Déclaration de M. Sébastien Lecornu, ministre des armées, sur le 78ème anniversaire du débarquement allié en Normandie, à Bernières-sur-Mer le 6 juin 2022.

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Circonstance : Commémoration du 78ème anniversaire du débarquement allié en Normandie

Prononcé le

Texte intégral

 

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Madame la chargée d'affaires, [ministre plénipotentiaire par intérim du Canada]
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Préfet,
Monsieur le président du conseil régional,
Monsieur le président du conseil départemental,
Monsieur le Maire,
Monsieur le chef d'état-major de la défense du Canada,
Monsieur l'officier général de la zone de défense et de sécurité Ouest,
Messieurs les attachés de défense,
Officiers, sous-officiers, officiers-mariniers, soldats, marins et aviateurs français et canadiens,
Mesdames et Messieurs,


Sur ces plages de Normandie, à l'aube d'un jour nouveau qui vit renaître l'espoir, c'est un déluge de feu, d'acier et de sang qui annonça le retour de la liberté. Il y a 78 années très exactement, au commencement de ce qui allait être le jour le plus long, ce sont les bombes de l'aviation alliée, bientôt rejointes par celles des navires de l'opération Neptune -- jusque-là tapis dans le clair-obscur de cette nuit de juin -- qui vinrent aviser du sort que les alliés réservaient à la guerre, à l'Europe et au Monde : la Victoire et la Libération.

Sous un ciel enflammé de Ouistreham à Saint-Martin-de-Varreville [Varreuville], ce sont bientôt 133 000 hommes qui s'engagèrent dans l'eau glacée, portant sur leurs jeunes épaules, des kilos de munitions et le poids que l'Histoire avait décidé de faire peser sur leur génération : celui du combat pour la paix et la liberté.

Sortant un à un de leurs chalands de débarquement, avançant mètre par mètre, entre les balles, les mines et les obus, dans une eau et sur un sable déjà rougis par le sang de leurs frères d'arme. Ce 6 juin 1944, ces hommes de 20 ans offraient à cette Histoire qui les dépassait, le souffle de leur jeunesse, et le sacrifice de leur vie. Ils étaient américains, canadiens, britanniques, mais aussi français, comme les 177 marins issus du commando Kieffer ; délivrant quelques kilomètres de côte normande pour l'arrivée d'un million de renforts hollandais, grecs, belges, polonais, norvégiens, danois, et de biens d'autres engagés volontaires auprès des forces alliées.

Dans ce premier combat pour la Libération, face aux canons qui les pointaient du haut de leurs meurtrières de béton, 3 000 de ces soldats sont tombés face contre terre ce 6 juin 1944. Cette terre, qui bien souvent n'était pas la leur.

Sur cette plage de Juno Beach, où peu après 8 heure les premiers soldats canadiens et britanniques fondent dans une mer agitée sur les plages de Courseulles, Saint-Aubin et Bernières : les noyades sont nombreuses. Sur la plage il faut ramper, courir, se terrer, se relever et repartir, permettant qu'à 8h30 les premiers canons ennemis soient réduits au silence. Dès 9h10, les premiers régiments de campagne débarquent, bientôt ces héros canadiens entrent dans la ville, surprenant les habitants qui les entendent parler français avec cet accent qui ce jour-là, était celui de la liberté retrouvée.


Souvenons-nous des combattants de ce 6 juin, arrachés à l'insouciance de leurs 20 ans pour venir délivrer ce continent qui n'était pas le leur ; et porter le combat décisif pour la démocratie, sur ces plages que leurs chefs avaient choisies, ici, en Normandie.

Inclinons-nous devant leur mémoire, celles de ceux qui périrent sur ce champ d'honneur de sable et d'écume. Les stèles blanches qui jalonnent l'horizon de Colleville à Arromanches sont autant de destins tombés pour notre liberté. Souvenons-nous de ces hommes qui n'avaient pas eu le temps d'être pères. Rappelons sans cesse la grandeur et l'absolu de leur sacrifice, il est leur seul héritage. Soyons-en dignes.

Honorons les survivants, ces vétérans qui nous transmettent la mémoire de leurs compagnons. Eux que l'ardeur et la peur qui les unissaient au fond de leurs chalands de débarquement avaient fait frères. Ecoutons-les, et prenons exemple, pour que leur témoignage ne devienne pas murmure, et que leur courage inspire ceux qui s'imaginent leur liberté pour définitivement acquise.

Entourons-les, dans ces cérémonies où eux seuls ont à l'esprit les visages de ceux qui sont tombés. Entourons Léon Gauthier, dernier survivant du commando Kieffer, dont dix de ses compagnons sont morts ce 6 juin 1944 au matin. Il porte dans sa voix cette flamme de la Résistance, qui, comme l'avait lancé le général de Gaulle, ne doit jamais s'éteindre. Relayons-la.


Souvenons-nous des résistants qui dans la nuit de ce 6 juin, répondant aux messages codés de la BBC, avaient courageusement assuré plus de mille actes de sabotage. S'engageant à l'appel de de Gaulle et s'unissant à celui de Jean Moulin, ils ont défendu main dans la main « une certaine idée de la France ».

Rappelons-nous de ces Français, que le refus d'abandonner le combat avait précipité dans le maquis, et qui, des Glières au Vercors en passant par notre Normandie ont saboté et renseigné au nom du drapeau tricolore, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, qui à cette époque se payaient par la torture et la mort.

N'oublions jamais ceux qui puisaient de leur coeur, le courage de cacher de la Gestapo, des enfants juifs qu'une doctrine abjecte, condamnait à faire disparaitre dans ces convois vers l'Est, et qu'un holocauste achevait.


Souvenons-nous aussi, de ce que la Victoire doit à l'union des alliés et à l'engagement de leurs populations, qui, de l'autre côté des mers et des océans qui les séparent de ces plages, ont garanti notre sort.

N'oublions pas non plus, quel était l'ennemi d'alors : une idéologie, un totalitarisme, qui écrasait sous son joug l'Europe et ses Lumières. Réconciliés, les adversaires d'hier se doivent désormais d'être unis et de défendre ensemble la paix apportée depuis ces plages, qui désormais nous lie.


Souvenons-nous enfin du sang versé : il fut, ce 6 juin 1944, le prix de notre liberté. Mourir pour que d'autres puissent vivre libres : c'était le prix exorbitant à s'acquitter. Un prix qui, hier comme aujourd'hui, augmente à chaque renoncement, à chaque fois que nous oublions notre passé.

Pour eux donc, ne l'oublions pas.


Vive la République.
Vive la France.


Source https://www.defense.gouv.fr, le 9 juin 2022