Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, à France Info le 2 juin 2022, sur la politique de l'énergie.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Agnès PANNIER-RUNACHER.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Bonjour Marc FAUVELLE.

MARC FAUVELLE
Vous avez hérité d'un des ministères les plus importants du quinquennat, c'est celui de la Transition énergétique, où votre arrivée a été accueillie de manière assez fraîche par les associations écologistes, GREENPEACE, par exemple, estime que vous n'avez ni l'expérience, ni le poids politique, pour gérer un dossier aussi important. Que répondez-vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je réponds qu'il faut me voir au travail, que sur l'industrie j'ai été la première ministre de l'Industrie à remettre le secteur industriel sur la trajectoire de réduction des émissions de carbone, puisqu'à la faveur du plan de relance et du plan France 2030 nous avons accompagné les industriels dans une réduction de 3,9 millions de tonnes de CO2 par an, c'est très concret, et donc c'est la même chose que je souhaite faire sur le secteur énergétique plus largement.

MARC FAUVELLE
Vous êtes écologiste ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je suis comme tout le monde, c'est-à-dire que je vois que la planète va mal avec le réchauffement climatique, que ça a un impact majeur. Je vais vous faire une confidence. Quand j'ai été nommée ministre, mon fils de 16 ans m'a dit « bravo, ça va être très difficile maman, et je veux te dire une chose, je t'attends au tournant », donc je pense que…

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire qu'il est prêt à vous engueuler à la maison si ça ne va pas assez vite ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ah mais je pense que cette génération-là ne nous laissera aucun… n'assumera pas notre échec et poussera pour qu'on accélère très massivement, donc aujourd'hui il n'y a pas de…

MARC FAUVELLE
Vous lui avez dit on sera meilleurs que dans le premier quinquennat ? C'est ce que vous avez dit quelques minutes après votre nomination, vous avez dit " on a perdu trop de temps. "

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, j'ai dit il faut rattraper le temps perdu, le temps perdu c'est les 30 années qui précédent.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas les cinq dernières années ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je ne crois pas, parce qu'il se trouve que sur ce quinquennat on a tenu notre trajectoire carbone. Alors, on pourra dire que c'est plus facile de la tenir dans un moment…

MARC FAUVELLE
Il y a eu une petite pandémie au milieu.

AGNES PANNIER-RUNACHER
De Covid, parce qu'on utilise moins d'énergie, mais il se trouve qu'on a tenu et qu'on a doublé la diminution des émissions de carbone…

MARC FAUVELLE
Mais on n'a pas respecté par exemple, et la France a été le seul pays à ne pas le respecter, les objectifs pour les énergies renouvelables.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez tout à fait raison, et vous savez pourquoi ? Parce qu'en France il faut deux plus de temps pour développer des énergies renouvelables, et avec Amélie de MONTCHALIN…

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Justement, j'y viens, avec Amélie de MONTCHALIN nous avons porté une loi d'accélération et de simplification de l'action publique, qui justement permet par exemple de débloquer des situations sur le déploiement des éoliennes marines, ce projet de loi, les Verts, la gauche, la France insoumise, a voté contre, donc nous agissons pour accélérer le développement des énergies renouvelables aujourd'hui, et on observe une accélération, on a vu, on voit le premier parc éolien marin sortir et commencer à être relié à la terre, nos oppositions parlent beaucoup, elles faisaient partie d'un gouvernement, je le rappelle, sous HOLLANDE, qui a été condamné pour ne pas avoir respecté sa trajectoire climatique, avoir été deux fois trop lente pour réduire ces émissions de carbone, ça c'est la réalité.

SALHIA BRAKHLIA
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous venez de l'évoquer, Amélie de MONTCHALIN forme un binôme avec vous pour la transition écologique, on parle même de trio avec la Première ministre pour la planification écologique, et vous faites même un quatuor puisqu'il y a Antoine PELLION, secrétaire général à la planification écologique, qui vient d'être nommé, son CV est marqué par des passages chez le pétrolier TOTAL, où il a appris à optimiser la production d'un gisement de pétrole au Congo, il est passé par la compagnie nucléaire AREVA aussi, pour s'occuper de la coordination technique d'un EPR en Finlande, et puis conseiller énergie environnement auprès d'Emmanuel MACRON, c'est lui qui est à l'origine de la taxe carbone, qui amis les Gilets jaunes dans la rue, ce CV-là il ne fait pas un peu tâche dans votre quatuor ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors je le redirai complètement, complètement autrement, Antoine PELLION connaît les sujets énergétiques, et puis c'est un fonctionnaire, ce sont les ministres qui décident, ce sont les ministres qui portent une vision politique.

SALHIA BRAKHLIA
Donc il n'aura pas de poids lui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Il aura le rôle qu'a un secrétaire général, par exemple des Affaires européennes, c'est-à-dire un rôle important, de coordination de l'ensemble des ministres, chaque ministre aura une feuille de route avec des objectifs en matière de transition écologique, énergétique, il faut que ces objectifs soient ambitieux, il faut que ces objectifs soient cohérents entre eux, ça Antoine PELLION veillera, avec l'ensemble des directeurs de cabinet, à ce que ce soit le cas, et il faut ensuite les suivre, c'est un travail important, mais la vision politique elle est posée par le président de la République, elle est portée par la Première ministre, et elle est incarnée par Amélie de MONTCHALIN et moi-même.

MARC FAUVELLE
Si vous deviez résumer d'une phrase votre mission à la tête de ce ministère de la Transition énergétique ce serait quoi ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est de sortir la France des énergies fossiles, c'est ça la mission que m'a confiée le président de la République et la Première ministre, et pour sortir la France des énergies fossiles c'est avant 2050, puisque c'est l'objectif du Net zéro carbone, et ça va être tout le travail que nous allons porter sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, avec trois chapitres. Le premier chapitre c'est comment nous allons réduire de 40% notre consommation d'énergie, c'est ce que les experts aujourd'hui nous disent que doit être l'effort d'ici 2050 en matière de consommation d'énergie, consommation de carburants, consommation de gaz naturel. Comment on fait ? eh bien il y a deux éléments, un élément d'efficacité énergétique, à consommation égale vous prenez le vecteur qui émet le moins de carbone, donc vous passez d'une voiture thermique à une voiture électrique, et puis il y a la sobriété énergétique, ou la chasse contre le gaspillage énergétique, si on veut l'appeler autrement, de manière plus positive, et là l'objectif c'est de changer les habitudes de vie collective, et par exemple de favoriser le transport en commun par rapport au transport individuel, par exemple de regarder comment on organise les conditions de travail pour réduire de manière structurelle notre consommation d'énergie.

MARC FAUVELLE
Sur la fin des énergies fossiles je voudrais vous faire entendre ce que disait sur ce plateau il y a quelques jours Jean-Marc JANCOVICI, que vous connaissez, qui est membre du Haut Conseil pour le Climat, il explique à quel point ça risque d'être difficile de s'en passer.

JEAN-MARC JANCOVICI
Si vous avez sur vous une fibre synthétique, du nylon, tout ce qui est poly machin chouette, etc., ça vient du pétrole, et ça vient du gaz, si vous avez du coton sur vous, ça n'a pas poussé en France, tout ce que vous avez mangé ce matin ça a poussé avec des tracteurs utilisant du pétrole, fabriqués en acier, il n'y a plus de mines de fer en France et l'acier il faut du charbon, pour le faire, du charbon métallurgique, ça a utilisé des engrais qui sont fabriqués avec du gaz, on le sait en ce moment avec la hausse du prix des engrais avec le conflit en Ukraine, ça a été transporté par camions jusqu'à l'endroit où vous l'avez acheté, etc., donc nous sommes dans un monde de machines, tout ce que vous faites, tout le temps.

SALHIA BRAKHLIA
Une transformation radicale de la société, c'est ce que vous préparez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je crois qu'il faut…

SALHIA BRAKHLIA
Vous êtes d'accord avec lui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, il a complètement raison puisqu'il décrit point par point où se cachent toutes nos émissions de carbone. Il parle du coton, vous savez que c'est justement un des enjeux sur lequel la filière industrielle mode et luxe, du textile, se mobilise, quels tissus doit-on utiliser, on est en train de reconstruire, moi j'ai reconstruit une filière autour du chanvre par exemple, qui est cultivé en France, qui est beaucoup moins gourmand en énergie pour être produit…

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'on va limiter les importations, parce que c'est ce que dit Jean-Marc JANCOVICI, si même nous on fait les efforts, il y a le monde, et on importe beaucoup.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un des grands enjeux de la réindustrialisation, et c'est là d'ailleurs où il y a une continuité dans mon action, la réindustrialisation c'est une réponse absolument majeure pour réduire notre empreinte carbone, c'est de fabriquer en France, dans des conditions environnementales qui sont bien meilleures que dans le reste du monde, et en économisant la logistique de transport, et ce qui est en train de se passer, ce n'est pas propre à la France, c'est qu'on voit des reconcentrations des chaînes de production par continent, pour commencer à limiter déjà tout ce qui est émissions carbone liées aux déplacements. On voit aussi la volonté de développer en Europe, et en France, et cette volonté nous l'avons portée avec le président de la République, je rappelle que c'est le gouvernement précédent qui a arrêté la désindustrialisation et la saignée des emplois industriels lors du précédent quinquennat. Pourquoi ? Parce qu'il y a un enjeu de souveraineté économique et politique, mais il y a aussi un enjeu de décarbonation qui est absolument majeur.

MARC FAUVELLE
La ministre de la Transition énergétique, Agnès PANNIER-RUNACHER, qui est sous la pression de son fils de 16 ans, est l'invitée de France Info ce matin, on se retrouve dans une minute, le temps du fil info.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la transition énergétique. L'Europe vient de décider de limiter fortement ses importations de pétrole russe, de combien les importations françaises vont-elles diminuer elles ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors il faut savoir qu'aujourd'hui TOTAL qui est le principal importateur historique de pétrole russe a d'ores et déjà arrêté ses importations, il l'a fait de manière volontaire depuis le mois de mars. Et il a été capable d'assurer des approvisionnements par d'autres sources, il a organisé cette sortie du pétrole russe.

SALHIA BRAKHLIA
Donc nous en fait on est déjà libre du pétrole russe ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non ce n'est pas le cas puisque vous avez une deuxième grosse source d'importation qui est celle qui fournit la grande distribution qui est en train effectivement de s'organiser pour sortir du pétrole russe. Alors vous savez on a 6 mois pour ne plus dépendre, ne plus importer des produits bruts. On a 8 mois pour ne plus importer des produits raffinés et donc nous travaillons en appui de la grande distribution de leurs importateurs pour construire cette indépendance au pétrole russe.

MARC FAUVELLE
Donc l'objectif, c'est qu'en début d'année 2023, il n'y ait plus une seule goutte de pétrole brut en France, c'est un embargo à 100 % au niveau national russe bien sûr ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
L'objectif, ce que nous n'aurons plus le droit de faire et nous allons évidement respecter les mesures que nous avons-nous-mêmes soutenus au niveau du conseil européen puisqu'il est insupportable de financer la guerre en Ukraine. Je rappelle que les importations européennes, c'est 800 millions de dollars par jour pour les Russes, donc c'est gigantesque. Donc nous avons arrêté et effectivement nous respecterons l'embargo. Une précision, l'embargo, il concerne aujourd'hui tout le pétrole qui est transporté en bateau.

MARC FAUVELLE
Mais pas celui qui arrive par les oléoducs puisque la Hongrie notamment s'y est opposée.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais pas celui qui arrive par les oléoducs puisque certains pays n'ont pas cette capacité à se fournir autrement, donc ça fera l'objet, c'est en étude de mesures potentiellement futures qui sont aujourd'hui à l'étude d'embargo.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous avez entendu l'avertissement de l'Agence internationale de l'énergie qui a dit qu'il y avait un risque de pénurie. En Europe, pénurie de pétrole, de carburant cet été en Europe, est-ce qu'il faut s'inquiéter ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
En tout cas nous agissons ? C'est-à-dire que nous avons des stockages stratégiques. Nous travaillons…

MARC FAUVELLE
Qui sont remplis entièrement aujourd'hui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Qui ne sont pas remplis entièrement parce qu'on en a pris une partie pour gérer des tensions.

MARC FAUVELLE
Vous pouvez nous dire à combien on est dans le remplissage des cuves stratégiques de pétrole ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non parce que je vous dirai un chiffre qui serait imprécis, mais nous avons donc nos stockages stratégiques. Nous avons TOTAL qui est totalement mobilisé pour appuyer la France. TOTAL est un des grands acteurs mondiaux en matière de fourniture d'énergie. Nous avons également, et de production, nous avons également l'ensemble des autres acteurs qui sont mobilisés, donc ce travail nous sommes en train de le faire.

MARC FAUVELLE
Il y a tout de même un risque de pénurie dans certaines stations dans les mois qui viennent ou absolument pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez deux sujets, vous avez le sujet du global, aujourd'hui il y a juste quand même préciser, le pétrole continue d'être importé, c'est-à-dire que l'interruption se fait dans 6 mois pour les produits bruts et dans 8 mois pour les produits raffinés.

MARC FAUVELLE
Mais d'ici là ça va baisser progressivement, est-ce qu'il y a un risque ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et donc nous remplaçons au fil de l'eau, on n'a pas vocation à diminuer brutalement nos importations de pétrole, on a vocation à diversifier l'origine de nos importations de pétrole.

MARC FAUVELLE
Donc est-ce que vous pouvez nous expliquer pourquoi le patron de l'Agence internationale de l'énergie dit ça, ça ne concerne pas la France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Parce qu'il parle de l'ensemble de l'Europe en premier lieu. Il a intégré le fait qu'il y avait les oléoducs qui fournissent la Hongrie notamment et d'autres pays au centre de l'Europe, or à ce stade les oléoducs ne sont pas concernés par la diminution des importations, enfin l'interruption des importations. Et c'est point important aussi, le pétrole d'origine kazakhe qui transite par la Russie n'est pas concerné par cet embargo puisque ce sont des relations avec les Kazakhs et ça n'a pas être concerné par cet embargo.

SALHIA BRAKHLIA
Alors juste pour qu'on comprenne bien.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Juste pour aller jusqu'au bout, tous ces éléments font que l'AIEA a fait son travail sur un scénario le plus critique en disant attention préparez-vous et qu'elle le fait sur l'ensemble de l'Europe. Et nous suivons les conseils de l'AIEA, elle a fait 10 propositions pour utiliser moins de carburant que nous allons évidemment étudier, pourquoi ? Parce que c'est notre intérêt aussi de diminuer notre consommation de carburant.

SALHIA BRAKHLIA
Ça veut dire qu'à un moment vous pourriez dire aux Français, limitez votre achat de carburant à la pompe ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Non, ça veut dire que à un moment j'ai intérêt à accélérer la conversion vers les hybrides rechargeables et vers l'électrique, vers de tout ce qui est prime à la conversion, c'est aussi la conversion vers des moteurs même thermiques qui utilisent moins d'essence et de diesel.

SALHIA BRAKHLIA
On parle d'un problème qui va intervenir dans six mois.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait.

SALHIA BRAKHLIA
On aura le temps de faire ce que vous dites ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça fait partie de l'ensemble de notre plan, c'est à la fois amortir le choc sur le pouvoir d'achat des Français et c'est massif, 18 centimes de baisse du carburant pris en charge par l'Etat pour quelqu'un qui fait 50 kilomètres par jour, c'est pas beaucoup 50 kilomètres par jour, c'est un trajet, vous êtes à 25 kilomètres de votre lieu de travail et le week-end vous allez voir une grand-mère dans un Ehpad et vous accompagnez vos enfants à une compétition sportive, 350 kilomètres par semaine, c'est l'équivalent de 280 euros pris en charge par l'Etat par mois pour un ménage qui ferait ces 50 kilomètres par jour, donc c'est énorme. Le deuxième volet …

SALHIA BRAKHLIA
Mais ça, ça va s'arrêter les 18 centimes le 31 juillet.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors non je crois qu'il a été très clairement dit que nous étudions des mesures de prolongation de ce bouclier carburant.

MARC FAUVELLE
Mais on ne sait pas qui sera concerné, vous le savez, vous ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est tout l'enjeu de la loi sur le pouvoir d'achat qui va être présentée après les législatives quand on aura une Assemblée nationale pour mise en oeuvre pendant l'été, loi sur le pouvoir d'achat qui va nous permettre d'augmenter les retraites, qui va nous permettre d'augmenter le point d'indice, qui va nous permettre de faire face à l'inflation et effectivement de mettre en place les conditions de ces boucliers, bouclier gaz, bouclier électricité, et bouclier carburant.

MARC FAUVELLE
On reste si vous le voulez bien sur la question. La transition énergétique Agnès PANNIER-RUNACHER, Emmanuel MACRON pendant la campagne a promis que des Français pourront louer pour 100 euros par mois des voitures électriques, c'est pour quand et c'est pour qui ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors c'est pour quand, ce n'est pas pour tout de suite parce que notre objectif est très clairement d'avoir un dispositif qui soit actionnable immédiatement lorsqu'il sera mis en oeuvre.

MARC FAUVELLE
Donc ce n'est pas pour cette année par exemple.

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est probablement pas pour le mois de septembre voilà, ce n'est pas pour le mois de septembre, après moi je dois réunir la filière, je dois réunir les financiers parce qu'il y a deux enjeux, c'est disposer des véhicules, je rappelle qu'aujourd'hui les véhicules électriques, c'est à peu près 20% de nos immatriculations en comptant les hybrides rechargeables et je rappelle aussi qu'on a des soucis de production pour des questions d'approvisionnement en composants.

MARC FAUVELLE
Il y aura des critères pour y avoir droit ou est-ce que tout le monde pourra louer une voiture ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et puis c'est pour qui, j'y viens, il faut une question de financement et ça il faut voir avec les financeurs, les banques si on ne peut pas monter des façons rapides et efficaces de financer ces voitures, comment on amorce la pompe, qui paye la première tranche.

MARC FAUVELLE
Parce qu'aujourd'hui. Voilà ce système il existe déjà, aujourd'hui ça s'appelle du leasing. On paie, il y a déjà des voitures qu'on peut louer à 100 ou 150 euros par mois, par le frein…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Mais par contre il faut mettre quelques milliers d'euros au début.

MARC FAUVELLE
Voilà il faut mettre un apport au début, là c'est l'Etat qui mettra l'apport ; comment ça va se passer ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
C'est un sujet qu'on est en train d'étudier.

MARC FAUVELLE
Ce n'est pas encore déterminé.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas encore déterminé et puis la 3e chose, c'est à qui ça s'adresse ? Ça ne s'adresse pas à tous les Français, ça s'adresse aux Français qui en ont le plus besoin. Et ça aussi on doit le définir c'est-à-dire il y a 2 catégories qui paraissent, je dirais, les plus incontestables, ceux pour qui le véhicule est un outil de travail, je pense aux infirmières libérales par exemple, ça paraît très logique d'arriver à leur proposer ce type de dispositif. Et ceux qui n'ont pas les moyens de passer à un véhicule propre parce qu'il est trop cher aujourd'hui sur le marché.

MARC FAUVELLE
Tout cela ça fait combien de personnes en rythme de croisière, vous souhaitez qu'il y ait combien de ces voitures chaque mois sur le marché, sur les routes de France ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors aujourd'hui les premiers chiffrages qui ont été faits, ils ont été faits très rapidement, c'était de l'ordre de 100 000 personnes pour 500 euros, ces chiffrages, ils doivent être assumés.

MARC FAUVELLE
C'est quoi pardon les 500 euros ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Les 500 euros, c'est la contribution que pourrait apporter l'Etat dans le dispositif. Ces chiffrages, ils sont absolument préliminaires, ils sont le fruit du travail de la campagne. Nous devons aujourd'hui associer l'ensemble des parties prenantes pour construire une proposition qui soit la plus adaptée.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la Transition énergétique. Pour tenir les objectifs climatiques Emmanuel MACRON compte sur une relance du parc nucléaire français, est-ce que votre plan est remis en cause par les problèmes de corrosion que traversent aujourd'hui les centrales françaises, on rappelle qu'il y a 12 réacteurs fermés ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Pas du tout, le plan n'est pas du tout remis en cause. Nous parlons de centrales qui aujourd'hui sont effectivement à l'arrêt pour des traces de corrosion, ce qui démontre l'efficacité de notre autorité de la sécurité nucléaire, puisque nous avons…

SALHIA BRAKHLIA
Ça montre aussi que notre parc nucléaire est vieillissant, est très vieillissant.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça ce n'est pas une surprise, c'est un parc qui a été construit il y a 40 ans, donc on sait que… qui a été construit il y a 40 ans pour 40 ans, et aujourd'hui il est en train de passer les maintenances décennales pour… et la vérification qu'on peut le faire travailler 10 ans de plus, donc c'est parfaitement prévisible.

MARC FAUVELLE
La corrosion qui est constatée ce n'est pas la même chose que la maintenance…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça c'est la maintenance ; oui, oui, on y vient…

MARC FAUVELLE
C'est deux problèmes différents.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Et la corrosion elle fait partie du travail de l'Autorité de sécurité nucléaire, qui ne laisse rien passer, et donc il y a tout un travail qui est fait sur les 12 réacteurs pour vérifier que ce qu'on a vu dans quelques réacteurs se reproduit dans d'autres réacteurs, évolue rapidement ou pas…

SALHIA BRAKHLIA
L'Autorité de sûreté nucléaire qui parle d'un phénomène sérieux en termes de sûreté, est-ce qu'on est sûr que ces réacteurs vont rouvrir ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
On est sûr aujourd'hui qu'on est en train de faire l'analyse, de vérifier la vitesse de propagation de cette corrosion, et de s'assurer qu'on fait les actions réparatrices pour rouvrir. C'est sur le circuit extérieur, c'est la tuyauterie, c'est-à-dire que ce sont des pièces qui peuvent être remplacées.

MARC FAUVELLE
Qui permet le refroidissement en cas de problème.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Exactement, donc c'est des pièces qui peuvent être remplacées.

MARC FAUVELLE
On a un plan B si jamais ces 12 réacteurs devaient rester fermés pendant encore des mois, on a un plan B ou pas ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce sur quoi on table c'est 280 à 300 terrawattheures de production nucléaire pour l'année 2022, donc ça c'est en intégrant…

MARC FAUVELLE
Oui, je vous interromps, pardon, parce qu'à part vous et nous, parce qu'on a un peu travaillé, personne ne parle en terrawattheures, enfin en tout cas pas grand monde, est-ce qu'on peut s'en passer de ces 12 là ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Je vais l'exprimer autrement, on préférerait les avoir, mais on a d'autres sources d'énergie. Il faut quand même savoir que, en France, on importe 40 jours par an de l'électricité, donc ça ce n'est pas nouveau, et c'est pour ça qu'on a un marché européen, et c'est pour ça qu'on a des interconnexions, et c'est pour ça que les personnes qui vous disent qu'il faut sortir du marché européen de l'énergie, sont de grands irresponsables, parce qu'ils ne sauraient pas faire face aux 40 jours où on a besoin…

MARC FAUVELLE
Ça, vous dites ça pour Jean-Luc MELENCHON.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait ; on a besoin d'électricité européenne, et ce n'est pas nouveau, et effectivement notre objectif aujourd'hui c'est de faire en sorte de développer notre production d'électricité, c'est valable à court terme parce que, on a une crise en Ukraine, parce qu'on a ce phénomène de corrosion, parce qu'on a des besoins d'électricité qui augmentent, mais c'est valable aussi à moyen terme, c'est tout mon enjeu de sortir des énergies fossiles, c'est d'augmenter nos capacités de production propre d'électricité verte, bas carbone, à base de nucléaire et d'énergies renouvelables, donc vous retrouvez toute la logique de mon mandat.

MARC FAUVELLE
Dans son plan Emmanuel MACRON a également prévu la construction de six EPR, les centrales de nouvelle génération, le chantier de Flamanville, en France, accumule des retards depuis des années et des années, celui d'Hinkley Point également, des nouveaux retards viennent d'être annoncés il y a quelques jours. Est-ce que vous savez, vous aujourd'hui, combien de temps il faut, à partir du moment où on signe le contrat, pour ouvrir un EPR ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors, deux choses. Celui de Finlande est ouvert et fonctionne, ça je pense que c'est un point très important, que les Français doivent savoir. Deuxième chose, aujourd'hui EDF, dans son rétro-planning de construction de centrales nucléaires, table sur 15 ans, et donc…

MARC FAUVELLE
Ce qui serait déjà beaucoup plus court que celui de Flamanville.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, mais ça veut dire qu'il sera au quatrième EPR et qu'on apprend de la construction des précédentes centrales, et je rappelle que les centrales qui ont été construites fin des années 70, début des années 80, étaient dans ce type, grosso modo, de timing, donc c'est sérieux, ça veut dire que… ce n'est pas facile, je ne vais pas vous raconter que je vous donne une garantie sur la sortie des EPR…

SALHIA BRAKHLIA
On n'est pas à l'abri de retards aussi.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Voilà, mais c'est là où encore une fois j'ai une responsabilité politique, c'est de faire en sorte que les moyens soient mobilisés chez EDF pour avoir une équipe projet qui soit en capacité de tenir ce calendrier, ça veut dire qu'il faut travailler sur les compétences, parce que ça représente des recrutements gigantesque, EDF parle de 3000 recrutements juste sur l'année 2022, et ça veut dire derrière qu'au niveau étatique on ait également les compétences pour gérer toute la phase de dialogue avec le public, d'autorisation d'exploiter.

MARC FAUVELLE
Il nous reste 30 secondes.

SALHIA BRAKHLIA
En une seconde, en parlant d'EDF dont la dette pourrait atteindre 100 milliards à la fin de l'année, est-ce qu'on se dirige tout droit vers une nationalisation à 100% ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ça c'est un sujet qui fait partie effectivement de mon mandat, de savoir quelle est la bonne structure, quel est le bon actionnaire, pour porter à la fois un programme…

SALHIA BRAKHLIA
Vous êtes pour, vous y réfléchissez ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Ce n'est pas exclu, ce n'est pas tranché, pour porter à la fois un programme de six EPR, Six EPR c'est l'équivalent, à l'argent d'aujourd'hui, on parle dans 15 ans, donc ça sera un budget plus important, mais l'équivalent de, grosso modo, 60 milliards d'euros…

MARC FAUVELLE
Si ça ne déborde pas.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Oui, c'est pour ça que je vous dis… donc, c'est l'équivalent de 60 milliards d'euros en argent d'aujourd'hui. Si vous rajoutez à ça tout le travail à faire sur les énergies renouvelables, tout le travail à faire sur les connexions pour augmenter notre capacité, notre résilience sur nos réseaux, ça veut dire qu'il va y avoir des investissements massifs dans EDF, nous sommes un actionnaire responsable, nous serons aux côtés d'EDF, et effectivement nous devons choisir le schéma actionnarial qui soit le plus solide pour qu'EDF puisse réaliser ses objectifs dans la durée et avec une visibilité sur la solidité de son financement.

MARC FAUVELLE
Agnès PANNIER-RUNACHER, ministre de la Transition énergétique, était ce matin, merci à vous, l'invitée de France Info.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 juin 2022