Déclaration de M. Joël Giraud, secrétaire d'État à la ruralité, en hommage à Pierre Prud'homme, un ancien résistant français, à Paris le 2 octobre 2021.

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Circonstance : Remise des insignes d'officier de l'Ordre national de la Légion d'honneur

Prononcé le

Texte intégral

Mesdames et Messieurs,
Chère famille Prud'homme,
Cher Monsieur Prud'homme,


C'est un grand honneur pour moi de vous remettre aujourd'hui les insignes d'officier de l'Ordre national de la Légion d'honneur.
C'est un grand honneur de vous dire merci, au nom de notre pays.

Alors que l'ennemi occupait la France, vous avez résisté vaillamment. De cultivateur dans l'exploitation familiale vous avez revêtu, à l'âge de 17 ans, les habits de la liberté pour gonfler les rangs de la Résistance au titre des Francs-tireurs et partisans français (FTPF). Rapidement, dernier rempart d'une patrie en danger, vous participez dès mars 1944, à des actions de sabotages sur les voies ferrées, à des services de renseignement sur les effectifs et positions de l'ennemi, à la distribution de tracts appelant à la mobilisation générale : vous connaissiez les risques encourus, et pourtant, courageusement, vous avez contribué à faire brûler la flamme de la Résistance.

 À l'autre bout de la France, la liberté progressait, les alliés débarquaient.
Hasard du calendrier ou symbole tragique, le 14 juillet 1944, date pour laquelle vous défendiez tous les principes, vous êtes, avec votre équipe, arrêtés au cours d'une offensive contre un convoi de munitions. Condamné à mort à Épinal puis transféré au camp de concentration de Natzweiler, vous subissez alors la cruauté de l'occupant. Quelques semaines plus tard, vous êtes informé de la transformation de votre peine en travaux forcés à perpétuité et êtes déporté à Dachau puis aux kommandos d'Allach et d'Haslach dans la Forêt-Noire.

Nous sommes fin août 1944. La Paris martyrisée était libérée. Les alliés s'approchaient.
Dans la fatigue, le froid, la faim, la mort, vous avez fait preuve d'une force morale peu commune que vous avez puisée dans l'amitié forgée avec vos compagnons. La résistance de votre esprit vous a permis de survivre jusqu'à votre transfert à Veihingen dans l'enfer du mouroir du Bade-Wurtemberg.

Mais la liberté, celle que vous défendiez, était là.
Le 8 avril, l'armée française libère le camp. La Grande Guerre s'apprête à connaître son dénouement alors que vous rentrez en France, à Raon-l'Etape dans les Vosges. Mais comment reprendre le cours d'une vie lorsque rien ne ressemble à l'avant ? Ni le monde ni vous-même ? Ici, commence le reste de votre vie. Celle que vous considérez encore comme un sursis.
Un jour, à la radio, vous entendez une dédicace pour Jo MEIGAN, dit " Petit Louis ". Vous écrivez alors à Quimper pour essayer de retrouver les traces de votre ancien camarade. Le destin vous réunit et le rendez-vous est pris, ce sera Lourdes. Là-bas, vous retrouvez enfin celui qui sera le " Tonton Jo " de vos enfants.
Quatre ans plus tard, vous réussissez le concours d'entrée à l'École de la police de Metz. Gardien de la liberté pendant la Grande Guerre, vous devenez alors gardien de la Paix. Celle que vous désiriez tant.
Marqué à jamais par ce que vous avez vécu, vous vous engagez dès 1960 en faveur du monde combattant associatif. Comité exécutoire du Centre européen du Struthof, comité de Roanne de la Fédération nationale des déportés et internés de la Résistance et Union nationale des associations de déportés, internés et familles de disparus : votre ferveur pousse à l'admiration.

S'ouvre alors un nouveau chapitre de votre vie, celui de la mémoire, celui du pardon.
D'une fidélité sans faille, vous assistez à l'ensemble des cérémonies et commémorations patriotiques des villes de Roanne et Nancy pour rendre hommage à vos compagnons résistants et anciens déportés qui, injustement, n'ont pas eu la chance de survivre.
En leur mémoire, et pour respecter le serment des détenus, vous racontez l'innommable des camps de concentration. Vos nombreux témoignages marquent alors les jeunes générations, celles pour lesquelles vous vous êtes battu. Durant deux années, vous participez à la réalisation du Mémorial d'Haslach en recherchant, avec l'aide de Monsieur et Madame Fuchs, professeurs allemands, les noms des victimes décédées dans ce Kommando. Votre démarche permet de faire découvrir le passé tragique de cette période aux jeunes de la commune, de rendre hommage à vos compagnons, et dans un souci de réconciliation, de nouer de nombreux liens avec la jeunesse allemande. Vous aviez décidé de pardonner et de consacrer vos forces à l'écriture d'un avenir meilleur.
Jamais vous n'avez cessé de témoigner. Encore en 2020, dans une commune que je connais que trop bien, L'Argentière-la-Bessée, vous racontez aux élèves du collège " Les Giraudes " les cauchemars de votre passé. Un élève se lève, et prend la parole " J'aurais pu vous poser des questions, mais je veux seulement vous dire merci. "

Français, Allemands, vos témoignages touchent et marquent.
Mais ceux qui portent en eux, plus que tout autre, le poids et la marque de votre passé se trouvent ici, aujourd'hui. Au détour d'un mémorial que vous avez repeint au sommet de L'Obiou, à l'occasion d'un témoignage lu par Madame Pilichowski, professeur d'Histoire-Géographie, devant la classe de votre fille, Agnès, ou lorsque, accompagné par vos enfants et petits-enfants, vous retournez sur les lieux de votre passé, à Struthof où spontanément, vous racontez aux visiteurs, en même temps qu'à votre famille, toute l'horreur de ce qu'il s'est passé. Votre histoire inspire.
Plus que transmettre, vous avez donné le goût de l'engagement, du partage et de la chose publique à votre famille. Mieux que transmises, les leçons de votre vie sont perpétuées.

Monsieur Prudhomme,
Vous êtes de ces héros qui ne recherchent que pour seule lumière la reconnaissance de ce qu'il s'est passé. Pour garantir que cela n'arrive plus jamais. Votre civisme et votre altruisme à toute épreuve forcent le respect et l'admiration.
Jamais votre détermination et votre force d'esprit ne vous quitteront. Vous êtes fait de ce bois rare, de celui des Grands Hommes pour lesquels la patrie est reconnaissante.

Monsieur Prud'homme,
À bien des égards, vous êtes un héros de notre pays, et cette décoration essaye, avec humilité, de vous témoigner de la reconnaissance de la Nation toute entière,
Merci.


Source : ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, le 9 mai 2022