Interview de Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, à Europe 1 le 14 juin 2022, sur la politique de l'énergie.

Texte intégral

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DIMITRI PAVLENKO
Agnès PANNIER-RUNACHER, vous évoquez les dissensions au sein de la NUPES sur les questions de politique énergétique, précisément c'est votre portefeuille la transition énergétique, immense chantier pour le pays qui rappelons-le s'est engagé à atteindre la neutralité carbone en 2050, or quand on quand on regarde actuellement notre mixe énergétique, on voit qu'il est encore à 60%, qu'il provient à 60% des hydrocarbures que ce soit le gaz, le pétrole, un tout petit peu de charbon aussi. Alors quel est le plan aujourd'hui pour la transition énergétique de la France, Agnès PANNIER-RUNACHER ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vous avez quatre chantiers. Le premier chantier, c'est celui de la sobriété énergétique, c'est un terme qui peut faire peur mais en fait c'est comment on réorganise nos modes de transport, nos modes de travail, nos modes aussi de chauffage collectif pour faire en sorte de consommer moins de carburants, moins de gaz naturel, moins de fuel. Et ça c'est par exemple développer là où c'est possible dans les agglomérations les transports en commun, les rendre plus confortable, les rendre plus accessibles en prix pour faire en sorte que naturellement les gens abandonnent leur voiture pour plutôt venir en en transports en commun. Je donne cet exemple mais je pourrais les multiplier. La deuxième chose, c'est l'efficacité énergétique, c'est-à-dire à usage égal vous avez une technique qui vous permet de moins consommer de carburant ou de fioul. Vous changez votre chaudière, vous changez votre voiture. Et là nous accompagnons par des politiques parce que ce sont des investissements coûteux pour les Français, coûteux pour les entreprises et nous faisons en sorte qu'ils passent à l'acte parce que derrière ce nouvel équipement ils vont payer moins de factures, moins cher leur énergie, donc c'est un enjeu gagnant pour la planète, mais gagnant aussi pour leur portefeuille. Le troisième sujet, c'est le développement des énergies renouvelables parce que nous allons avoir besoin de beaucoup plus d'électricité qui n'émet pas de carbone.

DIMITRI PAVLENKO
Alors lesquelles justement énergies renouvelables parce que…

AGNES PANNIER-RUNACHER
Toutes les énergies renouvelables.

DIMITRI PAVLENKO
Vous êtes plutôt septique…

AGNES PANNIER-RUNACHER
De l'éolien terrestre, de l'éolien marin, du photovoltaïque, de la géothermie éventuellement de l'hydrolien, alors c'est des plus petits, on va dire, contingent, mais tout ce qu'il est énergies renouvelables est bon à prendre. Après ça dépend du territoire, c'est-à-dire que je prends l'exemple du Grand Est et des Hauts-de-France, ils ont été très fortement équipés en éolien. Il faut regarder territoire par territoire où on a des réserves foncières, où on a une acceptabilité de la population pour accueillir de nouvelles installations. Est-ce que c'est plus facile d'accueillir du photovoltaïque, le photovoltaïque ça prend des mètres carrés, des hectares de terrain, l'éolien c'est plus concentré, mais l'éolien c'est plus visible. Donc voilà vous avez avantages, inconvénients sur chacune de ces énergies, mais ça, ça se développe au cas par cas avec les habitants et les élus locaux.

DIMITRI PAVLENKO
Vous dites il faudra plus d'électricité, il faudra, la France va s'électrifier beaucoup plus à l'avenir. Alors on a quand même plein de problèmes sur ce point-là parce que d'abord rappelons-le on a une loi, la programmation pluriannuelle de l'énergie qui prévoit toujours de réduire la part du nucléaire à 50% de notre mixte énergétique d'ici 2035. Alors première question, est-ce que c'est encore l'objectif du gouvernement et puis je vous poser une question après sur l'état de notre parc nucléaire, on voit bien qu'on a la moitié des réacteurs qui sont à l'arrêt actuellement et dans l'Isère on apprend que la centrale de Saint-Alban tourne au ralenti à cause du faible débit du Rhône. Est-ce qu'EDF est en mesure aujourd'hui d'assurer cette transition électrique ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Alors EDF est au coeur de cette transition électrique puisqu'elle déploie à la fois du nucléaire et elle a une désinstallation nucléaire qu'elle entretient qu'elle maintient et elle développe des énergies renouvelables. Donc elle est complètement l'acteur stratégique et central de cette transition énergétique. Pour répondre à votre première question…

DIMITRI PAVLENKO
L'objectif de la PPE qui est quand même de réduire la part du nucléaire à 50% de notre mixe énergétique.

AGNES PANNIER-RUNACHER.
Naturellement vous allez avoir une réduction de la part du nucléaire puisque nous centrales nucléaires ont été construites à la fin des années 70, début des années 80, elles sont prévues pour durer 40 ans initialement, elles ont été prolongées de 10 ans, donc ça fait 50 ans, vous faites 80 plus 50, ça fait 2030, à partir de 2030 va se poser la question de peut-on prolonger encore de 10 ans ces centrales nucléaires dans des conditions de sécurité satisfaisantes ? Et dans le même temps on va construire de nouvelles tranches, mais je rappelle qu'il y a 56 EPR en France et que nous prévoyons…

DIMITRI PAVLENKO
56 réacteurs.

AGNES PANNIER-RUNACHER
56 réacteurs et nous prévoyons d'en construire 14. Donc vous voyez bien que mécaniquement il va y avoir une légère diminution en proportion de l'électricité produite du nucléaire. De l'autre côté les énergies renouvelables ce sont des gens énergiques on peut déployer plus rapidement et qui permettent en fait de diversifier notre risque.

DIMITRI PAVLENKO
Sous réserve de l'acceptabilité sociale, etc.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Tout à fait mais je pense qu'à un moment, il faut et c'est là où les Verts et la NUPES par exemple sont totalement ambigus et en fait contre-productifs, ils disent nous sommes les parangons de l'écologie mais derrière ils votent contre les lois, ils votent contre les lois qui permettent de déployer plus rapidement des énergies renouvelables. Donc là encore on est dans l'inaction totale.

DIMITRI PAVLENKO
Mais si je vous ai bien compris Agnès PANNIER-RUNACHER, vous nous dites dans un horizon de temps de moyen terme on aura moins d'électricité nucléaire parce qu'il faut assurer cette transition entre le vieux parc central…

AGNES PANNIER-RUNACHER
On aura plus d'électricité nucléaire, mais comme on aura développé beaucoup plus d'énergies renouvelables en proportion relative on rééquilibrera notre portefeuille avec probablement…

DIMITRI PAVLENKO
Et donc ça suffira.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Moins de 70 % de nucléaire. Oui ça suffira. RTE…

DIMITRI PAVLENKO
A partir de 2035, il n'y a plus de véhicules thermiques vendus, la loi prévoit.

AGNES PANNIER-RUNACHER
Vendus, mais vous avez encore des véhicules thermiques qui circulent, et vous savez qu'une voiture, ça dure 10 à 15 ans quand même. Donc on aura effectivement à partir de 2035 plus d'électrification et un mixe énergétique où la part des renouvelables aura sensiblement augmenté. La sobriété aura aussi un rôle à jouer, c'est un effort de 40 % sur notre consommation que nous prévoyons de faire justement en gérant mieux notre chauffage et notre recours aux carburants, à l'électricité et à la chaleur.

DIMITRI PAVLENKO
Pour les 6 prochains EPR, on estime la facture entre 50 milliards et 64 milliards d'euros selon les estimations, on voit qu'EDF a une dette de près de 50 milliards également, est-ce qu'il va falloir renationaliser EDF pour que l'entreprise puisse construire ce réacteur nucléaire, Agnès PANNIER-RUNACHER, est-ce que la décision est prise ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Cette décision, elle sera regardée, elle n'est pas tranchée mais elle n'est pas exclue.

DIMITRI PAVLENKO
D'accord mais on a une idée quand ce sera ?

AGNES PANNIER-RUNACHER
Si nous avons une majorité au à l'Assemblée nationale nous pourrons très vite prendre des décisions, vous savez que je dois porter un projet d'accélération de la transition énergétique au Parlement dès cet été, c'est un projet qui va nous permettre d'accélérer sur les énergies renouvelables mais qui va aussi nous permettre d'accélérer sur le nucléaire, parce qu'il ne faut pas prendre de retard et donc nous allons également travailler sur la trajectoire actionnariale, donc qui composent l'actionnariat d'EDF, quels sont les financements que nous devons apporter en tant qu'actionnaire à 85% d'EDF pour permettre ce projet nucléaire qui effectivement comme vous l'indiquez coûte 60 milliards d'euros et comment nous allons derrière piloter ce groupe qui est essentiel pour la nation et sa souveraineté énergétique.

DIMITRI PAVLENKO
Merci Agnès PANNIER-RUNACHER


source : Service d'information du Gouvernement, le 15 juin 2022