Interview de Mme Amélie de Montchalin, ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, à Public Sénat le 9 juin 2022, sur le rejet par les députés européens de la réforme du marché du carbone, les voitures électriques, la transition écologique et les relations entre les collectivités locales et l'Etat.

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Notre invitée politique ce matin, c'est Amélie de MONTCHALIN. Bonjour.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup d'être avec nous, Ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. Et on est ensemble pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la presse régionale représentée par Julien LECUYER de La Voix du Nord ; bonjour Julien.

JULIEN LECUYER
Bonjour Oriane, bonjour Madame la ministre.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bonjour.

ORIANE MANCINI
Amélie de MONTCHALIN, on va commencer par ce qui s'est passé hier au Parlement européen et d'abord ce rejet surprise par les députés européens de la réforme du marché du carbone. C'est l'une des réformes fondamentales pour que l'Union européenne puisse atteindre ses objectifs de neutralité carbone en 2050. C'est une mauvaise nouvelle pour vous, ce rejet ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord, on est intransigeant avec nos objectifs donc ce n'est pas la fin de l'histoire. Les négociations vont reprendre et nous voulons absolument être en capacité de tenir l'objectif unanime maintenant partagé par tous les parlementaires européens, en tout cas ceux qui à l'époque l'avaient approuvé, mais surtout tous les pays européens de la neutralité carbone en 2050 avec une étape importante en 2030. Ce qui s'est passé hier, je pense qu'il faut le décrire aux Français. C'est une alliance en fait des contraires. D'un côté une gauche qui fait de l'écologie de manière assez incantatoire à certains moments, et qui dit : au fond, il faut que tout tout de suite soit interdit, mais sans prendre en compte aussi les réalités, l'accompagnement et juste est-ce qu'on est capable d'atteindre les objectifs au rythme où ils le veulent. Et de l'autre côté, une extrême droite qui elle est climato-sceptique.

JULIEN LECUYER
Amélie de MONTCHALIN, excusez-moi, vous parlez en effet des ambitions mais ce qui dans de nombreux rapports dont celui du GIEC montrent quand même qu'il y a une certaine une certaine urgence, et les objectifs dont on parle c'est 2032 ou 2034. Moins 63% ou moins 67%. Est-ce que ça ne valait pas le coup justement d'être plus ambitieux et finalement de répondre aux urgences climatiques ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Juste qu'on soit clair avec ceux qui nous écoutent. Nous ne transigerons pas avec nos objectifs. On doit réduire de 55% nos émissions d'ici 2030 par rapport à 1990. On ne change pas et on ne transige pas avec la neutralité carbone en 2050.

JULIEN LECUYER
Et pourtant, tous les organismes disent que la France est en retard sur ces objectifs.

AMELIE DE MONTCHALIN
Là on parle, vous voyez d'un programme européen.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que vous pourrez atteindre vos objectifs avec le rejet de ce texte ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr qu'il faut qu'il y ait un texte et donc il faut qu'on renégocie pour qu'on soit d'accord sur un texte. Si on n'a rien, on ne va pas y arriver donc le but c'est qu'entre rien et le rejet d'hier, on travaille. Mais ce qui est important à dire, vous prenez la voiture électrique, l'électrification de notre mobilité, l'horizon de 2035-2040 qui a été posé - 2035 au Parlement européen, en France on avait dit 2040 - pourquoi c'est important ? Vous allez me dire : ce n'est pas demain. C'est important pour que les constructeurs automobiles, pour que les Français… Il y a des Français qui pensent qu'on ne va pas assez vite, et sur certains aspects je suis de leur côté, mais il y a aussi des Français qui disent : on aimerait bien pouvoir faire cette transition mais pour l'instant c'est un luxe. Il faut qu'on soit accompagné, il faut qu'on soit aidé à faire cette transition. La planification, c'est ce qui réconcilie. Avec un objectif à 2035, 2037 sur certains sujets, 2040 pourquoi c'est important ? Ça permet à l'ensemble des acteurs, notamment industriels mais aussi citoyens, de savoir à quel rythme on fait les choses pour qu'en 2050 on soit neutre en carbone.

JULIEN LECUYER
Justement, 2035 est-ce qu'on sera prêt ? Est-ce que la France sera prête ? On manque énormément de bornes de recharge par exemple pour justement accompagner cette émergence du marché du véhicule électrique, est-ce qu'on est capable de le faire ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors 1/, vous savez quand vous dites " on manque de bornes ", c'est vrai qu'il en faut plus. Mais la semaine dernière, j'étais avec les ministres européens des Transports, on a pris une décision décisive là aussi pour qu'il y ait des bornes électriques partout. 50% des bornes en Europe sont en Allemagne, en France et aux Pays-Bas. Ça veut dire que nous, on voit bien qu'il en faut plus mais il y a des pays où on a encore une accélération beaucoup plus forte à faire pour que ce soit possible de se déplacer…

ORIANE MANCINI
Oui mais en France, les objectifs ne sont pas atteints. Vous parliez de 100 000 fin 2021, on est à 60 000 aujourd'hui.

JULIEN LECUYER
Et il en faut un million je crois.

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment que c'est un immense effort d'investissement mais regardez la voiture électrique. Si aujourd'hui on est en train de parler aux Français pour pas dans 30 ans, pas dans 10 ans, pour dans quelques mois, d'ici la fin de l'année 2023 on puisse vraiment se dire qu'il y a une solution de voiture électrique à moins de 100 euros pour les ménages les plus modestes. Si on dit, voilà, on fait la prime à la conversion, il y a un million de Français qui ont déjà changé de voiture. Ce n'est pas, on n'attend pas les bornes, les jalons, le temps long pour faire. On fait aujourd'hui. Et moi mon ambition, c'est que, vous savez la négociation européenne, l'unanimité sur la neutralité carbone, les discussions qui vont se poursuivre, des jalons qui sont posés…

ORIANE MANCINI
Mais juste sur les discussions qui vont se poursuivre, qu'est-ce qui vous garantit qu'il y aura un texte ? Est-ce qu'il faut faire des compromis ? Est-ce qu'il faut aller plus dans le sens des Verts et de la gauche du coup ?

AMELIE DE MONTCHALIN
De toute façon, il va falloir faire des compromis pour se mettre d'accord.

ORIANE MANCINI
Donc aller au-delà de ce que vous aviez imaginé initialement.

AMELIE DE MONTCHALIN
Reprenez l'exemple du départ de cette affaire. Quand moi j'ai été nommée ministre en 2019 et que le président de la République en mars 2019 me dit : l'objectif que je te fixe avec Elisabeth BORNE, ministre de la Transition écologique, c'est de créer l'unanimité à 27 sur la neutralité carbone en 2050. Personne à l'époque ne pensait que c'était possible. Nous y sommes arrivés en travaillant. D'abord un pays, puis deux, puis huit, puis 27. Un Conseil européen, deux nuits sans sommeil, des négociations difficiles mais à la fin on y arrive. Pourquoi ? Parce qu'on sait que c'est un défi de civilisation qu'on doit absolument réussir. Mon rôle aujourd'hui en France, c'est comment ce grand objectif continental - on est le seul continent au monde qui veut cette neutralité - on arrive à le décliner pour les 66 millions de Français partout là où ils vivent. C'est au fond, ça va être Paris comme dit le président, au service des territoires. Que dans chaque bassin de vie les bornes électriques, la rénovation des bâtiments, l'artificialisation des sols soient des choses qui ne soient pas juste des textes européens, ne soient pas juste des lois françaises, soient des choses que les Français voient se déployer pour qu'en 2030 on soit là où on doit être. Et donc ça veut dire qu'on doit accélérer très franchement sur certains sujets, pas forcément tous aux mêmes… Il y a des territoires qui ont déjà fait beaucoup, qui sur la qualité de l'eau sont très avancés mais qui doivent faire beaucoup plus sur la rénovation des logements. Et donc on va faire des contrats au niveau des bassins de vie, on va travailler avec les collectivités, on va travailler avec les élus, on va travailler avec les entreprises, les associations. Parce qu'aujourd'hui la transition écologique, c'est à la fois encore les grands règlements européens pour organiser notre économie à la bonne échelle, mais c'est aussi un travail très local, très concret.

ORIANE MANCINI
On va parler de tout ça Amélie de MONTCHALIN mais pour reprendre la question de Julien sur ces voitures électriques, la fin des voitures thermiques, en tout cas de la vente des voitures thermiques pour 2035. Vous le disiez en France, c'était 2040 l'objectif. Est-ce que la France sera prête pour 2035 ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est Agnès PANNIER-RUNACHER qui est la ministre en charge la Transition énergétique qui est en charge de ce dossier, parce qu'il y a aussi des contrats d'électrification, il y a aussi des contraintes industrielles donc la discussion se poursuit.

ORIANE MANCINI
Mais donc 2035, ce n'est pas trop tôt du coup.

JULIEN LECUYER
Excusez-moi mais il faut aider aussi les Français…

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment !

JULIEN LECUYER
Parce que changer de véhicule alors que le véhicule électrique est 50% plus cher en général qu'un véhicule thermique, enfin ça ne se fait pas comme ça.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est bien pour ça que je vous dis que ce projet écologique, il est pour nous un projet aussi social qui doit accompagner tous les Français.

JULIEN LECUYER
Et comment ? Comment ?

ORIANE MANCINI
Ça veut dire qu'il y aura des aides supplémentaires ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Aujourd'hui, on a une prime à la conversion.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce qu'il y en aura d'autres ?

JULIEN LECUYER
Est-ce qu'on doit aller plus loin dans les aides à la conversion par exemple ?

AMELIE DE MONTCHALIN
On a déjà annoncé qu'on allait aller plus loin puisqu'on a annoncé que l'Etat allait organiser un système de leasing, donc de location longue durée…

JULIEN LECUYER
Non mais ça, c'est pour les familles les plus modestes.

AMELIE DE MONTCHALIN
Attendez, c'est déjà beaucoup de Français qui sont aujourd'hui ceux qui précisément se sentent…

JULIEN LECUYER
C'est très bien mais il y a beaucoup de gens qui sortent des critères sociaux que vous avez choisis pour le leasing à moins de 100 euros, l'objectif, et qui pourtant ne peuvent pas se permettre d'acheter une voiture électrique.

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez qu'aujourd'hui les aides sur la voiture électrique, c'est 6 000 euros dans de nombreuses situations non corrélées aux revenus, c'est des primes à la conversion qui sont aussi très importantes. C'est aussi l'accompagnement de la lutte contre la pollution de l'air dans les agglomérations, les fameuses zones à faibles émissions, qui vont nous obliger, et c'est très bien, à accompagner évidemment en particulier et en priorité ceux et celles qui vivent autour de ces villes où on a un vrai défi de pollution de l'air. Ce que je suis en train de vous dire, c'est qu'on n'a pas aujourd'hui tous les outils pour y arriver. C'est précisément pour ça qu'on doit continuer : accélérer, renforcer, différencier aussi selon les territoires. Et moi mon engagement, c'est que la transition écologique ne se fera que si 66 millions de Français peuvent la faire. Sont accompagnés pour la faire, que ce n'est pas un luxe, ce n'est pas réservé à certains. Si ça reste réservé à certains, on n'atteindra pas les objectifs. Et donc vous voyez, c'est un projet très différent de celui de Jean-Luc MELENCHON, très différent. Jean-Luc MELENCHON, il ne dit pas : je veux que tous les Français participent, il cherche des coupables. Jean-Luc MELENCHON il fait de la com', il fait finalement presque du greenwashing écologique. Il passe son temps à dire : l'écologie, ça se résoudrait à un claquement de doigt en quelques jours. C'est des amendements qu'on a vus à l'Assemblée depuis 5 ans. Moi j'ai été députée, j'ai vu. Des amendements en une ligne qui si on les vote, si on les écoute règlent tout. Mais on voit bien tous que toute la discussion qu'on a pu depuis maintenant quelques minutes montre que faire la transition écologique, ce n'est pas faire de la com', ce n'est pas de faire des incantations, ce n'est pas de faire de grands discours…

JULIEN LECUYER
Mais Amélie de MONTCHALIN, le président de la République lui-même a été celui qui a repris le terme de planification écologique qui avait été lancé par Jean-Luc MELENCHON. C'est dire que finalement, tout n'est pas à jeter dans le programme.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais ça ne veut pas dire du tout la même chose dans votre bouche. La planification telle qu'on la conçoit, c'est comment on réconcilie les Français qui veulent qu'on aille plus vite en leur donnant la confiance sur les jalons et qu'ils puissent regarder si on les atteint et qu'on puisse donner confiance à ceux qui pensent que ça va trop vite ou qui ne sont pas c'est accompagné pour leur montrer que c'est réaliste. Ce n'est pas de la planification pour intervenir, ce n'est pas pour chercher des coupables. Ce n'est pas pour bloquer au fond le pays de manière autoritaire. C'est pour dire : on peut y arriver, on sait où on va, on va l'organiser et on va l'organiser, et j'ajoute cette dimension…

JULIEN LECUYER
La transition écologique de Jean-Luc MELENCHON pour vous c'est quoi ? C'est irréaliste, c'est dangereux, c'est aventureux, c'est quoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est totalement mensonger, c'est totalement incantatoire, c'est au fond l'écologie magique. Vous voyez, si on considère qu'on peut - il a fait des amendements comme ça. Un amendement pour rénover les passoires thermiques, une ligne. J'adorerais que ce soit possible en une ligne. D'ailleurs si quelqu'un avait trouvé la baguette magique pour le faire, on l'aurait déjà fait. Les Français seraient d'ailleurs très heureux d'avoir déjà des factures de chauffage qui, en une ligne, puissent être baissées. La rénovation des bâtiments, vous savez, depuis Jean-Louis BORLOO c'est un objectif majeur. On a enfin en 2020 réussi à rénover 700 000 logements dans l'année, et on est en train de le refaire en 2021 et il faut qu'on le refasse chaque année. Et rénover 700 000 logements, ce n'est pas une ligne. C'est un travail avec des acteurs économiques, industriels, avec les Français eux-mêmes. Avec MaPrimeRénov', avec des aides financières, avec du travail maison par maison. Et donc on pouvait d'un côté dire : c'est quand même terrible qu'il reste des passoires thermiques en France, où vous pouvez vous dire comment on a un plan. Aujourd'hui, on a les moyens, on a les alliés pour qu'en 2027 on ait éradiqué les passoires thermiques. Ça prendre cinq ans.

ORIANE MANCINI
On va parler de la manière dont vous allez travailler avec les territoires.

JULIEN LECUYER
Amélie de MONTCHALIN, vous parliez de plan mais on veut comprendre la méthode puisque vous êtes nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires donc a priori on est parti pour un dialogue hyper local sur la transition écologique. Vous avez vous-même annoncé que vous alliez faire un grand tour de France des communes mais on a du mal à saisir, en fait, quelle va être votre méthode pour rallier tout le monde. Est-ce que c'est la fin de l'Etat grand ordonnateur et que, finalement, ça va être la parole à chacune des collectivités ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors c'est effectivement à l'échelle des bassins de vie qu'on peut organiser. Comment on pense le développement économique, les logements, le transport, l'occupation des sols. Vous savez aujourd'hui si vous regardez…

ORIANE MANCINI
Les bassins de vie, c'est quoi ? C'est une commune, c'est une interco, c'est un département ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Un bassin de vie en général, ça veut dire un groupement de communes qui ressemble à une intercommunalité. Parfois c'est une communauté de communes, parfois c'est une agglomération.

JULIEN LECUYER
Et vous allez discuter avec tout le monde. À votre tour de France, vous allez voir les régions, vous allez voir les départements, vous allez voir les communautés de communes, tout le monde.

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment. Mais je ne vais pas voir les institutions. Je vais voir un territoire et on fait venir tout le monde pour savoir dans ce territoire qui sont les acteurs pertinents, qui fait quoi, comment on s'organise et comment contractualise. Comment on fait au fond, que chacun prenne ses responsabilités.

ORIANE MANCINI
Vous allez passer des contrats avec chaque bassin de vie sur les questions de transition écologique.

AMELIE DE MONTCHALIN
On a commencé, vous savez, au moment de la relance. On a fait des contrats de relance et de transition écologique. C'était une première démarche où dans 850 bassins de vie, on a défini ce que la relance devait financer et comment on commençait sur des projets de transition écologique qui étaient d'intérêt collectif à accélérer. C'est la base. Mais cette base-là, il faut maintenant qu'on la travaille, qu'on la renforce et qu'on signe des contrats. Pourquoi ? Pourquoi on responsabilise les uns et les autres ? Après dans chaque bassin de vie, parfois ce sera les communes qui se mettront en avant, parfois ce seront les départements.

JULIEN LECUYER
Est-ce que les contrats seront les mêmes, les objectifs seront les mêmes pour tout le monde ? Je prends un exemple simple, imaginons que certains territoires veuillent l'interdiction de la chasse le week-end pour des questions écologiques. Est-ce qu'on peut imaginer qu'il y ait à plusieurs endroits des choses différentes ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Là, on mélange le sujet.

JULIEN LECUYER
Pas vraiment, c'est de l'écologie.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vous donne un exemple. La chasse pour moi, je vous le dis très franchement, les règles sont nationales. La mise en oeuvre des horaires, des lieux etc, c'est les maires. On ne va pas faire des contrats sur les horaires de chasse, ce n'est pas ça le sujet.

JULIEN LECUYER
Non mais l'interdiction le week-end par exemple. Vous l'avez cité vous-même dans une interview au Figaro comme un des exemples de différenciation ou en tout cas de dialogue local.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr mais super locale. Je ne vais pas moi faire le tour des contrats des horaires de chasse. Je vous donne un exemple très concret : l'artificialisation des sols. Nous avons un objectif, c'est que dans les dix prochaines années nous divisions par deux notre rythme d'artificialisation pour laisser des sols vivants qui notamment nous aident beaucoup à gérer les inondations. Parce que si tous les sols sont bétonnés, il y a des grosses innovations. Le sujet de l'artificialisation des sols, il ne se pose pas du tout pareil quand vous êtes je pense par exemple dans le bassin minier, vous avez des immenses friches industrielles et que dans ces territoires là, l'enjeu c'est plutôt de les dépolluer, des les réutiliser, potentiellement d'y installer des logements voire de les renaturer. Ce n'est pas du tout le même débat, je pense à des régions plus dans l'ouest de la France où le sujet là, c'est que le logement a pris beaucoup de place et où il faut maintenant se demander comment on développe des emplois à côté de ces logements. Ça n'aurait aucun sens que je donne des objectifs homogènes d'artificialisation des sols dans la mise en oeuvre dans le bassin minier ou dans le Morbihan. Ça n'aurait aucun sens. Et d'ailleurs les élus légitimement nous diraient : ça n'a pas de sens. On a un objectif national, comment ensuite on l'applique ? Comment on le différencie ? On a la même chose sur la rénovation des bâtiments. Rénover 700 000 logements, c'est évidemment lié à quand est-ce que votre logement a été construit, avec quelle méthode. Vous n'avez pas la même logique de rénovation quand vous êtes dans une banlieue où vous avez beaucoup de tours de logements sociaux, ou quand vous avez un territoire rural avec des maisons qui sont disséminées.

JULIEN LECUYER
Mais est-ce que ça ne doit pas s'accompagner d'une remise à plat aussi des compétences des collectivités ? Quand on vous entend en effet, ça peut amener aussi à des réflexions là-dessus.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ma logique, ce n'est pas de faire des grands plans, des grandes circulaires, des grands règlements depuis mon bureau, c'est que si dans un territoire donné il y a un acteur qui dit : moi je veux être responsable de ça, je veux signer le contrat avec vous parce que c'est ma collectivité, moi le département, moi l'intercommunalité, moi la commune qui va faire. Si c'est cohérent et qu'on a des résultats et qu'on s'organise bien, je ne vais pas être la ministre qui va empêcher de faire.

ORIANE MANCINI
Donc c'est plus de décentralisation sans nouvelle grande loi sur la décentralisation, c'est ça ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Plus de résultats. Si on doit, pour avoir des résultats, se donner des marges de manoeuvre, je ne vais pas être la ministre qui va empêcher de faire. Je vais au contraire être la ministre qui va créer les conditions que dans chaque territoire…

JULIEN LECUYER
Et si les collectivités ne le souhaitent pas ? Si par exemple la région Hauts-de-France pour ne citer qu'elle refuse des implantations d'éoliennes, vous les squizzez ? Vous faites quoi ?

AMELIE DE MONTCHALIN
D'abord il va y avoir de la planification, il va y avoir du dialogue local. Les régions ne sont pas responsables de la politique énergétique de leur territoire…

JULIEN LECUYER
Et pourtant elles investissent et elles subventionnent des associations anti-éoliennes comme dans les Hauts-de-France.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais moi je vais faire, comme on dit, la vérité sur les prix. Les Français veulent - et ils ont raison, je le veux aussi évidemment, le président le veut, la Première ministre le veut, c'est d'ailleurs sa responsabilité de Première ministre, c'est unique au monde de faire cette cohérence de planification – s'il y a des endroits où quand on fait le tour des bassins de vie, quand on dit : voilà, on va aller dans le Douaisis, à Lens, on a une difficulté parce que tel ou tel acteur dit qu'il ne veut pas faire, on va le dire aux Français. On va rendre tout ça transparent. Vous savez, le Conseil national de la refondation que propose le président…

JULIEN LECUYER
Est-ce qu'il n'y a pas un moment donné où il va falloir imposer l'Etat ? C'est une question. S'il y a refus.

AMELIE DE MONTCHALIN
Ma condition, c'est qu'aujourd'hui il n'y a pas d'élus qui foncièrement ne veulent pas faire la transition. Souvent ils manquent d'outils, ils manquent de moyens, ils manquent d'organisation pour y arriver. Ensuite s'il y a des gens qui s'opposent à la neutralité carbone, qui s'opposent à la restauration de la biodiversité, qui s'opposent à ce que notre air soit plus…

JULIEN LECUYER
Prendront leurs responsabilités, c'est ça que vous voulez dire.

AMELIE DE MONTCHALIN
On va responsabiliser chacun. Responsabiliser par contrat – les objectifs qu'il signe – et par le suivi aussi la mise en oeuvre.

ORIANE MANCINI
Un mot sur le Conseil national de refondation, Julien, puisque vous en parliez à l'instant.

JULIEN LECUYER
Oui parce que la neutralité carbone a été citée parmi les sujets qui seront discutés au sein de ce Conseil national de la refondation annoncé par le président de la République. Est-ce qu'on va assister finalement à une nouvelle Convention citoyenne pour le climat ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors aujourd'hui, on voit qu'on a un pays qui est très fatigué. On voit qu'on a des crises dont on sort, des choses qu'on a traversées qui sont dures, on a des très grands défis devant nous. Le défi climatique, on vient d'en parler, le défi de sécurité internationale, la guerre en Ukraine. On a aussi un défi économique, on a toujours un défi de santé et sanitaire. Aujourd'hui beaucoup de Français ne comprennent plus les tenants et les aboutissants de la décision publique. Ils ont l'impression que tout tombe comme ça, sans comprendre au fond pourquoi on prend ces décisions, comment on les prend, et donc les Français, je crois, sont en demande de transparence. Ce qu'on va faire avec ce Conseil, c'est qu'on va ouvrir le capot de la décision publique. On va associer toutes les forces vives et on va faire aussi que chacun puisse partager à la fois ses contraintes, sa vision et qu'au fond on recrée du consensus sur le diagnostic.

ORIANE MANCINI
Il y a un Parlement pour ça, Amélie de MONTCHALIN. Il y a un Parlement transparent avec des séances publiques, des votes publics.

AMELIE DE MONTCHALIN
Evidemment mais c'est une étape qui est avant qu'on vote la loi. Partager le constat, quel est l'état du pays, quelles sont les contraintes qui se posent à nous, ouvrir le capot à cette décision de l'exécutif, c'est bien en amont de celui ensuite, évidemment, le travail du Parlement. Le Parlement ensuite il évalue, il contrôle. Les parlementaires vont évidemment être associés, mais on a besoin dans notre pays aussi pour recréer de la confiance démocratique, que nous fassions toute la transparence sur les tenants et les aboutissants.

JULIEN LECUYER
Cet outil, est-ce qu'il n'existe pas déjà avec le Conseil économique, social et environnemental ? C'est exactement la mission du CESE.

AMELIE DE MONTCHALIN
Sauf qu'au Conseil économique, social et environnemental vous n'avez pas les parlementaires, vous n'avez pas les forces politiques.

JULIEN LECUYER
Mais ils peuvent les associer. Ce n'est pas hors-jeu.

AMELIE DE MONTCHALIN
Je vous rassure, le Conseil économique, social et environnemental sera largement associé à ce travail. Mais ce que veut faire le président et je crois que c'est absolument nécessaire, c'est que nous ayons une méthode qui nous permette de présenter aux Français et de partager le diagnostic, les contraintes, les objectifs et que les Français n'aient plus l'impression que la décision publique tombe du haut comme si c'était une chose à laquelle ils n'avaient pas au fond compris la fabrique.

ORIANE MANCINI
Quelques questions à la ministre de la Cohésion des territoires avant de parler des législatives. Est-ce que des économies seront demandées aux collectivités durant ce quinquennat ? On parle d'un chiffre de 10 milliards.

AMELIE DE MONTCHALIN
Alors là aussi je ne vais pas vous répondre, ce n'est pas pour ou contre. On est dans un pays où on a un enjeu de finances publiques, on a aussi un enjeu – on vient d'en parler - d'investissement. La transition écologique, ce sont des investissements. Et donc dans la planification qu'on cherche, on va travailler avec les collectivités sur la manière dont on rend les choses possibles mais dont on est aussi respectueux de l'argent public. C'est un grand défi pour l'Etat mais on ne va pas faire l'Etat contre les collectivités. Il n'y a pas d'un côté un Etat qui va faire des efforts et des collectivités qui n'en feraient aucune. D'ailleurs je pense qu'elles ne voient pas les choses comme ça.

ORIANE MANCINI
Non. Elles disent qu'elles en font, qu'elles rendent des budgets à l'équilibre.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr. Mais l'Etat fait aussi des efforts dans de nombreux domaines. Aujourd'hui…

ORIANE MANCINI
Donc vous allez demander des efforts supplémentaires.

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais tous les Français font des efforts, tout le monde fait des efforts aujourd'hui. Le bouclier tarifaire, c'est un effort de l'Etat, c'est aussi un effort des Français parce qu'ils payent aussi aujourd'hui plus cher l'essence à la pompe. Donc on est dans une situation économique internationale collective qui…

ORIANE MANCINI
Ce chiffre de dix milliards, c'est le bon ? Ça sera dans cette fourchette-là ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Vous savez, 10 milliards en 2027 ce n'est pas 10 milliards aujourd'hui. On n'est pas en train de dire qu'on va baisser les dotations donc c'est des choses qui sont assez complexes à organiser mais mon objectif…

ORIANE MANCINI
Vous allez limiter la hausse de leurs dépenses.

AMELIE DE MONTCHALIN
Non. Ce qu'on va faire, c'est qu'on va planifier. On va donner de la prévisibilité, on va donner de la visibilité. C'est une très grande demande des élus. C'est de savoir non pas chaque année ce qu'ils ont le droit de faire dans les mois prochains, d'ailleurs je pense que ce n'est pas une bonne relation. C'est de créer un chemin où chacun sait ce qu'il a à faire, les moyens qu'il a pour le faire et que les choses soient partagées. Donc transparence.

ORIANE MANCINI
Vous avez parlé des aides que l'Etat, l'Etat aide les Français à faire face à la hausse des prix de l'énergie mais aide moins les collectivités. Est-ce qu'il y aura des aides pour les collectivités pour les aider elles aussi à faire face à la hausse des prix de l'énergie ?

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est totalement lié à ce que je viens de vous dire. C'est qu'il faut qu'on fasse là aussi la transparence. Où on en est, est-ce que des collectivités en difficulté, où est-ce qu'on peut potentiellement se dire : tiens, on va vous aider à investir pour peut-être justement rénover les bâtiments publics, justement…

ORIANE MANCINI
Mais là dans l'immédiat, il y a des collectivités en difficulté, vous le savez très bien, face à la hausse des prix du gaz, face à la hausse des prix de l'énergie.

AMELIE DE MONTCHALIN
Bien sûr.

ORIANE MANCINI
Est-ce que dans l'immédiat elles vont avoir des aides, ces collectivités ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Je ne vais pas ici vous faire la liste mais vous savez qu'on est un Etat responsable et que dans notre pays, on est des gens qui regardons les problèmes et trouvons des solutions, et on va les trouver ensemble. Mais je ne vais pas vous annoncez là ce soir, ou ce matin, un grand plan de X milliards pour payer les factures des collectivités. Ça n'aurait aucun sens. Ce n'est pas comme ça que l'Etat fonctionne.

ORIANE MANCINI
Mais est-ce que vous réfléchissez à des aides ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Mais on réfléchit évidemment à ce que les collectivités puissent continuer à investir, c'est ça notre objectif. La transition écologique, l'accompagnement des Français, les enjeux même - on a parlé d'éducation et de santé que le président veut remettre au coeur des territoires. Il est aujourd'hui à Gaillac dans le Tarn, il parle sécurité. Evidemment il aura autour de lui des élus locaux, donc on veut donner à chacun les moyens d'agir mais de le faire en responsabilité de manière transparente.

ORIANE MANCINI
Et on termine avec Julien par les législatives.

JULIEN LECUYER
Oui, avec des projections des instituts de sondage qui ne sont pas forcément follement enthousiastes pour la majorité présidentielle. Le dernier par exemple vous donne entre 275 et 315 députés. Est-ce que vous ne craignez pas un accident électoral pour reprendre l'expression du patron du groupe MoDem Patrick MIGNOLA ?

AMELIE DE MONTCHALIN
Nous on fait campagne. Vous savez moi je fais campagne, je suis une candidate moi-même, la Première ministre fait campagne, tous les ministres font campagne. On fait aussi campagne parce que la légitimité de notre action, en tout cas pour moi, je suis devant vous parce que j'ai été élu députée en 2017, c'est essentiel d'avoir cette fidélité à un territoire et de continuer aussi à se présenter devant les Français.

JULIEN LECUYER
Excusez-moi Amélie de MONTCHALIN mais est-ce quand même face à tous ces instituts de sondage qui quand même laissent ouverte la possibilité que vous n'ayez pas la majorité absolue, il n'y a pas quand même une forme de remotivation de se dire : voilà, finalement là on est vraiment au pied du mur.

AMELIE DE MONTCHALIN
1/ On fait campagne ; 2/ on présente projet, avoir de la stabilité et de l'ambition pour un pays à un moment où justement on a des grands défis. Et puis on a aussi de la clarté sur nos valeurs. Quand je vois, vous savez le Conseil d'Etat a fait quelque chose d'intéressant ces jours-ci, c'est qu'il a rayé d'un trait de plume l'existence du Parti socialiste et d'Europe Ecologie-Les Verts. Maintenant dimanche, tous les candidats s'appelleront NUPES donc ils sont tous Mélenchonistes. Tous ceux qui vous disent au fond qu'il y aurait une coalition de gens très différents, qui ont des idées différentes, qui vont travailler ensemble, ce n'est pas ça du tout qui s'est passé. Le Conseil d'Etat le dit très bien. Nous on n'a pas bradé nos valeurs…

ORIANE MANCINI
Oui. Ça s'appelle Tous ensemble, ce n'est pas du MoDem, Agir et de la République en Marche.

AMELIE DE MONTCHALIN
Oui, mais on n'a pas bradé nos valeurs pour quelques circonscriptions. On n'est pas en train de faire une alliance contre nature de gens qui pensent le contraire pour se faire élire. Nous on est pas ambigu sur la Russie, on n'est pas ambigu sur l'Europe, on n'est pas ambigu sur la stratégie énergétique, on n'est pas ambigu sur la manière dont on veut faire vivre nos institutions. Et donc on fait campagne et on montre aux Français le choix qu'ils ont à faire qui est un choix décisif. Est-ce qu'on a un projet stable, ambitieux, qui permet justement de réunir les Français et d'avancer face à ces grands défis avec une méthode qu'on a présentée, beaucoup de transparence sur l'action publique, le Conseil national de refondation, de la planification pour que chacun voit où on va. La transition écologique au coeur, c'est la mission de la Première ministre ? Ou alors on a en face un projet qui est un projet qui a énormément d'ambiguïté et qui a un objectif : l'affaiblissement de la France. À ce titre, le programme de Jean-Luc MELENCHON il est tout à fait jumeau de celui de Marine LE PEN.

JULIEN LECUYER
Oui, vous avez parlé de jumeaux de la peur. Est-ce que ce n'est pas un peu un chiffon rouge que vous agitez ?

AMELIE DE MONTCHALIN
J'assume totalement mes propos.

JULIEN LECUYER
J'imagine !

AMELIE DE MONTCHALIN
Puisque ce sont des programmes jumeaux. Ils cherchent l'affaiblissement, ils se font la courte échelle entre eux. Ils sont en fait dans la même approche de la politique qui serait, au fond, une affaire de déclarations et ils jouent effectivement des peurs. Non pas pour proposer des solutions, non pas pour réunir les Français mais pour les diviser, pour les scinder, pour au fond toujours chercher des coupables. Notre vision de la politique, c'est qu'aujourd'hui si on ne fait pas l'unité du pays, si on n'apporte pas de la stabilité, si on ne se donne pas les moyens d'agir concrètement - on vient d'en parler - dans chaque territoire pour chaque Français. Que cette transition elle soit à la fois sociale, que ce soit du mieux vivre partout, qu'au fond on apaise aussi notre pays. Eh bien, on a devant nous un agenda qui n'est pas le nôtre et qu'on combat et on fait campagne, et on verra ensuite évidemment comment les Français voteront mais moi, j'ai un message pour les Français…

ORIANE MANCINI
Et ce sera le dernier.

AMELIE DE MONTCHALIN
C'est qu'ils aillent voter, qu'ils expriment leur voix parce que la première chose d'une élection, c'est qu'il faut qu'il y ait la participation. Et donc mon premier appel, c'est qu'ils votent qu'ensuite ils votent pour un projet de stabilité, d'unité, d'ambition de clarté et qui n'a pas bradé ses valeurs pour quelques circonscriptions.

ORIANE MANCINI
Merci Amélie de MONTCHALIN. Merci beaucoup d'avoir été notre invitée.

AMELIE DE MONTCHALIN
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 10 juin 2022