectivités locales, c'est qu'évidemment elle soit contenue, modérée, voilà, et parce qu'à la fin il y a un seul contribuable qui paie, il y a une seule dette à rembourser. Et donc c'est ça qui il a été rappelé par le président de la République…

ORIANE MANCINI
Et combien ? On a entendu Laurent SAINT-MARTIN, devant des élus, parler de 10 milliards qui seraient demandés. Vous confirmez ce chiffre ?

GABRIEL ATTAL
Tout en rappelant, tout en rappelant qu'il y aura la sanctuarisation des dotations aux collectivités locales. Vous savez, moi je me souviens en 2017, on faisait campagne pour Emmanuel MACRON, et on avait, on s'était engagé à ce que les dotations aux collectivités soient sanctuarisées. On avait à ce moment-là, je me souviens des élus qui nous disaient : on a vu une saignée dans nos dotations, dans le quinquennat qui vient de s'écouler, est-ce que vraiment vous allez tenir votre engagement ? On a tenu notre engagement, il a été tenu. Et donc quand Emmanuel MACRON dit que les dotations seront sanctuarisées, eh bien …

ORIANE MANCINI
Mais vous demanderez 10 milliards d'économies.

GABRIEL ATTAL
Mais on demandera à l'Etat, à la Sécurité sociale, aux collectivités, de faire un effort, non pas de dépenser moins, mais que l'augmentation des dépenses se fasse de manière modérée. Voilà. C'est quand même un effort…

ORIANE MANCINI
Le retour du pacte de Cahors.

GABRIEL ATTAL
C'est un effort qui paraît tout à fait soutenable, je pense. Ça ne se fera pas au détriment, au contraire, de la qualité de service pour les Français.

ORIANE MANCINI
Dernière question sur ce qui s'est passé hier lors du meeting d'Eric ZEMMOUR.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Hier, au Trocadéro, pendant 10 secondes, des soutiens d'Eric ZEMMOUR scandant " MACRON assassin ", devant des images de victimes notamment du terrorisme, Eric ZEMMOUR dit ne pas les avoir entendus, vous en pensez quoi ?

GABRIEL ATTAL
Vous savez, moi je soutiens un candidat, Emmanuel MACRON, qui a toujours appelé dans ses meetings, c'était le cas en 2017, je pense que ce sera encore le cas, il y a un meeting important à Paris qui se tient samedi prochain, qui a toujours appelé à la bienveillance, qui a refusé qu'on siffle ou que l'on hue ses adversaires. Mais là vous voyez un candidat qui laisse ses militants proférer des propos absolument insupportables à l'encontre d'un autre candidat. Je pense que c'est à ça qu'on juge aussi les hommes, quand ils candidatent à l'élection présidentielle, qui est une fonction dont moi j'ai pu voir aux côtés du président de la République combien elle nécessite du calme, du sang-froid, et oui de la bienveillance. Soit Eric ZEMMOUR ne tient pas ou n'a pas d'autorité sur ses militants, soit il cautionne ce type de propos. Dans les deux cas c'est assez inquiétant sur la capacité…

ORIANE MANCINI
Lui il dit …

GABRIEL ATTAL
…. sur sa capacité à exercer les fonctions de président de la République.

ORIANE MANCINI
Ça veut dire qu'il n'est pas en capacité d'exercer la fonction, pour vous ?

GABRIEL ATTAL
Ah, écoutez, ça c'est les Français qui en décident. Les Français qui votent et qui décident qui est le mieux placé pour présider notre pays. Mais bon, moi je rappelle encore une fois que nous on s'est toujours battu et on continuera à se battre pour la bienveillance en politique. Parce que la réalité c'est que quand on tient des propos inacceptables sur un candidat, qui appelle à la violence, ou quand on laisse tenir des propos inacceptables sur un candidat qui appelle à la violence, il ne faut pas s'étonner derrière qu'il y ait de la violence contre les élus. Il ne faut pas s'étonner derrière qu'il y ait de la tension et qu'il puisse y avoir des agressions. Et donc il ne faut jamais laisser passer ce type de propos.

ORIANE MANCINI
Merci Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Merci à vous.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'avoir été notre invité en tant que soutien du candidat Emmanuel MACRON. Merci Fabrice.

FABRICE VEYSSEYRE-REDON
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mars 2022

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