Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, avec BFM TV le 24 mai 2022, sur la politique de l'environnement, la question de l'énergie, les violences sexistes et sexuelles et les élections législatives.

Texte intégral

AMANDINE ATALAYA
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Amandine ATALAYA.

AMANDINE ATALAYA
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin. Vous avez décroché l'un des postes les plus importants de ce nouveau quinquennat puisque vous êtes la nouvelle ministre de la Transition énergétique, alors on peut préciser pour les Français que c'est l'un des deux piliers de la planification écologique et donc vous êtes sous l'autorité de la Première ministre, Elisabeth BORNE. Alors question simple pour commencer, est-ce que vous avez la fibre écolo madame PANNIER-RUNACHER et depuis quand ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je crois que tout le monde aujourd'hui a la fibre écolo parce que le sujet c'est de sauver la planète et c'est mener un futur…

AMANDINE ATALAYA
Mais particulièrement est-ce que c'est vraiment encré en vous depuis longtemps ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je peux vous donner une anecdote, moi je suis à l'origine d'un des rapports sur la finance socialement responsable et la finance à un pacte écologique et qui date de 2002, donc ce n'est pas un sujet nouveau pour moi, ce n'est pas un sujet nouveau dans ma carrière, cette fibre écolo je l'ai eu à la Caisse des Dépôts qui est grand financeur public pour les aider à mettre en place des référentiels sur l'investissement dans l'environnement. Je l'ai eu également lorsque je dirigeais la Compagnie des Alpes qui est une des entreprises les mieux cotées dans sa catégorie en matière de responsabilité environnementale.

AMANDINE ATALAYA
et vous étiez auparavant ministre de l'Industrie, donc vous êtes une très bonne technicienne, c'est unanimement reconnue, performante, vous connaissez très très bien vos dossiers, mais est-ce que pour être un bon ministre de la Transition énergétique, il ne faut pas avoir, comment dire, ce combat dans les tripes en fait parce qu'il y en a certains dont le combat écologique, c'est toute leur vie et ce qui peut surprendre les Français c'est que vous on ne vous a pas entendu auparavant sur ces sujets-là.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si on m'a entendu, mais comme j'ai une casquette industrielle, on m'a entendu dans le monde industriel. Je rappelle que j'ai porté comme ministre de l'Industrie un combat qui est de réduire les émissions de gaz à effet de serre de nos sites industriels grâce à l'action que j'ai menée, portée pour le gouvernement précédent, nous avons réduit de 3,6 millions de tonnes équivalent CO2 les émissions de gaz à effet de serre grâce au plan de relance. J'ai également été extrêmement active pour qu'il y ait un contenu écologique fort dans le plan France 2030, je pense notamment aux crédits qui ont été pris pour la décarbonation, le fait de limiter les gaz et effet de serre de l'industrie. Je pense également à tout ce que nous faisons sur les énergies renouvelables. Et dernier point j'ai beaucoup travaillé aussi à la simplification des procédures parce que la simplification des procédures pour déployer de nouvelles énergies renouvelables, c'est la seule façon si nous voulons être au rendez-vous de nos objectifs. Donc j'assume d'être une technicienne, j'assume de travailler beaucoup, j'assume de connaître mes dossiers parce que ce sont des sujets compliqués et qui ne peuvent être confiés à des gens qui sont que dans le slogan ou dans les paroles, il faut être dans les actes.

AMANDINE ATALAYA
Est-ce que ça veut dire justement que le temps des écolos rêveurs est fini en quelque sorte parce que est Nicolas HULOT était un nom plus parlant pour les Français, sans vous faire offense, Agnès PANNIER-RUNACHER, mais ça s'est mal terminé. Donc est-ce que le président maintenant se dit le temps est venu de l'écologie des travailleurs, des techniciens, des bosseurs, c'est ça l'idée ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moi je suis du côté de l'écologie des solutions pas de l'écologie des solutions, pas de l'écologie des illusions et donc effectivement….

AMANDINE ATALAYA
C'est ça donc avant à vos yeux c'était…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous sommes aujourd'hui dans un travail de fond qui est compliqué, qui suppose de la concertation parce qu'il y a pas des solutions toutes trouvées, qui suppose de la transparence, qui suppose également d'associer les Français, je crois que c'est très important et tous français aujourd'hui on a envie de faire ces gestes qui permettent de sauver la planète et parfois on n'a pas forcément les bons réflexes. On va fermer la lumière en pensant qu'on a fait des grosses économies d'énergie et puis on va envoyer derrière un mail un peu rigolo à nos amis avec une pièce jointe et on aura consommé beaucoup plus d'énergie. Donc c'est aussi ces petits gestes qu'il faut accompagner et moi je ferai en sorte que cette transition énergétique débouche très rapidement sur des actes concrets.

AMANDINE ATALAYA
On rentre tout de suite dans les dossiers juste une dernière question à ce sujet sur la surprise qu'a pu créer votre nomination, comment est-ce que vous expliquez les réactions des ONG ou des associations environnementales ? Je vous en cite deux par exemple Alain BOUGRAIN-DUBOURG qui est le président de la Ligue de Protection des Oiseaux qui dit, on vient de nommer de perdreaux de l'année à l'environnement, il parle de vous et de votre collègue madame Amélie de MONTCHALIN ou bien Greenpeace qui dit ce sont des nominations de fonds de tiroir dans un gouvernement qui ne comprend aucun écologiste. Pourquoi est-ce qu'ils régissent comme ça d'après vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce que je pense qu'ils veulent des preuves et ils ont raison d'être exigeant vis-à-vis du gouvernement. Moi j'ai rencontré Alain BOUGRAIN-DUBOURG hier avec la Première ministre et Amélie de MONTCHALIN, notre première réunion a été pour des associations qui défendent la biodiversité et je crois comprendre, en tout cas c'est ce qu'il nous a dit qu'Alain BOUGRAIN-DUBOURG a été rassuré. Rassuré d'avoir une Première ministre qui connaît parfaitement ses sujets, je rappelle qu'elle a été en charge de ces sujets dans le quinquennat précédent et que elle est aussi réputée pour faire avancer les sujets pour avoir une grande détermination et un grand courage, rassuré de voir qu'Amélie de MONTCHALIN et moi-même n'étions pas peut-être aussi perdreaux de l'année qu'il ne le craignait. Et je pense que derrière ils nous attendent sur des actes et on va y travailler.

AMANDINE ATALAYA
Alors justement à propos des actes, Emmanuel MACRON a fait beaucoup de promesses notamment dans l'entre deux tours sur son désir d'être à fond sur l'écologie, un sujet qui parle notamment beaucoup aux jeunes aujourd'hui, si vous deviez expliquer simplement aux Français qui vous découvre votre chantier prioritaire aujourd'hui, qu'est-ce que vous pouvez nous le décrire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois que le plus simple, c'est de dire que ma mission c'est de sortir la France des énergies fossiles.

AMANDINE ATALAYA
A quelle échéance ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors l'échéance aujourd'hui, c'est à 2050 c'est l'échéance ultime, c'est-à-dire c'est celle où nous devons être dans une situation où nous n'émettons nous sommes neutres en termes d'émissions de gaz à effet de serre. Nous avons un rendez-vous en 2030 qui est très important, nous devons drastiquement limiter nos gaz à émission de serre, 55% et aujourd'hui ce que je construis c'est une politique énergétique qui permet de se passer du carburant, de se passer du fuel, de se passer du gaz naturel et donc de s'appuyer sur d'autres modes de production d'énergie. Ça peut être la chaleur biomasse, ça peut être les énergies renouvelables, donc pardon le photovoltaïque, l'éolien marin, l'éolien intéresse tout en prenant en compte le fait que l'éolien terrestre suscite des réactions mitigées dans la population.

AMANDINE ATALAYA
Beaucoup d'opposition parfois oui sur le terrain, on l'a vu.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc il ne faut pas raconter aux Français qu'on va couvrir la France d'éoliennes parce qu'on voit bien qu'ils y sont réticents, mais il faut trouver la bonne balance, c'est pour ça que dans la trajectoire qu'on s'est donnée, on ne ralentit pas mais on reste sur un rythme équivalent à celui de ces dernières années. En revanche on veut multiplier par 10 notre puissance solaire, on veut installer 50 parcs éoliens marins et de l'autre côté il y a un levier qui est extrêmement puissant, qui le nucléaire. Le nucléaire c'est une énergie décarbonée il faut le rappeler, ce n'est pas pour tout de suite.

AMANDINE ATALAYA
Oui ce que les Français ne savent pas toujours.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui.

AMANDINE ATALAYA
On va y revenir justement sur le nucléaire, mais juste à propos des objectifs de la France, vous savez qu'en 2020 la France a été le seul pays de l'Union européenne qui n'a pas tenu ses objectifs…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ses objectifs d'énergie renouvelable.

AMANDINE ATALAYA
En matière d'énergies renouvelables. Emmanuel MACRON a promis que la France irait deux fois plus vite.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement.

AMANDINE ATALAYA
Mais les Français sont juste en droit de se demander, pourquoi ce qui n'a pas été fait hier serait fait demain.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien on a une explication pour ça, aujourd'hui en France un projet par exemple d'éolien met deux fois plus de temps que dans les autres pays européens. Pourquoi, parce que nous avons une complexité administrative des possibilités de recours multiples devant le juge qui ralentissent ces projets. C'est pas qu'on manque de projet, c'est qu'on met du temps à les mettre en oeuvre.

AMANDINE ATALAYA
C'est qu'on a des complications administratives, c'est la machine qui est trop lourde.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est à la fois des complexités administratives, pas nécessairement techniques, des complexités administratives et puis il n'y a pas un projet en France dans les énergies renouvelables qui ne suscite pas de recours devant le juge et derrière le juge, eh bien il fait son travail et ça peut prendre du temps. Dans d'autres pays on a fait le choix sans toucher, je dirais, aux exigences environnementales d'aller plus vite. Nous l'avons fait pour l'éolien marin dans une loi qui a été votée fin 2020, donc forcément cette loi elle n'a pas encore produit ses effets. C'est une loi que j'ai porté avec Amélie de MONTCHALIN comme quoi finalement tout ça est très rationnel, qui était la loi d'accélération, simplification de l'action publique et ce qui est intéressant c'est que les mêmes qui nous disent vous n'allez pas assez vite sur les énergies renouvelables sont les mêmes qui ont voté contre cette loi. Donc vous voyez on retrouve ce problème d'écologie des solutions, cette posture que nous avons par rapport à des gens qui sont toujours dans l'opposition qui malheureusement ne permettent pas de trouver des solutions écologiques.

AMANDINE ATALAYA
sur le nucléaire, vous y êtes très attachée, ce sera l'un des combats évidemment de votre portefeuille, Emmanuel MACRON a promis avant enfin pendant cette campagne que la France construirait 6 nouveaux EPR, le problème c'est que on voit que non seulement il y a des complications, alors l'EPR de Flamanville qui a coûté on le sait extrêmement cher et qui est en retard et qui d'ailleurs n'est toujours pas lancé pour le moment et puis très récemment il y a eu des problèmes de corrosion inattendue sur des réacteurs français qui fait que 29 sur 56 ans sont aujourd'hui à l'arrêt. Est-ce que ça ne vous inquiète pas quand même sur l'ultra dépendance aujourd'hui de la France vis-à-vis du nucléaire ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors d'abord petite, je dirais, précision, les 29 réacteurs qu'ils sont à l'arrêt, il y en a que 12 aujourd'hui qui le sont pour des motifs de corrosion, les autres le sont pour leur maintenance annuelle, on rentre dans les beaux jours arrivent et assez naturellement on fait cette maintenance. Et puis vous avez la maintenance décennale, c'est-à-dire que nos réacteurs ont été construits à la fin des années 70, début des années 80, on est 40 ans plus tard et beaucoup de réacteurs…

AMANDINE ATALAYA
Et on a une autorité de sûreté qui est extrêmement exigeante.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et c'est une bonne chose, je veux le dire pour les Français, on a une des autorités de sûreté qui est la plus compétente au monde, la plus indépendante et la plus exigeante. Et donc dans cette question d'arrêts de réacteur pour des motifs de corrosion, eh bien l'Autorité de sécurité nucléaire fait son travail et les équipes d'EDF font leur travail.

AMANDINE ATALAYA
Oui, mais la question, c'est : est-ce qu'à un moment donné, la France va manquer d'électricité, est-ce qu'on va avoir des problèmes d'ici quelques mois, d'ici quelques années ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, sachez déjà qu'à peu près 40 jours par an, nous sommes dépendants d'autres producteurs d'électricité en Europe, et c'est pour ça que l'Union européenne est si importante, et quand certains candidats, non, je n'ai pas le droit de dire ça, parce que nous sommes en période de réserve, donc je m'arrête là…

AMANDINE ATALAYA
Exactement. C'est bon, vous n'avez pas débordé.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Donc nous sommes effectivement dans une logique où nous avons aussi des interconnexions européennes qui nous permettent des jours où nous avons des pics de demande, quand il fait froid, à des horaires, 18h-20h, souvent, d'appeler de l'électricité qui vient de l'Allemagne, qui vient d'autres pays européens, c'est une force pour la France, et nous devons aussi nous assurer d'avoir le maximum de productible, c'est-à-dire de capacité de production nucléaire, et nous allons y travailler avec EDF. Donc il y a du très court terme, comment on traite ces corrosions, mais je pense qu'il est très important de tenir compte de la qualité du savoir-faire des équipes d'EDF et de l'Autorité de Sûreté Nucléaire qui savent ce qu'ils font et qui vont garantir une énergie sûre aux Français ; nous avons tous les leviers autour des énergies renouvelables pour mettre en service plus de production d'électricité renouvelable, ça, c'est plus rapide à mettre en oeuvre. Et nous avons le grand projet d'EPR, qui est un projet qui ne va pas déboucher avant les années 2040. Donc ce n'est pas pour tout de suite, mais il faut commencer à préparer l'avenir, parce que nos réacteurs sont vieillissants et il va falloir les remplacer.

AMANDINE ATALAYA
Ce qui est pour tout de suite peut-être, ou du moins, ces prochains jours, c'est que l'Union européenne pourrait voter, si on parle un peu, là, de pouvoir d'achat des Français aussi, un embargo sur le pétrole russe, ce qui serait évidemment une sanction majeure, est-ce que la difficulté, ce ne serait pas qu'on verrait peut-être une explosion précisément des prix du pétrole, alors qu'on sait aujourd'hui que le prix de l'essence est à nouveau à peu près aux 2 euro du litre, qu'est-ce que vous pouvez dire aux Français, il faut qu'ils se préparent à une explosion continue des prix de l'essence ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce que je veux d'abord dire aux Français, c'est que nous travaillons à nous désensibiliser, à ne plus dépendre du carburant russe, nous ne sommes pas les seuls toute l'Europe le fait…

AMANDINE ATALAYA
Ça, c'est sur du long terme…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est sur long terme, mais c'est sur du court terme aussi, c'est-à-dire que…

AMANDINE ATALAYA
Et là, dans l'immédiat, vous connaissez la fameuse théorie de : c'est ma fin de mois qui compte avant…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Avant la fin du monde…

AMANDINE ATALAYA
Avant la fin du monde, en l'occurrence, avant des sanctions peut-être concernant la Russie…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, alors, je vais être très claire concernant nos task forces au ministère de la Transition énergétique, qui, matin, midi et soir, vont chercher des fournisseurs alternatifs de carburant et de diesel précisément pour amortir le choc d'une sanction éventuelle sur le carburant. Et donc nous allons le suivre avec la plus grande vigilance. La deuxième chose, c'est que nous avons mis en oeuvre des mesures pour faire en sorte que les Français ne portent pas ce coût d'augmentation du carburant, vous avez raison de dire qu'aujourd'hui, suivant les régions de France, ce n'est pas tout à fait le même prix, mais on l'a vu du côté de Paris, on est au-dessus de 2 euros du litre à la pompe. Et nous avons mis en place une diminution de ce prix de 18 centimes pour les particuliers, 15 centimes pour les entreprises, ce n'est pas rien…

AMANDINE ATALAYA
Et qui a été prolongée…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui a été prolongée, et ce n'est pas rien. Donc ça, c'est la deuxième chose, et vous savez que nous travaillons à un dispositif qui permet d'être plus fin et d'accompagner en particulier ce qu'on appelle les gros rouleurs, tous ceux qui ont besoin de carburant pour travailler et qui ont une consommation obligée, on va dire, de façon à après septembre…

AMANDINE ATALAYA
Et qui verra le jour…

AGNES PANNIER-RUNACHER
A ce que ce dispositif puisse prendre le relais…

AMANDINE ATALAYA
Après septembre…

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est encore à l'étude, donc je ne vais pas vous donner aujourd'hui les dispositifs, bien entendu…

AMANDINE ATALAYA
Mais après l'été potentiellement…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Nous y travaillons, le président de la République l'a dit, la Première ministre l'a dit.

AMANDINE ATALAYA
Je voudrais vous parler de l'affaire Damien ABAD, ce ministre des Solidarités qui est accusé de viol et qui le conteste fermement, et je voudrais vous en parler, parce qu'en fait, vous êtes une féministe engagée, d'ailleurs, dans votre biographie Twitter, féministe apparaît même avant ministre, c'est un choix que vous avez fait, et vous avez surtout publié en janvier dernier un ouvrage qui s'appelle « Femmes, Ministres et Féministes » avec 20 propositions…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Avec Elisabeth MORENO…

AMANDINE ATALAYA
Avec Elisabeth MORENO, qui était la secrétaire d'Etat en charge de l'Egalité femmes hommes…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ministre déléguée.

AMANDINE ATALAYA
Exactement. Et votre proposition numéro 19, c'est, je vous cite, imposer une obligation d'exemplarité en matière de refus des violences sexistes et sexuelles aux candidats aux élections locales et nationales. Alors, vous êtes prudente, puisque vous ne dites pas aux ministres, néanmoins, c'est un peu…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vais…

AMANDINE ATALAYA
… Damien ABAD est de toute façon candidat aux élections législatives. Dans ce cas précis, exemplarité pour vous, ça veut dire quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, justement, cette composition 19, elle dit, lorsque le juge a tranché, il faudrait pouvoir donner, c'est une proposition qui n'engage qu'Elisabeth MORENO et moi, soyons clairs, mais le juge devrait, comme il a la possibilité dans des affaires, par exemple de conflit d'intérêts, de prise d'intérêt illégale, de déclarer inéligible un candidat, eh bien, lorsqu'il sanctionne des violences sexuelles, il peut déclarer l'inégibilité, mais il faut que le juge intervienne, il faut que le juge intervienne, et je veux dire qu'il n'y a aucune ambiguïté, la Première ministre l'a dit. Nous lutterons toujours contre les violences sexuelles et sexistes, toujours, et nous devons le faire…

AMANDINE ATALAYA
Et en l'occurrence, les plaintes contre Damien ABAD avaient été classées sans suite.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, donc, nous lutterons toujours. Et c'est une des priorités de ce quinquennat, et c'était déjà une priorité du précédent quinquennat, il faut libérer la parole des victimes. Mais de l'autre côté, il faut être très clair aussi, ce n'est ni vous ni moi qui pouvons juger ce type de situation, c'est le juge qui doit le faire, et effectivement, vous l'avez très bien dit, aujourd'hui, il y a une plainte qui a été classée sans suite deux fois, et de l'autre côté, je crois qu'il y a une deuxième affaire, et il y a une deuxième situation…

AMANDINE ATALAYA
Une deuxième femme qui témoigne en tout cas…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Une deuxième femme qui témoigne, qui n'a pas porté plainte. Donc je crois qu'il faut laisser le juge faire son travail s'il doit le faire ; et pour le faire, il faut qu'il ait la matière, et donc une plainte.

AMANDINE ATALAYA
Mais à quel moment vous estimez que si la justice fait son travail, quelqu'un doit démissionner, c'est au moment où on ouvre une instruction judiciaire, au moment où il y a une mise en examen, ou au moment où il y a une condamnation ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, comme je le redis, pour moi, il faut que le juge fasse son travail en allant jusqu'au bout de son travail, c'est-à-dire que, il n'y a évidemment pas discussion s'il y a une condamnation, après, je crois qu'il appartiendra à la Première ministre, et elle l'a dit aussi, s'il y a un acte de procédure judiciaire, elle en tirera les conséquences. Donc les choses sont très claires. Il n'y aura aucune impunité, aucune, pour des auteurs de violences sexuelles et quel que soit leur statut, qu'il soit chef d'entreprise, qu'il soit un homme politique important, ou que ce soit…

AMANDINE ATALAYA
Mais à ce stade, vous ne comprendriez pas une démission de monsieur ABAD, elle n'aurait pas de sens à vos yeux ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, à ce stade, comme je vous le dis, ni vous, ni moi ne sommes capables de trancher une situation qui relève de la justice, et où la justice a pris position, et a prononcé un non-lieu.

AMANDINE ATALAYA
Une dernière question simplement sur le combat des féministes, on a entendu Sandrine ROUSSEAU, écologiste, et qui est très féministe, dire tout récemment à ce sujet justement, que Damien ABAD doit être démis de ses fonctions par principe de précaution, là, on franchit un cap, puisque ça bafouerait la présomption d'innocence. Est-ce que ça vous parle ce qu'elle dit ou est-ce que ce combat de ces féministes-là, vous ne vous y reconnaissez pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Eh bien, moi, je crois beaucoup en l'Etat de droit, et quels que soient, je dirais, les situations et les faits qui sont parfois reprochés, que ce soit des faits d'une très grande diversité, pas forcément les faits de violences sexuelles, la présomption d'innocence, c'est un des piliers de notre démocratie, donc il faut être vigilant à ne pas tomber dans le tribunal de l'opinion, dans le tribunal des médias, voire, alors qu'on est dans une campagne, dans un tribunal qui pourrait avoir des arrière-pensées assez nauséabondes. Je crois que c'est aussi de nature à fâcher les Français avec la démocratie, et on ne peut pas se permettre ça.

AMANDINE ATALAYA
A propos des législatives, une règle a été édictée, les ministres qui perdent aux législatives devront quitter le gouvernement, vous aviez à un moment donné envisagé d'être candidate aux législatives dans le Pas-de-Calais, et puis, vous avez renoncé, et selon les informations du service politique de BFM TV, le président en personne vous a demandé de ne pas y aller pour vous préserver ; est-ce que c'est le cas déjà, pour commencer, est-ce que vous nous le confirmez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, j'ai eu une discussion sur ce sujet-là avec le président de la République, tout à fait.

AMANDINE ATALAYA
Et, est-ce que ça ne veut pas dire, en fait, du coup que seuls les ministres qui vont dans des circonscriptions imperdables sont candidats ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors ce n'est pas du tout le cas…

AMANDINE ATALAYA
S'il vous a demandé de vous préserver…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas du tout le cas, peut-être une petite précision, l'idée de mon engagement était d'aller sur une circonscription dans laquelle Marine LE PEN a fait un vote supérieur à 65% au deuxième tour, qui est donc une circonscription qui a été gagnée par le Rassemblement national en 2017, et qui, pour le coup, était une circonscription où on s'inscrivait dans un combat de long terme, et je pense que ce combat long terme, il faut le mener sur les terres du Rassemblement national, dans le bassin minier du Pas-de-Calais, je pense que c'est un combat très important, je sors un petit peu du sujet de ministre, donc je vais m'arrêter là pour des raisons de régularité par rapport aux médias, et vous me permettrez d'en rester-là.

AMANDINE ATALAYA
Merci beaucoup Madame PANNIER-RUNACHER d'avoir été avec nous ce matin sur BFM TV et RMC.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 mai 2022