Interview de M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à LCI le 15 juin 2022, sur les élections législatives et la politique économique du gouvernement.

Texte intégral

ELIZABETH MARTICHOUX
Bienvenue à Bruno LE MAIRE, ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté. Bonjour Monsieur le Ministre.

BRUNO LE MAIRE
Bonjour Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça restera une image de cette campagne de l'entre-deux-tours des législatives : le Président qui parle aux Français sur le tarmac d'Orly cinq minutes en dramatisant au maximum. On peut résumer par " moi ou le chaos ". À ce stade de la campagne, après les résultats de dimanche Bruno LE MAIRE, il ne s'agit plus de faire dans la dentelle ? Il faut faire peur à l'électeur pour le mobiliser ?

BRUNO LE MAIRE
Non, il ne faut jamais faire peur. En revanche, il faut faire prendre conscience de la gravité de l'élection. Je trouve qu'on prend un peu trop à la légère cette élection législative. C'est le peuple souverain qui se prononce pour savoir quelle politique il veut pour la France pour les cinq prochaines années. Ce n'est pas rien. Et j'ai un peu l'impression que, hélas, l'élection présidentielle écrase les élections législatives et qu'on se dit une fois qu'il y a le président de la République, comme c'est lui qui dirige tout il n'y a pas besoin de se préoccuper beaucoup des élections législatives. Nous sommes en démocratie dans un Etat de droit, le président de la République a des pouvoirs, l'assemblée en a aussi et en a beaucoup. C'est le lieu du débat, c'est le lieu de l'échange, c'est le lieu de la construction de la loi donc cette élection de dimanche elle est essentielle pour cela. Pour une deuxième raison aussi, c'est que pour la première fois depuis plusieurs décennies, les projets sont antagonistes. Ce n'est pas les mêmes projets du tout.

ELIZABETH MARTICHOUX
On va y venir sur les projets, sur la confrontation des projets.

BRUNO LE MAIRE
Ce n'est pas des nuances entre les différents projets, c'est une vraie confrontation sur le fond.

ELIZABETH MARTICHOUX
Précisément quand vous dites " on néglige cette élection ", en gros vous le dites aussi à Emmanuel MACRON parce qu'une question simple : pourquoi ce déplacement d'Emmanuel MACRON en Roumanie en plein entre-deux-tours ? Ç'a été organisé bien en amont, on l'imagine. Donc ça veut dire que dans l'esprit du président, finalement l'élection elle était dans la poche.

BRUNO LE MAIRE
Je vais vous dire le fond de ma conviction, Elizabeth MARTICHOUX, c'est que je pense que le rôle du président de la République c'est de s'occuper des sujets internationaux. Il y a la guerre en Ukraine, il est absolument essentiel que le président de la République s'occupe, et il le fait au quotidien, de ces sujets-là. De la relation avec la Russie, de la défense des intérêts ukrainiens et c'est notre rôle à nous de faire campagne. Ce n'est pas le rôle du président de la République.

ELIZABETH MARTICHOUX
Si c'était le cas, vous n'auriez pas eu tous les barons de la majorité nous dit-on qui l'auraient pressé pour faire cette allocution de 5 minutes sur le tarmac d'Orly. L'appel d'Orly comme disait Valérie NATAF sur LCI hier. Franchement ?

BRUNO LE MAIRE
Chacun fait ce qu'il veut avec le président de la République, au bout du compte c'est lui qui décide. Moi je vais vous dire, je considère très simplement que c'est aux députés, c'est aux militants, c'est aux ministres, c'est à l'ensemble de ceux qui croient dans le projet d'Emmanuel MACRON de faire campagne. Le rôle du président de la République n'est pas de mener la campagne des législatives. C'est notre rôle à nous, je le fais tous les jours. J'étais hier chez Amélie de MONTCHALIN, je serai cet après-midi dans mon ancienne circonscription. Je pense que c'est à nous de nous battre pour lui.

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais vous vous démultipliez, c'est vrai. Parce que vous êtes inquiet dans le fond.

BRUNO LE MAIRE
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un peu. Vous pouvez le dire.

BRUNO LE MAIRE
Non mais je me démultiplie parce que j'aime ça et parce que - je ne suis pas inquiet, ce n'est pas le bon terme - mais je ne souhaite pas que notre pays soit demain la proie de querelles, d'échanges absolument interminables à l'Assemblée nationale, de négociations d'arrière-boutique parce que nous n'aurions pas une majorité claire. Nous allons discuter, bien sûr, il y aura un dialogue à l'Assemblée nationale bien sûr. Mais à un moment donné, il faut pouvoir décider et décider dans la clarté. Il faut être très clair, Elizabeth MARTICHOUX, si demain nous n'avons pas de majorité il faudra aller chercher un député ici, un député là pour obtenir cette majorité et moi je n'aime pas ces marchandages. Je préfère que nous ayons une majorité claire qui n'exclut pas le dialogue, la discussion au Parlement, les amendements, étudier tous les textes en commission de manière très approfondie, mais en ayant la possibilité à la fin de décider dans la clarté.

ELIZABETH MARTICHOUX
Enfin une majorité relative, ce n'est pas un drame, c'est la démocratie et ça oblige au compromis ou au dialogue. Emmanuel MACRON, c'est vrai, n'a pas montré des dispositions extraordinaires dans ce cadre-là.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr que ce n'est pas un drame, vous avez tout à fait raison. Je ne dramatise pas à outrance.

ELIZABETH MARTICHOUX
En Europe, vous qui connaissez bien l'Europe, c'est assez fréquent.

BRUNO LE MAIRE
Oui, mais il y a une vraie différence : c'est que je ne vois pas d'espace de compromis avec la France insoumise aujourd'hui C'est deux visions du pays qui sont radicalement opposées. Nous, nous défendons le travail. Nous disons que l'un des enjeux majeurs, c'est que l'ensemble des Français travaillent plus, que nous allions vers le plein emploi et que le travail soit mieux rémunéré. Je suis désolé, le projet de la France insoumise c'est que les Français travaillent moins, la retraite à 60 ans. Leur vision de la nation est une vision communautariste, nous avons une vision universaliste. Ils veulent faire des bras d'honneur à nos partenaires européens en disant « on ne remboursera jamais notre dette », nous voulons travailler avec nos partenaires européens. Ils veulent augmenter de 100 milliards d'euros les impôts, nous voulons les baisser. Donc je voudrais que chacun qui nous écoute comprenne qu'il n'y a pas de compromis possible. La démocratie, ce n'est pas trouver des compromis improbables comme l'ont fait les Nupes en associant des gens qui étaient pour le nucléaire avec des gens qui étaient contre le nucléaire, des gens qui étaient pour l'Europe avec des gens qui étaient contre l'Europe, des gens qui étaient pour augmenter les impôts avec des gens qui étaient pour baisser les impôts. Ils se sont mis tous d'accord uniquement pour des places et pour des postes.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils ont 650 propositions communes disent-il pour témoigner de leur capacité à trouver un accord.

BRUNO LE MAIRE
Oui, peut-être, mais ils ont des milliers de divergences. Et ils ont des divergences, vous le savez parfaitement Elizabeth MARTICHOUX…

ELIZABETH MARTICHOUX
Comme dans tous les partis, il peut y en avoir.

BRUNO LE MAIRE
Non, Elizabeth MARTICHOUX.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous avez connu ça à droite.

BRUNO LE MAIRE
Non. Ils ont des divergences fondamentales sur la vision de la nation, sur la conception du travail, sur la place de l'Europe, et sur le nucléaire qui est un sujet fondamental pour la transition écologique. Dire qu'on va réussir la transition écologique sans être clair sur le nucléaire, c'est mentir aux Français. Donc à partir de là, je ne vois pas comment est-ce qu'on peut trouver des compromis ou des consensus entre deux visions de la nation qui sont diamétralement opposées. Raison pour laquelle j'appelle nos électeurs à nous donner une majorité claire et franche dimanche prochain.

ELIZABETH MARTICHOUX
Oui, et ce n'est pas gagné. C'est ce qu'on entend. Il falloir aller les chercher avec les dents les électeurs.

BRUNO LE MAIRE
Mais il faut toujours tout aller chercher avec les dents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Et d'ailleurs Emmanuel MACRON : " pas une voix ne doit manquer à la République " a-t-il dit. Six fois il a demandé aux Français de lui donner une majorité solide mais pas une voix ne doit manquer à la République. Littéralement Bruno LE MAIRE, ça veut dire que la macronie seule représente la République ? Ce n'est pas caricatural ça ?

BRUNO LE MAIRE
Non, je ne dis pas ça. Je ne pense pas que le président de la République ait voulu dire ça.

ELIZABETH MARTICHOUX
" Pas une voix ne doit manquer à la République. Aidez-nous. "

BRUNO LE MAIRE
Vous savez, je me souviens de Jean-Luc MELENCHON disant " La République c'est nous ", ce n'est pas notre façon de voir les choses.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est un peu ce qu'on a entendu dans l'allocution.

BRUNO LE MAIRE
Nous avons un débat démocratique avec des partis républicains qui cherchent des voix, des électeurs et c'est le peuple souverain qui se prononcera. Voilà comment je vois les choses. Mais derrière il y a des projets qui sont radicalement incompatibles, et laisser croire…

ELIZABETH MARTICHOUX
On va parler des projets.

BRUNO LE MAIRE
Parce qu'effectivement ce que vous disiez était très juste, j'entends beaucoup sur le terrain dire : " Mais finalement ce n'est pas si grave que ça, vous allez pouvoir discuter, échanger, dialoguer " mais d'accord il faut qu'il y ait des espaces de compromis. Et là, ces espaces de compromis entre deux visions de la nation qui sont radicalement opposées n'existent pas. C'est deux directions différentes.

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est incompatible. La cohabitation comme disait hier Richard FERRAND sur le plateau de Ruth ELKRIEF, il l'a dit tel quel, c'est impossible.

BRUNO LE MAIRE
Oui, c'est impossible.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça veut dire quoi ? Institutionnellement c'est tout à fait possible. La Vème République est assez remarquable de ce point de vue-là.

BRUNO LE MAIRE
Oui, institutionnellement c'est possible. On montre toujours des exemples mais il se trouve que j'ai très bien connu Jacques CHIRAC. J'ai travaillé avec lui. Il a été Premier ministre de François MITTERRAND. Bien sûr qu'il y avait des divergences sur la conception de l'économie de marché, sur… Mais sur des sujets essentiels comme par exemple la relation franco-allemande, François MITTERRAND et Jacques CHIRAC étaient exactement sur la même ligne. Sur le fait que la France devait occuper une place essentielle en Europe, ils étaient exactement sur la même ligne. Sur le nucléaire, ils étaient exactement sur la même ligne. Je reviens à ça parce que je trouve qu'il y a quand même un mensonge fondamental de la part de nos adversaires qui nous disent : on va réussir la transition écologique, avoir plus d'électricité, des voitures qui vont fonctionner avec des batteries électriques mais on ne veut pas du nucléaire. Nous, nous portons un projet auquel je crois profondément d'accélération…

ELIZABETH MARTICHOUX
Parce qu'ils disent le renouvelable, la transition vers le renouvelable 100 % ça assurera…

BRUNO LE MAIRE
Je ne suis pas scientifique mais penser et laisser croire à tous les jeunes qui votent pour Jean-Luc MELENCHON au nom de l'écologie que uniquement avec les énergies renouvelables on pourra éclairer nos villes, faire fonctionner nos voitures électriques, alimenter nos usines mais c'est un mensonge. C'est un pur mensonge scientifique et politique. Nous, et c'est pour ça que je défends avec autant de force notre projet, nous voulons accélérer la transition écologique. Nous savons parfaitement qu'on doit faire mieux, qu'on doit faire plus, qu'on doit faire plus vite, qu'il y a une prise de conscience nécessaire qui doit se traduire par des actes, mais nous le faisons sur la base de raisonnements scientifiques et avec des projets concrets.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors Jean-Luc MELENCHON a immédiatement rétorqué, enfin riposté à l'allocution d'Emmanuel MACRON sur une note de blog que vous avez lue peut-être qu'il a titrée " le bateau coule, Macron prend l'avion ". Il dénonce l'appel d'Orly, ce sketch à la Trump dit-il. Le voyage d'Emmanuel MACRON en Roumanie, c'est fausse bravoure dit-il et il explique que c'est la pagaille au sommet de l'Etat, et puis il achève sur ce retrait de 80 milliards du budget de l'Etat. Jean-Luc MELENCHON et ses partenaires depuis lundi accusent le président et vous-même de cacher une future hausse de TVA pour financer la baisse de déficit promise dans le programme qui passerait de 6,7 à 3% je crois de mémoire en 2027, ça fait 80 milliards d'économies. Or ils disent : vous n'avez jamais documenté ces 80 milliards d'économies, c'est donc que vous avez une solution cachée et ce sera la hausse de la TVA pour tout le monde.

BRUNO LE MAIRE
Je trouve qu'il y a beaucoup de choses décalées et indignes dans la fin de campagne de Jean-Luc MELENCHON qui cachent, dans le fond, une profonde déception. Il a raté son coup, Jean-Luc MELENCHON. Il pensait avoir la majorité, il ne l'aura pas. Il pensait pouvoir être Premier ministre, il ne le sera pas. Il pensait qu'en rassemblant toutes les forces de gauche, quelles que soient d'ailleurs leurs convictions, leurs idées, leurs projets pour la France et même s'ils sont incompatibles, il allait faire un score mirifique. Il est déçu et cette déception se traduit par son amertume qui fait qu'il attaque le président de la République sur les fonctions essentielles du président de la République. Défendre la paix, défendre l'Europe, aller en Roumanie, être aux côtés de l'Ukraine, c'est le rôle du président de la République française. Et je conteste les critiques de Jean-Luc MELENCHON, je les trouve indignes et déplacées. Fin de campagne indigne et déplacée quand il nous dit que nous allons augmenter la TVA. Où sont les preuves ? D'où sort-il cela ?

ELIZABETH MARTICHOUX
En fait, après il se défend en disant " mais c'est une hypothèse "

BRUNO LE MAIRE
Non, non, d'accord. Bien sûr, bien sûr ! Toujours la même méthode qui est celle de la manipulation et des complotistes. Lancer le soupçon, le lâcher, le corriger ensuite. Toujours la même méthode avec Jean-Luc MELENCHON. " J'aime beaucoup monsieur POUTINE, il n'y a rien à craindre de POUTINE, il n'y a rien à craindre de la Russie " ; et le jour où la Russie attaque l'Ukraine : " je n'ai pas exactement dit ça, ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu dire, vous ne m'avez pas bien compris. " " Ils vont augmenter la TVA, c'est sûr et certain " et quand le ministre des Finances garantit aux Français avec toute la crédibilité de sa parole de celui qui a baissé les impôts, que jamais nous n'augmenterons la TVA, tout d'un coup il fait machine arrière. " Ce n'est pas exactement ce que j'ai voulu dire. " Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. C'est la méthode des complotistes et c'est la méthode de Jean-Luc MELENCHON. Je la dénonce fermement, ce n'est pas comme ça que la démocratie retrouvera sa droiture.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'accord. Vous expliquez ça par la déception ou par une structure mentale si je puis dire. Il est formé comme ça.

BRUNO LE MAIRE
Non. J'explique ça par la profonde déception de Jean-Luc MELENCHON, par une aigreur qu'il a un peu de mal à cacher et par une vieille pratique politique qui a toujours été celle de l'extrême gauche : la calomnie, le soupçon, le complot.

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors pour répondre, il faut être précis Bruno LE MAIRE, sinon la calomnie elle continue de courir.

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
80 milliards d'économies, pardon, on n'a pas encore compris dans un contexte de croissance qui marque le pas comment vous allez les trouver.

BRUNO LE MAIRE
D'abord je conteste ce chiffre de 80 milliards qu'ils ont inventé à partir de…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils ont fait des calculs.

BRUNO LE MAIRE
Oui, ils ont fait les calculs. 6,5% de déficit aujourd'hui, 3 en 2027 ce qui est effectivement notre objectif. À 23 milliards d'euros le point de déficit, on arrive à peu près à 80 milliards d'euros. Ils oublient juste une chose, c'est que ce qui nous permet principalement - et c'est là qu'est la divergence fondamentale entre eux et nous - ce qui permet principalement de réduire les déficits et la dette, ce qui nous a permis de réduire le déficit et la dette au cours des années passées, notamment au début du quinquennat, c'est la croissance, c'est l'emploi.

ELIZABETH MARTICHOUX
Elle marque le pas, la croissance. Vous n'y êtes pour rien parce qu'il y a un contexte international mais elle est moins…

BRUNO LE MAIRE
Mais pardon, je viens de lire les derniers chiffres de la Banque de France, ils sont plutôt positifs. Je regarde les derniers chiffres de l'emploi, ils sont plutôt positifs, et la meilleure façon d'accélérer la baisse du déficit et d'accélérer le désendettement de la France, c'est de créer des emplois et de créer de la croissance.

ELIZABETH MARTICHOUX
Avouez que ce sera plus difficile.

BRUNO LE MAIRE
Mais justement Monsieur MELENCHON ne veut ni croissance, ni emploi. Il veut moins de travail et moins de croissance, nous nous voulons plus de croissance et plus d'emplois, c'est ce qui permettra d'accélérer la réduction du déficit et d'accélérer la réduction de la dette. Et nous ne nous cachons pas.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous nous dites c'est la croissance, c'est par la magie de la croissance, quoi que plus faible que nous trouverons…

BRUNO LE MAIRE
Bien sûr que non, ce n'est pas de la magie la croissance comme vous le dites c'est comme les élections, il faut aller la chercher avec beaucoup de détermination. Mais en plus de ça nous ne cachons pas que nous voulons poursuivre la réforme de marché du travail pour que chacun puisse retrouver un emploi. Nous ne cachons pas que nous voulons faire une réforme des retraites. et nous ne nous cachons pas pour dire désormais chaque euro compte, nous sommes sortis de l'ère de l'argent gratuit pour les Etats, à un moment où les Etats pouvaient emprunter sans difficulté à taux zéro ou à taux négatif, cette période-là est définitivement révolue, réformes de structure, attention à dépenses publiques, croissance et créations d'emplois, voilà ce qui nous permettra d'atteindre 3% de déficit public en 2025.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE, attention au déficit dites-vous.

BRUNO LE MAIRE
Oui bien sûr.

ELIZABETH MARTICHOUX
Un mot des baisses d'impôts de production des entreprises promises par Emmanuel MACRON, il en a peut-être été question hier avec le patronat à l'Elysée au cours du déjeuner. D'abord une question politique avec une forte opposition parce que quoi qu'il en soit il y aura une forte opposition de gauche vraisemblablement à l'Assemblée. Est-ce que ce sera aussi facile de faire voter cette promesse ?

BRUNO LE MAIRE
Non.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sachant que la gauche est vent debout contre cette baisse d'impôts promise aux entreprises sans contrepartie.

BRUNO LE MAIRE
Oui parce que la gauche elle veut de l'industrie et des impôts, eh bien c'est incompatible. Si nous voulons des industries, des ouvriers, de la souveraineté industrielle, il faut baisser les impôts sur l'industrie, sur l'innovation, c'est ce que nous faisons.

ELIZABETH MARTICHOUX
7 milliards par an. Ça va coûter très cher.

BRUNO LE MAIRE
Ça fait, vous voyez c'est en ça que le programme que nous opposant est totalement daté, ça fait 30 ans qu'on monte sur son tonneau comme SARTRE en criant " Vive l'industrie, vive les ouvriers, vive la reconquête industrielle " et qu'on accable nos industriels d'impôt qui sont plus élevés qu'en Allemagne, en Italie, ou ailleurs. Résultat des courses 10 points d'industrie en moins dans la richesse nationale, des usines qui ferment, des ouvriers qui sont licenciés, mais c'est ça le programme de l'extrême gauche, c'est promettre des choses qu'ils sont incapables de tenir sur l'industrie comme sur le climat parce qu'ils n'ont pas de cohérence dans leur raisonnement économique.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous tiendrez cette promesse.

BRUNO LE MAIRE
Nous tiendrons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que cette promesse sera, alors qu'on doit faire attention, vous devez faire attention au pouvoir d'achat des Français.

BRUNO LE MAIRE
Oui je dois faire attention…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ça va coûter très cher, est-ce que vous ne serez pas contraint à un moment de faire un arbitrage entre l'aide directe ou indirecte versée aux Français pour le pouvoir d'achat et cette baisse d'impôt ?

BRUNO LE MAIRE
Il est indispensable de poursuivre la baisse des impôts de production pour poursuivre la reconquête industrielle de la France, qui doit rester une grande nation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'y aura pas d'arbitrage ?

BRUNO LE MAIRE
Mais l'arbitrage n'est pas entre protéger et investir.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous pouvez faire les deux.

BRUNO LE MAIRE
Nous devons à la fois protéger et investir et la baisse des impôts de production, je rappelle que nous l'avons déjà engagée, 10 milliards d'euros il y a maintenant deux ans, il faut la poursuivre pour être au même niveau de compétitivité que l'Allemagne et nous permettre de rouvrir des usines en France. C'est une question économique, c'est aussi une question fondamentalement politique, dans ma circonscription j'ai vu à plusieurs reprises qu'à chaque fois qu'il y a une usine qui ferme, il y a une permanence du Rassemblement national qui ouvre. Si nous ne voulons pas d'extrême en France, il faut redonner des emplois qualifiés, des emplois industriels aux Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le niveau des défaillances va remonter dit le patron de la CPME, un mot, je crois que c'est ce soir que c'est la date limite pour les demandes, dernière, la dernière demande d'aide prévue dans le cadre de la crise Covid. Est-ce que c'est définitif cette fin des aides ou est-ce que vous envisagez d'ouvrir une nouvelle période ?

BRUNO LE MAIRE
Non il ne s'agit pas d'ouvrir une nouvelle période, aujourd'hui, tous ceux, si on parle des entreprises, toutes les entreprises qui ont besoin de trésorerie qui veulent encore des prêts garantis par l'Etat peuvent le faire toutes seules et j'en vois beaucoup, elles sont inquiètes, qui se disent, mais je ne vais pas arriver à rembourser tout de suite, il faut étaler sur une période plus longue que les 6 ans qui étaient prévus. Ils pourront le faire jusqu'à 10 ans et j'invite toutes celles qui nous écoutent, il faut qu'elles s'adressent dans leur département à l'ensemble des organismes qui sont chargés de gérer les prêts garantis par l'Etat, si elles ont besoin d'un étalement, elles ont le droit d'obtenir cet étalement jusqu'à 10 ans.

ELIZABETH MARTICHOUX
D'un mot encore, blocage des prix, Jean-Luc MELENCHON propose, il n'était pas le seul, il faudra y arriver ?

BRUNO LE MAIRE
Non blocage des prix, c'est-à-dire qu'il y a toujours quelqu'un qui paye au bout du compte, je suis bien placé pour le savoir, on a bloqué les prix du gaz et bloquer les prix de l'électricité, nous payons.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les distributeurs ont profité de la crise, on le sait bien et tant mieux pour eux.

BRUNO LE MAIRE
Je suis totalement prêt…

ELIZABETH MARTICHOUX
Mais il faut les aider, ils peuvent aider les Français.

BRUNO LE MAIRE
Je suis prêt à faire la transparence totale sur les prix, j'ai demandé à la DGCCRF, la Direction générales à la consommation, de la répression des fraudes d'être très attentive à ce qu'il n'y ait pas de spéculation. Oui il peut y avoir des spéculateurs ici ou là qui sous prétexte de l'inflation font passer des hausses de prix qui sont inacceptables. Ça peut être vrai dans le bâtiment, ça peut être vrai dans les travaux publics, nous organiserons des Assises du bâtiment à la rentrée de septembre pour justement faire la transparence, éviter qu'il y ait de la spéculation, éviter qu'il y ait des profiteurs de l'inflation.

ELIZABETH MARTICHOUX
Si vous n'avez pas la majorité absolue, est-ce qu'un accord de gouvernement avec la droite est une solution ?

BRUNO LE MAIRE
On va d'abord se battre pour obtenir la majorité dimanche et puis nous verrons ensuite sur quelle base…

ELIZABETH MARTICHOUX
C'est une solution ?

BRUNO LE MAIRE
Ce qui compte à mes yeux, c'est que le projet que le président de la République a présenté aux Français, qui a recueilli près de 58% des suffrages aux élections présidentielles puisse être appliqué dans des délais rapides. Aa n'exclut pas la discussion, ça n'exclut pas le dialogue, ça n'exclut pas la concertation, mais il a aussi des délais à respecter pour qu'il y ait de l'emploi, il y ait de la prospérité, il y ait un avenir pour les jeunes Français.

ELIZABETH MARTICHOUX
Les Français qui manifestement n'ont pas envie de donner trop de pouvoir à Emmanuel MACRON, est-ce que dans le fond c'est parce qu'ils n'ont pas bien vu quel était le projet de ce second quinquennat ? Pas très bien, c'est une réflexion qu'on entend souvent, on ne sait pas ce qu'Emmanuel MACRON veut faire de ce second quinquennat. Est-ce que c'est une réflexion qui est fausse ?

BRUNO LE MAIRE
C'est possible, non mais vous savez…

ELIZABETH MARTICHOUX
Infondée.

BRUNO LE MAIRE
Si jamais nous avions tous bien fait, tout bien réussi, peut-être qu'il aurait moins besoin de se battre aujourd'hui. Ce que je regarde malgré tout c'est qu'Emmanuel MACRON dirigé la France pendant 5 ans, il a été largement réélu, c'est la première fois hors période de cohabitation et je pense qu'il faut que nous profitions de ces derniers jours pour rappeler que notre projet c'est le travail, le travail qui paye bien, le soutien aux entrepreneurs, la transition écologique accélérée parce que oui sur le climat on doit faire plus, on doit faire mieux, on doit faire plus vite et la pleine participation de la France à la construction européenne. Si des électeurs se retrouvent sur ses idées et s'ils veulent que ce soit ces idées qui soient défendues et mises en oeuvre dans les années qui viennent, il faut qu'ils aillent voter dimanche.

ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà l'appel de Bruno LE MAIRE. Un mot Damien ABAD, nouvelle accusation relayée par Mediapart, c'était pertinent de le maintenir au gouvernement ?

BRUNO LE MAIRE
il y a de justice qui doit trancher sur ces sujets-là, qui sont des sujets très sensibles, très douloureux et donc pour éviter que ce soit systématiquement telle personne ou telle autre qui prenne partie, que les choses se règlent sur les plateaux de télévision, la justice doit être saisie et la justice doit trancher.

ELIZABETH MARTICHOUX
En attendant…

BRUNO LE MAIRE
Voilà c'est pour moi aussi simple que cela.

ELIZABETH MARTICHOUX
En attendant tant que la justice n'est pas saisie.

BRUNO LE MAIRE
La Première ministre s'est exprimée, la Première ministre, je crois s'est exprimée il y a plusieurs jours sur ce sujet, s'il y a des plaintes déposées, que la justice soit saisie, que la justice tranche.

ELIZABETH MARTICHOUX
Pas seulement des nouveaux éléments. Je crois qu'elle avait dit nouveaux éléments, en fait elle voulait dire plainte.

BRUNO LE MAIRE
Vous demanderez à la Première ministre, moi je suis ministre de l'Economie et des Finances, il y a une justice et je respecte évidement toutes les décisions de la justice.

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous étiez hier en soutien à Amélie de MONTCHALIN dans l'Essonne, en difficulté, ça passe ou ça casse pour elle dimanche ?

BRUNO LE MAIRE
Ça passera.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci Bruno LE MAIRE d'avoir été ce matin sur le plateau de LCI, bonne journée à vous.

BRUNO LE MAIRE
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juin 2022