Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de l'industrie, à Sud Radio le 25 avril 2022, sur la réélection d'Emmanuel Macron à la Présidence de la République française, la politique de l'énergie et le programme du nouveau quinquennat.

Texte intégral

PATRICK ROGER
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour.

PATRICK ROGER
La réélection d'Emmanuel MACRON, quelle attitude face aux 13, 14 millions d'électeurs de Marine LE PEN, l'abstention quasi record, quel nouveau gouvernement, quelle politique, le troisième tour des législatives, autant de questions que nous allons essayer d'aborder. Commençons tout de même par cette réélection, 58,5%, dans un contexte de forte abstention, je l'ai dit, environ 28%, comment réagissez-vous et analysez-vous cette victoire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je veux d'abord remercier les Français qui ont porté leur vote sur le projet d'Emmanuel MACRON, qui est un projet, je pense, écologique, et qui met trois priorités en avant, l'école, la santé et le pouvoir d'achat, qui me semblent être les grandes priorités des Français sur le terrain. Moi j'ai été beaucoup sur le terrain ces derniers mois, notamment dans le bassin minier où Marine LE PEN a fait un score très important…

PATRICK ROGER
Très important, oui.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et c'est vraiment ces colères qui nous remontent et qu'il faut aujourd'hui entendre, de gens qui attendent des solutions. Je ne crois pas complètement à un vote d'adhésion au projet de Marine LE PEN, et je ne crois pas que 40 % de la France soit d'extrême droite, mais c'est plutôt un vote pour la recherche d'un changement dans leur vie quotidienne et c'est à nous de répondre à ces colères qui remontent.

PATRICK ROGER
Et ce n'est pas non plus forcément un vote d'adhésion pour Emmanuel MACRON, si ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je pense qu'il y a une partie de notre électorat qui est sur un vote d'adhésion, évidemment, on l'a vu premier tour puisqu'Emmanuel MACRON fait 1 million de voix de plus qu'en 2017, mais vous avez raison de le souligner, et certains l'ont très clairement dit, ils sont allés voter pour écarter Marine LE PEN.

PATRICK ROGER
Le président lui-même et l'équipe au gouvernement vous en êtes conscients, vous avez cette conscience en fait aussi des choses ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On a, je pense, une grande lucidité sur le sujet, et c'est aujourd'hui à nous de montrer que le président est le président de tous les Français, qu'il est à l'écoute, et que surtout il va être dans des propositions concrètes pour faire en sorte que les Français vivent mieux.

PATRICK ROGER
Oui, c'est ça. Il n'y avait pas un grand enthousiasme hier soir sur le Champ-de-Mars, il y avait une fête, petite fête, mais on ne sentait pas ce qui s'était produit il y a 5 ans.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'il y avait une certaine gravité surtout, il y avait une certaine gravité parce que, malgré tout, Marine LE PEN est une candidate d'extrême droite, même si elle s'est employée à gommer ses aspérités et à utiliser Eric ZEMMOUR comme…

PATRICK ROGER
Oui, dans son camp beaucoup d'électeurs disent elle n'a plus rien d'extrême droite.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, elle conserve toujours…

PATRICK ROGER
Qu'est-ce qu'elle a d'extrême droite ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
La préférence nationale.

PATRICK ROGER
Ça c'est de l'extrême droite ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Le fait de vouloir exclure…

PATRICK ROGER
Quand vous-même et puis Emmanuel MACRON défendaient une certaine souveraineté, notamment pour l'industrie, c'est une préférence nationale également en quelque sorte.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas tout à fait la même chose d'exclure des personnes d'emploi parce qu'ils sont étrangers, que de privilégier l'industrie française par rapport à d'autres industries, voyez, on n'est pas dans le même registre, et je crois qu'il y a vraiment un clivage qui est marqué, en termes de valeurs, entre Marine LE PEN et le projet que nous portons, mais que ce clivage ce n'est pas celui dans lequel les Français se retrouvent, ce que les Français veulent c'est des solutions du quotidien, et au fond Marine LE PEN, et encore une fois je le vois beaucoup en entendant les gens sur les marchés, elle va réunir des colères qui ne sont pas réconciliables. Moi je me fais interpeller sur le fait qu'on a augmenté les minima sociaux sur le thème « vous donnez trop à des gens qui ne travaillent pas », mais je me fais, de l'autre côté, interpeller par des gens qui sont en difficulté et qui sont aux minima sociaux, donc vous voyez, ces deux vont me dire…

PATRICK ROGER
Il y a une France irréconciliable alors ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ces deux vont me dire « je vais voter Marine LE PEN parce qu'après tout j'ai tout essayé, pourquoi pas elle », donc ce n'est pas un vote d'adhésion.

PATRICK ROGER
Alors, c'est irréconciliable ça ou pas alors ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, je crois que surtout, encore une fois, il faut comprendre ces colères et apporter des réponses concrètes. Je vais vous donner un exemple très simple. Lorsque le président MACRON annonce qu'il va indexer, réindexer, les retraites au 1er juillet pour faire en sorte que ces retraites progressent au rythme de l'inflation, il a une réponse rapide à une problématique qui concerne des millions de Français, et nous devons être dans ces gestes du quotidien, c'est-à-dire que les grandes réformes c'est très bien, mais il faut que ces réformes changent le quotidien des Français. Ce que nous avons lancé en matière de santé, ce que nous avons lancé en matière d'école, a commencé à faire bouger les choses, mais ce n'est pas suffisant, et c'est ce que nous disent les Français.

PATRICK ROGER
Et puis l'angoisse par rapport, dans le quotidien, ce que vous évoquez en fait à l'instant, par exemple avec ces prix de l'énergie qui ont flambé, pour l'instant on sait qu'il y a un bouclier qui a été mis en place, mais combien de temps peut-il durer, il n'y a pas de solution pérenne en fait de présentée pour l'instant.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si, bien sûr qu'il y a une solution pérenne.

PATRICK ROGER
Ah bon, laquelle ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est le fait de se désensibiliser, de ne plus avoir besoin de gaz naturel et de carburant, c'est la transition énergétique que nous avons entamée à marche forcée.

PATRICK ROGER
Vous savez raisonnablement que c'est impossible dans l'immédiat.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je ne crois pas…

PATRICK ROGER
Pour faire tourner…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas, ça prendra peut-être plusieurs années, mais pas si longtemps que ça, c'est du court terme, on n'est pas sur des solutions à 20 ans, on est sur des solutions qui prendront que quelques années, et qui vont drastiquement changer la donne.

PATRICK ROGER
Avec quelle énergie alternative qui va fonctionner ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais les énergies renouvelables, et c'est bien là où…

PATRICK ROGER
Oui, mais pas à ce point, vous le savez.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien…

PATRICK ROGER
Pour faire tourner toutes les industries, et l'ensemble des ménages, pour se chauffer, pour fonctionner, pour circuler.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Attention, c'est là où notre politique énergétique elle est fondée sur des faits scientifiques et des expertises, et ces faits scientifiques et ces expertises nous donnent une trajectoire. Vous avez trois piliers. Le premier pilier c'est l'efficacité énergétique, nous pouvons réduire de 40 %, à usage constant, notre consommation d'électricité, vous changez vos lumières, vous changez votre chauffage, vous avez un moteur plus efficace, aujourd'hui avec les nouvelles technologies vous pouvez gagner ces 40 %, c'est énorme, je le dis parce que c'est énorme. Le deuxième pilier c'est les énergies renouvelables, c'est le photovoltaïque en particulier, et l'éolien marin. Lorsque vous déployez un parc d'éolien marin c'est 1 gigawatt de production que vous avez d'un seul coup, donc ce n'est pas des éoliennes que vous déployez lentement, terrestres. En surplus, aujourd'hui une éolienne terrestre, nouvelle, est deux fois plus efficace qu'une éolienne qui a été construite il y a 15 ou 20 ans, donc tous ces éléments-là sont des vecteurs de gains immédiats.

PATRICK ROGER
Evidemment, on ne va pas faire un débat sur l'énergie ce matin…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et puis je ne vais pas rentrer dans le nucléaire.

PATRICK ROGER
Non, non, parce qu'on sait que par exemple le photovoltaïque ça fonctionne dans la journée et que les ménages se chauffent en fait la nuit et qu'ils ne peuvent pas non plus stocker pour l'instant.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais c'est pour ça qu'il y a des solutions de stockage. Vous voyez, attention… la science aujourd'hui est en train de faire basculer…

PATRICK ROGER
Oui, oui, les solutions de stockage ne sont pas encore au point, il ne faut pas donner de fausses solutions, vous le savez, pour les particuliers ce n'est pas encore au point.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne donne pas de fausses solutions, mais je constate qu'on a énormément progressé sur ces sujets-là ces dernières années et qu'il ne faut pas dire c'est impossible…

PATRICK ROGER
Et qu'il faudra accélérer…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Sur l'intermittence.

PATRICK ROGER
Qu'il va falloir accélérer. Agnès PANNIER-RUNACHER, donc on a compris les messages que le chef de l'Etat doit entendre en fait, message social aussi, c'est ça ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Message sur le pouvoir d'achat, message sur le pouvoir d'achat dans un moment où l'inflation redémarre, ce qui est nouveau pour notre économie, on n'a pas connu ça depuis 20 ou 30 ans, et donc il faut que collectivement on réapprenne à fonctionner avec l'inflation, les entreprises les premières, avec effectivement des augmentations de salaires et des augmentations des prestations sociales, ce que nous faisons avec les retraites.

PATRICK ROGER
Agnès PANNIER-RUNACHER, ça veut dire avec un nouveau gouvernement, une nouvelle équipe ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Probablement avec une nouvelle équipe, ça, ça sera au président de la République et à son Premier ministre qu'il appartiendra de faire ces choix, mais je crois que le président a été très clair, il veut rassembler les Français, il veut les unir, il veut un gouvernement apaisé et il enverra des signaux dans ce sens.

PATRICK ROGER
Donc ça veut dire qu'on va avoir un gouvernement élargi, sur en fait l'ensemble des forces politiques qui se sont exprimées lors de ces élections présidentielles ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Encore une fois, je crois que c'est au président de la République et au Premier ministre de choisir, mais moi je comprends de son message, de ses propos, la volonté effectivement d'élargir, de réunir, et si vous voulez de tenir compte du message que lui ont envoyé les Français hier.

PATRICK ROGER
En vue notamment de la législative, c'est ça, c'est-à-dire que ce serait un gouvernement de transition, vous avez parlé de transition énergétique tout à l'heure, ce serait un peu la même chose pour le gouvernement, un gouvernement de transition probablement ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les législatives c'est un combat que nous allons entamer, sur ce projet, où on va, je dirais porter ces quatre priorités, l'écologie, le pouvoir d'achat, l'école et la santé, et autour de ce projet effectivement embarquer autant que possible toutes les hommes et les femmes de bonne volonté qui sont prêtes à soutenir ce projet.

PATRICK ROGER
Vous n'avez pas parlé de sécurité, pourtant ça fait partie quand même des priorités qui restent affichées par les électeurs, on l'a vu lors de sondages sortis des urnes hier.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que d'abord beaucoup de choses ont été faites sur la sécurité en matière législative, vous savez que nous sommes le premier gouvernement, depuis des années, à avoir recruté des forces de l'ordre, et notamment 10.000 nouveaux policiers, ces policiers ils sont récemment déployés sur le terrain, il ne s'agit pas de décider de recruter 10.000 policiers, il faut les recruter, il faut les former, il faut les déployer sur le terrain, ça prend quelques mois, quelques années, c'est fait maintenant, et je pense que ces décisions, de même que les lois que nous avons prises, contre l'islamisme politique, contre la délinquance, vont porter leurs fruits dans les semaines, les mois qui viennent.

PATRICK ROGER
Qu'est-ce qui est prévu, Agnès PANNIER-RUNACHER, sur votre agenda cette semaine, vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, moi je continue à travailler, vous savez que je préside…

PATRICK ROGER
Oui, vous êtes ministre en charge de l'Industrie.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ministre en charge de l'Industrie, je préside le Conseil compétitivité de l'Union européenne, je dois préparer plusieurs textes, le texte qui doit être prochainement adapté de lutte contre les subventions étrangères, typiquement un texte qui doit permettre de remettre de la concurrence loyale entre des pays comme la Chine qui subventionnent lourdement leurs entreprises…

PATRICK ROGER
Ce qui veut dire que vous travaillez toujours cette semaine, il n'est pas prévu…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, tout à fait, je serai dans quatre heures…

PATRICK ROGER
Conseil des ministres mercredi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça on verra aussi la convocation puisque les ministres délégués sont convoqués en fonction de l'agenda, mais je serai à 14h sur le bassin minier pour accompagner les opérations de déploiement de nouvelles industries dans le bassin minier, c'est très concret.

PATRICK ROGER
En tout cas votre agenda est complet pour cette semaine…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

PATRICK ROGER
Et s'il y a changement de gouvernement ça pourrait être fin de semaine, la semaine prochaine ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Encore une fois, c'est au président de la République d'en décider, on va d'abord attendre la proclamation officielle des résultats par le Conseil constitutionnel…

PATRICK ROGER
Mercredi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mercredi, jeudi, on ne va pas remplacer le Conseil constitutionnel dans ses travaux, et j'imagine que dans la foulée Jean CASTEX sera amené à présenter la démission du gouvernement comme cela est l'usage.

PATRICK ROGER
Merci beaucoup Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre en charge de l'Industrie, d'avoir été la première invitée de Sud Radio ce matin.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 avril 2022