Interview de M. Christophe Béchu, ministre chargé des collectivités territoriales, à Public Sénat le 1er juin 2022, sur les violences lors de la finale de la Ligue des champions au Stade de France, la crise de l'hôpital, la réforme des retraites, les collectivités territoriales et les élections législatives.

Texte intégral

ALEXANDRE POUSSART
Et j'accueille l'invité politique du jour, c'est Christophe BECHU, le nouveau ministre délégué en charge des Collectivités territoriales. Il est également maire d'Angers et également secrétaire général du parti Horizons d'Edouard PHILIPPE. Bonjour Christophe BECHU.

CHRISTOPHE BECHU
Bonjour.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, merci d'avoir accepté notre invitation. Je crois savoir que c'est d'ailleurs votre première intervention dans les médias depuis votre entrée au gouvernement. Nous sommes ensemble pendant 20 minutes, pour une interview en partenariat avec la Presse quotidienne régionale, qui est représentée aujourd'hui par le groupe La Dépêche du Midi, avec vous Christelle BERTRAND. Bonjour.

CHRISTELLE BERTRAND
Bonjour Alexandre, bonjour Christophe BECHU.

ALEXANDRE POUSSART
Christophe BECHU, on va commencer par l'audition du jour au Sénat, audition du ministre de l'Intérieur Gérald DARMANIN et de la ministre des Sports Amélie OUDEA-CASTERA sur ce fiasco de l'organisation de la finale de la Ligue des Champions au Stade de France samedi soir à Saint-Denis. Alors, Gérald DARMANIN, il pointe la responsabilité des supporters britanniques et des milliers de supporters qui sont arrivés sans billet ou avec des faux billets, mais quand même, est-ce qu'il n'y a pas aussi une responsabilité de l'Etat et notamment des forces de l'ordre dans la stratégie de sécurité ?

CHRISTOPHE BECHU
Il m'a semblé que c'était précisément à ça que devaient servir les auditions parlementaires de cet après-midi, y voir clair. Et ce que j'observe, c'est qu'après une soirée, évidemment samedi, avec des images qu'aucun d'entre nous n'aurait aimé voir, on a à la fois l'UEFA qui lance une enquête indépendante, on a le parquet de Bobigny qui lui aussi lance une enquête, on a une mission qui a été confiée au préfet CADOT chargé de l'organisation des grands événements sportifs, avec dans maintenant 7 ou 8 jours, un rapport qui sera remis au ministre, et on a ces auditions cet après-midi, précisément pour arriver à comprendre comment on a pu en arriver là, dans un contexte où il y a d'abord des éléments hexogènes objectifs, une finale qui entre guillemets a été décidée au Stade de France il y a seulement 3 mois et demi, une grève sur le RER B, où la crainte d'une diminution du nombre de rames qui a engorgé le RER D et qui a posé des difficultés d'organisation, et manifestement du côté des supporters anglais, avec la volonté d'avoir des billets papier etc. un afflux et des difficultés qui n'ont rien à voir avec ce qu'on a constaté côté espagnol. Donc l'enquête, les enquêtes, les audits vont permettre d'y voir clair.

CHRISTELLE BERTRAND
Justement, les enquêtes commencent à peine, les audits comme vous dites, est-ce qu'il était normal de pointer du doigt d'ores et déjà les supporters anglais ? Est-ce qu'il n'y a pas eu une erreur de la part de Gérald DARMANIN ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous savez, d'abord il y a un certain nombre d'éléments objectifs qui accréditent le fait qu'il y a un sujet de supporters sans billet, anglais, en très grand nombre. C'est vrai dans les estimations…

CHRISTELLE BERTRAND
Pas aussi grand nombre que ce qui a été dit.

CHRISTOPHE BECHU
Quand vous voyez la Fédération française de football qui hier explique qu'il y avait bien 35 000 personnes sans billet qui étaient aux abords du Stade de France, quand vous voyez que c'est le chiffre qu'on retrouve du côté du Consortium du Stade de France ou de l'UEFA et de la préfecture de police, ça fait quand même un faisceau d'indices. J'ajoute que quand on vous dit qu'il y a près de 3 000, 2 800 je crois, billets, faux billets qui ont été scannés alors qu'il avait un pré-filtrage qui consistait déjà à en évacuer un certain nombre, et qu'il y avait manifestement des notes de renseignement faisant état de potentiellement plusieurs dizaines de milliers de supporters anglais sans billet, je veux bien croire que tout ça soit le fait du hasard, mais ça dessine quelque chose. Je ne veux pas justement, moi, entrer dans cette espèce de réflexe pavlovien qui fait qu'il y a des gens qui, alors que les enquêtes sont en cours, sont capables de vous dire de façon extrêmement précise, ce qui s'est passé. Quand je vois l'extrême droite qui dit "c'est de la faute des racailles de Seine-Saint-Denis " et l'extrême gauche qui dit " encore des violences policières ", enfin, c'est une caricature, précisément parce qu'on va organiser la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques, on a besoin d'aller au fond des choses, de comprendre, de s'assurer que ce genre de choses ne peut pas se reproduire. Attaquer ensuite le ministre de l'Intérieur, tout ça parce qu'on est à quelques jours des élections législatives, ça prend en plus forcément…

CHRISTELLE BERTRAND
Pour vous, c'est politicien.

CHRISTOPHE BECHU
Mais, il y a forcément une dimension politique. Gérald DARMANIN est un ministre qui est investi, extrêmement investi, pour être très près de lui depuis 10 jours. Il n'y a aucun sujet qu'il prend à la légère, et encore une fois je ne suis pas dupe de la partie politique de tout ça. Mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas aller au fond des choses. Je me réjouis qu'il y ait des auditions, je me réjouis qu'il y ait des enquêtes, ça nous permettra à la fois être sûr, de comprendre et de s'assurer que ça ne recommence pas. C'est quand même le plus important.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, ce soir-là il y avait notamment une grève de la RATP du RER B, ce qui a expliqué que tous les supporters arrivaient par le RER D, c'est peut-être une des raisons notamment de cet amassement de public. Et cette grève eh bien elle est renouvelée pour vendredi soir pour le match France – Danemark, grève de la RATP, une entreprise qui est d'ailleurs financée par une collectivité territoriale, la région Ile-de-France. Est-ce que vous trouvez que la reconduction de cette grève est responsable ?

CHRISTOPHE BECHU
Le droit de grève est un droit constitutionnel. Il peut arriver parfois que la façon dont on l'utilise devienne contre-productif sur le soutien du public, et je ne suis pas certain que de donner le sentiment que le la manière la plus efficace d'être entendu c'est de prendre en otage des événements de ce type, qui sont populaires et auxquels les Français sont attachés, soit le meilleur moyen de faire aboutir ses revendications. Mais c'est la liberté constitutionnelle.

CHRISTELLE BERTRAND
Et là, ça veut dire que vous tirez la sonnette d'alarme, en disant : attention, soyez responsables et … ?

CHRISTOPHE BECHU
Je ne suis pas là-dedans. Je crois qu'il y a à la fois, un événement samedi dernier qui nécessite qu'on fasse la lumière de tout ça. Et puis ensuite, le principe de la responsabilité individuelle de chacun qui vaut aussi pour ceux qui travaillent à la RATP, parce que manifestement le fait que tous les RER B n'aient pas circulé samedi soir, n'a pas aidé à ce qu'on ait une situation qui soit fluide et qui soit sans difficulté pour tout le monde.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, on va évoquer la crise de l'hôpital, puisque le président de la République Emmanuel MACRON était hier à Cherbourg, au chevet des soignants. Il a annoncé une mission flash pour tirer les enseignements des besoins, notamment en termes de moyens et d'effectifs dans les différents territoires dans les établissements. Il a également annoncé une conférence sur la santé à l'été. Est-ce que ce sont des annonces suffisantes, compte tenu quand même de l'urgence ? Et puis ce n'est pas nouveau, on ne vient pas de découvrir la crise de l'hôpital aujourd'hui.

CHRISTOPHE BECHU
A partir du moment où un problème est complexe, qui peut penser que des réponses simples permettront de le régler ? C'est quoi le problème de la crise de l'hôpital ? C'est plein de choses, et d'ailleurs ce n'est pas seulement l'hôpital, c'est effectivement les déserts médicaux dans un certain nombre d'endroits, l'insuffisante coopération entre la médecine de ville et l'hôpital dans d'autres. Parfois ce sont des soucis d'infrastructures, matériels. Je vais prendre un exemple très concret, d'une ville que je connais, qui est évidemment la ville d'Angers. Grâce en particulier au Ségur de la santé, un projet qui depuis des années était dans les cartons, et qui consistait à investir massivement dans la refonte totale de nos urgences, va pouvoir voir le jour. On parle de plusieurs centaines de millions d'euros d'investissements. Parce que la 1ère cause aussi de l'engorgement, c'était des bâtiments inadaptés, c'était des lieux qui ne permettaient pas de pouvoir faire les choses dans de bonnes conditions. On a observé, dans un contexte qui est celui du vieillissement de la population, la tendance de plus en plus forte, jusqu'au Covid, de beaucoup de patients, plutôt que de savoir s'il y avait un médecin de garde, plutôt que de savoir s'ils pouvaient se rendre chez tel ou tel praticien, d'aller tout de suite aux urgences dès qu'il y avait une difficulté. Ce phénomène, il a déjà amené, avant le Covid, à une fatigue des personnels, à des burn-out, à des grèves à répétition dans beaucoup de ces services. Avec le Covid, on a atteint des niveaux de fatigue liés au fait que ces soignants, au lieu dans ces moments-là de démissionner, ils ont tenu, quel que soit le nombre d'heures que ça représentait. Et donc on voit bien que pour répondre à ces soucis, ce n'est pas seulement répondre à, maintenant, la fatigue issue de ces 2, 3 ans, c'est répondre à un temps beaucoup plus long, qui a commencé avec un numerus clausus trop bas, amenant à un renouvellement des médecins insuffisant, et qui donc aujourd'hui nécessite de regarder les sujets de manière transversale. Cette Mission flash, c'est une bonne nouvelle pour plusieurs raisons. D'abord, parce que ce ne sont pas que des hospitaliers, il y a un généraliste, il y a le SAMU, il y a l'ARS, c'est transversal. Ensuite, parce qu'il ne s'agit pas de lancer un comité Théodule pour un an, il s'agit en l'espace de seulement un mois de poser un certain nombre de constats et de faire un certain nombre de préconisations. Pourquoi seulement un mois ? Parce que beaucoup de ces sujets sont connus, et on va juste les rassembler dans le cadre de cette Mission flash, donc de façon très concrète…

ALEXANDRE POUSSART
C'est ça, pardonnez-moi mais quand ça se fait qu'on n'en est qu'au stade du constat, alors qu'on connaît tous les problèmes de l'hôpital ? Ça fait des années qu'on en parle, pourquoi le gouvernement maintenant se met à refaire des constats ?

CHRISTOPHE BECHU
Je ne crois pas. Moi j'ai vraiment compris les annonces du président hier comme une agrégation des constats, et comme une compilation si vous voulez des diagnostics, pour arriver à cette vision transversale.

CHRISTELLE BERTRAND
Au tout début de la crise du Covid, il a déjà été dit par le gouvernement de l'époque " on va mettre beaucoup d'argent dans l'hôpital, on en a besoin, l'hôpital va mal ". 2 ans plus tard, on en est en effet à une Mission flash. Est-ce que c'est compréhensible pour les Français, ça ?

CHRISTOPHE BECHU
De l'argent, il y en a qui a été mis, au travers du Ségur de la santé, au travers du Ségur de l'investissement et on parle de milliards d'euros.

CHRISTELLE BERTRAND
Pas suffisamment eu égard à la situation d'aujourd'hui.

CHRISTOPHE BECHU
Oui, mais parce que précisément il ne faut pas se concentrer qu'à l'intérieur de l'hôpital pour régler le problème de l'hôpital et des urgences, il faut être capable de dézoomer, de regarder la façon dont les paramédicaux, dont les médecins, dont la régulation, dont la télémédecine, peuvent faire en sorte de décharger, avant qu'on arrive dans les lieux des urgences.

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce qu'on ne peut pas se dézoomer plus tôt et… ?

CHRISTOPHE BECHU
Tout est urgent. Ce que je veux dire c'est que, attendre qu'en l'espace de quelques mois ou de quelques semaines on règle ce qui manifestement est un souci en terme de décennies ou d'inaction ou de pente dégressive, soyons raisonnables, encore une fois si tout était aussi simple, s'il fallait des baguettes magiques, pourquoi les problèmes n'ont-ils pas été réglés, il y a 5, il y a 10, il y a 15 ans, alors que si vous reprenez, y compris dans la Presse quotidienne régionale, les titres des articles, ça fait mais 20 ans qu'on parle des difficultés, de la fatigue des urgentistes, des embolies, de ce genre de sujet. Donc, encore une fois, on peut toujours considérer que ça ne va pas assez vite, ce que j'observe c'est qu'il y a eu un avant et un après Covid en termes de prise de conscience de ce sujet et que le président de la République, avec cette visite hier à Cherbourg, a bien témoigné du fait que le sujet de la Santé n'était pas derrière nous, mais qu'il était sur le haut de la pile des urgences du nouveau gouvernement.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, en tout cas dans ce contexte on a un budget de la Sécurité sociale qui n'est pas forcément en meilleure posture, notamment au niveau des retraites. Emmanuel MACRON souhaite mener une réforme des retraites. Le recul de l'âge à 65 ans n'est plus un totem, il peut être revu, ça dépendra aussi des concertations avec les partenaires sociaux. Du côté Edouard PHILIPPE, à l'automne dernier on était plutôt sur une position d'un âge à 67 ans, Edouard PHILIPPE souhaite un recul de l'âge de départ à la retraite à 67 ans. Est-ce qu'il faut maintenir cet objectif ?

CHRISTOPHE BECHU
Non, Edouard PHILIPPE a lancé dans le débat, le fait que quand on regardait la situation dans les autres pays, il y avait des pays dans lesquels l'âge de la retraite était à 65, 66, 67 ans, et il a bien utilisé ces 3 chiffres. Donc, pour être très clair, il y a une grande unité dans discours. Ça consiste à dire qu'on ne peut pas faire comme si le vieillissement de la population n'était pas un sujet. Jusqu'à maintenant, au lieu de faire des réformes autour de l'âge, on a insensiblement laissé glisser le niveau des pensions et des retraites. Dans un contexte où le président de la République a dit qu'il souhaitait à la fois qu'il y ait un montant minimal de 1 100 €, et qu'on aille vers une indexation sur l'inflation des retraites, il y a bien la nécessité de regarder la façon dont on le finance. Tous les pays européens autour de nous travaillent plus longtemps. Jusqu'à quel âge, dans quelles conditions ? Ça va être l'objet des concertations qui vont être conduites par le gouvernement. Et vous avez tout à fait raison de dire que, à la fois le président, mais même la Première ministre, ont été clairs sur le fait que le principe d'une réforme il est acté, les modalités elles doivent désormais être discutées.

CHRISTELLE BERTRAND
Quand est-ce qu'elles vont commencer ces discussions justement ?

CHRISTOPHE BECHU
D'abord, après les élections législatives, pour l'essentiel, parce qu'on est respectueux d'un temps qui prend tout son sens, et je pense que la Première ministre aura l'occasion, sans doute dans son discours de politique générale, d'aller préciser à la fois le contexte, le cadre, le calendrier. Il y a déjà des contacts informels qui ont été pris. La suite ce sera après les législatives.

CHRISTELLE BERTRAND
Le président de la République avait dit : il faut agir, agir, agir, il annonçait même en texte sur le pouvoir d'achat, avant législatives, un texte sur l'environnement. Il ne se passe rien pour l'instant. Comment vous expliquez ce temps de latence inattendu ?

CHRISTOPHE BECHU
Mais, il faut bien comprendre une chose, c'est que, avant de présenter un texte, c'est assez logique qu'il y ait à la fois un temps de maturation, un temps d'interministériel, un temps de travail, un temps d'aller-retour avec le Conseil d'Etat ou avec un certain nombre de partenaires. Et donc on ne peut pas à la fois dire qu'il faut faire en sorte de concerter, il faut faire en sorte de travailler avec les uns et les autres, et il faut aller plus vite. La concertation, elle prend du temps, et donc il y a un impératif à trouver…

CHRISTELLE BERTRAND
C'est vous qui souhaitez aller vite.

CHRISTOPHE BECHU
Oui, mais ce que je veux dire, c'est que même si ça peut sembler être une injonction contradictoire, il faut effectivement aller vite, en prenant le temps de la concertation, et ces deux éléments sont essentiels. Mais il ne faut pas non plus bousculer dans une espèce de culture de l'immédiateté, dans laquelle, pour répondre au bandeau déroulant d'une chaîne d'info en continu, on se hâterait d'aller annoncer quelque chose, sans avoir pris le temps, d'abord de s'assurer que ça fonctionne, et puis ensuite que c'est un sujet sur lequel on peut rassembler un pays dans lequel aujourd'hui on a aussi besoin de cet apaisement.

ALEXANDRE POUSSART
Alors, Christophe BECHU, l'enjeu de cet entretien, c'est aussi un peu de voir les chantiers de ce quinquennat pour les collectivités territoriales. D'abord un mot sur la méthode. Emmanuel MACRON, il a annoncé une méthode nouvelle pour renouer ce lien avec les élus locaux, après un 1er quinquennat où les relations étaient très compliquées entre le président de la République et les élus. Quelle va être cette méthode nouvelle ?

CHRISTOPHE BECHU
Très clairement, le slogan " avec vous ", il résume à la fois ce qu'est la philosophie d'action du président de la République pour ce nouveau mandat, et la manière dont Elisabeth BORNE nous a demandé de conduire, dans nos domaines de responsabilités respectives, les chantiers que nous avons à mener. Dans mon cas, les choses vont être relativement simples, je vais là aussi, dès que les élections législatives seront passées, prendre le temps de rencontrer toutes les associations d'élus, 'savoir ce qu'elles attendent de ce quinquennat, et faire en sorte de discuter des sujets qui sont des sujets d'urgence, il y en a quelques-uns sur la table. Il y aura vous le savez le dégel du point d'indice, ça concerne aussi la Fonction publique territoriale qui représente des effectifs très importants, d'agents qui sont au service des habitants de notre pays, dans le bloc communal c'est la moitié des dépenses de fonctionnement qui sont consacrées à faire en sorte de financer les agents qui sont en 1ère ligne au quotidien. Il y a un contexte d'inflation, qui n'a échappé à personne, on se concentre beaucoup sur l'impact de cette inflation sur les ménages, mais une commune qui chauffe une piscine, qui met du sur le dans les véhicules de ses espaces verts, elle est elle aussi directement confrontée à un certain nombre de ces mesures, et donc il y a des sujets qui sont tout de suite sur la table, et puis il y en a d'autres qui vont arriver un peu plus tard, et puis d'autres qui sont entre les deux. Ce sont des décrets d'application de la loi 3DS, pour lesquels il y en a encore plusieurs dizaines qui sont à prendre.

ALEXANDRE POUSSART
Donc la loi de décentralisation.

CHRISTOPHE BECHU
Pardon, la loi effectivement de décentralisation et de simplification qui a été portée par Jacqueline GOURAULT et qui nécessite encore quelques dizaines de mesures réglementaires pour pouvoir entrer en application.

CHRISTELLE BERTRAND
Christophe BECHU, vous annoncez les concertations dans un contexte un peu particulier, où Emmanuel MACRON a annoncé 10 milliards d'économies sur les collectivités durant ce quinquennat. Est-ce que c'est de nature à apaiser les discussions avec les élus locaux et puis comment faire ces économies ?

CHRISTOPHE BECHU
Le quinquennat qui s'est terminé, il a été marquée par le fait que non seulement les dotations en direction des collectivités n'ont pas diminué, à la différence du quinquennat précédent, mais que de façon conjoncturelle, mais extrêmement puissante, avec le plan de relance, il y a eu et il y a encore des milliards d'euros d'aides pour accompagner les projets des collectivités territoriales. Le président, pendant sa campagne électorale, a expliqué qu'il faudrait trouver un mécanisme pour que les collectivités puissent participer à un effort de modération de la dépense publique. Ce chiffre il est moins important que celui qui avait été annoncé il y a 5 ans, et il est certain qu'on ne repartira pas sur les bases d'un contrat de Cahors qui consisterait à dire : il y a un pourcentage de l'inflation à ne pas dépasser. Il faudra trouver un autre mécanisme, tout simplement parce que le contexte d'inflation dont je parle, n'est pas le même, mais il faut bien comprendre qu'une collectivité locale, elle ne vit pas sur une île. On ne peut pas avoir d'un côté un Etat qui est confronté à un certain nombre de sujets, de difficultés ou de problèmes, et de l'autre des collectivités locales qui iraient bien ou inversement, et surtout, il faudra que ces discussions sur les moyens des collectivités, elles soient ordonnées aux objectifs que nous poursuivons. La responsabilité qui m'a été confiée, symboliquement, elle est à la fois dépendante du ministère de l'Intérieur et du ministère de la Transition écologique, parce que les collectivités locales doivent prendre leur part, et toute leur part, dans la transformation notre pays, pour accélérer sur les enjeux d'adaptation au changement climatique ou de lutte contre le réchauffement.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça veut dire qu'elles ne le font pas suffisamment aujourd'hui ?

CHRISTOPHE BECHU
Non, ça veut dire qu'il faut…

CHRISTELLE BERTRAND
… les accompagner…

CHRISTOPHE BECHU
Ça veut dire que demain, dans la façon dont il faudra qu'on discute à la fois des moyens des collectivités et ce calendrier, il faudra aussi qu'on regarde à quoi servent ces moyens, et sur ces sujets, on a à travailler main dans la main en termes de déploiement d'énergies renouvelables, en termes de lutte contre le gaspillage, en termes de capacité à faire en sorte de lutter contre les îlots de chaleur, d'accompagnement des populations, parce qu'encore une fois, l'objectif commun d'un maire ou d'un ministre, c'est bien d'être au service des Français sur les enjeux qui sont les plus fondamentaux. Et cette transition écologique c'est aujourd'hui un enjeu fondamental.

ALEXANDRE POUSSART
Donc, concrètement, est-ce que cet objectif d'économie de 10 milliards d'euros pour les collectivités territoriales, il va être maintenu, même malgré le contexte de l'inflation, ou est-ce qu'il va être abaissé dans ce contexte de hausse des prix ?

CHRISTOPHE BECHU
Ça fera partie de ce qui sera évoqué dans les prochaines semaines, dans les prochains jours, le chiffre il a été annoncé sur la totalité d'un quinquennat, on est dans les premières semaines, il y a 5 ans devant nous, on peut aussi considérer qu'il est assez logique et légitime qu'on attende la concertation, la rencontre, pour faire des annonces dans ce domaine, plutôt que de les faire avant même de rencontrer les associations d'élus représentatives.

ALEXANDRE POUSSART
Est-ce que les dotations seront maintenues pour les collectivités, en tout cas au même niveau, est-ce qu'il y aura une baisse des dotations dans ce quinquennat ?

CHRISTOPHE BECHU
Vous ne me ferez pas répondre ce matin à des sujets sur lesquels, précisément parce que je suis attaché à la concertation et que j'ai beaucoup de respect pour les associations qui représentent les élus, il est légitime et logique que ce soit avec eux qu'on évoque ces sujets dans un premier temps.

CHRISTELLE BERTRAND
Ça va prendre quelles formes ces concertations d'ailleurs, ce sera des grandes conférences, ce sera…

CHRISTOPHE BECHU
Ça prendra toutes les formes nécessaires pour que cette concertation soit satisfaisante, à la fois des temps de rencontre par strates, parce que les sujets des départements, des régions et des villes dans un certain nombre de domaines ne sont pas les mêmes, et donc il est logique et naturel qu'on puisse discuter avec les uns et les autres, et puis sans doute des temps qui seront des temps plus larges, parce qu'il y a aussi des sujets qui sont transversaux et des sujets communs.

ALEXANDRE POUSSART
Une dernière question sur ce sujet des collectivités. Emmanuel MACRON avait évoqué le retour du Conseiller territorial, c'était une réforme de Nicolas SARKOZY, c'est-à-dire un conseiller qui est à la fois élu au niveau départemental et régional, est-ce que cette réforme va être mise en place dans le quinquennat ?

CHRISTOPHE BECHU
Ecoutez, encore une fois…

ALEXANDRE POUSSART
Là encore.

CHRISTOPHE BECHU
… ça fait 10 jours que le gouvernement a été annoncé, on est aujourd'hui dans la composition des équipes, on va être dans les temps de concertation. Le président de la République a dit de façon claire qu'il souhaitait cette réforme du conseiller territorial. Les élections départementales et régionales elles arriveront à la fin de ce quinquennat, ce n'est pas le sujet des premiers jours et des premières semaines. Aujourd'hui il y a d'autres urgences, néanmoins le programme du président il a vocation à être appliqué, les engagements ils sont faits pour être tenus, et c'est précisément la raison pour laquelle on est très engagé dans cette campagne des législatives pour que les Français donnent au président de la majorité qui lui permettra de tenir l'ensemble de ses engagements.

ALEXANDRE POUSSART
Et justement, sur cette campagne des législatives, Christophe BECHU vous faites partie des dirigeants du parti Horizons, le parti d'Edouard PHILIPPE. Quel est l'objectif dans cette campagne pour Horizons, combien de sièges vous visez à l'Assemblée nationale ?

CHRISTOPHE BECHU
Le plus possible parce qu'on a la conviction que plus la majorité sera large plus le gouvernement, le président de la République pourront réformer, répondre aux attentes qui se sont exprimées par les Français. Le très haut niveau de vote pour les extrêmes, il traduit bien à la fois un désarroi et la nécessité d'aller changer des choses si on ne veut pas se retrouver dans la même situation tous les 5 ans. Et donc pour ça il faut une majorité pour agir, une majorité qui soit loyale, une majorité aussi que soit plurielle et qui soit diverse parce que c'est une façon d'être capable d'écouter tous les territoires.

CHRISTELLE BERTRAND
Avec un groupe Horizon important.

CHRISTOPHE BECHU
Le plus important possible ? Je souhaite la majorité la plus large possible avec à l'intérieur de cette majorité les composantes les plus large possibles.

CHRISTELLE BERTRAND
Est-ce que ça signifie que vous allez apporter une petite musique différente au sein de cette majorité, quel est la marque de fabrique Horizon ?

ALEXANDRE POUSSART
Est-ce que vous voterez forcément tous les textes du gouvernement ?

CHRISTOPHE BECHU
C'est incroyable le quinquennat n'a pas commencé, les groupes sont pas constitués et vous posez déjà ce type de question. Depuis le début, depuis le jour où Edouard PHILIPPE a lancé son parti politique, il a dit qu'il soutiendrait le président de la République. Il n'y a pas eu d'ambiguïté dans la constitution d'Horizon sur le fait que c'était un parti qui se retrouvait dans la majorité présidentielle. Nous partons à ces élections sous la même bannière avec la même clé de financement, ce n'est pas un cartel électoral comme d'autres le font pour essayer de duper les électeurs en leur faisant croire qu'on est d'accord sur tout, non il y a un socle qui est celui d'une campagne présidentielle à laquelle on a tous participé et il y a un contexte qui consiste à avoir une majorité qui soit plurielle, qui soit unie et qui ait un socle intangible autour des engagements du président. Qu'est-ce qu'apporte Horizon ? Un ancrage territorial avec un nombre de maires dans son sein particulièrement important et le fait d'assumer d'être un flotteur droit sur un certain nombre de sujets, notamment régalien ou de tenue des comptes au sein de cette majorité. Les choses sont claires.

ALEXANDRE POUSSART
Christophe BECHU, vous êtes également le maire d'Angers, je voudrais avoir votre réaction notamment autour du drame du balcon d'une cité étudiante d'Angers en 2016, ce balcon il s'était effondré pendant une soirée étudiantes à cause de malfaçons, bilan 4 étudiants qui ont perdu la vie. Hier le tribunal correctionnel d'Angers a condamné trois des constructeurs du balcon mais l'architecte et le conducteur des travaux ont été relaxés sur le plan pénal, alors que le parquet avait quand même requis des peines de prison à leur encontre, cette relaxe elle suscite beaucoup d'émotions notamment auprès des familles des victimes, est-ce que vous demandez à ce que le parquet fasse appel ?

CHRISTOPHE BECHU
D'abord cette émotion non seulement je la comprends mais je la partage parce que c'est sans doute le pire souvenir de mon premier mandat de maire. J'étais sur place cette nuit-là au moment où les secours s'affairaient, au moment où les familles étaient dans l'incertitude et l'émotion qui a bouleversé les Angevins, parce que vous parlez des 4 morts mais il y a eu beaucoup de blessés, elle a été considérable. Il y a une décision de justice qui a été rendue hier dont je n'ai pas lu les attendus et vous m'interrogez sur ce qui est dans la presse angevine de ce jour, je comprends cette émotion, je n'ai pas l'habitude de commenter les décisions de justice et encore moins d'aller expliquer au parquet ce qu'il doit faire. Il y a un procureur de la République qui je pense est en train de prendre le temps de regarder ce qu'il y a à l'intérieur, il y a une décision qui a été étayée. il a par ailleurs pour que les choses soient complète sur le plan pénal des fortunes diverses qui ont été faits à ceux qui étaient poursuivis mais sur le plan civil, je crois plus de 2 millions et demi de dommages et intérêts qui vont être partagés pour le coup par l'ensemble des prévenus avec des indemnisations importantes pour les familles, ce qui ne remplace évidemment en rien la perte de ces jeunes hommes et de ces jeunes femmes, mais qui permet de dire que ça n'a pas été une irresponsabilité totale de ceux qui ont été poursuivis. Le tribunal a suivi le procureur sur la partie civile, il ne l'a pas complètement suivi sur la partie pénale mais il y a une reconnaissance claire du fait que ces jeunes ont été des victimes et que les familles méritent des réparations. Le reste je pense qu'on y verra plus clairement les prochains jours.

ALEXANDRE POUSSART
Merci beaucoup Christophe BECHU d'avoir été notre invité aujourd'hui pour votre première interview en tant que ministre chargé des Collectivités territoriales.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 juin 2022